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Du côté de la CAP


Mohamed Ould Maouloud :

- à l'Authentique : A propos de la CAP (22-09-03)

- à Nouakchott Info : A propos de la CAP (20-08-03)

- à La Tribune : A propos de la présidentielle 2003 (20-08-03)

- à l'Eveil : A propos des relations UFP/RFD

- au Calame : A propos de la rencontre avec Ould Taya les 4 et 5 août 2003

Ismaël Ould Amar au Calame :

Diop Moustapha à LA TRIBUNE (28 août 2003)

Ely Ould Sneiba au "Temps"

Gourmo Lô : le rapport de force est largement en faveur de Haidalla



Mohamed Ould Maouloud, Président de l'UFP à l'Authentique (mardi 22 septembre 2003)

" … il va falloir amener tous les acteurs à respecter la loi, notamment en évitant tout recours à la fraude, à toute forme de manipulation, parce qu'au delà même des élections cela compromet l'État. El dans une période de déstabilisation, la légitimation de l'Etal est notre arme majeure pour préserver l'avenir de ce pays. Je crois que tous les acteurs doivent éviter le zèle, l'irresponsabilité. Il ne faut pas compromettre l'avenir du pays en essayant d'introduire ces pratiques dépassées"

L'Authentique : qu'est-ce qui a manqué à l'UFP pour que le parti ne puisse désigner un candidat issu de ses rangs aux présidentielles de novembre prochain ?

Mohamed Ould Moloud : peut être un excès d'égocentrisme. L'U.F.P. est un parti qui possède tout ce qu'il faut pour se présenter à pareille compéti­tion. Il a son projet de société relati­vement clair, un électoral stable. C'est un parti qui a réussi une implantation nationale et qui a une grande capacité d'ouverture et d'alliance. Il a égale­ment sa vision stratégique et tactique... En fait, il a l'essentiel pour se présen­ter. Maintenant, la question de l'oppor­tunité est une question qui relève d'une conjoncture particulière qui constitue un problème pour l'ensemble des forces politiques, qui nous interpelle tous. Nous pensons qu'il n'est pas très judicieux de l'ignorer. Nous avons même l'obligation patriotique de mettre l'intérêt national au premier plan. De ce point de vue, un parti d'opposition doit se dire que le pays traverse actuellement une période très délicate, que la démocratie n'est pas encore bien implantée, ni dans les faits, ni dans les esprits. Et que l'enjeu électoral de l'alternance n'est pas facile. On ne peut pas ignorer que le pays, depuis le 8 juin, est entré dans une période, nous espérons que ce ne soit que des tourbillons plutôt que des tempêtes. Aujourd'hui, la paix civile étant menacée, la compétition politique doit donc se dérouler dans des conditions qui remplissent la préservation de cette paix civile, l'ouverture d'une voie pour le changement devenu, absolument inévitable et nécessaire. Nous avons pensé que l'opposition ne peut jouer un rôle efficace que si elle présente un candidat unique, ou du moins, un candidat capable de rassembler le plus large éventail de forces politiques nationales qui souhaitent le changement. Et c'est pour cela que nous avons pensé qu'au sein des partis d'opposition, il nous est difficile de faire le consensus sur l'un d'entre nous, à cause de situations et de relations qui ont été difficiles ces derniers temps et que nous n'avons malheureusement pas eu le temps de surmonter. Donc le plus judicieux pour nous fut de nous entendre sur un candidat indépendant des partis, mais qui est capable d'unir, et les partis d'opposition et au delà des partis d'opposition, toutes les forces qui souhaitent le changement. Et ainsi, provoquer une polarisation salutaire de la compétition politique, parce qu'une polarisation de cette scène rend la compétition plus significative : le peuple va espérer le changement, ceux qui défendent le système seront amenés à fournir encore plus d'efforts pour le défendre. Une polarisation est également plus responsable parce que nous avons désormais deux camps qui peuvent tenir compte de l'ensemble des données du problème et qui peuvent maîtriser le changement de la façon qui préserve la paix civile.

L'Authentique : est-ce à dire que les candidatures, telles celles d'Ahmed Ould Daddah et de Messaoud Ould Boulkheïr n'ont pas leur raison d'être ?

Mohamed Ould Moloud : non, nous n'avons pas dit ça... Nous avons pris notre décision avant que ceux-ci ne soient candidats ! Vous savez bien que nous avons pris notre décision le 17 août 2003 ; à ce moment-là, ils n'étaient pas candidats. Et nous l'avons fait à partir aussi d'une analyse de la situation, puis après des consultations très approfondies avec toutes les forces politiques en présence. Notre position finale reflète notre façon de voir l'intérêt national, l'intérêt de la démocratie, l'intérêt de l'opposition ...

L'Authentique : vous entendez par là que l'intérêt national, l'intérêt de la démocratie et l'intérêt de l'opposition ne résident pas dans le soutien d'une candidature de l'opposition ?

Mohamed Ould Moloud : actuellement, cela est vrai ... Parce que nous ne sommes pas dans un cadre démocratique normalisé et apaisé et par conséquent, la lutte de programmes, la lutte d'étiquettes n'a pas tellement de sens pour l'électeur mauritanien moyen. Aujourd'hui, il faut choisir entre celui qui veut le changement et celui qui veut le statu-quo.

L'Authentique : alors, vous soutenez Ould Haïdalla parce qu'il n'a pas de programme et parce qu'il est le symbole du changement, à vos yeux ?

Mohamed Ould Moloud : je rectifie ... Haidalla dans sa déclaration a bien avancé un programme, c'est-à-dire les grandes lignes de ce qu'il veut réaliser au profit du pays qui est basé sur les réformes institutionnelles. Après notre rencontre avec lui qui a abouti à la création d'une coalition pour l'alternance pacifique, les axes du programme ont été clairement définis : ce programme veut d'abord une alternance pacifique, la préservation de la paix civile qui vise à restaurer l'État de droit, qui vise à ce que les grands choix économiques soient désormais décidés après une consultation avec toutes les parties concernées. Un programme résolu à amener la Mauritanie à retrouver son rôle de partenaire solidaire de son cadre culturel islamique, arabe africain. Un programme aussi qui vise à rénover dans la façon de gérer le pays notamment en instaurant un gouvernement de concorde nationale qui rompt avec la gestion traditionnelle des affaires publiques.

L'Authentique : il semble qu'au sein de la coalition autour de la candidature de Ould Haidalla, tout ne va pas pour le mieux, notamment dans la manière de conduire la future campagne...

Mohamed Ould Moloud : ce débat est aujourd'hui largement dépassé. L'option qui a été retenue depuis deux à trois semaines, est de mener une campagne commune. Parce qu'une campagne séparée n'a pas trop de sens. L'idée a été suggérée après que beaucoup de forces aient rallié Haïdalla et après constat que la coordination entre toutes les forces peut être problématique à court terme. En réalité, l'intérêt même de la candidature de Haïdalla, c'est de rassembler, c'est de mettre en harmonie, ce qui peut être la réplique de la Mauritanie que nous voulons demain, c'est-à-dire une Mauritanie diverse et unie malgré ses diversités. Et c'est pour cela que la campagne est un exercice politique de très grande importance pour mettre en harmonie toutes ces forces-là, ceci est une très bonne expérimentation pour la gestion du pays à l'avenir.

L'Authentique : à écouter ou à lire votre directeur de campagne, on a l'impression que votre coalition ne veut rien céder.

Mohamed Ould Moloud : écoutez, en tant que partenaire de la coalition pour l'alternance pacifique, je confirme que notre partenaire candidat a pris des engagements formels avec nous mais aussi avec d'autres, qu'il adhère entièrement à l'option pacifique. Toutefois, cela ne veut pas dire que nous ne défendrons pas avec force et vigueur nos droits. Mais on le fera toujours avec la courtoisie nécessaire, avec le respect des civilités convenues, dans l'esprit des lois et dans l'esprit de la préservation d'un climat de paix. Nous nous engageons à rechercher avec nos partenaires qui sont les administrations, et nos adversaires même s'il le faut, un terrain d'entente, pour que les choses se passent de la façon la plus normale au bénéfice de tous. Déjà, durant la dernière rencontre que le président de la République a bien voulu m'accorder, nous avons discuté d'un code de bonne conduite entre les différents acteurs politiques, de la nécessité même que les parties se voient pour en discuter. Et nous sommes dans la même trajectoire. Nous souhaitons que l'ensemble des acteurs, et notamment tous les candidats, s'engagent effectivement à respecter les règles qui s'imposent pour garantir la qualité de cette compétition. En fait, nous avons besoin que toutes les parties, que tous les candidats se rencontrent pour convenir d'un code de bonne conduite afin que cette élection renforce la démocratie, et préserve la paix civile. Chaque partie doit par exemple déclarer qu'il ne recourra jamais à la fraude, qu'il ne recourra jamais à la violence. Ce sont là les deux dangers qui menacent toute compétition.

L'Authentique : est-ce que le président de la République vous a entendu ?

Mohamed Ould Moloud : j'ai déjà dit que le président de la République est d'accord. Il a souhaité que les parties se voient pour apaiser la compétition politique en adoptant un code de bonne conduite. Sur le principe ! Maintenant sur les modalités, dans la démarche, comment les choses doivent se faire, c'est aux partis de se voir entre eux.

L'Authentique : jusque-là, la coalition s'abstient d'évoquer ce qu'elle ferait en cas de défaite après le 7 novembre.

Mohamed Ould Moloud : avez-vous posé la question au Prds ?

L'Authentique : non !

Mohamed Ould Moloud : (rires...). Moi, je vous parle en tant que président de l'UFP. Vous connaissez très bien notre position par rapport à la question de l'évolution politique de la Mauritanie et de la nécessité à tout prix de préserver d'abord la paix civile et également de dégager la voie pour plus de démocratie et dans ce cadre-là, nous pensons que cette élection est extrêmement importante. Pour nous, il va falloir amener tous les acteurs à respecter la loi, notamment en évitant tout recours à la fraude, à toute forme de manipulation, parce qu'au delà même des élections cela compromet l'État. El dans une période de déstabilisation, la légitimation de l'Etat est notre arme majeure pour préserver l'avenir de ce pays. Je crois que tous les acteurs doivent éviter le zèle et l'irresponsabilité. Il ne faut pas compromettre l'avenir du pays en essayant d'introduire ces pratiques dépassées. De l'autre côté, je pense que, quoi qu'il en soit, avec des élections transparentes, le peuple mauritanien va respecter le résultat des urnes. Parce qu'il est convaincu que tout s'est passé normalement. Ainsi, si quelqu'un ne veut pas respecter les résultats des urnes, il sera isolé. De ce point de vue-là, l'arme majeure, est qu'il y ait d'abord, la transparence, le respect de la loi, et au-delà que chaque acteur respecte le résultat des urnes. Cela n'enlève rien aux possibilités de contestation qui sont d'ailleurs prévues par la loi. Les protagonistes ont le droit de contester par les voies légales, les voies politiques, les résultats lorsqu'ils sont considérés comme irréguliers. Je pense que si nous envisageons les choses comme ça, nous allons conserver l'ordre de priorité qui exige de préserver la paix civile en Mauritanie, de donner toutes ses chances à la démocratie. Puisque l'opposition dans son ensemble, à travers ces élections, modifie le rapport de forces pour que désormais le pays ne puisse plus être géré de l'ancienne façon. Dernièrement, pour ce qui concerne l'UFP, être à un niveau qui permette de jouer le rôle qu'elle pense devoir jouer.

Propos recueillis par Oumar El Moctar


Diop Moustapha, ancien permanent adjoint du CMSN, ancien Ministre et ancien directeur de la sûreté (LA TRIBUNE du 28 août 2003)

"Lorsque l'exécutif a été repris en main par le CMSN, Ould Haidallah n'avait pas pour autant démordu. Il était convaincu que l'armée ne pouvait s'éterniser au pouvoir, il avait essayé de convaincre les plus sceptiques au sein du Comité."

Lieutenant de Vaisseau mis à la retraite d'office après le mouvement de restructuration

du 12 décembre 1984, Diop Moustapha fut ministre de la communication, de l'industrie, directeur de la sûreté et adjoint au permanent du CMSN. Brillant officier de la Marine, Diop Moustapha est un compagnon fidèle de Ould Haidalla qu'il a accompagné pendant toutes ces 19 dernières années…

La Tribune : C'est naturellement que vous vous retrouvez aujourd'hui dans le clan de Haidallah?

Diop Moustapha : Non, mon compagnonnage avec Haidallah dure depuis 1974. J'ai connu sa famille avant de le connaître lui-même, et je pense que dans la suite logique des choses je me suis retrouvé en symbiose avec l’homme ; ce qui n’exclut pas parfois des divergences de vue ou d’approche mais qu’ensemble nous réajustons toujours pour nous retrouver. Cela a été souvent le cas quand je militais dans des partis d'opposition d'abord, dans la majorité présidentielle, ensuite ; il m’a toujours accompagné de ses conseils dans ma démarche politique. Ce qui a pu être appelé une fidélité à Ould Haidallah n'a été, à mon avis, qu'une suite logique dans nos rapports et la responsabilité que j'ai eu à assumer, aux cotés d'autres, dans son gouvernement de 1980 à 1984 ont davantage consolidé ces rapports. Il n'y a jamais eu interruption dans nos relations de proximité immédiate depuis près de trente ans. Croyez vous alors qu’il soit opportun, aujourd’hui de se demander s’il est naturel de me retrouver avec lui expression que je préfère à clan qui comporte une connotation péjorative que je n’aime pas.

La Tribune : Donc le choix entre Ould Haidallah et Ould Taya ne s'est jamais posé pour vous?

D.M : Je ne parlerai pas en termes de choix entre Ould Taya et Haidallah. Vous semblez être réducteur dans l’approche que vous semblez avoir de la nature de mes relations avec ces deux hommes. J'ai continué à vouloir garder des relations saines avec le président Ould Taya malheureusement sans succès, à son corps défendant. J'accuse plutôt ceux qui ont toujours pensé que leur proximité avec le président, traduit par un monopole de communication, ne devait jamais être perturbée par l’ouverture de celui-ci vers d’autres horizons, individus, formation politique de l’opposition, etc.... Les seules rencontres que j'ai eues avec lui, et cela peut vous paraître peut-être surprenant, mais c'est une réalité, ont été le résultat d’intermédiation de Ould Haidallah. Mais pour revenir à votre question il ne s’agit pas de choisir entre deux hommes, il s’agit plutôt d’un choix à opérer entre deux projets pour la Mauritanie. Pendant douze ans, il est vrai, je n'ai pas été très actif sur la scène politique parce que j'avais toujours pensé qu'il fallait laisser la chose politique aux politiques constitués dans des organisations comme les partis. J'ai voulu contribuer, sans beaucoup de succès d'ailleurs, à cette évolution politique et économique. Malheureusement, je n'ai pris conscience que sur le tard que j'appartenais peut-être à cette catégorie qui devait se confiner exclusivement dans un anonymat béat puisque jugé inapte à servir leur pays. Alors je suis demeuré aux côtés de Khouna toutes ces années durant évitant l’amertume et attendant l’espoir.

La Tribune : Vous avez parlé tantôt de deux projets alors que je crois qu'il s'agit plutôt de deux bilans…

D.M : Je ne serai pas de ceux qui aujourd'hui lèvent dangereusement le glaive pour parler de bilans parce que c'est une résurgence du passé. Je ne suis pas aujourd'hui disposé à me laisser entraîner dans une spirale dans laquelle les initiateurs laudateurs à l’image du SG du PRDS n’ont peut-être rien à perdre mais où le retour de manivelle risque de faire plus de mal ailleurs qu’on ne le croit. Peut-être est ce à dessein d’ailleurs, qui sait. Ceux qui veulent faire de Ould Haidallah, depuis son immixtion sur la scène comme candidat à la présidentielle, un homme du passif, voudraient, consciemment, amener ce peuple à rouvrir des dossiers qui ne sont, pour l'heure, dans l'intérêt de personne. Parce qu’à y regarder de près, et puisqu’il ne peut y avoir de comparaison possible dans la comptabilité à laquelle ces laudateurs nous convient, il y a interrogation. Cherchent-ils à distinguer deux catégories de souffrances ? susciter encore des rancœurs des uns contre les autres ? A aucun moment, dans l'entourage de Ould Haidallah, dans la Coalition pour une Alternance Pacifique qui l'accompagne, je ne parle pas de directoire parce qu'il n'est pas encore constitué, vous n'entendrez des choses désobligeantes, d'injures, ni d'insultes, ni de bilan négatif tel que je l'entend par la bouche du secrétaire général du Prds ou de ses délégations ministérielles envoyées dans les régions et qui souhaitent qu'on ouvre le bilan de la gestion de Haidallah sur le plan humanitaire et qui voudraient nous entraîner sur le terrain de l’établissement contradictoire du bilan de la gestion de Ould Taya sur le plan humanitaire. Nous avons le souci de donner au débat politique actuel la sérénité et la tenue qui lui conviennent mais ne pas emboîter le pas à des gens qui semblent avoir pour souci majeur de compétir dans la violence verbale qui dénote plus d'une peur au ventre mal contenue.

La Tribune : Vous avez peur d'aborder cette question ?

D.M : Pas du tout! Je vous dis que c'est eux qui auraient dû avoir peur de comparer des bilans humanitaires. Mais ils engagent un candidat qui sûrement ne le leur a pas demandé. Car je ne pense pas que le président Ould Taya approuverait la logique de passif qu'énumèrent ceux qui prétendent soutenir de façon si équivoque sa candidature. Pour l'heure, nous estimons que c'est de la responsabilité personnelle de ceux qui se prononcent sur le sujet. Je pense qu'ils sont à cours d'arguments dans leur recherche à disqualifier ou à banaliser la candidature de Haidallah. Nous, nous avons autre chose à faire. Nous avons proposé un projet autour duquel s’est regroupé la grande majorité des mauritaniens et nous n'allons pas nous laisser divertir par des gens qui d'ailleurs ne se sentent nullement concerné par les choses de Ould Taya et qui l'ont conduit à cette situation. Je crois que ces derniers mois lui ont permis de découvrir certaines vraies natures et d'avoir un autre regard sur son aréopage et sur tous ceux qui de près ou de loin lui témoignent des soutiens plus intempestifs que sincères.

La Tribune : Comment expliquez-vous que deux anciens militaires se présentent aujourd'hui au suffrage des mauritaniens. Est-ce un échec de la classe politique?

D.M : Pour ma part non! Chacun a son opinion sur la question. Mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'un échec de la classe politique lorsqu'on parle d'un duel Ould Taya-Haidallah. Il faut qu'on arrête d'opposer ces deux hommes que rien n'oppose sur le plan personnel. Ould Taya n'est pas l'ennemi de Ould Haidallah, tout comme Ould Haidallah n'est pas l'ennemi de Ould Taya. Chacun des deux hommes, à un moment crucial de leurs vies, a pu trouver un appui sur l'autre. N'oublions pas que le président Ould Taya a été un des plus proches collaborateurs du président Ould Haidallah pendant sa gestion des affaires de l'Etat. Ould Haidallah est aujourd'hui une personnalité politique, une autorité morale reconnue. Et je ne pense pas que son arrivée sur la scène politique qui répond à une demande pressante d'une grande partie de la classe politique constituée par les partis particulièrement de l'opposition mais aussi de partis de la majorité présidentielle disqualifie ces partis. Je pense plutôt que le regroupement autour de lui, au delà de l’opposition classique, de nombreux cadres issus de partis de la majorité présidentielle tels le Prds, le Rdu et l'Udp prouve que son discours politique a été entendu et qu’il s’est posé en rassembleur des mauritaniens sur la voie de la réconciliation nationale, des nécessaires réformes institutionnelle, économique, sociale pour l’instauration d’une véritable démocratie . Lorsqu'on voit le cheminement de cette idée, qui au départ n'avait pas comme objectif la présentation à la candidature présidentielle, on constate que ce fut la demande qui se fit pressante et il a bien fallu que Haïdalla se décide à répondre à cette demande pour fédérer les forces du changements. On ne peut parler d’échec de la classe politique puisque au delà des sensibilités propres à chacune des formations, une acceptation mutuelle de désistement s’est opérée au profit du candidat Haïdalla qui a pu rassembler ainsi au delà des partis politiques, la société civile, les corporations, le citoyen ordinaire autour du projet dont il est porteur. Hommage doit être rendu à tous pour avoir pu se retrouver au delà des égoïsmes pour faire aboutir ce grand dessein pour notre pays. C’est pour cela, qu’en aucun cas, sa candidature ne doit être interprétée comme étant une candidature d'hostilité au président Ould Taya.

La Tribune : Vous comptez tout de même sur l'apport des partis politiques de l'Opposition. Ils ne sont pas au rendez-vous. Comment expliquez-vous que certains partis comme le Rfd et Ac ne se retrouvent pas derrière cette candidature de Haidallah qui bien sûr a ses atouts?

Diop Moustapha : D'abord cela n'engage que vous. Avouez que c'est contradictoire. Vous dîtes qu'il y a un regroupement des partis politiques autour de lui, ensuite vous dîtes qu'il n'a pas leur soutien. D’ailleurs vous n’en citez que deux et ceux là présentent chacun un candidat pour des raisons qui leur sont propres et que je respecte mais nous demeurons en étroit rapport avec ces partis.

Je vous rappelle que Haïdalla a tourjours eu pour souci majeur la paix civile; c’est pour cette raison qu’il a toujours eu les contacts nécessaires avec le président de la République, pas aussi souvent qu’il l’avait voulu malheureusement, et avec les chefs des partis d’opposition. Ces contacts devaient permettre de créer les conditions de dialogue entre le pouvoir et l'opposition sans exclusive. Il a toujours estimé que son rôle de facilitateur entre le Pouvoir et l'Opposition pour élargir davantage le champ du dialogue.

La Tribune : Le regroupement que nous voyons rappelle un peu celui du 10 juillet?

D.M : C'est une question très tendancieuse. Il n' y a pas plus de groupuscules politiques. Si vous faites allusion au MND, et je sais qu'il s'agit de cela, il n'y a plus de Mnd, puisqu'il n'existe plus depuis sa dissolution en 1998, si j'ai bonne mémoire. Aujourd'hui il existe un parti, l'UFP, qui regroupe en son sein des militants de plusieurs horizons qui se reconnaissent dans une ligne, un concept politique et qui constitue ne force incontournable de la scène politique nationale, vous êtes un observateur qui se doit d'être objectif.. Pour parler de la tendance de ce qu'il est convenu d'appeler le Baath, celui-ci est un mouvement politique qui se retrouve aussi bien au Prds et dans d'autres partis d'opposition également dont une notable évolution de la vision politique du pays autorise bien des espoirs tout comme peut-être l'avait noté aussi l'ex-AC lors de sa fusion avec l'APP. Vouloir faire croire que les forces politiques qui se retrouvent autour de Ould Haidallah rappellent le 10 juillet, et bien je suis désolé, le 10 juillet a trouvé une scène politique qui était caractérisée par un ensemble de regroupements, de groupuscules politiques d'ailleurs caractéristiques, dans sa diversité, de l'échiquier mondial de l'époque. Vous êtes bien en retard car parler du 10 juillet 1978, 1981 et le 12/12 1984, l'idée que l'on s'est faite du 12/12/84 tout cela est fini. Où sont aujourd'hui les gens qui ont fait le 12/12? Je vous le demande.

La Tribune : Justement où sont-ils ces gens-là?

D.M: Je vous renvoie la question. Vous m'excuserez, peut-être, mais moi je n'étais pas là. J'étais encore en prison. Donc je vous demande quel est le cheminement du 12/12? Donc je ne crois pas qu'il faille revenir sur ces caricatures. Il se trouve des forces autour d'un homme qui accepte d'accompagner une idée de changement. Je ne souhaiterai pas que l'on puisse coller aux uns et aux autres des étiquettes. Ce n'est pas un jeu auquel les mauritaniens, une grande partie de leur intelligentsia aiment revenir sinon pour éviter de nouveaux déchirements. Tout ce que je sais c'est qu'il y a une volonté profonde de changement qui animent même des cadres des partis de la majorité présidentielle et qui ont accepté, après avoir bataillé au sein de leurs propres formations pour l'avènement de ces changements, de rejoindre ce projet politique qui correspond à leurs aspirations sincères. C'est parce qu'ils ont été vaincus par l'immobilisme générateur de rapine de concussion de complots internes qu'ils ont préféré mettre les chaloupes de sauvetage à l'eau pour sauver l'essentiel et c'est tout à leur honneur. Personne d'ailleurs ne nient un certain nombre de réalisations qui existent certes mais sur lesquelles il y a cependant beaucoup à dire. C'est à dire des réalisations inachevées, d'autres qui ont fait l'objet de détournements de fonds publics, parfois de beaucoup de critiques, des inaugurations parfois fictives telle, récemment, l'affaire de ces forages

La Tribune : Vous avez été une grande personnalité du régime de Ould Haidallah. Vous étiez membre du comité militaire du salut national. Pourquoi vous n'avez jamais pensé à faire ces réformes que vous promettez aujourd'hui?

D.M : Je vais peut être m'informer davantage sur votre âge; mais je rappelle qu'en 1980, le 12 décembre 1980 justement, un avant-projet de constitution avait été proposé par Ould Haidallah pour l'instauration de la démocratie dans le pays. Ce qui correspondait d'ailleurs au troisième engagement pris par les militaires à l'avènement du coup d'Etat du 10 juillet 1978 après l'arrêt de la guerre et la remise sur rails de l'économie nationale. Ne serait-ce pour rappel historique, Ould Haidallah est arrivé au pouvoir en fait comme premier ministre en 1979, après le décès du colonel Bouceif, Dieu ait son âme. Le 4 janvier 1980, le comité militaire a décidé de supprimer le poste de premier ministre et de confier la présidence du CMSN et l'exécutif au lieutenant colonel Mohamed Khouna Ould Haidallah. A partir de ce moment, Ould Haidallah avait demandé à ce que, dans un délai n'éxèdant pas une année, nous puissions mettre en marche le processus démocratique et qu'entre temps le Gouvernement devait créer les conditions de la mise en route des nouveaux axes de développement de l'économie nationale pour que les militaires puissent regagner leurs casernes. Cela a été fait et le 12 décembre 1980, malgré quelques ultimes résistances au niveau du Cmsn un avant projet de constitution devait être débattu au niveau national et il avait été prévu qu'en 1981 les premières élections, à la suite du référendum sur le projet de constitution amendé par les débats publics, puissent être organisées. Il devait y avoir une élection d'un président de la République et d'une Assemblée nationale. C'était un projet de régime parlementaire qui avait été accepté lors des débats publics. Donc vous n'ignorez pas que ce projet a été proposé dux ans et demi seulement après le 10 juillet 1980. Je vous prie de vous souvenir que c'était dix ans avant La Baule. Deuxième élément, il s'agissait d'un avant projet qui intervenait onze mois seulement après la prise de pouvoir suprême par Ould Haidallah; c'est à dire en sa qualité de président du Cmsn et chef de l'exécutif. On ne peut pas dire que cet homme avait pour souci majeur la conservation du pouvoir pour lui-même. Pourquoi il y a eu échec du processus démocratique initié le 12 décembre 1980? Une seule explication: la tentative de renversement du Pouvoir du 16 mars 1981. La tentative avait replié le Cmsn sur des réflexes sécuritaires bien que le président Haidallah ait demandé la poursuite du processus. Il ne voulait qu'en aucun cas que les événements du 16 mars 1981 mettent un terme au processus de démocratisation. Je rappelle qu'un gouvernement civil avait été alors nommé pour gérer la transition. Le président Ould Haidallah avait été mis en minorité au sein du comité militaire dont la majorité demandait l'arrêt du processus démocratique. Et je reconnais que j'étais dans le camp de ceux qui l'ont mis en minorité.

La Tribune : Ould Taya faisait-il partie de ce groupe?

D.M : Pourquoi vous ne lui demandez pas!

La Tribune : c'est pas évident de le rencontrer…

D.M : Essayez de le rencontrer. Le secrétaire général du Prds avait pourtant fait l'éloge du rôle de la presse indépendante la qualifiant de quatrième pouvoir. Je crois que vous avez là l'occasion d'aller vérifier si cette pensée était réelle ou non. Pour ma part, je saisis l'occasion que vous m'offrez pour témoigner ma solidarité avec le journal "Le Calame" qui a été saisi cette semaine et qui appréciera certainement la plaisanterie du SG du PRDS.

La Tribune : Revenons à ce fameux projet. Il n'y en a plus eu sous Ould Haidallah?

D.M : Lorsque l'exécutif a été repris en main par le Cmsn, Ould Haidallah n'avait pas pour autant démordu. Il était convaincu que l'armée ne pouvait s'éterniser au pouvoir, il avait essayé de convaincre les plus sceptiques au sein du Comité. Je vais d'ailleurs vous faire une confidence, ce soir-là où nous l'avions mis en minorité et contraint d'arrêter le processus démocratique. De notre côté, nous avions essayé de le convaincre de mettre fin au projet dans les meilleurs délais, c'est à dire dans les semaines qui suivaient la réunion post-tentative de renversement, il nous avait dit lors, excédé par notre activisme déplacé: "au rythme où vous vous allez, vous serez encore au pouvoir en l'an 2000". A l'époque, souvenez-vous l'an 2000 était presque une date mythique. Il l'avait dit. Vous de la presse continuez, comme d'autres hommes politiques, de penser que c'est l'armée qui est encore au pouvoir; ce que je ne partage pas forcément. Si l'opinion nationale avait été alors consulté, elle aurait soutenu Haïdalla et lui aurait permis de mener à terme ce grand dessein qui lui tenait tellement à cœur. Aussi terrible à dire aujourd'hui, ceci est la vérité historique conservée dans les minutes des débats du CMSN qui un jour devront bien être portées à la connaissance du peuple mauritanien pour que bien des vérités sur "les années de braises" dixit le SG du PRDS soient connues et que des contrevérités s'estompent enfin. Il a encore voulu remettre son projet sur les rails en laissant le mouvement des structures d'éducation des masses pour faire prendre conscience au Peuple de l'idée de démocratie. Il voulait en faire une école de démocratie. Nous avons encore banalisé les structures au niveau des mouvements politiques qui peut être n'y trouvaient pas leurs comptes. Une certaine opinion, même au sein du Cmsn, a voulu faire croire que c'étaient des structures qui allaient se transformer en parti politique. Naturellement cela a choqué cet homme dont l'objectif était de ramener l'armée dans les casernes et il s'est passé un certain 12/12.

La Tribune : Qu'est-ce qui explique à votre avis l'échec du projet de Ould Haidallah?

D.M : Je pense que beaucoup de membres du Comité à l'époque, qui, aujourd'hui, s'essayent à la démocratie, tant au pouvoir qu'en dehors, y compris moi-même, n'avaient pour seul alibi, pour freiner le projet de démocratisation préparé par Ould Haidallah, que le Gouvernement civil de transition était incapable d'assurer la sécurité du pays. Et qu'il était beaucoup trop tôt pour mettre en route le troisième engagement des militaires qui était la démocratisation. Lui par contre était fermement convaincu de l'indispensable processus démocratique qui, de son point de vue, permettrait de parfaire les changements nécessaires à la relance économique. Malheureusement, il fut procédé au vote, c'était d'ailleurs la première fois qu'il y avait un vote au sein du Comité, puisque la tradition voulait que ce fut le consensus qui fut en vigueur, et le président Haidallah fut mis en minorité d'une voix; Le comble fut que à l'unanimité, cette fois-ci, moins sa voix, puisqu'il s'abstint pour ses pleins pouvoirs, le Comité lui renouvela sa confiance et lui confia la présidence du CMSN et l'Exécutif, une élégante façon que nous eûmes de lui mettre les fers afin d'éviter qu'il ne démissionnât. Seulement il avait le sens du devoir et ne pouvait se dérober à son devoir. La collégialité était valable également en politique étrangère ou le consensus du Comité était la règle. Je vais vous citer une anecdote à ce sujet. En 1981 la rencontre Haidallah et feu le roi Hassan II (paix à son âme) à Djeddah, de retour du sommet de l'Oua qui se tenait à Nairobi, avait été initiée et préparée par l'ancien ministre des affaires étrangères le lieutenant de vaisseau, Dahane Ould Ahmed Mahmoud, un homme qui assume ses responsabilités, et qui avait estimé qu'il était naturel que ce rencontre se tienne. Il n'en informa le président Haidallah seulement après qu'il eut préparé la rencontre avec le prince Fayçal, ministre des affaires étrangères de l'Arabie Saoudite. Le président Haidallah avait demandé que cette décision soit soumise au Comité. Une partie du Comité n'était pas d'accord pour cette rencontre et pourtant le président Haidallah l'avait acceptée après qu'une commission mise sur pied par ses soins pour débloquer la situation eut décidé que cette question relevait de l'exécutif. La rencontre eut lieu comme vous le savez. Voilà par exemple une décision qui avait été prise sans qu'il en fut informé mais qui était de la responsabilité d'un ministre des affaires étrangères qui avait agi dans le cadre de ses compétences et qui estimait qu'il était dans l'intérêt de la Mauritanie que la rencontre eut lieu et Haïdalla le suivit.

La Tribune : Ce qui a suivi le 16 mars avait été discuté et décidé dans les réunions du Comité?

D.M : Tout à fait. Toutes les décisions qui avaient été prises ont été en Comité. Vous en avez les délibérations, les décisions qui vingt ans après peuvent encore et doivent être consultées. Je pense qu'il est bon pour l'Histoire de pouvoir peut être les porter à la connaissance du Peuple. Vous serez surpris de beaucoup de décisions. Mais de là à parler de règne personnel, "d'années de braises" de l'image hideuse d'un dictateur, l'histoire et la lecture dira qui fit quoi et qui fut qui . Bien des certitudes vont alors s'écrouler et bien d'images peut-être se ternir et pas forcément seulement dans l'aérophage militaire.

La Tribune : On peut parler de coresponsabilité…

D.M : Personnellement je me déclare coresponsable de la période où j'ai participé au comité militaire de salut national et au gouvernement. Je suis coresponsable de l'ensemble des décisions qui avaient été prises par ces deux instances de l'époque. C'est un coresponsabilité indéniable parce que à ma connaissance personne n'avait démissionné à l'époque. C'est clair. Passez aux suivants sur la liste, je vous prie, si vous vous e sentez le courage.

La Tribune : Vous êtes quelqu'un de la vallée. On ne vous entend jamais avancer les arguments développés par l'intelligentsia de la vallée concernant l'unité nationale, les événements de 1989 et 1990. Qu'est-ce que vous pensez de tout cela?

D.M : Vous êtes alors sourd mais ceci dit ce n'est pas parce que je suis de la vallée que je ne dois traiter exclusivement que des problèmes de la vallée. Les problèmes de Aoueinatt Izebil m'interpellent aussi intensément que ceux de la vallée tout comme je suis sûr que ceux de Néma doivent être aussi intensément interpellés par les problèmes de la vallée. Sinon où se situe notre grande nation solidaire dans l'épreuve et dans le bonheur. Du reste les fameux comptables"des bilans" sont les tenants de la fracture et cherchent à la pérenniser. Pour ce qui concerne des événements de 1989, 90,91,92 nous assumons une responsabilité collective qui pour avoir agi, qui pour avoir laissé agir pour s'être voilé la face. Le traitement de telles affaires entre dans le cadre d'une conscientisation collective nationale courageuse où l'esprit de la mesure, du droit, de la solidarité doit prendre le pas sur l'esprit de haine vengeresse qui n'engendre que malheur sur malheur pour augmenter à nos peines et souffrances encore mal cicatrisées. C'est le chemin où veulent nous conduire les comptables de "bilans". Lorsqu'on parle de paix des cœurs, ils ravivent consciemment nos plaies. Peut-être que lorsqu'ils nous vaincront, ils engendreront alors des clones à leur image. Nous devons parler de ces questions dans la sérénité, la réconciliation des cœurs plutôt que dans l'affrontement des idées qui peuvent être porteurs peut être de germes de séparation. Je connais beaucoup de cadres de l'intelligentsia arabe qui se battent pour faire triompher les droits élémentaires de la composante négro-africaine que vous soulevez. Nous en parlons au même titre que nous parlons d'autres problèmes qui sont des problèmes graves mais des problèmes de l'Etat. Toute chose qui relève de l'Etat est très grave. Et lorsque ce sont des problèmes qui touchent l'humain au plus profond de lui-même nous devons le faire avec beaucoup de prudence. Et c'est pourquoi j'ai dit tout à l'heure que le PRDS, qui est le principal soutien du président Ould Taya, fait en sorte de ne considérer le débat entre Haidallah et Ould Taya qu'en terme de bilans humanitaires. C'est là une responsabilité terrible qu'ils prennent. Qu'ils l'assument seuls. Mais revenons aux problèmes humanitaires du régime de Haidallah dont nous sommes tous coresponsables. Si nous devions être interpellés sur le sujet je pense que je demanderai l'assistance de tous mes collègues qui avaient participé, à cette période, à la gestion des affaires du pays. Et si nous devons en répondre devant le peuple, nous y sommes préparés. Je crois qu'aujourd'hui beaucoup de ceux qui parlent du bilan humanitaire de Ould Haidallah pour chercher à banaliser ou disqualifier sa candidature sont parmi ceux-là même qui avaient constitué des dossiers de violation de droits de l'homme concernant le président Ould Taya et qu'ils avaient déposés au niveau de la FIDH et d'Agir Ensemble. A ce moment aussi nous avions demandé le sens de la mesure, du discernement et de la sérénité. Ils sont aujourd'hui des barons au PRDS. Le président Haidallah veut apaiser la situation et y appelle constamment ses partisans. Je pense également que le président Ould Taya, qui ne peut apprécier de telles incartades, devrait demander à ce que ses partisans qui ne sont pas nombreux à l'exprimer mais qu'ils l'expriment es-qualité à des niveaux de haute responsabilité dans la sphère gouvernementale. Ils veulent effacer d'un geste tout ce qui s'est passé pendant ces périodes que pour ne se focaliser que sur ce qui s'est passé entre 1980 et 1984. Personnellement, comme je vous l'ai déjà dit je ne m'inscris pas dans les calculs irrespectueux pour tous ceux qui ne sont plus.

La Tribune : Est-ce que vous avez une stratégie pour la prochaine élection en vue de contraindre le pouvoir à la transparence?

D.M : Le président Ould Taya a réuni les gouverneurs, à ce qu'on m'a dit, pour leur demander une transparence totale pour l'élection prochaine. Je pense qu'on n'ira pas en deçà de la transparence qui a été reconnue au niveau des élections anticipées de 2001. La transparence n'est pas seulement la chose de l'Etat, elle est aussi de celle de l'électeur. La constitution dispose que chaque citoyen qui jouit de ses droits civiques est électeur et éligible. Lorsque je suis dans la position de l'électeur, je veux être recensé, disposer de mon droit de vote et que ce vote soit comptabilisé. Je suis moi-même responsable de l'exécution des dispositions de la constitution. Aujourd'hui, le président de la République dit qu'il faut la transparence, chaque électeur devra veiller à ce que cette transparence soit respectée en amont comme en aval. Il y a un minimum de respect à accorder à l'électeur pour qu'il ne soit pas seulement considéré comme un instrument de scrutin taillable et corvéable à merci. Nous devons considérer nos droits dont le premier est d'être électeur, d'avoir une nationalité dont le symbole est la carte d'identité. Nous sommes aujourd'hui témoins de scènes inadmissibles. Contre des sacs de blé on vous retire votre carte d'identité. C'est à dire que vous devenez des citoyens anonymes. Les cartes d'identité sont conservées dans des fédérations du PRDS. Ce sont des actes honteux contre lesquels on devrait se lever. Je ne jetterai pas la pierre à celui qui aimerait s'alimenter en échange d'une carte d'identité. Ce comportement honteux a cours dans nos périphéries et dans nos régions. Mais un sursaut est né. Et on refuse de plus en plus à hypothéquer des cartes d'identité contre du blé ou des promesses d'argent. Vous avez parler de la forme organisationnelle. En effet, la coalition pour une alternance pacifique est entrain d'organiser ses structures en vue de cette élection présidentielle dont un des volets importants concerne la transparence. Et cette transparence va au-delà de nos frontières d'ailleurs pour la présence d'observateurs neutres. Les populations ont conscience que quelque chose a changé dans le pays et que la prochaine élection présidentielle n'est pas celle de 1992, ni celle de 1997.

La Tribune : Pour avoir été directeur de la sûreté, pouvez-vous nous dire votre compréhension de l'affaire des Islamistes ?

D.M : J'ignore tout de leur dossier et il me serait bien difficile de vous donner une quelconque compréhension à cet effet. Il serait plus indiqué de poser cette question aux comptables de bilans. Ceci dit je me réjouis de la libération de ces compatriotes dont je ne partage pas forcément les approches religieuses mais que je respecte profondément comme étant des hommes de religion convaincus de leur sacerdoce. Nul ne saurait s'arroger le droit de distribuer, dans ce concept de foi, des bons points ou des mauvais points. Je m'interroge cependant sur la forme de leur libération qui a un caractère provisoire et donc n'annule point les poursuites retenues contre eux, ce que je regrette et qui fait peser sur eux des risques graves d'accusations prochaines concoctées par des officines de renseignement occultes échappant peut-être au pouvoir l'incitant ainsi à des mesures pouvant hypothéquer les libertés collectives et entraver le processus électoral en cours.

Propos recueillis par MFO


Mohamed Ould Maouloud, Président de l'UFP à Noukchott Info (du 20 août 2003)

"L'électorat de l'opposition ne représente pas une force suffisante pour favoriser l'alternance"

 

L'UFP choisit Ould Haidalla : (Noukchott-info du 20 aout 2003) L'histoire se répète! Avec le ralliement de l'UFP, le candidat Ould Haidalla vient d'obtenir le soutien politique le plus significatif depuis la proclamation de sa candidature le 1 août dernier. L'UFP, l'un des principaux partis de l'opposition doublement présent au niveau de l'hemycicle et dans l'espace municipal national , avait remporté lors des dernières élections législatives et municipales d'octobre 2001 cinq communes et quatre sièges à l'Assemblée nationale. Rien à voir donc avec les soutiens de moindre envergure apportés auparavant au candidat Ould Haidalla par des partis comme le Parti du travail et de l'unité nationale (PTUN ), le Parti pour la liberté l'égalité et la justice (PLEJ), l'Union socialiste démocratique (USD - Baath syrien), le Parti du centre démocratique mauritanien (PCDM) et le Parti de la troisième génération (PTG). Après les infructueuses concertations avec les partis politiques (membres ou non du FUO) ponctuées de plusieurs audiences accordées par le président de la République au leader de l'UFP M Mohamed Maouloud un accord a été finalement conclu avec la candidat Ould Haidalla et ratifié à l'unanimité par le conseil national de l'UFP, la plus haute instance dirigeante de ce parti.

Commentaire de Nouakchott Info

"L'accord prévoit la création d'une coalition pour une alternance pacifique (CAP) dont l'objectif consiste, entre autres, à la préservation de la paix civile et de l'unité nationale et l'organisation de la réconciliation nationale", a expliqué Ould Maouloud lors de la conférence de presse conjointe tenue le 18 août à l'Hôtel Mercure avec M Ely Ould Sneiba le porte -parole du candidat Mohamed Khouna Ould Haidalla . Un point de presse marqué par la présence remarquée de M Messaoud Ould Boulkheir salué d'entrée de jeu par M Ely Ould Sneiba qui n'a pas manqué à l'occasion d'exprimer la consideration de Mohamed Khouna Ould Haidalla pour la personne de Messaoud Ould Boulkheir. Ould Sneiba devait par la suite mettre en exergue les qualités du candidat Ould Haidalla car " avec lui c'est le retour des valeurs de la République et de notre systeme de valeurs, avec lui la Mauritanie gagne en qualité, en intégrité et en rectitude " L'accord signé entre l'UFP et Ould Haidalla prévoit également la mise en place d'un "gouvernement de transition et de concorde nationale" regroupant "sans exclusive" toutes les forces politiques acceptant le changement. En matiere de politique étrangère la "coalition pour une alternance pacifique" œuvrera à la réintégration de la Mauritanie dans son environnement naturel "arabe, africain et islamique", une référence aux relations établies avec Israël et au retrait de la CEDEAO décidé en 1999. les observateurs soulignent en outre que le ralliement de l'UFP à Ould Haidalla était prévisible depuis la déclaration de candidature de ce dernier. Ce parti suit ainsi la ligne de son ancêtre le MND qui avait entretenu des rapports étroits avec l'ancien chef d'Etat arguant à l 'époque sur la convergence de vue avec l’ancien President sur des axes politiques comme l'esclavage, la reforme foncière, le problème du Sahara et la " question nationale ".Une époque où le MND avait été épargné par les vagues successives de répression et accusé souvent -à tort ou à raison- de les avoir susciter. Par ailleurs ce ralliement revêt de multiples significations. Il est intervenu au moment ou l'opposition classique est à la croisée des chemins .Ni la visite de courtoisie de M Ahmed Ould Daddah à l'UFP la semaine derniere, ni les concertations tardives et infructueuses n'ont pu aboutir à une candidature unique. Mieux, au sein même du FUO, l'APP, un parti politique qui compte, n'est pas tenté pour une candidature unique estimant qu'elle affaiblit plus qu'elle ne sert l'opposition. L'UFP qui est subitement devenue visitable par le FUO avec l'émergence des enjeux actuels a fait planer le suspens sur sa position avec les rencontres de son leader avec la président de la République pour enfin se décider pour une candidature externe à l'Opposition..Pour plus de précisions sur cette nouvelle décision de l'UFP nous avons rencontré pour vous M Mohamed Ould Maouloud qui a estimé que la candidature de Ould Haidalla est " salutaire " et que " l'électorat de l'opposition n'est pas en mesure de garantir l'alternance ". Entretien

Nouakchott Info: Vous venez de signer un accord pour une alternance pacifique avec le candidat Ould Haidalla pour lequel vous avez renoncé à votre candidature en faveur de la sienne. Est-ce que vous n'avez pas pris de court les observateurs quand on sait que durant la semaine écoulée vous avez été reçu à trois reprises par le président de la République? Mohamed Ould Mouloud : Vous savez que notre parti poursuit depuis quelque temps une politique de dialogue qui est celle d'un parti d'opposition qui veut prospecter toutes les voies pour le règlement des situations contentieuses entre l'opposition et le pouvoir. Nous sommes conscients qu'il y a des problèmes qui doivent être l'objet d'un consensus comme la nécessité de préserver la stabilité du pays, d'enraciner la démocratie, de préserver les acquis démocratiques et tous les autres acquis du pays. Par conséquent, il est normal lorsque le jeu démocratique paraît plus ou moins difficile que les acteurs se rencontrent et discutent. C'est ce que nous appelons la politique du dialogue et nous avons même été assez loin pour penser que dans la période que traverse notre pays, un compromis national est nécessaire. Les autres acteurs et protagonistes de la scène politique nationale ne l'ont pas jugés ainsi et par conséquent cela n'a pas eu lieu. Mais le dialogue doit se poursuivre et il se poursuit et ce n'est pas contradictoire avec ni les positions, ni l'ambition d'un parti de l'opposition qui veut absolument faire avancer le pays dans ce sens.

N.I. : L'accord conclu avec le candidat Ould Haidalla est-ce qu'il est rtecent ou est-ce que des pourparlers étaient engagés bien avant ? M.O.M.: Les pourparlers avec le candidat Ould Haidalla n'ont commencé que le samedi après l'échec des discussions au niveau des partis d'opposition en vue d'une candidature commune. Je peux dire qu'elles ont abouti relativement rapidement mais après des discussions très sérieuses, très approfondies. Nous avons été amenés les uns et les autres à se faire comprendre sur l'enjeu de ces élections et sur le meilleur moyen de préparer une alternance pacifique. Tout cela s'est traduit par l'accord qui a été conclu et entériné hier par le Conseil National de notre parti.

N.I.: Les trois rencontres que vous avez eu avec le Président de la République n'ont apparemment pas porté . On s'attendait plutôt à un soutien à la candidature de Maaouya? M.O.M.: Vous savez, il n'en a jamais été question dans la mesure où nous avons toujours conservé notre positionnement dans l'opposition. Le président de la République l'a toujours accepté ainsi et nous avons toujours discuté sur cette base. Evidemment, il arrive que pour une certaine partie de l'opinion publique mauritanienne peu habituée à un jeu démocratique serein de s'étonner qu'un parti d'opposition rencontre le président de la République et que cela n'aboutisse pas à un ralliement. Mais pour nous il n'a jamais été question de ralliement. Il a toujours été question de discuter des problèmes nationaux, des problèmes de la démocratie, de la transparence, du système démocratique en général et essayer de les améliorer par le dialogue. Ce dialogue a eu d'ailleurs des résultats très positifs et notamment les mesures qui ont permis la transparence des élections municipales et législatives de 2001. Aujourd'hui aussi, nous avons souhaité que ce dialogue se poursuive pour pacifier la compétition politique avant l'échéance du 7 novembre. Nous avons voulu à travers ces discussions aussi entrevoir comment le pays peut évoluer vers plus de sérénité et même vers des compromis nationaux plus larges après les élections du 7 novembre. Je ne peux pas dire que nos opinions se recoupent sur toutes les questions mais bien évidemment le président de la République a sa vision propre des choses en tant que pouvoir et nous nous avons la nôtre en tant que parti d'opposition. Mais l'essentiel c'est que nous sommes tous préoccupés par la stabilité et par l'approfondissement de la démocratie.

N.I.: Est-ce que l'histoire ne se répète pas parce que deja au MND qui est l'ancêtre de l'UFP vous avez toujours été proche de Ould Haidalla quand il était au pouvoir et aujourd'hui vous le redevenez alors qu'il est candidat ? M.O.M.: En réalité nous avons été toujours proches des intérêts de la Mauritanie selon les périodes et selon notre perception de ses intérêts. Nous n'avons jamais été de ceux qui engagent des combats personnels fondés sur des intérêts de personnes ou de groupes. Là où nous considérons que le pays à son intérêt fondamental nous y allons avec tout ce qui est prêt à le faire. Et de ce point de vue, il nous est arrivé effectivement d'avoir je ne dirais pas un accord mais un modus vivendi avec le pouvoir de Ould Haidalla au début des années 80 et effectivement sur certaines questions nous partageons les mêmes vues c'est le cas pour la question culturelle, la question foncière, la question de l'esclavage, la question de la défense des intérêts de la Mauritanie à une période où sur le plan géopolitique il y avait une tension. Au-delà de cela nous n'avons pas une réelle entente mais nous ne sommes pour autant jamais allés à une confrontation et nous l'avons toujours considéré comme un patriote. Et je crois qu'aujourd'hui ça se vérifie parce qu'il faut du courage et du patriotisme pour dire je me propose au pays pour être celui qui essaie de réunir les forces du changement pour ouvrir au pays de nouvelles perspectives. Donc pour prendre cette décision il faut du courage et du patriotisme.

N.I.: Quelles sont les perspectives pour les autres partis d'opposition par rapport à la candidature de Ould Haidalla? M.O.M.: Nous avons créé cette coalition pour une alternance pacifique de manière à ce qu'elle s'ouvre à toutes les forces politiques qui veulent bien s'associer à cette entreprise d'alternance pacifique. Nous souhaitons bien sûr que les autres partis tiennent compte véritablement de l'opportunité qui s'offre à l'opposition pour obtenir l'alternance sinon de se rapprocher assez pour ouvrir au pays des perspectives démocratiques réelles et dans tous les cas de considérer la polarisation dans la compétition électorale comme quelque chose de positif d'un double point de vue. Positif du point de vue électoral parce que ça permet la mobilisation maximale de l'électorat pour le changement et d'un point de vue national parce qu'elle assure que la lutte politique se fera de façon responsable et de façon tout à fait contrôlable par les protagonistes dans la mesure où c'est surtout la dispersion des candidatures et une compétition tendue et incertaine qui crée généralement une confusion génératrice de dérapages comme on l'a vu dans plusieurs pays africains. La polarisation par contre du point de vue électoral, nous permet de donner l'espoir à l'électeur et donc l'électeur se mobilise, a l'espoir du changement et il peut porter sa voix sur le candidat du changement. Et il est évident que l'électorat de l'opposition représente une partie relativement limitée par rapport à tout ce courant qui veut le changement et qui n'est pas forcément un électorat de l'opposition. Donc pour mobiliser ce courant qui veut le changement, on a besoin d'un pôle de ralliement et c'est ce que nous voulons créer .Ce pôle également va assurer au pays que le face à face se fera entre deux faces relativement importantes et donc forcément responsables.

N.I.: Pourquoi vous n'avez pas pu créer un “pôle de ralliement” au sein des partis d'opposition classiques ? Et pourquoi l'UFP a eu recours à la carte du candidat externe ? M.O.M.: Ce n'est en tout cas pas faute d'avoir épuisé cette piste, cette option. Nous avons discuté au niveau des partis de l'opposition. Nous avons cherché à trouver un consensus entre le cercle réduit des candidables, il n'y en avait que 3 pratiquement mais effectivement l'entreprise de concertation au sein des partis s'est faite trop tard pour qu'on puisse arriver à un accord convaincant. Pour notre part, nous avons toujours souhaité que cette concertation se produise bien longtemps à l'avance. Malheureusement elle n'a eu lieu que depuis quelques jours avec les difficultés qui existent entre les partis, des incompréhensions et quelque fois des rapports plus ou moins difficiles. Je pense qu'il n'était pas aisé qu'on s'entende rapidement. De surcroît l'électorat de l'opposition ne représente pas une force suffisante, sur le plan électoral pour favoriser l'alternance. Il y a un courant pour le changement beaucoup plus large que la base traditionnelle des partis de l'opposition. Donc du point de vu de l'analyse politique, je crois et j'en suis convaincu que les partis d'opposition seraient bien inspirés de comprendre que l'enjeu de l'alternance est plus important que la promotion individuelle des partis et que dans tous les cas notre électorat traditionnel ne peut pas nous permettre d'obtenir l'alternance. Il faut plutôt un rassemblement beaucoup plus large et ce rassemblement malheureusement ne peut pas se faire autour de l'un d'entre nous. C'est pour cela que la candidature de Ould Haidalla est salutaire de ce point de vue. C'est une personnalité respectable, patriotique et qui peut rallier un grand éventail de forces favorables au changement. Alors pourquoi refuser cela? pourquoi laisser passer cette occasion ? ce serait une erreur historique impardonnable pour les partis de l'opposition! Propos recueillis par Isselmou O. Moustapha


Mohamed Ould Maouloud à La Tribune :

«Et lorsque la transition se sera effectuée, de façon pacifique, le champ deviendra libre pour les compétitions partisanes et chacun, dans ce cadre, a le droit de défendre sa personnalité, sa propre vision de la Mauritanie»


La Tribune: L'échéance de la présidentielle du 7 avril approche à grands galops. Un premier commentaire.

Mohamed Ould Maouloud : Mon vœu est que cette échéance porte avec elle l'espoir du tournant souhaité par tous les Mauritaniens c'est-à-dire qu'elle ouvre largement la voie à plus de démocratie dans la paix et la concorde.

La Tribune : Vous êtes partie prenante à cette élection, même si l'on ne sait pas encore la forme que prendra votre participation. Mais déjà entre plusieurs candidats déclarés, Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya et Mohamed Khouna Ould Haidallah se détachent du lot. Est-ce qu'on s'achemine, selon vous, vers une revanche sur l'histoire?

M.O.M : Ce serait un énorme gâchis pour le pays, pour la démocratie et pour l'Opposition également de transformer cette opportunité historique, de la réduire à une affaire de revanche et de règlements de comptes entre des personnes ou des groupes. Je crois que l'enjeu est beaucoup plus important car il y a la possibilité pour la Mauritanie de se réconcilier avec elle-même, de se libérer des entraves de l'histoire récente, de se départir des antagonismes imposés par les événements et de parvenir à une concorde qui lui permette de traverser cette période de tempête avec le moins de dégâts et avec le plus de concorde nationale. Et j'ai plein espoir que l'élan de changement qui se dessine dans le pays produira l'effet escompté : l'alternance pacifique; sinon la réalisation d'un rapport de force suffisant entre les partisans du statu quo qui soit tel que la situation évolue dans le sens de plus de démocratie, de plus de stabilité et dans la paix. Voilà, à mon avis, ce qui est souhaitable. Et lorsque la transition se sera effectuée, de façon pacifique, le champ deviendra libre pour les compétitions partisanes et chacun, dans ce cadre, a le droit de défendre sa personnalité, sa propre vision de la Mauritanie. Et c'est ça d'ailleurs au sens stricto sensus le sens de la compétition démocratique. Et nous avons besoin de créer le contexte qui rende viable cette compétition et qui lui évite de tourner en un antagonisme qui, ailleurs, a produit des tragédies qui continuent d'ensanglanter certains pays africains.

La Tribune: Vous semblez regretter que l'Opposition n'ait pas trouvé un candidat consensuel autour duquel elle se retrouverait. N'est-ce pas n échec pour vous et quelles en sont les raisons?

M.O.M : Effectivement, depuis une semaine, les partis d'Opposition ont retrouvé leur consensus pour rechercher une position commune pour l'élection présidentielle prochaine. C'est certainement très tard mais comme l'on dit mieux vaut tard que jamais. Donc actuellement nous nous retrouvons avec l'option d'avoir une attitude commune pour la présidentielle. Mardi passé, quatre partis du FUO en plus de l'Ajd, l'undd et l'Ufp, se sont retrouvés et sont arrivés à la conclusion que les trois partis de l'opposition qui prétendent présenter un candidat aux élections doivent s'entendre pour porter l'un d'entre eux comme candidat unique de l'Opposition. Aujourd'hui les discussions n'ont pas encore abouti à un accord. Une autre rencontre des partis politiques, qui doit se tenir, dans les heures qui viennent, en vue de prospecter d'une autre piste, toujours dans le sens de maintenir le projet d'une coordination des partis d'Opposition par rapport à l'élection présidentielle. Cela est positif. Ce que nous souhaitons à l'Ufp, c'est que tout le monde comprenne que l'enjeu de cette élection n'est pas la promotion partisane, ou celle du dirigeant d'un parti ou d'un autre. Si c'est le cas, il n'y a aucune raison qui empêcherait quelqu'un de se présenter mais de notre point de vue l'enjeu véritable est d'élargir la démocratie, de provoquer un tournant historique qui rende possible une réforme démocratique en profondeur et, dans le même temps, garantisse la stabilité et la cohésion nationale. Pour un tel enjeu, il est absolument indispensable qu'il y ait un regroupement national pour le changement qui se situe au-delà des partis, au-delà des personnalités, au-delà des vieux clivages. Toutes les forces qui souhaitent le changement en bien pour ce pays doivent se trouver et travailler autour d'un seul candidat. C'est ce que nous souhaitons et c'est le sens de notre action. Nous aurions pu nous-mêmes verser dans le sectarisme et prétendre que c'est nous les meilleurs, que notre parti est le meilleur aussi. Ce raisonnement sectaire qui ne sied pas au moment et qui risque de bloquer la dynamique de changement. Nous appelons tous nos autres partenaires de l'Opposition, à défaut de pouvoir nous entendre sur l'un d'entre nous, de chercher un candidat consensuel autour duquel nous allons nous regrouper et qui va nous garantir la réalisation d'une alternance autour d'un programme minimal. Après quoi, une fois assurée la stabilité pour le pays, le maintien de la paix civile, la concorde nationale, la révision du cadre constitutionnel pour élargir les possibilités d'actions démocratiques, chacun de nous pourra retrouver son action autonome et se permettre de promouvoir son parti ou ses dirigeants comme il se doit dans toute démocratie authentique. En ce qui nous concerne, le conseil national du parti est en session depuis jeudi dernier et nous devons obligatoirement, au sortir de cette rencontre, prendre une décision dimanche soir. Nous souhaitons que nos partenaires de l'Opposition nous aide à ce que la décision soit une décision commune. Aucune considération autre que celle de favoriser une alternance pacifique et démocratique ne doit prédominer entre nous.

La Tribune : Est-ce dans ce cadre que rentrerait votre rencontre avec Ahmed Ould Daddah, président du Rfd?

M.O.M : Depuis la réunion de notre bureau exécutif, le 10 juillet dernier, nous avons reçu mandat de cette instance de tout faire pour aboutir à la conclusion d'un accord commun avec les forces politiques autour d'un candidat unique. Nous y travaillons donc depuis plusieurs semaines et dans toutes les directions. Nous trouvons que c'est un développement positif que cette rencontre ait eu lieu entre nous et le Rfd; comme nous avons eu d'ailleurs des contacts avec tous les autres partis. Nous souhaitons que cet effort aboutisse dans les prochaines quarante-huit heures à un sursaut politique et qu'il se poursuive dans tous les cas afin qu'il y ait polarisation des partisans du changements contre les partisans du statu quo. Cette polarisation, une fois obtenue, est un gage, à la fois, de dynamique politique mais aussi de stabilité pour le pays parce qu'il n' y aura pas une multitude d'initiatives dans la confrontation mais plutôt une seule volonté de changement qui peut être réfléchie, responsable et qui aura en face d'elle une autre volonté de conserver le pouvoir. Je crois que l'interaction mais aussi le dialogue entre ces deux pôles, tout en permettant une compétition loyale, peut aussi garantir que les choses ne dérapent pas. Nous vouons donc réaliser le plus grand rapport de force en faveur du changement et faire en sorte d'éviter l'expérience ivoirienne puisque nous avons des leaders de l'Opposition en compétition, en surenchère et qui aux moments de crise, surtout au lendemain des échéances électorales peuvent ne pas contrôler leurs troupes ou le développement des événements. Comme ils peuvent eux-mêmes être à l'origine de grands dérapages préjudiciables à la paix civile et même à l'indépendance du pays.

La Tribune : Vous aviez professer un dialogue politique élargi à toutes les formations en Octobre 2002. Il ne vous semble-t-il pas que vous continuez de prêcher dans un désert quand on sait qu'à l'époque votre initiative avait été torpillé et n'a pas eut l'effet escompté?

M.O.M : Vous avez quelque peu raison. L'autre jour en rencontrant le président de la République, j'ai constaté avec beaucoup de plaisir qu'il reste disponible pour une telle initiative. Cette initiative reste tout à fait valable et qu'elle est d'ailleurs plus utile que jamais dans la mesure où il y a une compétition électorale qui sera rude mais qui doit grader toute la mesure et ne pas dépasser certaines limites. Pour cela les partis doivent s'entendre sur le bon comportement pour garantir une bonne évolution de nos systèmes politique et électoral. A partir de là, je crois en effet que nous avons raté une occasion historique, l'année dernière, à la fois de nous rassurer mutuellement, Pouvoir et Opposition, et de nous entendre sur les règles du jeu qui vont permettre que la compétition à venir soit sereine, faite dans un climat de transparence et donc de confiance. Nous avons certainement raté une occasion historique de le faire mais comme l'on dit mieux vaut tard que jamais même s'il ne reste plus qu'un ou deux mois avant le jour "J". Il faut continuer à faire cet effort là . Vous savez tous les efforts que nous avons déployé pour convaincre tout le monde, malheureusement, certains n'avaient pas compris que cette opportunité était surtout une chance pour la démocratie, une chance pour le succès des élections du 7 novembre et donc une chance pour tous.

La Tribune : Quelles sont, selon vous aujourd'hui, les garanties que tous les protagonistes politiques peuvent donner pour une élection transparente suivie de paix et de quiétude civiles?

M.O.M : Il faut bien comprendre que nous sommes dans une situation spéciale. La Mauritanie pour beaucoup de raisons politiques, sociales et économiques, est en crise. Et c'est dans ce contexte de crise que survient l'élection présidentielle. A partir de là, on comprend l'utilité, à la fois de chercher la réalisation d'un changement, du point de vue de l'Opposition, mais aussi la nécessité de garder le contact entre les partis en compétition pour que le pays préserve sa stabilité, sa paix et ses acquis démocratiques. Je crois que pour obtenir ce miracle, il va falloir que certains d'entre nous fassent des efforts et que chacun de nous se départisse de certains comportements parce que la démocratie est d'abord une manière de faire, d'agir, de parler…Il faut que chaque parti cesse d'inscrire son action, son langage, son comportement dans une approche négative. Chaque parti doit s'engager à ne pas recourir à la fraude parce que moralement répréhensible et est interdite par la loi. Si l'on ne joue pas le jeu de la loi et de la démocratie, on aura que des comportements similaires de l'autre partie. D'autre part, chaque parti doit s'abstenir de prendre un ton de menace ou d'annoncer des représailles. Il faut surtout s'interdire de transformer cette élection en un combat de gladiateurs, c'est à dire un combat à mort. Pour nous à l'Ufp, il y aura certainement un perdant et un gagnant, électoralement parlant, au lendemain du 7 novembre mais avec le respect des règles du jeu, personne ne sera politiquement exclu totalement. Il n'y a donc pas de gagnant, ni de perdant à cent pour cent. C'est un tournant important pour le pays et s'il rate le virage, il y a un risque énorme de se retrouver dans le ravin de la violence et des dérapages dont les développements sont incontrôlables.

Propos recueillis par Jedna DEIDA


Ould Maouloud à L'Eveil-Hebdo

"Mon dernier mot, c’est que vos lecteurs prêtent beaucoup d’attention à l’enjeu que constituent ces élections qui n’est pas un enjeu partisan. Ce n’est pas une bataille pour le classement des partis politiques, des idéologies encore moins des programmes politiques des uns et des autres. C’est une bataille pour assurer à la Mauritanie plus de stabilité dans un contexte favorable à la déstabilisation et un engagement plus décisif vers la démocratie à une période où l’incertitude plane sur l’évolution prochaine de notre système politique. A partir de là, je pense que tout le monde doit être prêt à faire les concessions qui s’imposent pour que ce tournant, ce virage ne nous précipite pas dans le ravin, mais plutôt nous engage sur une voie vers plus de stabilité et vers plus de démocratie."


Dans un entretien qu’il nous a accordé, le président de l’Union des forces de progrès, M. Mohamed Ould Maouloud, parle de sa rencontre avec Ahmed Ould Daddah d’un côté et Ould Taya de l’autre la semaine dernière. Il s’est prononcé également sur certaines questions de l’heure qui interpellent l’opposition et le pouvoir.

E.H : Le leader du Rfd, M. Ahmed Ould Daddah vous a rencontré ici même dans votre siège mercredi dernier. Peut-on déjà parler de décrispation entre l’Ufp et le Rfd ?

M.O.M : nous espérons vivement que la page soit en train d’être tournée dans les relations entre le Rfd et l’Ufp dans le sens d’une normalisation. Ce qui doit être, c’est que nous ayons des relations tout à fait normales. Ce qui n’exclue pas du tout la différence d’approche, les divergences de tactique, les différences d’intérêt et, nous en avons convenu, de travailler à une normalisation durable de nos relations.

E.H : L’idée d’une candidature commune de l’opposition va être discutée ce lundi par les partis favorables à cela. Y a t-il un candidat ou allez-vous soutenir celle de Haïdalla ?

M.O.M : lorsqu’on décide de discuter, ça veut dire que toutes les options sont ouvertes, sinon il n’y a pas de discussions, il y a un a priori mais pas de discussions. Donc si toutes les options sont ouvertes, on verra de notre point de vue, quelle est la formule la plus favorable à la fois pour l’opposition et pour le pays, parce que la priorité d’abord c’est la Mauritanie, sa stabilité, son indépendance. Deuxième principe essentiel, c’est la démocratie, l’intérêt de l’enracinement de la démocratie. Le troisième principe c’est de servir aussi l’intérêt de l’opposition dans son ensemble pour qu’elle sorte de ces élections renforcée et évidemment chaque parti a le droit aussi de servir ses propres intérêts, une fois que l’intérêt de la Mauritanie, de la démocratie et de l’opposition dans son ensemble est assuré.

E.H : Que le leader du Rfd ait décidé de prendre l’initiative de venir vous rencontrer ici, montre, quand même, qu’il y a un état d’esprit qui est en train d’évoluer en ce sens que Ould Daddah qui est dans la peau d’un candidat potentiel peut accepter aujourd’hui qu’un candidat de l’opposition ne soit pas également lui. Qu’en pensez-vous ?

M.O.M : moi je crois que lorsqu’on se prépare à aller vers des élections, il est tout à fait normal qu’il y ait des candidats à la candidature commune. Je ne reprocherais à personne parmi les leaders de l’opposition ni aux autres personnalités de la scène politique nationale d’annoncer leur candidature. Le choix que nous allons faire va dépendre de considérations politiques dont nous allons convenir ensemble. Donc à partir de là, l’essentiel c’est que tout le monde à la fin se rallie à une position commune. Voilà ce que nous souhaitons.

E. H : Vous avez aussi rencontré le président de la République la semaine dernière, à deux reprises, sur quoi ont porté vos entretiens ?

M.O.M. : effectivement le président de la République a bien voulu m’accorder cette rencontre et je voudrais d’abord l’en remercier. Je pense que cela exprime une attitude positive dans la scène politique nationale par rapport à la préoccupation de tout le monde de voir intervenir un dialogue de décrispation et de détente surtout à la veille des élections présidentielles de novembre prochain. L’entretien s’est déroulé sur un ton très libre et franc. Nous avons abordé toutes les questions d’actualité, notamment tout ce qui peut favoriser un dialogue sincère, constructif et positif entre les principaux acteurs de la scène politique nationale. A ce titre, le président a convenu avec moi de l’utilité de relancer le dialogue entre les principaux partis politiques au pouvoir et les partis politiques qui sont à l’opposition.

E.H : Ce dialogue n’est-il pas limité seulement à une partie de l’opposition laissant en marge les autres ?

M.O.M : notre point de vue à l’Ufp, et c’est ce que nous défendons à toutes les occasions, nous pensons que ce qui a déjà commencé à avoir, disons, des chances de se réaliser depuis l’année dernière, c’est que nous nous efforçons toujours d’appeler à l’implication dans le dialogue de toutes les parties concernées, que ce soit les partis d’opposition que ce soit même la société civile. Vous vous rappelez l’initiative que nous avons prise en octobre 2002, comment nous avons travaillé à ce qu’il y ait un dialogue entre les partis au pouvoir et les partis à l’opposition. Mais par contre ce sont les partis eux- mêmes qui ne veulent pas et ça leur revient, c’est leur propre responsabilité. On ne peut pas nous accuser, nous, de ne pas travailler avec toutes les forces et toute la conviction nécessaire à l’avènement d’un dialogue national ouvert dont ne seraient exclus que ceux qui veulent s’exclure eux-mêmes.

E.H : Vous avez évoqué avec le président de la République la situation actuelle du pays. Croyez-vous qu’il appréhende maintenant la nécessité de procéder à des changements en profondeur?

M.O.M : moi j’ai eu l’impression que le président était à l’écoute du point de vue que je lui ait exprimé et qui est celui de l’Ufp sur la situation générale. Vous connaissez très bien le point de vue du parti là-dessus. Mais évidemment l’objet de cette rencontre qui intervient après une longue période, était d’abord d’échanger des vues. Ce n’est pas de se mettre d’accord sur tout mais de s’entendre du point de vue de l’analyse, que chacun sache un peu ce que pense l’autre par rapport à ce qui se passe dans le pays et par rapport aux perspectives.

E.H : Avez-vous évoqué avec lui la question de la transparence ?

M.O.M : lorsque la discussion se noua entre les protagonistes de la scène politique nationale, entre les partis, je pense que l’une des grandes préoccupations des uns et des autres, c’est de voir comment vont se dérouler ces élections. Et je crois que tout le monde est soucieux que ces élections se passent normalement à l’avantage de la stabilité politique et de plus de démocratie pour le pays. A partir de là, on a un terrain d’entente pour discuter de la meilleure façon d’organiser des élections crédibles, parce que ce sont elles qui peuvent favoriser la stabilité. Ce sont des élections considérées par tout le monde comme transparentes qui peuvent donner un résultat non contestable et donc favorisent aussi un approfondissement de la démocratie. Voilà pourquoi le problème va revenir sur la table lorsque les partis seront face à face, pour se dire, est-ce que dans la situation actuelle on considère que les choses se préparent bien, est-ce qu’il y a des éléments à introduire, est-ce que c’est possible, dans quelle mesure nous pouvons nous entendre sur un code de bonne conduite, tel que par exemple s’abstenir de tout recours à des méthodes illégales comme la fraude, la corruption, les menaces de violence ? En somme, toutes les attitudes négatives qui sont de nature à créer une atmosphère délétère et donc à faire déraper le processus électoral.

E.H : Ne pensez-vous pas que le temps soit court pour que les partis puissent s’asseoir maintenant et discuter de tout çà ?

M.O.M : il n’est jamais trop tard pour discuter et dans tous les cas c’est la meilleure garantie s’il y a un espace de dialogue, de discussion pour pouvoir circonscrire et contrôler tous les différends et tous les problèmes qui peuvent surgir entre temps.

Votre dernier mot : mon dernier mot, c’est que vos lecteurs prêtent beaucoup d’attention à l’enjeu que constituent ces élections qui n’est pas un enjeu partisan. Ce n’est pas une bataille pour le classement des partis politiques, des idéologies encore moins des programmes politiques des uns et des autres. C’est une bataille pour assurer à la Mauritanie plus de stabilité dans un contexte favorable à la déstabilisation et un engagement plus décisif vers la démocratie à une période où l’incertitude plane sur l’évolution prochaine de notre système politique. A partir de là, je pense que tout le monde doit être prêt à faire les concessions qui s’imposent pour que ce tournant, ce virage ne nous précipite pas dans le ravin, mais plutôt nous engage sur une voie vers plus de stabilité et vers plus de démocratie.

Propos recueillis par Moussa Diop


Mohamed Ould Maouloud, président de l'Union des Forces du Progrès, après ses rencontres avec le président Ould Taya le lundi 4 et le mardi 5 août 2003:

"Je dois dire que j'ai évoqué aussi toutes les questions qui préoccupent V opinion publique et l'opposition sans exclusive. Le président a été très attentif à mon propos et en particulier en ce qui concerne l'ouverture politique et le dialogue."


Mohamed Ould Maouloud, le président de l'UFP, parti de l'opposition, a été reçu par Ould Taya le lundi 4 et le mardi 5 août courant sur la demande du président de la République. Nous l'avons rencontré après sa deuxième audience de ce mardi et nous l'avons interrogé sur les principales questions relatives à la nouvelle conjoncture politique.

Le Calame: Vous venez de rencontrer le président Ould Taya. Sur quoi ont porté concrètement vos discussions ?

Mohamed Ould Maouloud : D'abord, je voudrai exprimer ici ma satisfaction et mes remerciements pour la disponibilité totale dont il a fait montre pour me recevoir, et se livrer ensuite avec moi à un échange de vues libre, franc et très ouvert sur l'ensemble des questions qui touchent à l'intérêt supérieur de notre pays. Notamment les questions relatives à la stabilisation du processus de démocratisation et qui touchent également à l'approfondissement de la démocratie. Nous avons bien sûr évoqué les événements du 8 juin et leur impact, mais aussi les prochaines élections. Nous avons abordé toutes les questions qui touchent le devenir politique de la Mauritanie et comment assurer que le pays aille vers plus de démocratie et plus de stabilité. Je dois dire que j'ai évoqué aussi toutes les questions qui préoccupent l'opinion publique et l'opposition sans exclusive. Le président a été très attentif à mon propos et en particulier en ce qui concerne l'ouverture politique et le dialogue. Nous avons convenu de l'utilité de relancer le dialogue entre l'opposition et le pouvoir, et nous verrons dans les prochains jours quelle initiative particulière serait de mise pour matérialiser cette dispo­nibilité.

Est-ce que le président vous a donné des gages quant à la transparence et la régularité des prochaines élections?

Mohamed Ould Maouloud : J'ai eu l'impression que le président a le souci que tout le monde comprenne qu'il est soucieux du déroulement des élections dans les meilleures conditions, et en toute transparence.

L'ancien chef de l'État, Mohamed Khouna Ould Haidalla, a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle. Votre parti le soutiendra-t-il, étant donné que votre mouvement, l'ex MND, était son principal soutien lorsqu'il était au pouvoir?

Je rectifie. Notre mouvement à l'époque, et là je parle du Mouvement national démocratique, n'était pas son principal soutien. Il n'était même pas un soutien pour lui. C'était un partenaire de la scène politique. Nous n'avons pas eu à nous confronter parce que, peut-être, notre adversaire était commun. Nous n'avons pas eu aussi l'alliance que nous avions nous-mêmes souhaitée en ce moment, mais que le système militaire, de part sa nature, nous empêchait de conclure. Maintenant la situation est autre. Nous ne sommes pas de ceux qui font la politique d'aujourd'hui en regardant le passé et selon les règles de ce passé! La candidature de Mohamed Khouna Ould Haidalla est celle d'un ancien chef d'Etat, d'un homme qui a son poids sur la scène politique nationale, son influence par rapport à l'histoire du pays. Pour toutes ces considérations, elle est très importante et elle doit être évaluée à sa juste mesure. Mais le parti a défini sa position. Nous sommes à la recherche d'un candidat qui fasse le consensus de l'opposition, soit dans son ensemble soit en grande partie. Et nous sommes toujours à la recherche de ce consensus d'abord au niveau de l'opposition. Qu'il porte sur lui ou sur un autre, pour nous l'essentiel est qu'il y ait un candidat consensuel au niveau de l'opposition. C'est notre position actuelle et nous avons dit que si nous n'arrivons pas à conclure ce genre d'accord, nous sommes déci­dés à nous présenter nous-mêmes. Dans le prochain conseil national de notre parti, qui se tiendra les 14 et 15 courant, nous livrerons les conclusions et adopterons une position définitive.

Vous deviez rencontrer Ahmed Ould Daddah, le Président du RFD, aujourd'hui (5 août), mais la rencontre a été reportée. Y-a-t-il espoir de voir le RFD et l'UFP coordonner en vue de la présidentielle?

Mohamed Ould Maouloud : Notre position est claire. Pour nous, toute l'opposition doit d'abord s'entendre sur le principe d'une stratégie commune et pour nous la bonne stratégie, c'est une candidature commune. Si les autres partenaires de l'opposition partagent le même point de vue, il n'y a pas de raisons qu'on n'arrive pas à une entente. Etant entendu que chacun est libre de se proposer comme la solution recherchée. En tout cas, ce n'est pas notre disposition d'esprit et nous sommes prêts à œuvrer lorsqu'il y aura une entente au sein de l'opposition sur ce candidat commun. Si cela n'arrive pas, ce sera malgré nous.

Pensez-vous que l'opposition a une chance si elle se lance dans la bataille en ordre dis­persé?

Il y a beaucoup d'analyses et de pronostics sur ce plan qui considèrent que les meilleures chances seront avec l'opposition si elle a un candidat commun. Je vais vous dire plus : pour nous le candidat commun est un gage de responsabilité dans la gestion d'un événement aussi considérable qu'une élection fortement disputée et qui comporte des risques de dérapage. Il est très important pour la stabilité du pays et pour ses chances de surmonter et de régler convenablement toute situation difficile liée à ces élections, qu'il y ait deux partenaires de poids responsables. S'il y a une multitude de candidats, cela comporte le risque pour le pays de voir l'opposition réagir en ordre dispersé et prôner des réactions dans tous les sens. N'oubliez pas qu'en Côte d'Ivoire, la guerre civile a été causée par la compétition entre deux anciens opposants après avoir écarté l'ancien président. Ce sont les opposants et leur rivalité pour qui va être le président qui ont amené la Côte d'Ivoire à la situation où elle est aujourd'hui. Nous devons en tirer les leçons. Si nous voulons l'alternance, il faut la rechercher d'abord par une entente autour d'un candidat commun. C'est un gage pour le succès de notre entre­prise et un gage de responsabilité vis-à-vis de la paix civile dans le pays, et pour le traitement responsable des crises éventuelles qui vont être liées à cette élection.


Ismaël Ould Amar, Directeur de campagne du Candidat Ould Haidalla, au Calame

"... je la (l'alternace pacifique : ndlr) considère nécessaire. Nécessaire pour la Mauritanie et pour le président de la République, Maaouya. C'est dans son intérêt et dans l'intérêt du pays que j'adhère à ce projet pour permettre un changement pacifique. 19 ans de pouvoir, c'est trop dans les conditions de l'exercice du pouvoir au cours des dernières années. L'alternance pacifique me paraît nécessaire pour éviter toute autre possibilité dangereuse pour le pays et pour le pouvoir


Le Calame: Vous êtes député PRDS depuis 1996 et pourtant vous avez rallié Ould Haidalla. Peut-on savoir les raisons qui ont motivé votre choix?

Ismaël Ould Amar: Mon choix est d'abord politique, nécessairement. Il est basé sur le projet politique qui a été annoncé par le président Haidalla et qui est suffisamment précisé dans sa déclaration de candidature. Moi, j'appuie des projets et ceux qui les portent. Et le président Haidalla est le seul qui ait eu le courage de reconnaître la nécessité du changement et des réformes démocratiques dans ce pays. Ayant eu ce courage et l'ayant déclaré, j'adhère pleinement au projet politique et à celui qui le porte. J'accepte de prendre la responsabilité de sa direction de campagne. Cette campagne doit porter sur un débat d'idées et l'objet de ce débat est clairement posé: Y a-t-il une crise politique dans ce pays ou non? J'ai entendu l'autre partie (le PRDS, NDLR) dire qu'il n'y a pas de crise, mais moi je dis que la crise est profonde et elle est d'abord politique, mais qu'elle est aussi économique et sociale et qu'une crise politique ne peut avoir de solution que par un projet politique. Il faut une nouvelle politique pour redresser la situation de ce pays. Où est la crise? La crise se manifeste de nos jours par plusieurs éléments: l'augmentation des prisonniers politiques, le manque de dialogue avec toutes les tendances politiques. Elle l'est aussi dans d'autres éléments plus anciens et plus permanents: la disparition du sens du service public, l'absence de l'État, l'enrichissement illicite des corrompus et des corrupteurs, la disparition de l'égalité des chances des citoyens et des agents économiques pour l'emploi, les marchés publics, l'accès aux ressources publiques comme les devises, les licences de pêche, les facteurs de production, que ce soient des terres agricoles ou pour la construction industrielle. Cet ensemble d'ingrédients font une vraie crise politique et une crise économique. La récente tentative de coup d'État n'a fait que révéler cette crise, mais en fait elle est plus profonde et plus ancienne. Mais où a-t-elle sa source? Je considère que sa source est dans la Constitution de 1991. Cette Constitution est la copie en gros de celle de la 5ème république française, qui est l'œuvre politique principale du général De Gaulle. Cette Constitution a été copiée et en la copiant, on l'a transformée en constitution bancale puisque on y a détruit l'équilibre précaire qu'ont pu réaliser le général De Gaulle et son premier ministre, Michel Debré. En supprimant les articles concernant le gouvernement et en rendant le premier ministre responsable devant le président de la République et devant l'Assemblée nationale, on a rendu les choses impossibles. Comme le dit le proverbe français: “on ne peut pas être au four et au moulin”. Le premier ministre avec ses pouvoirs ne peut pas être responsable à la fois devant le président et devant l'assemblée. Finalement, qu'est-ce qu'ils pouvaient bien faire les premiers ministres qui se sont rendus compte que tous les pouvoirs du gouvernement ont été transférés au président de la République, qui dispose de tous les pouvoirs exécutifs? Cette modification fondamentale a supprimé le rôle de l'assemblée nationale qui est devenue, avec le Sénat, un parlement croupion qui ne joue plus son rôle et qui ne peut pas le faire. Les députés, ne pouvant plus jouer leur rôle national, se sont finalement limités à défendre des intérêts personnels ou locaux. Cependant, il y a des personnalités remarquables dans l'assemblée, mais elles supportent une sorte de terrorisme intellectuel du PRDS répercuté par un président de l'Assemblée nationale élu pour cinq ans sans enthousiasme et sans concertation avec le groupe parlementaire, incapable finalement d'appliquer le règlement, de telle manière que les commissions parlementaires ne peuvent plus travailler et n'ont pas d'existence pratique. Le pouvoir personnel conduit à prendre des décisions non concertées, qui sont acceptées formellement par les institutions mais que le pays et le peuple n'acceptent pas. Et c'est ce manque d'adhésion aux décisions politiques qui fait la crise et qui fait qu'elle s'est développée au cours des années passées; un développement en dents de scie, c'est-à-dire qu'elle baisse lorsqu'on trouve des solutions aux critiques d'ordre tribal ou corporatiste et elle augmente lorsqu'on ne trouve pas de solution aux critiques et aux mécontentements. Pour résoudre cette crise, il faut changer de politique et le projet de changement politique est celui qui est présenté actuellement par le candidat Haidalla, qui est en train de constituer une nouvelle force politique autour de ce projet. Enfin, cette force politique ne souhaite l'exclusion de personnes. Elle est constituée d'hommes et de femmes qui viennent de divers horizons politiques, du PRDS, de l'opposition etc. Ce qui est recherché par le candidat Haidalla et par son équipe, c'est de réaliser le rassemblement de toutes les forces populaires pour permettre la victoire de ce projet politique.

Le Calame: Comment avez-vous vécu ce changement de camp? Avez-vous été l'objet de pressions tribales ou familiales?

I.O.A.: Je n'ai fait l'objet d'aucune pression. D'abord je n'ai consulté personne, ni ma famille, ni mes amis politiques locaux. Par contre, je me suis consulté avec des personnalités qui partagent avec moi la même vision et la même connaissance de la situation politique actuelle et de son évolution. C'est seulement après l'annonce du soutien à cette candidature que ma famille a été informée, et j'ai dû, en réunion avec mes amis politiques au Brakna et en particulier dans la commune de Male, expliquer pleinement les raisons de mon choix. Je suis heureux qu'autant ma famille que mes amis politiques comprennent ce choix et y adhérent complètement.

Le Calame: Croyez-vous sincèrement à la possibilité d'une alternance en Mauritanie?

I.O.A.: Non seulement j'y crois, mais je la considère nécessaire. Nécessaire pour la Mauritanie et pour le président de la République, Maaouya. C'est dans son intérêt et dans l'intérêt du pays que j'adhère à ce projet pour permettre un changement pacifique. 19 ans de pouvoir, c'est trop dans les conditions de l'exercice du pouvoir au cours des dernières années. L'alternance pacifique me paraît nécessaire pour éviter toute autre possibilité dangereuse pour le pays et pour le pouvoir. Si on regarde l'histoire politique depuis l'indépendance, qu'est-ce qu'on constate? On constate que d'une façon bizarre, c'est seulement au cours du régime d'exception militaire qu' il y a eu deux cas d'alternance pacifique au niveau du poste de chef de l'État: entre Moustapha Ould Mohamed Saleck et Mohamed Mahmoud Ould Louly et entre ce dernier et Ould Haidalla. Pourquoi c'est seulement dans les régimes militaires qu'on trouve une alternance pacifique? Je crois que c'est parce que la charte militaire posait le principe de la collégialité qui permettait le passage pacifique du pouvoir, lorsque le prétendant à la fonction suprême arrivait à obtenir suffisamment d'appuis au sein du comité militaire. Ces conseils militaires qui ont permis l'alternance pacifique ont été suffisamment sages. Par contre, nous avons deux cas d'alternance non pacifique qui n'ont pas provoqué de morts, heureusement, mais qui se sont réalisées sans l'accord du président en exercice. D'abord en juillet 1978, où l'alternance a été violente et ce fut un drame pour le président et sa famille; ses soutiens et ses laudateurs aussi qui ne savaient pas comment retourner leurs vestes. Pourquoi est-on arrivé à cette extrémité? C'est l'exercice solitaire du pouvoir qui en était la cause puisque Mokhtar n'avait pas senti la nécessité du changement. Pourtant ce président, qui avait une connaissance exquise des structures sociales de la Mauritanie et dont la sagesse est légendaire, avait eu une occasion exceptionnelle lorsqu'il avait nationalisé la MIFERMA et obtenu le soutien de tout le peuple mauritanien pour proposer les changements politiques nécessaires pour une ouverture démocratique. Des personnalités politiques et des jeunes regrettent à ce moment là que Mokhtar n'ait pas eu le courage de procéder aux changements. La deuxième raison pour laquelle le changement s'est fait par coup d'État est que le système d'alternance possible était devenu inopérant. Pourquoi? Constitutionnellement, il y avait une élection présidentielle tous les 5 ans, mais il n'y avait aucune possibilité d'alternance à cause du parti unique qui a gangrené la situation. Le syndicat était rattaché au parti unique ainsi que l'armée et la Cour suprême. Le deuxième cas de figure où il y avait une alternance violente c'était le 12 décembre 1984, malgré la charte militaire qui permettait le consensus. Mais ce consensus a été supprimé par Haidalla, sans doute pas par lui- même mais par son entourage. La première chose qu'il faut constater est qu'à chaque fois qu'il y a une alternance violente, il y a une explosion populaire de joie. Ceux qui applaudissaient la veille se transformaient en laudateurs du nouveau pouvoir. Cette explosion de joie a un double sens: c'est à la fois une sanction du précédent et une mise en garde au suivant. Sanction claire parce que le peuple désapprouve les pratiques du pouvoir de l'ancien, et mise en garde au nouveau qui doit éviter de faire la même chose. C'est la même mise en garde qui a été adressée aux militaires en 1978 et à Maaouya en 1984. Comment peut-on comprendre qu'on organise une alternance violente et qu'on met en place finalement, au cours des années, le même système de pouvoir qu'on avait mis hors jeu? Le président Haidalla est le seul qui ait eu à reconnaître que les problèmes politiques, économiques et sociaux de la Mauritanie proviennent de l'exercice solitaire du pouvoir et le pays a intérêt à sortir de cette pratique et de cette culture, pour éviter que continue la dangereuse autre culture, celle des coups d'État. Il faut sortir de ces cultures pour mettre en place un nouveau dispositif constitutionnel organisant les relations politiques dans notre pays.

Est-ce que vous avez déjà une idée des grands axes de votre campagne? Comment va-t-elle s'organiser et comment comptez-vous la financer?

I.O.A.: Notre campagne va être organisée de façon très claire. Nous voulons un débat d'idées et nous voulons éviter absolument l'autre alternative, celle des invectives que l'autre partie a déjà commencée. Nous n'avons aucune intention d'accepter d'aller dans cette voie. Nous ne répondrons à aucune invective ni à aucune insulte, laissant aux autres le soin de s'y mettre comme ils veulent. Notre débat est un débat politique d'idées et notre projet clair. C'est le projet qui permet une réforme démocratique de notre système politique, et j'ai entendu et lu certaines remarques disant que le candidat Haidalla est venu avec seulement un projet politique. Il n'a pas parlé d'économie, de social, dit-on. C'est la preuve d'une mauvaise compréhension du problème en jeu. Il faut un projet politique pour mettre en place un cadre de travail. Les politiques économiques et sociales ne peuvent être déterminées que dans un cadre institutionnel et légal déterminé. Des politiques de gouvernement seront déterminées: agricole, sanitaire, éducative, l'organisation des relations de production entre employeurs et employés, une politique permettant l'égalité des chances devant l'emploi. Ce sont toutes ces politiques que nous établirons lorsque les conditions de formation d'un nouveau gouvernement dans le nouveau cadre institutionnel seront remplies. Le président vient avec des orientations claires dans le domaine politique et dans le domaine social. Dans notre projet politique, le président Haidalla et son équipe qui le soutient ne veulent pas d'un président de la République qui soit gestionnaire. Nous ne voulons pas que le président gère les affaires publiques qui doivent être du ressort d'un gouvernement responsable devant les représentants du peuple, parce que les politiques doivent être décidées par ces représentants après avoir été élaborées et présentées par un gouvernement responsable. En ce qui concerne le financement, la campagne est financée par les donateurs qui doivent faire l'équilibre. S'ils font des dons au candidat Maaouya, ils doivent faire les mêmes dons au candidat Ould Haidalla. C'est un équilibre naturel qui doit se faire. C'est ce que nous comprenons.

Le Calame: Pensez-vous qu'ils le feront?

I.O.A.: Ils ont intérêt à le faire parce que c'est la nature des choses.

Le Calame: Si les partis politiques décident de ne pas vous soutenir, croyez-vous que vous serez capables de gagner l'élection sans leurs voix?

I.O.A.: J'ai dit tout à l'heure que Haidalla veut rassembler. C'est le rassemblement qui compte. Les partis politiques ont des positions. Le projet politique de Haidalla constitue une réponse à une demande populaire de changement. Personne parmi les observateurs et ceux qui s'intéressent à l'évolution politique de la Mauritanie ne peut nier qu'il y a une demande populaire considérable pour le changement politique. Les partis existants et notamment de l'opposition sont demandeurs de ce changement politique, et je ne vois pas pourquoi ils ne répondent pas favorablement à cette demande de rassemblement présentée par Haidalla. Ensuite, ce n'est pas seulement les partis d'opposition, c'est le PRDS lui-même qui ne sera plus jamais comme il était. Il faut attendre simplement les jours et les semaines qui passent pour savoir qui se réduira à une peau de chagrin.

Le Calame: Pensez-vous que Ould Taya va jouer le jeu, que le système se laissera faire pour qu'il y ait des élections transparentes?

I.O.A.: Pourquoi ne le ferait-il pas? C'est lui qui, le premier, a fait entrer la Mauritanie dans un système démocratique. Il est ce qu'il est. Il a ses insuffisances, mais il vaut mieux que ce qui existait, à savoir le régime d'exception. Celui qui est le père d'une constitution ne doit pas refuser le jeu démocratique.

Le Calame: Et si les élections se déroulaient normalement, reconnaîtriez-vous la victoire de Ould Taya s'il gagne?

I.O.A.: Absolument. Nous reconnaîtrons la victoire de celui qui gagne, mais la question doit être surtout posée à l'autre partie parce que selon notre compréhension de la demande populaire de changement, c'est plutôt Haidalla qui va gagner. Et nous souhaitons que le président Maaouya, en toute sincérité, reconnaisse la victoire de Haidalla.

Le Calame: Votre ancien parti, le PRDS, a commencé une véritable campagne contre vous en vous accusant, entre autres, d'avoir “trahi” vos électeurs. Que leur répondez-vous?

I.O.A.: C'est une vieille querelle entre les secrétaires généraux du RDS et moi. Ces messieurs considèrent que les électeurs sont ceux du PRDS. Pour ma part, je considère qu'ils sont les électeurs des candidats à l'assemblée nationale, y compris moi-même. J'avais protesté à la fin des dernières élections parlementaires en disant que les mauvaises décisions du secrétaire général du PRDS nous ont enlevé une partie de notre électorat, et non celui du PRDS. Nous verrons d'ailleurs sur place comment les choses vont se passer, s'ils vont voter pour Maaouya ou pour Haidalla.



Ely Ould Sneiba, porte parole du Candidat Ould Haidalla, au TEMPS

LE TEMPS N° 170 du 15 septembre 2003

M. Ely Ould Sneiba, Porte-parole de Mohamed Khouna Ould Haidaila, ancien Chef d'Etat de 1980-1984, candidat aux présidentielles de 2003 :

"La Mauritanie et les Mauritaniens ont besoin de Ould Haidallah" "On doit veiller à la transparence des élections, jouer franc jeu et respecter le verdict des urnes"

Le Temps : Comment va le Président Ould Haidalla?

E.O.S. : Le Président se porte bien, il est serein et reçoit les gens, explique son programme. Il se prépare aux élections du 7 novembre. Contrairement ce que pensent beaucoup de gens, Ould Haidalla est plus jeune que Ould Taya et sa santé est excellente, Dieu merci.

Le Temps : Quels sont les rapports de votre candidat avec Ould Taya, car certains avancent que Ould Haidalla est un "faux" candidat et que c'est Ould Taya qui lui a demandé de se présenter?

E.O.S : Il y a des rumeurs malveillantes qui circulent à ce sujet, véhiculées par ceux qui ne veulent pas voir le changement et l'enracinement de la démocratie par l'introduction de l'alternance politique dans les moeurs. Ensuite, c'est une insulte pour Ould Haidalla qui ne recherche pas le pouvoir pour le pouvoir. Il a servi la Mauritanie, Ould Taya assis à ses côtés, il était son Premier Ministre puis son Chef d'Etat-Major. Quand il avait quitté les affaires, c'était sans aucun regret. Aujourd’hui, il propose aux Mauritaniens un projet de société, une sortie de crise qu'il compte défendre devant le peuple, seul détenteur de la souveraineté politique. Les rumeurs sur la "fausse" candidature de Ould Haidalla me semblent être liées à l'absence de candidature unique de l'opposition et la nécessité de fabriquer un candidat potentiel. Mais la réalité est autre et il en va autrement. Le pouvoir, tel qu'il est exercé aujourd’hui, ainsi que l'état de ses troupes n'incite pas réellement ce que l'on s'oppose à lui mais à qu'on se courbe devant sa volonté. Et cela rentre dans l'orére des choses. Quand on se trouve dans une position inconfortable, on ne cherche pas introniser un opposant fort qui aura la possibilité de canaliser les mécontentements. Quel intérêt a donc Ould Taya pousser Ould Haidalla vers les marches de la présidence? D'autre part, Ould Haidalla n'est pas un homme à jouer les secondes rôles, encore moins à se jeter dans les mesquineries.

Le Temps : Pourquoi subitement Ould Haidalla, après 19 ans de silence, a-t-il décidé brusquement de revenir à la politique et de briguer la magistrature suprême? Est-ce pour se venger de Ould Taya qui l'avait renversé en 1984 ou y a-t-il d'autres raisons?

Ely Ould Sneiba : Pas du tout, je ne suis pas d'accord avec vous sur le présumé silence de 19 ans de Ould Haidalla. Les Mauritaniens se rappellent que Mohamed Khouna Ould Haidalla est apparu plusieurs fois au cours de la campagne 1991. Il a été dans les meetings qui constituent une forme d'action politique. Il avait même fait des déclarations. Du reste, la préparation de sa candidature remonte à plus de deux ans. Il avait pris contact avec un certain nombre d'acteurs politiques, il voulait rassembler l'opposition derrière lui. Il a prêché la candidature unique avec un certain nombre d'amis. Malheureusement, il n'a pu rassembler toute l’opposition. Il s'est renéu à l'évidence : la Mauritanie avait besoin de lui et il avait du travail à faire, un travail salvateur au profit de tous et pour le bien-être de tous. Il a donc pris ses responsabilités en bon citoyen et en patriote averti, tout comme de grands hommes ont eu dans une période de l'histoire de leur pays prendre les leurs. Vous vous souvenez bien des grands de ce monde qui après avoir quitté les affaires sont revenus réprendre du boulot et faire les réformes nécessaires puis se retirer. Je crois que la candidature de Mohamed Khouna Ould Haidalla s'inscrit dans ce cadre là, c'est il dire sauver le pays, donc le mettre sur les rails. Les Mauritaniens sont venus le soutenir en masse, pour qu'il mette en place les réformes tant souhaitées par l'opposition et par tous les citoyens de ce pays. Sans la démocratie, la Mauritanie est en mauvaise passe et la solution salvatrice et juste se trouve justement dans les réformes que Haidalla propose. Je crois que tous les observateurs, opposition et pouvoir, comprennent que son projet politique est bien ficelé et qu'il n'y a rien à y dire.

Le temps: Le putsch manqué est-il pour quelque chose dans sa candidature?

E.O.S : Non, pas directement. Il faut dire que le putsch a crée une situation. Il pose de nouveau les problèmes. Il a exprimé un malaise profond. Les putschistes l'ont exprimé à leur manière. Quant à nous, nous condamnons la violence. N'empêche, l'opposition, les intellectuels, la société civile et beaucoup de forces vives de la nation ont exprimé ce malaise-là et ont demandé le changement. Ils ont demandé des réformes, le pouvoir est resté sourd à cette sollicitation populaire comme il l'a toujours fait par le passé. Maintenant, les Mauritaniens se reconnaissent dans la candidature de Mohamed Khouna Ould Haidalla pour assurer l'alternance et développer la démocratie avec Ould Haidalla, non seulement il va enraciner la démocratie, mais il va lui constituer l’espace vital nécessaire à son épanouissement.

Le Temps : Certains observateurs font remarquer que les ennemis d'hier de Ould Haidalla sont devenus ses alliés d'aujourd'hui. Comment expliquez-vous aux lecteurs ce changement d'attitude inattendu?

E.O.S. : Mohamed Khouna Ould Haidalla n'avait pas d'ennemis mais des adversaires. Les adversaires politiques ce sont les gens qui expriment des idées différentes. Ils se déterminent par rapport à cette analyse. Ils ont une vision du problème qui les oppose à celui qui est au pouvoir. C'était le cas de beaucoup d'hommes qui ont eu exercer les hautes fonctions. Finalement, ces gens ont fait une analyse identique qui rejoint celle de Ould Haidalla. En définitive, il n'y a pas de problèmes personnels mais une divergence de vue, d'approche, d'opinion et de méthode. Voilà que tout le monde se retrouve aujourd'hui, adversaires d'hier, amis, autour d'une solution unique, d'un objectif commun, celui de porter Ould Haidalla pour lancer le train du changement institutionnel et sortir le pays de l'impasse dans laquelle il se trouve actuellement.

Le Temps : Ould Haidalla vient de conclure un accoré avec les islamistes, est ce à dire qu'il s'engage appliquer certaines de leurs visions théocratiques au cas où il serait élu, notamment l'application de la Chari'a?

E.O.S. : Je crois que ce problème est réglé. Quand vous lisez l'accord que nous avons conclu avec les islamistes, vous allez vous rendre compte que leurs soucis sont des soucis républicains, des soucis modernes, qui posent de vrais problèmes. Ils cherchent le retour de la Mauritanie dans son cadre de bon voisinage, ses relations traditionnelles, la justice sociale, l'égalité, la démocratie, l'approfondissement des espaces de liberté. Ils ne font pas référence à la Chari'a. La clef du sésame réside dans le projet politique global que propose Ould Haidalla. C'est-à-dire que tous les modes d'expression trouveront voix au chapitre et droit de cité. Cela veut dire aussi que si vous êtes islamiste et que vous défendez un programme islamique, latitude vous sera donné de développer vos idées librement et de les expliquer. Latitude vous sera également donné de séduire et de convaincre les Mauritaniens pour les amener à adhérer au projet de société que vous proposez. Si l'assentiment démocratique des mauritaniens vous est acquis, la majorité parlementaire obtenue vous permettra de diriger le gouvernement et d'appliquer votre programme. En ce moment, vous proposerez aux Mauritaniens la politique de votre choix et pour laquelle la majorité vous a élu. Cette même latitude est offerte à tous les groupes. Seul le peuple à travers les scrutins sera à même de décider celui à qui il confiera sa destinée sur la base de son programme.

Le Temps Est-ce que vous avez promis aux islamistes le poste de Premier Ministre?

E.O.S. Non! On n'a rien promis à personne. Ce qui importe pour la classe politique aujourd'hui, c’est le changement. Quand le changement adviendra, tout le monde aura son compte dans cette nouvelle ère démocratique. Les gens veulent s'exprimer librement sur la politique qu'ils entendent mener. Il n'y aura plus de restriction. On n'interdira pas un parti politique, plus jamais. Toutes les opinions pourront être exprimées. On ne dira plus vous êtes fascistes ou rétrogrades. Chacun aura le droit de défendre son projet politique qu'il trouve idéal pour le pays et pour le peuple. Chacun oeuvrera pour l'intérêt de la Nation dans une saine émulation sans craindre un quelconque pouvoir gendarme.

Le Temps : Y a-t-il des fascistes en Mauritanie?

E.O.S. Non! Ce ne sont là que des exemples purs et simples. Cela ne veut pas dire qu'il y a des fascistes en Mauritanie ou des gens rétrogrades. C’est une manière de dire que chacun sera libre de parler et de s’exprimer, de faire de la politique librement et sans aucune contrainte.

Le Temps : Vos adversaires font état du bilan "désastreux" de Ould Haidalla pendant son règne, notamment sur le plan des libertés. Que prévoyez-vous pour convaincre les lecteurs que l'homme est devenu un démocrate modèle?

E.O.S : Les Mauritaniens sont victimes d'une propagande négative à l'endroit de Mohamed Khouna Ould Haidalla. Pour être objectif, quand Mohamed Khouna Ould Haidalla a quitté le pouvoir (NDLR: le 12/12/1984), il a laissé un Etat fort, respecté. Il a laissé un pays allégé de la dette extérieure, il a laissé le respect des institutions. Il a laissé un réseau d'excellentes relations avec les pays voisins. Il a laissé la Mauritanie en bonne santé. Mohamed Khouna Ould Haidalla est le premier Mauritanien qui a donné le pouvoir aux civils. Il a défendu cette option. Il voulait remettre le pouvoir aux civils et il l'a fait. Une partie du Comité Militaire de Salut National a voulu reprendre le pouvoir après le coup d'Etat du 16 mars et le restituer aux militaires. Il était donc mis en minorité. Il y a des témoignages dans ce sens que vous pouvez lire dans la presse. Avec Haidalla, c'est une Mauritanie réconciliée avec elle même et résolument tournée vers l'avenir. C'est le retour des valeurs de la République et le renforcement de notre système de valeurs.

Le Temps : Pourtant pendant le règne de Haidalla les prisons étaient pleines?

E.O.S. Vous ne pouvez pas dire que les prisons étaient pleines parce qu'il y avait des prisonniers d'opinion. Ce sont des Lycéens dans leur majorité, manipulés par des tendances politiques que vous connaissez et c'est pour cela qu'un certain nombre d'agitations a été étouffé dans l'oeuf. Je ne défends pas l'idée qu'il n'y a pas eu de prisonniers, mais, il n’est pas le seul dirigeant envoyer des gens en prison.

Le Temps : Mohamed Lemine Chbih ould Cheikh Melainine reproche aux candidats, dont le vôtre, l'absence de programme. Que répondez-vous et où en est le front du changement?

E.O.S. : Chbih ne parle pas du programme de notre candidat car il est le seul à avoir avancé un programme cohérent: séparation des pouvoirs, notamment l'idée du bicéphalisme, un président qui préside et un premier ministre qui gouverne, responsable uniquement devant le parlement, limitation des mandats à deux, réduction du mandat à cinq ans, etc... Donc une bonne réforme constitutionnelle. Ce sont peut-être les autres qui n'ont pas avancé un programme pertinent. Notre projet est pourtant clair à ce niveau et il a été apprécié par les analystes politiques et avec eux la majorité des mauritaniens.

Le Temps: Depuis la déclaration de candidature de Ould Haidalla, quelle évaluation faites-vous aujourd'hui de vos troupes?

E.O.S. : Je crois que l'espoir est là. Cette candidature a suscité un espoir évident de changement. Il y a des ralliements massifs et de qualité. Je pense que le message de Mohamed Khouna Ould Haidalla à travers son programme politique est parvenu cin sur cinq aux destinataires. Maintenant les Mauritaniens se mobilisent massivement pour lui prêter main forte afin de gagner la bataille électorale du 7 novembre.

Le Temps: Que prévoyez-vous pour obliger l'administration à la stricte neutralité et à la transparence dans les prochaines élections?

E.O.S. C'est un appel à la raison. Quand on défend la démocratie, on est obligé de jouer le jeu, c'est-à-dire que le jeu démocratique requiert la neutralité active de l'administration. Et il y a des gages pour cela. Si on se dit démocrate et que I'on reproche aux prédécesseurs de ne pas l'être, on doit veiller à la transparence des élections, jouer franc jeu et respecter le verdict des urnes, ne pas tricher, ne pas faire recours à la fraude, laisser les Mauritaniens exprimer leur vote librement, voter pour le candidat de leur choix, ne pas manipuler les listes électorales, ne pas faire pression sur les individus, les tribus, l'administration et les fonctionnaires de l'Etat, ne pas user de "vous voter contre mon candidat, je vous débarque". Le chantage et les représailles annihilent la démocratie. Cette dernière, est par principe cohabitation, respect de l'autre et de son choix, tolérance.

Le Temps : La donne tribale est très importante dans notre pays. Quelles sont les tribus qui vous ont soutenu le plus jusqu'à présent ?

E.O.S. : Chez nous on ne raisonne pas en terme de tribus. Nous nous adressons à des citoyens. Quand Mohamed Khouna Ould Haidalla s'exprime, il le fait en tant que citoyen s'adressant ses compatriotes, aux individus et aux groupes, ces derniers n'étant en définitive que la somme des premiers. Donc nous ne parlons pas en terme de tribu ou de région. Khouna sera le candidat de tous les Mauritaniens, abstraction faite de toute considération tribale, ethnique ou sectaire.

Le Temps : Les régions du Hodh et du Trarza sont les plus grands réservoirs humains du pays. Elles sont considérées comme des fiefs favorables, dans leur majorité, à Ould Taya. Quelle approche comptez-vous déplorer pour grignoter une partie de cet électorat dit acquis au camp adverse?

E.O.S: Vous avancez une fausse hypothèse et une appréciation qui n’est pas au point. L’électorat n'est ni la propriété privée, ni l'apanage de personne. Où est l'intérêt d'une campagne électorale ou d'un programme politique à dimension nationale si on fait des à-prioris et attribue telle région à un candidat ou à un autre. Au contraire, les Mauritaniens sont des citoyens qui savent apprécier et ils prendront, j'en suis sûr, le temps de juger les hommes et leur programme avant de voter, en toute connaissance de cause, sachant que leur avenir en dépend. Ce qui va guider leur choix, c’est i'intérêt de la Mauritanie. On ne peut pas dire à l'avance que les Hodhs ou le Trarza voteront pour celui-ci ou celui-là. On descendra sur le terrain et on exposera aux citoyens de ce pays ce que nous comptons leur offrir en matière de réformes politique, économique sociale et latitude leur est donné de choisir là où va leur référence. Personne ne peut dire que tel électorat m'est d'office acquis. Le vote est une conviction personnelle, c'est une opération secrète qui intéresse chaque mauritanien et non I'affaire d'un groupe. Certes, il y a un gros travail de sensibilisation, de conviction à faire. Et c’est là où résident tous les avantages de la démocratie.

Le Temps: Après le départ des islamistes du RFD qui vous ont déclaré leur soutien, ou en sont vos rapports avec Ahmed Ould Daddah?

E.O.S : Nos rapports avec Ahmed Daddah sont corrects, puisque c'est un démocrate qui a beaucoup contribué à l'éclosion de ce principe en Mauritanie, nos rapports sont des rapports basés sur une estime réciproque et d'amitié. Nous menons un combat identique. Il y a entre nous, une communauté de combat. Je pense que s'il a préféré que l'opposition aille en ordre dispersé, c'est une question d'approche et cela n'engage que ceux qui optent pour ce choix.

Le Temps : Votre opinion sur ce que l'on appelle "islamisme" en Mauritanie, et comment concilier votre pacte avec Deddew et les exigences de la donne internationale sur la lutte contre l'islamisme qui est assimilée aujourd'hui au terrorisme?

E.O.S. : Tout cela est fabriqué de toutes pièces! Il est écoeurant que Radio Mauritanie, la Télévision nationale et la presse écrite officielle diffusent longueur de journée des spots qui incitent à la violence en accusant des Mauritaniens de terroristes. Cela relève de la manipulation. L'Islam chez nous est tolérant et il n'a jamais été fait de mal quiconque dans ce pays en raison de ses croyances religieuses ou autres. Ce n’est pas parce qu'ils sont des terroristes que les islamistes ont été arrêtés mais seulement parce qu'ils développaient une autre vision, une autre façon de faire et de voir la politique. Leurs actions étaient auréolées de préceptes islamiques, c'est tout. Pour cela nous les respectons. Ce qui nous revient à poser une nouvelle fois le principe de la liberté d'opinion et il appartient aux Mauritaniens d'adopter ou de rejeter telle ou telle vision. Mais ce qu'il faut impérativement éviter, c'est de confondre Islam et terrorisme, ce qui est une discordance, l'islam étant par essence une religion de paix et de tolérance. Pour notre part, nous sommes contre cette confusion laquelle malheureusement le pouvoir en place a succombé faisant ainsi le choux gras de puissances étrangère qui monnayent cette marchandise anti-islamique coup de dollars et d'aides accrues. Avec ce faux problème on est en train de réveiller le démon. Il faut arrêter ces spots médiatiques ridicules car il n'y a simplement pas de terrorisme à vendre chez nous. Si cet acronyme avait pignon sur rue en Mauritanie, les populations seront les premiers à les combattre, il y aura un sursaut républicain pour touffer le diable dans son oeuf. Il ne faut pas créer un terrorisme de toute pièce pour faire chorus avec le monde et épouser l'air du temps.

Le Temps Quelles garanties de transparences aimeriez vous obtenir de la part du pouvoir?

E.O.S. On veut que le pouvoir oblige ses Walis, ses Hakems et ses commissaires à la neutralité. On veut que le pouvoir associe l'opposition à la gestion et la supervision des opérations électorales. On veut pouvoir contrôler la fiabilité des listes électorales, être associés à la composition des bureaux de vote. On veut l'indépendance et la neutralité de l'autorité de supervision du scrutin. On veut que l'administration use de son pouvoir coercitif sur les tribus, sur les groupes de pression afin que ces derniers ne puissent exercer de chantage sur les membres vulnérables de leur communauté ou de leur corporation. Nous avons appris que le PRDS est en train d'acheter des cartes d'identité nationale et de les garder pour empêcher leurs titulaires, susceptibles de voter contre leur candidat, d'effectuer leur devoir civique. Ce sont là des pratiques de manipulation des listes électorales sont en cours. Ceci est dangereux, comme l'est la rumeur faisant état de la mise sur pied de bureaux itinérants au sein des tribus nomades. Il s'agit de pratiques illégales, qui privilégient la tribu et la communauté érigées en directeurs de conscience de masses impuissantes à désobéir aux mots d'ordre du chef suprême.

Le Temps: Que se passerait-il si Ould Taya passe d le premier tour?

E.O.S. : Ce qui nous intéresse, c'est le verdict des urnes. S'il y a transparence, on ne pourra que nous plier au verdict populaire.

Propos recueilli par: Med Takyoullah ould El Waled


«Le rapport des forces plaide en faveur de Haidallah», affirme le Pr Lo Gourmo

Interview accordée à L'Eveil-Quotidien n 505 du 2 novembre 2003


Une semaine après le démarrage de la campagne électorale, le professeur Lô Gourmo Abdoul, membre du directoire de campagne du candidat Ould Haidallah, a fait le bilan de leurs activités depuis le 22 octobre dernier. Invité par la Convention pour le changement et l’Alternance, le 31 octobre, il a exprimé les espoirs et les craintes de la coalition pour une alternance pacifique, regroupée derrière la candidature de Ould Haidallah.

«Nous venons de terminer la première étape de notre campagne. Durant cette période, nous avons visité toutes les grandes et moyennes villes du pays. Notre colonne bleue a ainsi sillonné toutes ces villes pour expliquer aux populations le programme de notre candidat. Nous avons remarqué que beaucoup de villes considérées comme des fiefs imprenables du PRDS sont en réalité loin de l’être. La surprise a été que ces villes sont largement acquises au candidat Mohamed Khouna Ould Haidallah. Pour ne parler que de la vallée, je citerai Kaédi et Bababé, deux villes qu’on pensait entièrement dans le giron du Prds, à la lumière des dernières élections législatives et municipales de 2001. Ce sont des villes que le PRDS avait gagnées dans une transparence relative (ndlr : c’est particulièrement Kaédi puisque Bababé a été conquise par l’UDP, un parti de la majorité présidentielle.) A Bababé, qui est une ville satellite à un certain nombre de villages, c’est toute la ville qui est sortie dans les rues pour accueillir le candidat de la coalition dans une atmosphère de liesse populaire débordante. C’était vraiment notre première victoire tangible dans la vallée car l’étape de Boghé était sans enjeux du fait que cette ville est fortement ancrée dans l’opposition depuis toujours. Ce qui nous a surpris à Bababé, c’est d’avoir vu les familles des cadres locaux du PRDS manifester leur joie pour accueillir notre délégation. C’était incroyable ! A Kaédi, qui est une ville bigarrée, l’atmosphère a été comparable à celle de Bababé à notre arrivée. Le caractère symbolique de cette ville (on y trouve un brassage ethnique rare dans le pays) donnait au PRDS beaucoup de marges de manœuvre contrairement aux autres villes de la vallée. C’est avec les images de notre meeting à Kaédi que le système PRDS dans la vallée a connu son premier ébranlement et que les gens ont commencé à paniquer. La troisième ville, cette fois-ci en pays maure, qui nous a impressionnés, c’est Guerrou dans la wilaya de l’Assaba. Pour ceux qui ne le savaient pas, Guerrou était une citadelle incontestable pour le PRDS même aux meilleurs moments de l’UFD à l’époque. Or Guerrou nous réservé un accueil incroyable et difficile à décrire. Malgré les tentatives de bloquer notre délégation, il faut dire que Guerrou a semé une panique totale dans le système tribal et électoral du régime parce qu’elle a réservé au candidat de la coalition un accueil impressionnant et significatif. En continuant plus à l’est, on constatait que le soutien de notre candidat devenait de plus en plus large au sein même des réservoirs électoraux du candidat Ould Taya. Je peux vous dire que notre tournée a été un véritable succès électoral même s’il faut reconnaître qu’elle a eu des hauts et des bas. Puisque l’accueil de Tidjikja ne peut pas être considéré comme débordant comparé à ce que nous avons vécu ailleurs. Grosso modo, on peut affirmer, en se basant sur cet échantillonnage très représentatif de l’engament des populations, que le rapport des forces plaide en faveur du candidat Ould Haidallah, surtout dans les grandes villes. L’attitude du parti au pouvoir justifie même cette tendance favorable au candidat de la coalition. Que dit le PRDS, qui est dans la panique totale, pour reconnaître cette réalité qu’il ne veut pas reconnaître ? Il dit qu’il y a une sorte que convergence entre les candidats de l’opposition qui se donnent en quelque la main en se prêtant les manifestants ! C’est faux et ridicule car la complexité de la question ne se prête pas à ses calculs. C’est absurde tout cela, la réalité est que le PRDS avoue que les meetings de Haidallah sont très réussis vu le nombre de personnes qui se déplacent à chaque meeting pour apporter leur soutien à notre candidat. Je ne saurais terminer sans vous parler de notre meeting à Atar car Atar c’est Atar ! Là la lumière a été coupée au début du meeting pour décourager les sympathisants de notre candidat. Quand ils ont ramené la lumière les personnes venues apporter leur soutien à Haidallah étaient beaucoup plus nombreuses ! Atar a été un sacré coup dans le moral des troupes du PRDS, dont les tentes dressées partout dans les villes montrent le vrai visage car elles sont désertées par les électeurs.

Que les électeurs potentiels se transforment en électeurs réels !

Je dirai que notre candidat dispose d’un potentiel électoral très important. Mais il faut que ce potentiel se transforme en une réalité le jour du vote. Pour ce faire, il faut s’inscrire sur le fichier électoral, connaître son bureau de vote, retirer sa carte d’électeur, identifier la couleur de son candidat et aller voter pour lui le 7 novembre prochain. Personnellement, je dois dire que je ne suis pas très satisfait de ce qui est fait jusque-là, au niveau de la coalition dans la mobilisation des électeurs réels! Il y a aussi une question capitale qui est posée s’agissant de notre présence dans les bureaux de vote pour empêcher la fraude par le bourrage des urnes. Et le PRDS n’a pas voulu nous faciliter cette année la tâche en dispersant les bureaux de vote.

Je pense que ce sont les jeunes qui doivent jouer le rôle de contrôle de ce qui peut se passer dans les bureaux de vote. Vous devez beaucoup bouger le jour du vote en allant d’un bureau à un autre et en aidant les autres à accomplir leur devoir. Vous devez circuler ce jour-là pour pouvoir réagir vite en cas de fraude et vous opposer aux opérations de vote frauduleuses. Je dis bien opposer et non confronter puisque nous ne sommes pas des partisans de la confrontation. Mais quand il s’agit du respect du droit, sommes fermes là-dessus.

Comment va travailler Ould Haidallah en cas de victoire ?

Au soir du 7 novembre 2003, le candidat Ould Haidallah est déclaré vainqueur du scrutin. Que faut-il faire ? Il faut dire que le candidat Ould Haidallah a signé un accord avec l’UFP. Cet accord est clair en ce sens que le candidat Ould Haidallah s’engage dès le lendemain de sa victoire à mettre sur pied un gouvernement de large union nationale, composée de toutes les forces politiques qui acceptent le changement. Il s’agit plutôt d’une feuille de route du candidat Haidallah que d’un programme électoral dans le domaine politique. Il faut dire que Khouna est un candidat qui n’a pas de parti politique et dont la candidature a occasionné le désistement de deux candidats, celui de l’AJD et de l’UFP. C’est dire que Khouna ne peut former un gouvernement qu’avec les partis politiques et tous les mouvements collectifs ou individuels qui ont soutenu sa candidature.

A l’UFP, et je pense que cela est valable chez beaucoup de forces politiques du pays, nous considérons qu’il est difficile de sortir la Mauritanie de la situation dans laquelle elle se trouve sans une large convergence des opinions et des positions politiques les plus représentatives du spectre politique national. Car les fractures du pays sont multiples et ses divisions très larges. Au lendemain de notre victoire, quiconque, que ce soit Khouna, l’UFP, les islamistes ou quelqu’un d’autre, ne respecte pas sa parole de démocratisation, il lui arrivera ce qui arrive à tous les dictateurs ou à tous ceux qui trahissent le peuple. Il sera combattu par le peuple. C’’est dire qu’au niveau de la CAP il y a une ligne rouge qu’un parti ou mouvement politique ne peut dépasser. Il s’agit de la ligne rouge de la démocratie.»


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