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Contributions


LÔ Gourmo Abdoul : ELECTION PRESIDENTIELLE : ENJEUX ET PERSPECTIVES

Ismael Ould Amar : L'Alternance, maintenant !

Ahmed Ould Sidi Baba : Pour que le grain ne meure

Moussa O. Horma O. Babana : Haidalla au service d'une République apaisée

El Houssein O. Ahmed-Mahmoud Ould Nagi. : Voter utile le 7 novembre prochain

Yahya Ould Hamidoune : Pour une alternance pacifique

MCD :

- A propos d’une profession de foi

- De la chimère du deuxième tour


LÔ Gourmo Abdoul : ELECTION PRESIDENTIELLE : ENJEUX ET PERSPECTIVES

Texte de Conférence prononcée à

Nouadhibou (20 aoùt 03),

Nouakchott (31août )

 

La troisième élection présidentielle de l’ère semi démocratique approche à grands pas. Pouvoir et opposition s’y préparent avec une ferveur croissante. Les candidatures se multiplient, les plus significatives laissant présager une compétition acharnée, vigoureuse, pleine d’incertitudes et de dangers quant à ses conditions de déroulement. Mais l’espoir est grand dans le camp de plus en plus étendu, de ceux qui désirent ardemment, en cette occasion, voir enfin s’opérer l’alternance à la tête d’un Etat épuisé à faire du surplace et largement dépassé par l’ampleur des difficultés auxquelles le pays fait face depuis plusieurs décennies, l’usure du pouvoir brisant tout amortisseur d’une crise devenue inquiétante.

Vraisemblablement, l’opposition ira en rangs séparés, malgré les appels de la raison politique et les efforts de bonne volonté déployés tant en son sein qu’en dehors pour convenir d’une candidature de large convergence. A défaut, malheureusement, d’une candidature unique inspirée de sa propre histoire et souhaitée par les secteurs les plus divers de notre société en forte demande de changement global, la paix civile et la concorde nationale etc. D’énormes enjeux qu’il convient de peser avec justesse sont donc au cœur de cette présente élection qui ouvre des perspectives contradictoires pour un pays au carrefour de son destin.

Le contexte très particulier dans lequel intervient cette compétition retient d’abord et avant tout l’attention des observateurs attentifs à ce qui pourrait advenir d’un pays travaillé au plus profond par la nécessité d’une alternance et surtout interpellé par la modalité sous laquelle elle pourrait ou devrait intervenir : dans la paix civile et le compromis entre les acteurs politiques ou, au contraire, dans la fureur des armes et la violence destructrice.

Des chances sérieuses existent en tout cas, de voir s’effectuer relativement en douceur ce passage vers une étape supérieure de notre processus démocratique, si pouvoir et opposition jouaient vraiment le jeu responsable du dialogue sincère et se laissaient guider par le seul esprit qui vaille en cette trouble période de notre histoire : celui du consensus politique et social. Et si, en son sein, l’opposition pouvait, sur tous les plans, se montrer à la hauteur des tâches que requière l’impératif de l’alternance pacifique.

Nous examinerons notre thème sous ce triple aspect du contexte de crise dans lequel aura lieu cette élection (I), de l’exigence d’une alternance pacifique qui en résulte (II) et des conditions et facteurs qui rendent possible cette année, le changement attendu (III).

 

I. La présidentielle intervient dans un contexte de crise profonde de la société mauritanienne

 

Si le thème de la « crise » peu paraître à certains égards galvaudé, cette dernière n’en est pas moins une réalité difficilement contestable, à l’heure où le pouvoir, incarné par le candidat sortant, s’offre de poursuivre sa politique traditionnelle en sollicitant l’adhésion des populations aux orientations et décisions qui , tout au long de ses deux mandats successifs très contestés, ont débouché sur l’impasse actuelle. Le rappel des aspects les plus significatifs de cette crise pourrait sans doute aider à comprendre l’urgence des reformes à effectuer dans les domaines les plus variés, particulièrement en matière de gouvernance, nœud gordien de toute entreprise de remise en état de marche de notre Etat.

 

A . Quelques aspects saillants de la crise

 

Il n’est pas juste de ne voir que le passif du régime en place et de ne pas reconnaître la réalité de certains succès dans divers domaines (politiques, économiques, sociaux ).

Il n’est pas juste non plus de dire que toutes les orientations ou décisions de ce régime sont erronées et doivent être jetées à la mer ou aux oubliettes. Il y’a pour un homme politique comme pour tout homme ordinaire un double devoir d’honnêteté et de lucidité dans le jugement. On ne gagne rien avec le manichéisme et à vouloir tout nier on risque, un jour de se déjuger en tout.

Si le bilan du régime n’est pas négatif en tout, il n’en présente pas moins des lacunes et des insuffisances d’une gravité telle qu’un profond et durable mouvement de réformes s’impose pour tout observateur, avec la clarté de l’évidence. Aujourd’hui, les aspects majeurs et les dimensions de ce qui apparaît bien comme une crise de notre société sont très largement connus et dénoncés de toutes parts, y compris dans des milieux ou des secteurs proches du pouvoir ou en tout cas distants de l’opposition.

Elles est économique et affecte d’ores et déjà, structurellement, les facteurs de production comme on le voit dans les domaines stratégiques de la pêche et de l’agriculture, singulièrement le secteur de l’élevage, mais également dans ceux des entreprises de la petite et moyenne industrie dont l’essor, crucial pour notre développement durable est compromis par des pratiques néfastes à la libre initiative, à la libre concurrence et au respect de l’Etat de droit économique.

Elle est sociale comme le traduisent les disparités effarantes de richesses entre une minorité de plus en plus réduite de riches et une masse de plus en plus nombreuse de déshérités issus des classes populaires et des ex-classes moyennes, frappés par un chômage massif et l’absence criante de toute couverture sociale sérieuse.

Elle est financière comme on le ressent tous en ce moment même, à travers cet étrange assèchement des liquidités qui plonge dans la morosité voir le désarroi les opérateurs économiques les plus nombreux, dans un contexte de chute constante de valeur de l’ouguiya.

Elle est culturelle et éducative comme le montre l’état de délabrement du système d’enseignement à tous ses étages et qui relativise considérablement la portée de la campagne du pouvoir sur le livre.

Elle est morale comme le démontre chaque jour le scandale permanent des détournements de fonds, de la corruption généralisée et des pratiques clientélistes qui altèrent la confiance des citoyens en l’Etat, son administration et ses agents patentés, les atteintes répétées à la dignité et à la liberté d’expression des citoyens, journalistes, Oulémas, prédicateurs et Imams de mosquées à travers des campagnes de presse haineuses et dangereuses au nom d’une lutte hypothétique contre le « terrorisme » et l’islamisme militant.

Elle est politique, surtout politique, ce qui résume et explique à la fois l’impasse de la société dans son ensemble et les insuffisances voire l’inanité des solutions préconisées par ceux qui gouvernent le pays.

C’est l’aspect le plus saillant de cette crise multiforme puisqu’il affecte la direction générale du pays, son « pilotage ».

 

B. La nature profonde de la crise : une crise de gouvernance

 

Le pays donne en effet à tout observateur objectif l’impression d’une mal gouvernance patente, généralisée et à plusieurs facettes.

Au plan politique, fait défaut la condition indispensable de toute réelle gouvernance moderne, démocratique, à savoir la reconnaissance par le pouvoir des droits essentiels de l’opposition, le dialogue permanent et réel entre tous les acteurs politiques, leur respect mutuel.

Les libertés publiques essentielles sont précarisées au plus haut point, leur jouissance laissée à l’appréciation subjective des seuls tenants du pouvoir. D’où les pratiques inacceptables de la censure injustifiée de la presse, la dissolution des partis politiques, l’arrestation de leaders de l’opposition, l’ingérence unilatérale de l’administration dans la libre activité des acteurs de la société civile comme on le voit avec la provocation artificielle de l’explosion de l’Ordre des Avocats et les risques de sa perte d’indépendance vis-à-vis de l’exécutif, le refus injustifié de reconnaître des associations et organisations non gouvernementales,la marginalisation de la société civile et l’absence quasi-totale du dialogue social, l’accaparement de l’espace médiatique officiel (radios et TV ) par les seuls tenants du pouvoir …etc.

Les institutions publiques, y compris celles garantes de toute bonne gouvernance comme la justice sont fragilisées et soumises à l’emprise d’un exécutif hégémonique et dominateur qui a éclipsé depuis toujours un parlement réduit au silence ou à l’acquiescement.…Comme au bon vieux temps du parti unique et des régimes d’exception !

De tout cela et de bien d’autres choses résulte la paralysie politique et institutionnelle qui donne la mesure de la crise générale de gouvernance qui affecte le pays, fragilise et divise la nation et fait peser sur nous la lourde et funeste menace du chaos, des règlements de compte, de l’esprit revanchard et des haines en tous genres…

 

II. L’alternance pacifique et la transition consensuelle sont les seules alternatives viables

 

L’impasse actuelle pose à tous, acteurs politiques, membres de la société civile comme simples citoyens la question simple et lourde de conséquences, suivante : comment en sortir ?

La réponse délivrée par notre parti, l’UFP, et à laquelle se rallient de plus en plus de mauritaniens indépendamment de leur appartenance partisane, est que toute tentation au recours à la confrontation et à la violence ne mène nulle part qu’à l’impasse. Mais le statu quo également est devenu impraticable, impossible à supporter pour la collectivité nationale dans son ensemble- qui aspire à voir la Mauritanie emprunter une voie plus assurée vers la paix et le développement durable, dans une démocratie stable.

L’histoire de notre pays et l’expérience des autres peuples à l’heure actuelle ne nous laissent aucun autre choix que celui d’un changement politique pacifique, changement qui, pour être viable passe par une période de profondes réformes opérées par consensus national ou à très large adhésion populaire.

 

A. L’impasse de la violence et l’exigence d’une alternance pacifique

 

La Mauritanie appartient à la zone grise des pays à haut risque de conflits chaotiques, à l’instar de nombreux pays africains., singulièrement ceux de l’espace sahélo-saharien. Cette incontestable réalité s’explique par la nature des contradictions qui traversent notre société, structurent et animent le jeu des acteurs politiques, contradictions qui appellent des solutions dans la durée mais dont l’urgence impose des traitements hors d’atteinte de la gestion unilatérale et solitaire du pouvoir. Ces contradictions sont de divers ordres ; les plus graves sont de nature identitaire, intra communautaire (question hartani et compétition intertribale et/ou régionale) et interethnique, sur fond de rivalités féroces entre des élites assoiffées de postes dirigeants et sur fond de fracture profonde entre la société, le pouvoir et les forces sociales dominantes. A quoi il faut ajouter un contexte sous régional marqué par des menaces potentiellement graves liées à la non solution de la question saharaouie dont le « virulence » pourrait à tout moment compliquer nos relations de bon voisinage et entraîner des conséquences très graves pour notre sécurité extérieure et notre indépendance nationale. Cette menace potentielle doit être prise très au sérieux compte tenu également de notre probable prochaine entrée dans le cercle très envié et redouté des pays pétroliers et gaziers, suscitant ainsi de dangereuses convoitises sur nos éventuelles réserves off Shore.

C’est un décor maléfique qui se met en place sous nos yeux, pièce après pièce, et qui attend patiemment qu’entrent en scène les acteurs de l’Apocalypse…

Dans ce contexte délétère, il est certain qu’aucune confrontation violente ne peut déboucher sur la moindre reforme politique, économique ou sociale viable et durable.

Jusqu’ici, les appels des principaux dirigeants de l’UFP et de ses instances ont paru n’être qu’une prêche émouvante dans le désert voire des appels du pied en direction du pouvoir pour nombre d’acteurs politiques et de simples citoyens, tant leur paraissait impensable cette funeste perspective de déstabilisation chaotique, de guerre civile en particulier... Malheureusement, les évènements des 8 et 9 juin et leurs nombreuses suites politiques et sociales prouvent le bien fondé de nos préventions et de nos craintes. Il est d’ailleurs à craindre qu’il n’y eût là qu’une alerte ou, bien pire, une répétition générale de ce qui pourrait nous arriver à plus grande échelle. Le ver désormais est dans le fruit.

La rapidité de survenance desdits évènements et la vacuité incroyable du pouvoir d’un régime à l’idéologie sécuritaire renforcée, le début des scènes de pillage de certaines administrations, les contours rapidement tribaux de la lecture faite de l’action des conjurés, la panique des simples gens, tout cela a aussi montré l’inutilité et l’improductivité politique à terme, du recours à la violence comme mode de règlement des différends politiques dans la Mauritanie actuelle, en même temps que l’échec de la gestion solitaire et strictement sécuritaire de la chose publique.

 

B. L’alternance pacifique et la consolidation de la démocratie :

la voie de la transition consensuelle apaisée

 

En dépit de quelques progrès réels opérés par rapport aux régimes d’exception, la situation générale du pays rend chaque jour plus urgent un changement qualitatif dans les domaines essentiels de la vie de notre nation. La question n’est plus de savoir si alternance il doit y avoir mais quand et dans quelles conditions, étant entendu qu’est exclue toute alternance violente comme voie prometteuse de changement.

Il reste à dire qu’en soi, l’alternance n’est pas un programme et que selon les pays, les époques et les situations sa nature peut profondément varier.

D’une façon générale et théorique on peut distinguer selon leurs objectif et conditions, deux types d’alternance : l’alternance exclusive et l’alternance inclusive.

Dans le premier cas de figure, les acteurs sont dans un rapport de compétition classique. Dans le respect du droit en vigueur, celui qui gagne les élections s’empare de la totalité de la « cagnotte », c’est à dire le pouvoir, réduisant le perdant au rôle de l’opposant exclu de l’exercice de ce pouvoir qu’incarne l’exécutif, particulièrement le gouvernement. L’exemple est celui des pays des démocraties stabilisées, surtout occidentales. On en a eu une illustration lors des dernières élections au Sénégal et dans de nombreux pays d’Afrique. Ce schéma est celui qui reproduit le mieux la conception traditionnelle de la démocratie comme système politique stable de domination régulée de la majorité issue des urnes. La minorité, hormis des « poches de résistance » dans les institutions non exécutives (parlement, conseils de toutes sortes) reste exclue de l’exercice réel du pouvoir et se cale dans son rôle de « poil à gratter » de la majorité, en attendant son heure, c'est-à-dire de prochaines élections.

Dans la deuxième hypothèse, les acteurs ne sont plus dans un rapport d’exclusion-élimination réciproque mais dans celui d’une coopération relative définie par un axe majoritaire. L’exemple emblématique est celui du gouvernement participatif d’Afrique du Sud après la fin de l’apartheid ou encore le Gouvernement instauré au Mali après la victoire de ATT à la dernière présidentielle. C’est apparemment la voie que tente d’explorer le Président A. Wade au Sénégal, après en avoir fait le bénéfice pragmatique sous des gouvernements successifs de l’ère Diouf. En cas de conflits armés, la seule solution politico-institutionnelle que préconisent, facilitateurs, médiateurs et protagonistes, comme on le voit systématiquement dans tout notre continent, relève précisément de cette voie.. Cette voie est la plus viable et la plus fiable pour l’instauration ou la consolidation de la démocratie, surtout après une longue période de régime autoritaire et lorsque les divisions nationales et sociales sont profondes. La cogestion permet des reformes graduelles et acceptées par le plus grand nombre possible d’acteurs et reflète mieux la diversité des opinions au sein du peuple. C’est le meilleur cadre pour une équitable et sérieuse réconciliation nationale, après des déchirures, des tensions passionnelles et une longue période de mésentente politique. Plus généralement, elle est idéale pour les sociétés en transition politique, pour éviter les soubresauts et les tensions résultant immanquablement d’une direction unique et unilatérale, même démocratique, d’une société dont la culture démocratique n’est pas encore bien affirmée ou a été durablement et profondément compromise.

Ayant perdu les élections, la nouvelle opposition, en qui se reconnaît une fraction du peuple, n’a cependant pas « tout » perdu, s’impliquant dans une mesure définie, dans la mise en œuvre d’une nouvelle politique, qui ne peut être dès lors que de large union nationale et sociale. C’est le prix de la stabilité démocratique dont le soubassement juridique et politique, formalisé ou non, est un pacte national (consensus ou compromis national) pour gouverner ensemble la maison commune. A seule condition que l’opposition accepte la nouvelle donne et le changement voulus par le peuple.

C’est dans cette direction que s’est orientée la stratégie électorale de l’UFP et qu’elle a négocié et fait figurer dans l’accord de création de la Coalition pour une Alternance Pacifique(CAP) conclu entre le président Mouhamed Khouna ould Haîdalla et le président Mouhamed ould Maouloud et entériné par notre dernier Conseil National.

Pour qu’une telle approche puisse se concrétiser par une large adhésion des masses populaires convertie en une large victoire électorale, il importe d’accepter et de proclamer solennellement que le nouveau gouvernement issu des élections comprendra non seulement le plus large spectre possible d’acteurs de l’ancienne opposition démocratique et de la société civile mais qu’il sera également ouvert à la nouvelle opposition en vue de sa participation responsable, sur la base du programme électoral des forces du changement et des acquis réalisés par l’ancienne équipe.

Les reformes engagées dans de telles conditions de sérénité, de concertation, de persuasion et de réalisme, auront plus de chances de durer et d’être respectées, tout au long de transition, que si elles étaient unilatéralement imposées même par la voie majoritaire .Telle est notre profonde et sincère conviction à l’UFP.

 

III. Eléments d’évaluation des conditions et des chances de succès de l’alternance pacifique

 

Le changement auquel aspire manifestement une grande partie de notre peuple, y compris des franges de l’électorat du PRDS et même une partie de l’establishment politique, ne pourrait se réaliser dans les conditions les meilleures pour tous que si certains préalables liés à l’état des rapports avec le pouvoir étaient remplis et que l’opposition dans sa diversité parvenait à dégager un axe de convergence globale orienté par une stratégie électorale intelligente, ouverte et soucieuse d’une victoire avantageuse pour le plus grand nombre possible de mauritaniens.

 

A. L’instauration d’un climat de dialogue et de compétition loyale entre les acteurs de l’élection

 

Tout le monde, de nos jours convient sur la nécessité, voire l’impératif d’un dialogue national démocratique qui, sans plonger la Mauritanie dans les méandres politiciens des « Conférences nationales souveraines » africaines de naguère, ouvre au contraire des perspectives d’une civilisation de l’espace politique, une possibilité réelle d’un sursaut collectif et la chance d’une plus grande affirmation du sens des responsabilités de tous face à des échéances aussi considérablement importantes que cette présente élection présidentielle.

Le climat de dialogue ne doit pas concerner que le pouvoir et l’opposition mais tous les acteurs entre eux. L’expérience dans certains pays montre qu’il est primordial que les leaders politiques, particulièrement les candidats, acceptent de se rencontrer et d’instaurer entre eux des règles de bonne conduite, non seulement pour les élections proprement dites mais également lors de la proclamation des résultats, la passation éventuelle des pouvoirs et l’installation des nouvelles autorités.

Cela suppose qu’aient été négociées ou acceptées les conditions générales d’une compétition transparente et réellement égale pour tous, en termes de neutralité de l’administration, de disposition des moyens de l’Etat, etc .L’engagement du chef de l’Etat auprès du président de l’UFP d’assurer la régularité et la transparence électorale doit être pris au sérieux et être très rapidement concrétisé par des gestes forts et des décisions significatives en concertation avec le reste de la classe politique. Les acquis psychologiques et structurels des dernières municipales et législatives doivent être sauvegardées et renforcées à travers leur systématisation textuelle et des garanties effectives et rapides de recours administratifs et judiciaires en chacun de leurs aspects saillants, pour les acteurs politiques et les citoyens..

Dans notre contexte actuel, il s’agira très vite d’étendre à tous les acteurs politiques, le climat de discussions cordiales et courtoises qui règne entre le Président de la République et le Président Maouloud, en se défaisant des préventions et préjugés, en ayant les uns à l’égard des autres, une attitude républicaine de main tendue et de reconnaissance respectueuse mutuelle. Il faut décrisper l’atmosphère préélectorale, détendre les rapports pour s’entendre sur les règles d’un jeu qui, sinon risque d’être cette année, particulièrement dangereux.

A court terme, l’avenir de notre nation dépendra d’un signe : celui du respect que tous devraient se témoigner, avant et après cette périlleuse élection- qui se jouera constamment sur les marges d’un gouffre, voire d’un trou noir.. Pensons à Madagascar. Pensons à la Côte d’ivoire. Pensons à tous ces malheureux pays de notre continent, happés à leur corps défendant, par l’engrenage des guerres civiles électorales, par refus de compromis, par entêtement à pousser aux extrêmes et l’esprit va-t-en guerre du tout ou rien.

Ne nous entêtons pas à clore nos espoirs d’une patrie réconciliée avec elle-même et en charge de son destin, avec tous ses fils. Dans la paix des cœurs et la tranquillité des esprits.

B. La mise en œuvre d’une « stratégie électorale d’ouverture » des forces de changement

 

La victoire pour une alternance pacifique suppose que puisse être obtenu, non seulement l’essentiel des suffrages de l’électorat proprement dit de l’opposition mais également que soit ôté au régime au moins une partie de ses électeurs traditionnels ou alliés proches. Cette donnée fondamentale implique un style, un discours et un choix judicieux en matière de candidature. C’est la raison de la stratégie électorale globale suivie par l’UFP, en matière de programme électoral, de soutien à une candidature unique de l’opposition ou, à défaut, d’une candidature de large convergence à travers l’adhésion à la candidature de Mohammed Khouna Ould Haïdalla et la création de la CAP .

En dépit de ses efforts, l’opposition n’a pu convenir d’une candidature unique issu des rangs des partis. Cette solution aurait pu être idéale à plusieurs égards : la bipolarisation qui en eût résulté aurait pu entraîner un élan encore plus considérable dans la mobilisation des électeurs de cette opposition appartenant généralement aux mêmes milieux populaires ou semi populaires, tout en étant un puissant facteur d’entraînement de l’électorat hésitant des milieux traditionnels de l’establishment, en faveur d’une telle candidature. C’est la configuration la plus proche de la première présidentielle et qui marque encore l’esprit de l’électeur populaire. La dispersion, à l’évidence, favorise le candidat du pouvoir et dessert la cause électorale de l’opposition dans son ensemble. Il est aisé de le démontrer et pas bien difficile de le comprendre.

Mais cette hypothèse aurait également simplifié le jeu politique qui serait beaucoup plus « contrôlable » en cas d’accrocs et moins susceptible de voir se disperser les centres de décisions politiques dans ce cas de figure – ce qu’il faut bien sûr toujours avoir présent à l’esprit.

N’ayant pas pu convenir d’une telle candidature issue de leurs rangs, les partis politiques d’opposition auraient pu ensemble, envisager de soutenir un candidat « extérieur ». L’histoire politique récente du pays plaide en faveur d’un tel choix, chacun ayant à l’esprit celui de M. Ahmed Ould Daddah lors de la première présidentielle de l’ère semi démocratique.

Il n’est toujours pas tard, loin s’en faut, pour revenir à la juste raison et à la logique des choses politiques de chez nous, dans un contexte qui est celui d’une transition et non d’une libre compétition entre les différentes familles politiques du pays, agissant chacune sous sa propre bannière…

En tout cas, pour diverses raisons, jamais l’alternance n’a eu autant de chance de se réaliser qu’au cours de cette présidentielle.

Le régime a été considérablement ébranlé par les évènements du 8 juin et, loin de prendre les initiatives à la hauteur de la situation, notamment en initiant une politique nouvelle de large rassemblement national susceptible de redonner au peuple la foi nécessaire pour sortir de l’impasse actuel, reste apparemment animé par sa logique traditionnelle de gestion solitaire et verticale des affaires, en dépit de la disposition réitérée du Président de la République à continuer le dialogue avec l’UFP, comme en témoigne la dernière entrevue accordée de sa propre initiative, au leader de ce parti.

La fragilisation du système de pouvoir se ressent dans les décisions prises au lendemain de ces évènements : départ précipité et fort peu amène des cacique du régime, mesures maladroites d’affectation des ministres en charge de la neutralité de l’administration d’Etat, spécialement celui de l’Intérieur, comme responsables de campagne du PRDS dans des circonscriptions électorales, mise sous tutelle électorale de la Confédération générale des employeurs en faveur du candidat sortant en violation grossière de ses statuts, utilisation abusive du sceau et documents emblématiques de l’Etat pour la déclaration de candidature de ce dernier, chantage administratif exercé sur les cadres et leur enrôlement forcé dans les expéditions électorales du candidat du pouvoir élevé au rang de candidat-Etat etc. etc.

Il est clair que l’énormité politique et juridique de toutes ces bourdes est en rapport inverse de l’espoir que les tenants du pouvoir ont cette année de voir leur candidat passer le cap du premier tour, et a fortiori de gagner un éventuel second. L’inquiétude est palpable dans tous les milieux du parti - Etat encore sous le choc, désarçonnés par la tournure des évènements de ces dernières semaines et encore incapables de s’orienter dans la configuration politique en cours.

Une grande partie des électeurs du camp du pouvoir basculeront dans celui du changement qu’incarnent la CAP et son candidat, aussi vrai que ce dernier, fort des soutiens issus des milieux les plus divers de notre société, a su prendre par devers son peuple et l’opinion internationale, les engagements les plus attendus dans cette période délicate de l’histoire de notre pays : être l’homme du changement consensuel, de l’ordre démocratique, de l’alternance pacifique inclusive et de la marche en avant de notre nation réconciliée…

Un nouveau jour se lève peut-être en Mauritanie.


MCD : A propos d'une profession de foi

À:MAURITANIE-NET@HOME.EASE.LSOFT.COM

Nous soumettons aux neteurs les réflexions suivantes que nous a inspirées la profession de foi de Monsieur Mohamed Khouna Ould haïdalla. Ce texte, envoyé le 15 août dernier, paraît dans le numéro 406 du Calame de ce mercredi 20.

Le candidat Ould Haïdalla a publié, le 17 août, un programme qui complète sa profession de foi. Nous en prenons acte. Nous continuons, cependant, à penser que cette candidature ne pourrait avoir de sens ou de chances de réussite en dehors du soutien d'un ensemble significatif de partis de l'Opposition."Elle ne pourrait être une candidature de témoignage ni de positionnement politicien." Puisse cette campagne électorale être aussi l'occasion d'un débat d'idées. Bien des choses à chez vous

Mohamed Baba

Mohamed Khouna Ould Haïdalla a gouverné le pays pendant quelques cinq années, de 1979 jusqu’au sinistre 12/12 de 1984.

Les plus de trente cinq ans parmi nous n’ont pu oublier le volontarisme et la simplicité du personnage. Se prenant pour le calif Oumar, il croyait en la force de l’exemple et la pédagogie de la vertu individuelle. On se rappelle notamment les campagnes « min aïne leka hadha ?» (d’où te provient ce bien ?), qui se voulaient le début spectaculaire d’une opération « mains propres » visant à dénoncer les détournements et autres confusions entre deniers publics et propriété privée.

On se souvient aussi du sang dégoulinant des moignons des mains coupées, des exécutions publiques devant le cordon de dunes du littoral de Nouakchott, des flagellations de femmes présumées adultères dans le stade de la capitale ainsi que des processions et autres prières collectives auxquelles Ould Haïdalla assistait et qui devaient participer à une vaste entreprise visant à faire tomber la pluie !

Ces relents de démagogie, sous-tendus d’un obscurantisme d’un autre âge, sont encore présents dans les mémoires. Ould Haïdalla les avait encouragés dans cette période où l’actuel chef de l’Etat, Ould Taya, était son premier ministre puis son chef d’Etat major et, étant donné la structure de commandement du régime militaire, son plus proche collaborateur.

 

Depuis lors, un certain islamisme a tourné court en Iran et une certaine application de la Chariaa n’a pas rendu les soudanais plus prospères, alors que les Talibans ruinèrent, en même temps que les gigantesques statues de Bamyan, toute sympathie envers une lecture populaire, littérale et non contextualisée de la religion.

 

Aujourd’hui, après dix neuf ans à l’écart d’un pouvoir dont il a été destitué et une longue traversée du désert, Mohamed Khouna Ould Haïdalla se présente au suffrage des mauritaniens, porteur d’une profession de foi quelque peu lapidaire.

 

En gros, cette déclaration pourrait se résumer ainsi : ‘l’exercice solitaire du pouvoir (la dictature) est la cause de la crise actuelle. Je m’engage, si vous m’élisez, à instaurer des institutions plus démocratiques, à laisser les acteurs de la scène politique les utiliser sans restrictions (libertés diverses) et, une fois que j’aurais vérifié que tout marche bien, je me retirerai ; il me faudrait cinq ans pour cela. ».

 

Autrement dit, Ould Haïdalla, se propose à assurer, quand il sera élu, une transition entre la situation de blocage systématique qui privatise l’Etat au profit d’un clan et un exercice normal de la démocratie. Evidemment, là aussi, il est difficile de rester sourd à l’échos que renvoie dans nos mémoires une autre promesse, faite du temps du CMSN, et au bout de laquelle on devait rendre le pouvoir aux civils et faire rentrer l’armée dans ses cantonnements…

 

Sans vouloir mettre aux mêmes niveaux de pertinence la promesse d’un officier supérieur de l’armée (Haïdalla des années 80), échaudé par l’incurie de son institution quant à la conduite des affaires liées à la gestion de la cité et voulant refiler la patate chaude aux civils, et le candidat actuel, mu par un agacement légitime et une volonté affichée de sortir le pays de l’actuelle ornière et de prévenir le cycle d’instabilité qui le guette, nous croyons qu’une forte dose de pédagogie appuyée de signes forts et explicites resteront nécessaires pour accréditer un tel projet.

Il est indéniable que l’urgence de la Mauritanie actuelle ne pourrait être ailleurs que dans le dégagement de ce caillot, fait de dix neuf ans de sédimentation d’injustice, de frustration et de marginalisation et qui obstrue les artères de sa circulation lui faisant courir un réel risque d’une fatale embolie. Ce caillot c’est le régime de Ould Taya, tout le régime, avec ses mécanismes faits de clientélisme, de tribalisme et autres systèmes de maintien de la domination des clans sur la majorité des mauritaniens.

La résorption de ce caillot ne devrait, cependant, pas se faire sans tenir compte de l’état du malade et de ses chances de survie à une telle opération. C’est en cela que toute stratégie ou thérapie qui risquerait d’abîmer le corps de notre société est à proscrire d’où le haut risque lié à la pratique des coups d’Etat, même à la Toumani Touré.

L’idée de la transition est excellente et constitue la seule réponse à l’émiettement actuel de l’Opposition, minée par les ambitions personnelles de ses leaders, laminée par la diète à laquelle la soumet le régime et le peu d’élasticité que lui offre une légalité sous haute surveillance. Cette candidature de transition pourrait, en fait, être considérée comme un report des élections, lesquelles élections ne pourraient être réellement envisagées que quand de profonds aménagements de l’espace d’expressions auront été effectués.

Il reste, cependant, indispensable que le caractère « transitionnel » d’une telle candidature soit encore mieux souligné. Il nous paraît, par exemple, plus judicieux, pour emporter une adhésion plus large et dissiper la crainte d’une partie de l’Opposition, que Ould haïdalla s’engage à ne rester au pouvoir que le temps nécessaire pour mener à bien cette transition sachant que ce temps ne pourrait, en aucun cas, dépasser celui d’une législature, ramenée à cinq ans.

En plus, pourrait-on, pendant ce temps ne rien faire d’autre ? (renvoyer l’élaboration du programme politique, social et économique à l’après élection est une façon, peu élégante de notre point de vue, de demander un chèque en blanc à ses électeurs.)

Dans sa profession de foi, Ould Haïdalla insiste sur la nécessité de garantir les libertés d'expression écrite et orales. Il est facile d’en déduire la volonté du candidat d’abolir les différents types de délits d’opinion et de soulager les personnes et partis qui en sont victimes. Il aurait été plus clair, pour tout le monde, de voir écrit noir sur blanc, que le candidat s’engage à vider les prisons, à rétablir les partis abusivement interdits et à autoriser les exilés pour délit de pensée à rentrer au Pays.

 

D’autres questions semblent tout simplement avoir été absentes ou occultées du champ de réflexion de l’équipe du candidat. Nous nous permettons d’en citer quelques unes :

1- Comment traiterait-on les questions de justice ? Devrions-nous attendre cinq ans avant d’aborder la question de l’impunité des crimes de sang commis par les agents de l’Etat en service commandé ou pas (loi d’auto-amnistie) ?

2- Attendrait-on cinq ans avant de trouver une solution honorable et digne au problème des réfugiés et autres déportés qui croupissent aux frontières de leur pays ?

3- Donnerait-on cinq ans aux pilleurs des caisses de l’Etat, corrompus et autres corrupteurs pour se mettre et mettre à l’abri leur prise de guerre ? Il nous semble qu’un audit, effectué par une instance indépendante, est nécessaire. Il nous semble aussi qu’un système de déclaration avant et après la prise de fonction ou le début de mandat devrait être instauré pour tout élu ou haut fonctionnaire. Le candidat à la présidence et son équipe devant s’engager à donner l’exemple.

4- Devrait-on laisser le chantier de l’abolition de l’esclavage au point où il était en 1980, avec l’insupportable idée de l’indemnisation des maîtres et l’absence affligeante de tout accompagnement économique et pénal de cette ordonnance ?

5- Est ce que le candidat pourrait continuer à taire ses intentions quant à sa politique étrangère ? Les conflits chez nos voisins, l’intégration de la Mauritanie dans son environnement sous-régional (OMVS, CEDAO…) et son positionnement sur les grandes questions internationales (question palestinienne) ne pourraient pas être escamotés.

Pour finir, il nous semble évident qu’une telle candidature n’aurait de sens que si elle est lancée avec le maximum de chances de réussite. Elle ne pourrait être une candidature de témoignage ni de positionnement politicien. Aussi est-il indispensable qu’elle recueille l’adhésion de l’ensemble des partis de l’Opposition.

Le 15/08/2003

Mohamed Baba

Mohamed Mahmoud Ould Maloum

Jemal Ould Mohamed


De la chimère du deuxième tour

Après que le numéro 406 du Calame, dans lequel nous avions une contribution, a été saisi, la crainte de la censure a dissuadé les journaux d’opinion en Mauritanie de nous publier. En attendant l’invention d’un article 11 pour les forums électroniques, nous versons cette tribunes aux débats autour des élections présidentielles de novembre prochain.

Bien des choses à chez vous, Mohamed Baba

 

« Sept novembre 2003. Vent de sable persistant sur une grande partie du pays. A 12 heures, le taux de participation était de 36% mais, quatre heures plus tard, après que les mauritaniens se sont acquittés du devoir de la prière du vendredi, les services du Ministère de l’Intérieur annonçaient le chiffre de 65%. A minuit, les estimateurs avançaient le score de 70% pour le candidat du parti au pouvoir, le PRDS, alors que les trois principaux candidats de l’opposition se partageaient, de façon inégale, les 30 restants.

 

Les observateurs, dépêchés par l’Union Européenne, l’Union Africaine et la société civile arabe, affirmaient que le scrutin fut globalement transparent avec quelques irrégularités qui ne pourraient, cependant, pas remettre en cause les résultats finals.

 

Le président sortant, sans attendre la proclamation des résultats officiels, appelle à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Les postes de présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat seraient réservés aux leaders de l’opposition qui voudraient bien répondre à cet appel.

 

Un important dispositif militaire et policier est visible aux principaux centres d’intérêt de la capitale et non loin des permanences de campagne des candidats malheureux. Le BASEP (BAtaillon SÉcurité Présidentielle) est en état d’alerte maximale.

 

Le lendemain, les trois chefs de l’opposition battus reconnaissaient leur défaite sans donner, publiquement, la réponse qui serait la leur à l’appel du chef de l’Etat… ».

 

Politique fiction ou fiction tout court nous dirait-on ? Pas si fictif, de notre point de vue !

 

Après la tentative de coup d’Etat où il vit la mort de bien près, l’actuel chef de l’Etat et candidat du PRDS prit le temps de bétonner sa propre sécurité. Il fit le vide autour de lui puis reconstitua, par sélections successives, une nouvelle garde rapprochée. Comment pourrait-on nous faire accepter que l’option de l’abandon du pouvoir fût, ne serait ce qu’un seul instant, envisagée par Ould Taya ? Le pouvoir c’est son gilet pare-balles et son assurance tous risques. Voudrait-on qu’il devienne opposant, consultant ou expert au près de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme ? Ou alors lui demanderait-on d’apprendre le Coran tout en s’adonnant aux plaisirs de l’élevage en attendant que, dans cinq ans, on vienne le chercher pour sauver la Mauritanie ?

Qui pourrait lui garantir cette alternative ? Sûrement pas ses innombrables victimes, mortes, invalides, forcées à l’oubli ou déportées et exilées à l’étranger mais déterminées à ce que justice passe.

 

Par contre une bonne ré-élection, avec un score raisonnable (après tout Chirac s’était bien fait ré-élire avec 82% des voix), peu ou mollement contestée par une opposition laminée, attestée par des observateurs indépendants et étrangers ouvrirait devant lui le grand boulevard de la pérennité et lui donnerait le temps de préparer gentiment une succession bien plus rassurante.

 

Un gouvernement d’union nationale parachèverait son image de père de la démocratie et garant de la stabilité du pays dans un océan africain proie aux grands remous identitaires.

 

Les résultats des futures élections présidentielles seront communiqués, au Ministère de l’Intérieur, par les préfets de la République. Souvent eux-mêmes membres du dispositif de campagne du candidat du PRDS, peu parmi eux pousseraient le zèle ou la conscience professionnelle jusqu’à transmettre des résultats donnant moins de 50% à leur champion.

 

Ceux qui pensent, calculent et échafaudent toutes sortes de combinaisons et de scénarii, sur le deuxième tour se fourvoient lourdement. Se croyant dans une démocratie apaisée, certains « stratèges » de l’Opposition, pour justifier, soit leur incapacité à emporter l’adhésion de leurs interlocuteurs soit par ambition personnelle, essayent de nous convaincre qu’après tout dans une opposition plurielle, la multiplicité des candidatures serait signe de vitalité et « qu’au premier tour on choisit et au deuxième on élimine » ! C’est, au mieux, de la belle supercherie.

 

Même rassemblée derrière un candidat commun, il nous semble peu probable que les résultats, que proclamerait le Ministère de l’Intérieur au lendemain du 7 novembre prochain, soient favorables à l’Opposition. Nous croyons, par contre possible que, dans le cas d’une stratégie unitaire, la majorité des mauritaniens vote contre Ould Taya. Ce potentiel majoritaire ne demande qu’à être intelligemment exprimé.

 

Quelques pistes nous semblent dignes d’être explorées :

 

1- Crédibiliser l’alternance et donner espoir à la majorité captive.

Le vote, dans notre pays, suit les contours des clans et des tribus. La démission, volontairement organisée, de ce qui devrait être l’Etat de ses fonctions fondamentales (santé, éducation, justice, solidarité…) a encouragé la résurgence de féodalités et de baronnies qui se transformèrent rapidement en autant de fiefs électoraux. Les électeurs votent pour la notabilité du coin avant de voter pour le PRDS. Les notabilités, par ce commerce de voix, arrivent à négocier leur valeur marchande aux près des grands ordonnateurs des faveurs administratives. Cette majorité captive ne pourrait être atteinte que quand il deviendra crédible aux yeux de tout le monde que le pouvoir pourrait changer de mains. Il conviendrait que l’Opposition s’engage à briser les chaînes de cette majorité captive en s’exprimant clairement en faveur de l’instauration de mécanismes de solidarité nationale, de sécurité sociale et de redistribution de la richesse du pays.

 

 

2- Prendre l’opinion nationale et internationale en témoin.

L’Administration ainsi que les forces armées et de sécurité nationale doivent être le garant de la pérennité de l’Etat et des Institutions de la République. L’Opposition se doit de leur rappeler ce rôle d’arbitre neutre et impartial. Aucune des parties prenantes à la compétition électorale n’aspire à l’instauration du chaos en Mauritanie. Nous ne croyons pas non plus que les Etats voisins ou les puissances étrangères plus éloignées cherchent à créer un foyer de tension supplémentaire dans la sous région. Il nous semble opportun que l’Opposition annonce clairement, bien à l’avance et à répétitions que la fraude, sous quelques formes que ce soit, ne pourrait être tolérée cette fois. Ceux qui voudront tricher feront courir aux pays des risques incalculables dont ils seront les seuls comptables. Les électeurs mauritaniens doivent être préparés à ne pas se laisser, encore une fois, flouer. D’autres peuples, à Madagascar, par exemple, avaient prouvé qu’une victoire volée pourrait ne pas le rester indéfiniment.

 

3- Exiger la présence d’observateurs étrangers et impartiaux.

La Fondation Carter avait fait ses preuves dans nombre de pays africains de configuration sociopolitique semblable à celle du nôtre. Elle est réputée pour son indépendance et sa crédibilité. Nous suggérons à l’Opposition de solliciter son concours et d’exiger des autorités actuelles qu’elles lui facilitent l’accès à l’ensemble des données des futures consultations.

 

4- Exiger l’ouverture de bureaux de vote pour les mauritaniens de l’Etranger.

Pour des raisons économiques, politiques, de droits de l’Homme ou de convenances personnelles, d’importantes communautés de mauritaniens se sont constituées à l’Etranger. En Afrique de l’Ouest, dans les pays du Golf, en Europe, aux Amériques et en Asie, ces mauritaniens se passionnent pour les futures élections. Pourquoi, pour reprendre le mot d’Aimé Césaire, ferait-on d’eux ‘des mauritaniens entièrement à part et pas des mauritaniens à part entière’ ? L’Opposition ne pourrait laisser persister cette poche de non droit et laisser à l’écart un électorat qui lui est, probablement, entièrement acquis.

Quels que soient les calculs ou les motivations des un et des autres, il nous semble dangereux, voire même fallacieux, de tirer des plans sur la comète d’un deuxième tour qui a, probablement, peu de chance de se présenter. La victoire de l’Opposition sera au premier tour ou ne sera pas.

 

Mohamed Baba

Hassena Ould Ely

Mohamed Mahmoud Ould Maaloum

Jemal Ould Mohamed

Pour le mcd (Mouvement pour la Citoyenneté et la Démocratie)

Paris le 31/08/2003


L'ALTERNANCE, MAINTENANT !

Source: Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) le 02 octobre 2003

La rhétorique conduit parfois son auteur à l'imposture quand il abuse de fausses représentations da la réalité. Comparer l'évolution de la situation politique à celle des fruits peut représenter une image idyllique pour un exploitant d'arbres fruitiers, mais pas pour le citoyen ordinaire qui se préoccupe surtout de ses conditions de vie, de sa liberté et da sa sécurité quand il veut apprécier la situation politique de son pays.

Veut-on nous enfermer dans ce syllogisme enfantin : une situation politique mûre est nécessaire pour l'alternance, mais la situation politique n'est pas mûre, donc l'alternance n'est pas possible maintenant ? Pour l'auteur de ce syllogisme, il faut renouveler le mandat du président actuel pour que la situation politique mûrisse, les conditions du mûrissement étant "l'approfondissement de la démocratie et le parachèvement du processus démocratique". Voilà la panacée éculée répétée depuis douze ans ! Des formules vides destinées à encenser et endormir.

En quoi consiste l'approfondissement de la démocratie ? Quelles sont les mesures constitutionnelles ou légales à prendre pour cet approfondissement ? Quel est le délai nécessaire pour la réalisation de ces mesures ? Rien n'est dit et la tactique consiste à rester muet sur un sujet aussi délicat. Que signifie la formule "parachèvement du processus démocratique" ? Quelles sont les mesures à prendre pour réaliser ce parachèvement et quel est le délai de réalisation ? Là, encore, c'est le silence complet.

La situation politique n'est pas seulement mûre pour l'alternance, elle est déjà, pour rester dans cette représentation campagnarde de l'évolution des fruits, si pourrie que l'alternance pacifique est devenue une exigence populaire pour éviter justement ce que tout le monde, y compris les partisans de la pérennisation du statu quo, tient à éviter, l'éclosion de nouvelles flambées de désordres et d'insécurité pouvant mettre en danger la paix civile.

La source du pourrissement de la situation est bien sûr la gestion des affaires publiques au cours du mandat présidentiel qui s'achève et pour organiser une nouvelle vie politique avec une sève nouvelle, l'alternance maintenant devient un impératif pour tout ceux qui, épris de liberté et de justice sociale, tiennent à une Mauritanie unie dans sa diversité ethnique et culturelle, fermement ancrée à son environnement arabe et africain par des liens qu'aucun dirigeant ne pourra plus casser par une décision personnelle et arbitraire, profondément attachée à sa religion universelle de paix, d'amour, de respect de l'autre et de tolérance, et soucieuse de démentir dans la pratique l'accusation injurieuse d'intégrisme religieux extrémiste.

Poser la reconduction pour un troisième mandat comme hypothèse plausible révèle un malheureux déficit de compréhension et d'analyse de la situation politique du pays. Il eut mieux valu poser d'autres questions plus pertinentes : le mandat qui s'achève n'était-il pas un mandat de trop ? Et ne fallait-il pas après sept ans de pouvoir absolu dans le cadre d'un régime militaire et l'entrée dans le cadre d'un processus démocratique, préparer la relève par un pouvoir civil dans le cadre d'une constitution républicaine, et sortir de ce guêpier créé autour de l'idée farfelue de maintien au pouvoir ad vitae aeternam en utilisant l'Armée et les services de sécurité comme moyens coercitifs et épouvantail et l'argent et l'emploi publics comme moyens de corruption ?

En ce qui concerne l'Armée, on a oublié que sous l'uniforme, le soldat demeure citoyen et ressent en toutes circonstances ce que ressent le citoyen moyen et que les forces armées ne peuvent servir qu'à la défense nationale et à la protection de la population civile. Quant elle est détournée de sa mission et qu'elle n'est pas, dans un régime démocratique, subordonnée au contrôle parlementaire, ses membres peuvent perdre leur référentiel et devenir dans certaines circonstances des soldats égarés. Avec cette Armée traumatisée par les combats à l'arme lourde qui ont transformé Nouakchott en un véritable champ de bataille, penser que la reconduction pour un troisième mandat est une garantie pour la sécurité de l'Etat et contre le désordre constitue une erreur stratégique. C'est justement le contraire qu'il faut considérer : l'appel incantatoire pour la reconduction s'apparente à une démarche à contre courant de la demande populaire de changement qui s'exprime maintenant par vagues successives que plus rien ne peut arrêter, ni les intimidations, ni les promesses alléchantes mais incertaines, et la reconduction elle-même signifie la porte ouverte sur le désordre de toute sorte.

La tentative du coup d'état du 8 juin n'est en définitive que la plus récente des tentatives du genre dans une suite ininterrompue de conspiration contre le régime politique en place. Elle est spécifique en comparaison des précédentes en ce sens qu'elle a donné lieu à des affrontements militaires et de véritables batailles rangées. Mais elle ressemble par son objectif principal et son échec à sa sœur du 16 mars 1981 parce que l'une et l'autre visaient l'élimination physique de la tête du régime et dans les deux cas la tête du régime n'a pas été trouvée dans son palais de résidence ou de travail. Ainsi plus le système sécuritaire établi autour du chef du régime se renforce et se consolide, plus la conspiration porte sur la mise en œuvre de moyens militaires plus sophistiqués et plus destructeurs.

Lors du coup d'état réussi du 10 juillet 1978, l'Armée n'avait mobilisé pour arrêter le président Moktar Ould Daddah que son aide de camp ; Dieu merci, il n'avait pas l'intention de le liquider ; il était, n'est-ce pas inutile de bombarder un Président dans une résidence sans remparts de protection et sans mitrailleuses lourdes ni batteries anti aériennes ni lances-roquettes pour le défendre.

Le malaise de l'Armée qui a conduit à l'explosion du 8 juin résulte nécessairement de la mauvaise gestion de l'institution militaire pendant le mandat qui s'achève, et il se poursuivra probablement en cas de reconduction. L'Armée doit toujours s'adapter à la situation politique du pays et elle doit toujours bénéficier d'une attention spéciale et obtenir, pour qu'elle puisse remplir sa mission, les moyens nécessaires compatibles avec les ressources du pays.

La tentative du 8 juin n'est que le révélateur de la crise politique qui s'est développée au cours du deuxième mandat qui s'achève. J'ai déjà présenté dans une interview avec le journal "Le Calame" les divers aspects de cette crise qu'une alternance pacifique en décembre 1997 aurait permis d'éviter. C'est dans ce sens que je considère que le deuxième mandat était un mandat de trop.

Au lieu de démocratiser davantage et de faire jouer aux institutions leur mission on s'est préoccupé de dresser les autels du culte de la personnalité et les cirques ambulants de son coûteux folklore. Contrairement à ce que pensent et expriment les partisans de l'ordre établi dont ils soutiennent, par paraisse intellectuelle ou pour convenance personnelle, le maintien et la reconduction, c'est l'alternance pacifique qui sera organisée après le 7 novembre grâce à la victoire du candidat Mohamed Khouna Ould Haidalla et son projet de réforme, qui constitue une vraie garantie contre l'insécurité, les séditions et les désordres.

Honorée et respectée, l'Armée retrouvera pleinement sa mission et le soldat sa dignité ; les restrictions actuelles aux libertés d'expression et d'association seront supprimées, l'égalité de chances des citoyens devant toutes les opportunités rétablie et garantie, la réconciliation nationale organisée, la corruption qui gangrène l'Etat interdite et sévèrement combattue par réglementation détaillée, le sens du service public restauré, les statuts des fonctionnaires révisés et les conventions collectives rediscutées pour que les travailleurs du public et du privé retrouvent leur dignité.

Bien sûr les réformes incluent, et c'est un de leurs objectifs essentiels, une révision de la constitution pour établir une claire séparation des pouvoirs et un équilibre de ces pouvoirs en vue de casser par la pratique d'un fonctionnement équilibré des diverses institutions deux cultures désastreuses, celle du pouvoir personnel et celle des coup d'états. Prophétiser sur la base des considérations générales, sur l'instabilité gouvernementale, sans avoir pris connaissance du projet de révision constitutionnelle qui n'est pas encore rédigé, c'est aller trop vite en besogne et pour le moins qu'on puisse dire, révéler un manque d'honnêteté intellectuelle.

Les laudateurs du régime actuel devraient éviter de discourir sur l'instabilité gouvernementale puisque ce qui caractérise ce régime c'est justement son instabilité. Les déséquilibres constitutionnels des pouvoirs constituent une source d'instabilité puisqu'ils conduisent à la concentration des pouvoirs et au pouvoir personnel dont le détenteur change, suivant son humeur, de Ministres aussi facilement qu'il change de chemise.

Par contre, un équilibre des pouvoirs correctement élaboré dans la constitution constitue une garantie contre l'instabilité gouvernementale. Parmi ces laudateurs il y a des hommes politiques intelligents qui devraient abandonner leur parti pris et réfléchir à cette explosion des allégeances qui a libéré la jeunesse depuis la déclaration du candidat Mohamed Khouna Ould Haïdalla. Ne comprennent-ils pas que se déroule sous leurs yeux une véritable révolution culturelle qui détruit toutes les certitudes construites sur des mensonges et conduit à l'éclosion d'un nouveau projet de société ?

ISMAEL OULD AMAR, DEPUTE A L'ASSEMBLEE NATIONALE DIRECTEUR DE CAMPAGNE DU CANDIDAT MOHAMED KHOUNA OULD HAIDALLA


Pour que le grain ne meure

Source LE CALAME numéro 413 du 8 octobre 2003

Dans un article paru en page 8 du numéro 412 daté du 1er Octobre 2003 de votre journal et intitulé ‘’L’Alternance, Maintenant !’’, Monsieur Ismail Ould Amar, Directeur de Campagne du Président Mohamed Khouna Ould Haidalla, tout en évitant de citer mon nom, a tenté, et c’est son droit, de réfuter dans le style qui est le sien (on ne se refait pas), les idées que j’ai développées relativement à l’élection présidentielle du 7 novembre 2003.

 

Que l’auteur de cet article m’excuse de ne pas me rabaisser au niveau des injures et autres insinuations malveillantes dont son article est émaillé. Ce n’est pas mon style, et en ce qui me concerne aussi, on ne se refait pas.

 

Il reste que ses partenaires du moment et ceux qui, en cas de victoire, comptent peut être lui faire confiance, devront juger si, en démocratie et entre gens qui aspirent à diriger un jour le pays, un tel style est de mise, et si, au regard de la campagne électorale elle-même, il est réellement payant.

 

Au nom de mon parti, j’ai eu à dire en conférence de presse et à faire écrire dans des interviews à des journaux dont le vôtre (interview dont Monsieur Ismail Ould Amar e eu l’honnêteté de citer entre guillemets certains passages, attestant par là même que c’est bien à moi que s’adressent ses propos) la position du RDU concernant l’élection présidentielle du 7 novembre 2003.

 

Dans le cadre de la majorité présidentielle à laquelle nous appartenons, nous soutiendrons la candidature du Président sortant, Maaouya Ould Sid’Ahmed Ould Taya.

 

Outre la loyauté et le respect de l’engagement pris dans le cadre de cette majorité (loyauté et respect de l’engagement qui, en politique comme en toute chose, relèvent de l’ordre moral), nous avons, entre autres raisons, développé l’idée que, pour ce mandat, le pays gagnerait plus à la stabilité et à la continuité qu’à l’émergence d’une alternance bâclée, porteuse, dans le contexte politico-économique actuel, de risques graves de désordres politique et de régression économique par la rupture de l’effort de développement en cours et l’arrêt de projets importants initiés et non encore achevés.

 

Est-ce à dire que nous sommes contre le principe de l’alternance ? bien évidemment non et l’auteur de cet article, ainsi que d’autres personnes qui ont abondé dans le même sens, le savent mieux que quiconque eux qui ne peuvent nier que les dirigeants actuels du RDU ont, depuis toujours (contrairement à certains hommes politiques qui font aujourd’hui profession de champions de la démocratie), activement milité pour le pluralisme politique et la culture démocratique.

 

De même, n’avons-nous jamais été au nombre de ceux, et ils étaient légion, qui prenaient prétexte du fait que notre peuple ne serait pas apte à l’exercice de la démocratie pour refuser la perspective de celle-ci.

 

En témoigne la déclaration politique par laquelle nous annoncions le 22 août 1991, la naissance de notre Parti et où nous écrivions que pour arriver à nos objectifs, et je cite ‘’nous nous armerons à la fois de courage, de lucidité et d’honnêteté.

 

o Courage, pour refuser de céder aux idées faciles qui risquent de dévoyer notre démocratie naissante soit en la transformant en monolithisme déguisé, soit en en faisant comme cela s’est vu ailleurs hélas ! Un champ clos où s’affrontent les ambitions personnelles dérisoires et s’exercent les bas instincts de la rancune et des règlements de compte.

 

La démocratie est d’abord pour nous un exercice de civisme, une volonté de dépassement patriotique, l’occasion offerte pour un débat d’idées, marqué par la hauteur de vue, la sérénité, le réalisme politique et l’acception de la différence.

 

o Lucidité, pour se mettre au rendez-vous de l’Histoire et se conformer à la qualité extrême du génie de ce peuple et de sa civilisation.

 

Car la démocratie est aussi pour nous l’occasion historique d’mployer ce génie et d’illustrer cette civilisation à travers une politique de l’esprit, seule digne de notre peuple et qui intégrant la vraie donnée démocratique, sache s’affranchir des habitudes dégradantes et des postulats fallacieux du passé monolithique, d’autant plus pernicieux qu’ils ont été enracinés par trente années de pratique ininterrompue.

 

Le vrai pari de l’ère nouvelle que notre Parti compte faire gagner au pays, consistera dans un effort simultané pour effacer les séquelles de ce passé monolithique et accréditer la nouvelle culture démocratique.

 

o Honnêteté, pour refuser la démagogie facile, les promesses fallacieuses et la surenchère électoraliste, mais aussi pour n’occulter aucun problème, ni aucune situation, où se trouvent mis en cause les préceptes sacrés de l’Islam, l’intégrité du pays, son unité et son identité, les principes intangibles de justice, d’égalité et droit des gens. ‘’Fin de citation (tiré de la déclaration politique de naissance du RDU, publié le 22 août 1991).

 

Je rappellerai, en outre, que lors de nos différents congrès et à l’occasion de toutes nos déclarations publiques, nous avons toujours appelé de nos vœux l’émergence d’une opposition républicaine responsable et apte au dialogue avec le pouvoir, quel qu’il soit ; de même que nous avons toujours déclaré haut et fort que l’Etat doit se mettre au-dessus des partis et qu’en particulier son chef, pour se conformer à son rôle constitutionnel de garant et d’arbitre, ne doit appartenir à aucune formation, politique.

 

Laissant de côté aussi bien les outrances verbales que les exercices littéraires auxquels a bien voulu risquer de s’essayer l’ingénieur, à travers ses allégories fruitières et champêtres, je voudrais répondre sur le fond à Monsieur Ismail Ould Amar et à ceux qui, abondant dans le même sens, soit par allusion soit directement, tentent d’enfermer l’opinion dans un système de ‘’pensée unique’’ oppositionnelle fondée sur le postulat : ou bien tu es pour ‘’l’Alternance, Maintenant’’ (peu importent les circonstances actuelles, peu importent les hommes qui incarnent cette alternance ou les conséquences qu’elle engendrera pour le pays) ou alors tu est ‘’laudateur’’, un ‘’imposteur’’,un ‘’porteur d’idée farfelue’’, ‘’malade de paresse intellectuelle’’ ou esclave de sa ‘’convenance personnelle’’ ou, bien pire encore, affligé de ‘’malhonnêteté intellectuelle’’.

 

Oui, nous disons bien que pour que l’alternance puisse se faire pacifiquement, il faut que certaines conditions soient remplies et qui font aujourd’hui défaut : car ce n’est pas parce que le Directeur de Campagne du Président Haïdalla a décrété que ‘’l’Alternance, Maintenant’’ sera pacifique, qu’il y aura alternance pacifique maintenant.

 

A cela plusieurs raisons d’ordre conjoncturel :

 

a – Par la faute de tous les acteurs politiques, qu’ils soient l’Etat, les partis de la majorité ou les partis d’opposition, la scène politique mauritanienne, telle que nous la voyons sous nos yeux aujourd’hui est une scène figée, marquée par la vielle culture monolithique, laquelle englobe à la fois la tradition du Parti unique lui-même et les méthodes oppositionnelles des groupuscules de la clandestinité, parfois inféodés à des alliances extranationales ou ayant fait leur mutation sous forme de groupes de pression et d’intérêt. La seule nouveauté consiste dans l’émergence d’ambitions et intérêts personnels qui, en collusion avec les différentes mouvances existantes, essaient, à travers celles-ci soit de sauvegarder leurs intérêts, soit de satisfaire leurs ambitions.

 

Une scène politique donc sans véritables enjeux nationaux, sans véritables débats, donc sans véritables perspectives d’évolutions.

 

Le RDU, quant à lui, n’a cessé, ne cesse et ne cessera de se déployer pour que du côté de la majorité, comme du côté de l’opposition, cette situation qui, soyons réalistes, est une étape inévitable dans la maturation du processus démocratique, soit rapidement dépassée.

 

Et elle l’aurait peut être été si des dirigeants de la majorité tels que Monsieur Ismail Ould Amar, alors membre influent du PRDS et l’un des artisans du deuxième mandat dont il considère aujourd’hui, qu’il était ‘’un, mandat de trop’’, avait au sein de son parti, le PRDS, joint sa voix à la nôtre pour aller dans ce sens.

 

Il reste que par notre faute à tous, cette situation perdure et, par voie de conséquence, rend aléatoire toute perspective fiable d’alternance ne s’appuyant pas sur des partis politiques capables d’endiguer le mouvement et de le canaliser vers le dialogue et la tolérance grâce à une classe politique à la hauteur de sa tâche.

 

b - C’est dans ce contexte de scène politique figée et de classe politique en dessous du niveau requis, que se dessine la campagne électorale actuelle et que se sont déclarées les candidatures en lice pour l’élection présidentielle du 7 novembre prochain.

 

En ce qui concerne les candidats opposés à celui de la majorité présidentielle, le moins que l’on puisse dire est qu’aucun d’entre eux ne réunit derrière son nom les différentes facettes de l’opposition, si tant est que les mouvements qui composent cette opposition soient eux-mêmes soudés en bloc derrière leur propre candidat.

 

Or, imaginons un moment, en jouant à la politique-fiction, que l’un de ces candidats soit élu Président de la République du pays. ?

 

La question n’est pas de porter un jugement sur sa capacité ou non à assumer sa tâche, car à priori, chacun d’eux est apte à remplir la fonction. La question est de savoir comment il réussira à satisfaire les ambitions de la mosaïque de ceux qui auront contribué à son élection, y compris dans sa propre mouvance.

 

Le pays mérite-t-il, au prétexte de satisfaire ceux qui réclament une alternance mal préparée et mal conçue, de se trouver jeté en pâture aux déchirements claniques, idéologiques, tribaux qui présideront aux agapes du partage du pouvoir et débouchent généralement, à Dieu ne plaise, dans la guerre civile comme on a pu le voir ailleurs.

 

Tout comme la démocratie, l’alternance n’est pas une fin en soi, à laquelle il faille sacrifier la paix civile, la sécurité des biens et des personnes, l’évolution pacifique et apaisée des institutions, même dans l’imperfection, même dans la lenteur, même dans la frustration des ambitions des uns ou des autres.

 

Est-ce à dire qu’il ne faille pas en arriver à l’alternance au pouvoir ? Encore une fois, bien sûr que non, mais de grâce, conjuguons nos efforts pour que les conditions soient réunies le plus rapidement possible, en vue de rendre possible cette alternance dans la sécurité pour le pays. Faisons ensemble pression sur nous-mêmes (pouvoir, partis politiques, société civile) pour créer ces conditions.

 

c – Le 8 juin dernier, une tentative de coup d’état a failli plonger le pays dans le chaos et l’anarchie. Pour notre part, nous en tirons des conclusions bien différentes de celles de M. Ismail Ould Amar.

 

Ce n’est pas par ‘’l’Alternance, Maintenant’’, avec sa cohorte d’ambitions contradictoires, de tiraillements tous azimuts, de soif de vengeance et de tendance aux règlements de compte, que sera jugulé le spectre des coups de force militaire. Seule la poursuite de l’effort de reprise en main de l’armée, de réorganisation des forces de sécurité, initié et développé dans la continuité, permettra, en complément aux réformes institutionnelles et politiques, et en harmonie avec elles, de refonder une armée républicaine, au service de la paix et de la stabilité des institutions.

 

d – Qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, le pays, sous la conduite du Chef de l’Etat actuel, a connu des progrès importants dans tous les domaines.

 

Bien évidemment, beaucoup d’autres progrès restent à faire et nombre d’améliorations et de correctifs peuvent être apportés à ce qui a été fait. Dans ce cadre, de grands chantiers de grandes négociations, de grandes réformes on été initiées par le pays en relation avec des partenaires extérieurs.

 

La liste de ces projets serait fastidieuse à dresser, mais le simple bon sens et l’intérêt supérieur du pays, lorsqu’il est réellement au centre de nos préoccupations, impose de laisser au pouvoir actuel, dans la stabilité et la continuité partenariale (chose dont tout le monde mesure l’importance pour les investisseurs), le soin de mener à bonne fin les actions engagées.

 

D’autant qu’il ne s’agit pas d’actions ordinaires ou à caractère répétitif, mais bien d’actions d’envergure qui détermineront l’avenir du pays et la pérennité de son développement (ex : le projet de réforme de l’Etat, la recherche et l’exploitation pétrolière, les grands projets hydro-agricoles, le parachèvement de la réforme de l’éducation ……etc).

 

A ces raisons d’ordre conjoncturel, s’ajoute une autre d’ordre structurel :

 

‘’ L’approfondissement de la démocratie’’ et le ‘’parachèvement du processus démocratique’’, formules apparemment choquantes et dénuées de signification aux yeux de Monsieur Ismail Ould Amar, revêtent à nos yeux une importance capitale et conditionnent l’émergence d’une scène politique fiable ainsi que la réalisation des conditions d’une alternance politique pacifique.

 

Monsieur Ismail Ould Amar me reproche à cet égard un manque de précision. Je lui répondrai donc directement et sans ambages :

 

  1. Quel délai fixons-nous pour mener à bonne fin ‘’ l’approfondissement de la démocratie ‘’ et le ‘’parachèvement du processus démocratique ‘’ ?

 

Si il avait suivi, comme il se doit mes propos, il aurait lu ou entendu, à travers la conférence de presse que j’ai tenue, que le RDU considère que le ‘’parachèvement du processus démocratique‘’ et l’approfondissement de la démocratie’’ doivent être menés à bonne fin au terme du mandat prochain de six ans.

 

2 – En quoi consiste ‘’l’approfondissement de la démocratie’’ et le ‘’parachèvement du processus démocratique’‘ ?

 

Je ne pense pas trahir un secret en disant à Monsieur Ismail Ould Amar que le RDU a défini très précisément le contenu de ces notions dans tous les domaines :

 

- instruments de la démocratie

- domaine institutionnel

- domaine de la réforme de l’Etat

- domaine économique

- domaine socio-cultrel

- domaine diplomatique

 

Nos propositions, que je ne compte pas aujourd’hui porter à la connaissance de Monsieur Ismail ould Amar, ont été transmises à notre candidat, à l’occasion de l’élaboration de son programme électoral pour le mandat prochain. Elles constituent l’objet du combat que nous comptons mener dés le début et tout au long du mandat, pour qu’au terme de celui-ci une alternance politique puisse intervenir dans la paix et sans préjudice pour le développement du pays. Il est peut être vrai que ni lui ni moi ne serons alors en mesure de conduire l’alternance ou de participer, à sa conduite. Pour ma part, je me console en pensant que le pays vaut bien un tel sacrifice.

 

Dans la dernière partie de son article, après avoir lyriquement dressé les tréteaux du culte de la personnalité de son candidat et caressé dans le sens du poil, pour des raisons qui le concernent, l’armée, dont je considère pour ma part que dans n pays comme le nôtre, elle doit se réduire au service civil et aux forces d’ordre et de sécurité, Monsieur Ismail Ould Amar me reproche de ‘’prophétiser, sur la base de considérations générales, sur l’instabilité gouvernementale sans avoir pris connaissance du projet de réforme constitutionnelle qui n’est pas encore rédigé (voilà maintenant que j’ai le tort de ne pas être doué du don d’ubiquité !), c’est aller trop vite en besogne et pour le moins qu’on puisse dire, révéler un manque d’honnêteté intellectuelle’’.

 

Ce que j’ai lu dans la déclaration de candidature publiée par le Président Haidalle établit bien que le Premier Ministre (dont je prône par ailleurs, le renforcement des pouvoirs constitutionnels actuels et son établissement comme chef politique de la majorité au pouvoir) n’est pas responsable devant le Président mais uniquement devant le Parlement.

 

J’imagine que dés leur arrivée au pourvoir, les amis de Monsieur Ismail Ould Amar prendront comme première mesure la dissolution de l’Assemblée Nationale.

 

Je laisse à chacun le soin d’imaginer alors quelle sera la situation du Premier Ministre face à un Parlement issu de la scène politique telle qu’elle est aujourd’hui constituée.

 

Vous prônez, Monsieur Ismail Ould Amar, ‘’L’Alternance, Maintenant’’. Laissez-moi vous poser la question suivante : A travers votre choix actuel, est-ce bien une alternance que vous proposez au pays ou bien simplement un ‘’ remake ‘’ d’une situation déjà vécue, expérimentée et jugée, y compris par vous-même, et avec quelle outrance verbale alors ?

 

Ahmed Ould Sidi Baba, Président du RDU


Haidalla au service d'une République apaisée

par Moussa O. Horma O. Babana Professeur universitaire

Aux Mauritaniens déjà démunis et gagnés par le désespoir sous le carcan des politiques incongrues d'un pouvoir de plus en plus désavoué, il ne manquait que les canons des 8 et 9 juin pour finalement se rendre compte qu'ils évoluent sur un volcan désormais explosible à tout moment aussi longtemps que le statu quo politique, économique et social du pays n'aura pas été changé. Dès cette date et surtout suite à l'apparition des putschistes sur la chaîne d'Al Jazira adressant des menaces au chef de l'Etat, l'enjeu pour les Mauritaniens n'est pas tant de savoir qui va gagner dans les élections du 7 novembre prochain que de connaître ce qui doit réellement se passer pour prémunir la Nation d'un danger imminent et en découdre une fois pour toute avec cet état de ni paix ni guerre. Alors que d'aucuns planent sur une démission volontaire du président sortant en guise de ce qui s'est passé au Libéria avec le départ courageux de Charles Taylor, d'autres ne voient de possibilité qu'une victoire salvatrice de son challenger le président Mohamed Khouna Ould Haidalla. Si avant la date fatidique du 8 juin 2003, nombreux étaient ceux qui sympathisaient avec Ould Taya en ce sens qu'ils voyaient dans sa constance celle de la paix civile, à présent, cette approche semble progressivement profiter à Haidalla dorénavant vu par le peuple comme l'unique sauveur d'une Mauritanie en proie à tous les dangers. Dans l'imaginaire des Mauritaniens épris naturellement de paix, seul Haidalla, de par son aura d'ex-président et de vieux routier de l'institution militaire au sein de laquelle il jouit d'une estime et d'une totale confiance sera à même de remettre les choses dans l'ordre et du coup éviter au pays les dérives qu'il risque de connaître au cas où Ould Taya serait réélu. Beaucoup pensent à juste titre d'ailleurs qu'un certain nombre de dossiers non moins explosifs ne pourraient connaître une issue paisible que sous Haidalla et risquent à coup sûr l'enlisement dans le cas contraire, notamment ceux des Islamistes, des victimes des événements de 89 et des Flamistes. Le capital de sympathie dont l'homme jouit historiquement auprès des Islamistes, des Négro-africains, mais également auprès des Haratines (on oublie souvent qu'il est le premier à avoir aboli juridiquement l'esclavage) fait incontestablement de lui le rassembleur d'une Mauritanie certes déchirée et fourvoyée, mais décidée plus que jamais à le choisir le 7 novembre aux fins de la mener, à l'unisson au bord du salut loin du trajet aléatoire et problématique vers lequel elle s'achemine sous la conduite peu perspicace d'une équipe déboussolée, conduisant la société d'une crise à une autre au grand dam des intérêts des générations montantes qui malheureusement payeront coûteusement le prix de ses incartades. Préférant s'adonner à la vie campagnarde avec sa simplicité plutôt qu'à celle des politiques avec ses protocoles, Haidalla reste égal à lui-même quoiqu'en disent ses détracteurs qui, reléguant l'intérêt de la nation et son avenir à l'arrière plan de leur préoccupation, aveuglés qu'ils sont, par les privilèges forts douteux d'un système dépravé et dépravant, continuent à défendre l'indéfendable. Intègre, pieux et intransigeant, Mohamed Khouna Ould Haidalla est réellement l'homme recherché pour moraliser la vie politique et économique de notre Etat déclinant. Je pense sincèrement, comme la plupart de mes concitoyens que sa candidature est avant tout un service qu'il veut rendre à la République, à la démocratie et à l'avènement d'une société mauritanienne apaisée, réconciliée et plus égalitaire. L'occasion est indubitablement unique. C'est peut-être la dernière chance de nous voir évoluer vers une alternance pacifique et pacificatrice. Le danger est imminent et son éloignement est dans l'alternance. Le dire en clair est un devoir qui relève tout aussi de la morale, de la religion que du nationalisme. L'ignorance pour des fins égoïstes est moralement blâmable et ne sera en tous cas d'aucun secours à ses adeptes lorsque l'irréparable surprendra tout le monde. L'égarement qui n'épargna personne les 8 et 9 juin, reste encore gravé dans les mémoires pour nous le rappeler. En formant l'ossature du staff de Ould Haidalla, ses ennemis d'hier comme les nationalistes jusque-là apolitiques, ont répondu au devoir de la conscience en vue d'épargner le pire à la Nation. Oubliant les mésententes du passé et estimant vraisemblablement qu'un homme comme Haidalla jouissant de qualités humaines supérieures, pieux, intègre, voire naïf ne saurait être à titre individuel et avec préméditation derrière tous les forfaits commis sous son règne. N'en déplaise aux barons du PRDS qui, voulant discréditer sans contre projet ni arguments à l'appui, le projet politique de Haidalla qui force de jour en jour l'adhésion des gens, s'en tiennent désespérément à un discours passéiste, loin de captiver des Mauritaniens, plus que tout, orientés vers l'avenir et le changement. Ce dont a besoin la Mauritanie d'aujourd'hui et de demain, c'est d'éviter tout ce qui peut, de près ou de loin, rouvrir les plaies encore mal cicatrisées du passé et s'apprêter, dans la concertation plutôt que de la confrontation, à l'alternance salutaire qui, immanquablement sortira des urnes le 7 novembre prochain. En définitive, ceux qui se résignaient au régime de Ould Taya sous l'effet de son slogan du "changement dans la stabilité" fort impressionnant pour un peuple mauritanien éminemment pacifique ne sont plus dupes à l'heure où ce slogan commence à déchanter sensiblement suite à l'épreuve enseignante du 8 juin dernier. En effet, non seulement le changement escompté depuis 12 ans s'est révélé, à chaque fois qu'il s'est agi de faire avancer sérieusement les choses dans les domaines de la vie publique, une mascarade (démocratie, diplomatie, répartition équitable des richesses, Etat de droit, respect des libertés publiques, égalité sociale, combat contre la corruption et sanction de ses auteurs). Et, plus grave, la stabilité du pays devient plus que jamais menacée après la tentative du coup d'Etat. Dès lors, le 7 novembre, le plébiscite de Ould Haidalla, le Messie ou l'homme du vrai changement dans la stabilité est quasiment scellé. C'est pourtant contre ce choix national que s'apprête à tourner, au su et au vu de tout le monde la machine frauduleuse d'un parti conscient de son échec annoncé sur le terrain du combat démocratique. Mais c'est là un pas que ne doit pas franchir un régime ostensiblement désavoué pour éviter que l'Etat ne bascule vers l'anarchie. Il est temps que l'insolente machine à créer artificiellement des voix cesse de tourner pour sortir définitivement la Mauritanie de l'Etat d'exception non déclaré à l'Etat démocratique déclaré. En vérité, le passage réel et non fictif des nations arabes et africaines de l'Etat autoritaire à l'Etat démocratique demeure substantiellement lié à l'alternance. En effet, il ne suffit pas à un président, pour prétendre à la paternité d'une démocratie d'en être l'initiateur, mais il est nécessaire qu'il soit, d'élection, remplacé par un autre président (ou tout simplement s'abstenir volontairement à se porter candidat comme l'avait fait honorablement le Malien Toumani Touré) afin que l'événement (l'alternance) soit entendu d'un côté chez nous l'administration assujettie jusque-là au président sortant confondu à l'Etat et de l'autre côté chez les populations non moins assujetties au culte de la personnalité, comme étant la fin d'une époque et le début d'une autre. Le passage réel et non fictif à l'Etat démocratique, serait, précisons le, à ce prix. Il exige chez le père de toute démocratie altruisme et clairvoyance et non attachement égoïste et démesuré au pouvoir. Sans donc l'alternance, la démocratie chantée apparaît tout juste comme un simple paravent de légitimation collective d'un président sortant en panne de légitimité populaire, mais fort de sa machine frauduleuse. Tout compte fait, inspiré des cas d'alternance au Mali et au Sénégal, espérons que nous autres Mauritaniens saurons sagement sortir à l'instar de nos voisins sains et saufs du virage fatal qui nous attend le 7 novembre 2003.

Moussa O. Horma O. Babana Professeur universitaire


Voter utile Le 7 novembre prochain

Voter utile Le 7 novembre prochain, les mauritaniens sont conviés à faire valoir le verdict souverain de leur suffrage. Bienvenue, l'occurrence est pourtant singulière. Entre l'opportunité rare d'une délivrance collective et la fragilité de la promesse qui la fonde, ce rendez-vous avec l'Histoire somme de se hisser à ses dimensions tout esprit désireux de changement. En aucun cas, de fait, les décades d'une pesante parenthèse d'exception que vit notre pays, n'auront aussi nettement vu se dessiner la perspective détourner pacifiquement la page, mais jamais en même temps, le pouvoir chancelant n'aura aussi finement planifié les préalables de sa survie. Pris d'une panique à la mesure du péril qui le guette, le régime met à exécution les étapes de ce qui paraît être un "hold-up électoral" savamment programmé. Jouant habilement des peurs, semant sournoisement la division, marchandant à taux jamais égalés les consciences ; avec l'appoint d'une fraude plus subtile et néanmoins massive, le pouvoir rénove les instruments usuels de son imposture. Les deux scénarios d'une même mascarade sont à ce dessein envisagés. Au meilleur des cas, dès le premier tour serait d'une courte tête déclarée la victoire du candidat du régime. A cette version dont se fait l'écho une rumeur insistante, le poids de la présomption frauduleuse et le risque de désordres en tous genres feraient cependant échec. Alors se mettrait à l'œuvre une autre variante: la promotion indue au second tour, face au sortant, d'un candidat "repoussoir" dont l'impossible maîtrise d'une phase délicate de transition et d'une paix civile menacée, agitée en épouvantail, servira mécaniquement le statu quo. Face à la perfidie rampante, l'heure est pour tous les partisans du changement, au-delà de la mobilisation vigilante, celle du dépassement ; dépassement des affinités subjectives, mise en berne des allégeances personnelles, étouffement des calculs de chapelle. Le temps est à l'exercice, indépassable quelle qu'en soit la violence, d'une froide clairvoyance. Que nul n'y voit donc offense, mais l'enjeu, à ce stade, est celui de remporter le scrutin. Par-delà nos préférences légitimes, à nous s'imposera cette banalité du bon sens qui veut qu'en pareil cas soit, en dernière analyse, désigné comme le meilleur candidat celui à même de l'emporter! Rapporter ce postulat au procédé de désignation signifie de voir dans le premier tour de l'élection la simple et exclusive finalité de porter vers un second l'homme qui, dans les circonstances du moment, est capable de le gagner. Il ne s'agit donc d'être malveillant à l'endroit de quiconque, mais j'affirme avec le discernement que permet la patiente auscultation des faits, que l'homme en question n'est autre que M. Khouna Ould Haidalla. Certains n'attendaient qu'il se présente. D'autres regretteraient qu'il réponde ainsi à l'appel de ses concitoyens. Mais on ne saurait, en l'observant avec les seuls critères de la raison, nier que cette candidature tombe on ne peut plus à-propos. Que l'on cesse donc, un moment, de nous livrer à nos songes familiers. Soyons efficaces! La Mauritanie présente n'évoque la quiétude des jours apaisés de quelque démocratie scandinave, où l'urgence serait à je ne sais quelle dissertation lénifiante sur la modernité démocratique. Demain, dans une démocratie pacifiée, d'autres que M. Khouna Ould Haidalla feraient sans doute valoir, qui un talent indéniable, qui ses réelles qualités. Mais au confluent de ses désordres multiformes, notre pays appelle aujourd'hui une "transition pacifique" en première attente. Or là où avant de garantir la paix, d'asseoir le pluralisme, il faudra "livrer bataille", nul ne déniera que M. Khouna Ould Haidalla est précisément la figure même du "rassurant guerrier". Certains ne l'attendaient disais-je, mais le propre de tout grand destin n'est-ce pas moins d'occuper constamment l'espace, que de surgir à son heure désignée ; que leur rencontre finit par se confondre avec l'évidence. Davantage que l'homme d'un possible changement M. Khouna Ould Haidalla est surtout, entre tous candidats déclarés, le seul "passeur de relais". Démocrates et réformateurs mauritaniens devraient lui reconnaître le crédit de n'être venu (re)faire carrière. Arrivé pour panser les plaies endolories, l'homme jamais pris en défaut de rectitude, promet de rendosser, la convalescence nationale achevée, les habits de sa simple citoyenneté. Entre temps, la liberté retrouvée favorisera l'éclosion d'une génération qui, au-delà du rajeunissement d'un personnel politique essoufflé, renouvellera le discours. En définitive, la perspective de porter M. Khouna à la magistrature suprême s'impose comme l'ultime finalité au service de laquelle devront se plier tous préalables tactiques lors des échéances à venir. C'est le choix du cœur pour certains ; ce sera celui de la raison pour tous. Le 7 novembre et après, apportons-lui donc notre soutien exigeant, lucide, mais sans ambiguïté.

 

El Houssein O. Ahmed-Mahmoud Ould Nagi.


Pour une alternance pacifique

L'alternance est nécessaire en pays démocratiques. Il est temps que notre peuple fasse cet exercice en votant massivement pour un candidat autre que PRDS. Il montrera ainsi sa maturité tout en accédant au club des nations civilisées comprenant au passage les pays limitrophes.

Je reconnais que l'actuel Président a eu un avis favorable me concernant et m'a soutenu dans l'organisation du colloque des scientifiques.

J'ai aussi été honoré de recevoir le premier prix chinguitt de ses mains. Humainement, je ne pourrais que lui garder une certaine affection.

Cependant notre pays a besoin de réformes profondes et urgentes. Ces réformes nécessitent un autre Président et une autre administration.

L'alternance n'a rien de dramatique et contribue au rajeunissement de la haute administration et à sa moralisation au passage. D'ailleurs le Peuple français a voté contre le Général DE GUALLE. Bien entendu le prestige du grand homme d'Etat est resté intact en France. Le Général DE GUALLE a tout simplement dit : « Un grand peuple n'a pas besoin d'un grand homme ».

Je termine en demandant aux Medias d'observer une stricte neutralité entre les différents candidats. La TV nationale a présenté une longue émission de propagande pour le candidat PRDS, déguisée en Journal, juste avant l'ouverture de la campagne. D'ailleurs les présentateurs, supposés neutres, ont clairement appelé à voter PRDS. Cette pratique, peu respectueuse des citoyens, n'est point convenable. D'ailleurs ceci est l'une des raisons qui m'ont poussé à sortir de ma réserve.

Yahya Ould Hamidoune Chercheur en Mathématiques


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