Unité- Démocratie- Justice sociale

Accueil Contactez-nous Sommaire


Google

 

sur le Web

Sur ufpweb.org

 

Page d'accueil ] Haut ] Du Côté de Ould Daddah ] [ Du côté de Messaoud ] Du côté de la CAP ]

Du côté de Messaoud


Messaoud Ould Boulkheir

- DECLARATION DE CANDIDATURE

- A L'Eveil Hebdo

- Au Calame


DECLARATION DE CANDIDATURE, valant DISCOURS-PROGRAMME de Monsieur Messaoud OULD BOULKHEIR AUX ELECTIONS PRESIDENTIELLES DU 07-11-2003

Mes très chers Concitoyens,

Mes très chers Camarades,

Mon parti, L'ALLIANCE POPULAIRE PROGRESSISTE, le parti du peuple, par le peuple et pour le peuple, en choisissant de m'investir pour la candidature aux élections présidentielles du 7 NOVEMBRE 2003, a voulu donner un signal fort à l'intention de ceux qui nous dirigent et de ceux qui y postulent, un signal pour dire que dorénavant il faut compter avec le peuple, c'est-à-dire vous et nous, qui ne serons plus jamais des spectateurs passifs de notre destruction et de celle de notre pays. Or, compter avec le peuple n'a jamais constitué la première des préoccupations de ses gouvernants qui ont rarement admis qu'il existe et qui sont toujours restés sourds à ses attentes. Longtemps exclu, longtemps marginalisé, longtemps opprimé, longtemps distrait, divisé et même éclaté sur la foi de considérations raciales, ethniques, sociales, linguistiques, culturelles, régionales, tribales, claniques et familiales, longtemps opposé à lui-même par les monstrueux vampires qui se nourrissent de son sang et s'abreuvent de sa sueur et de ses larmes, le peuple choisit aujourd'hui, à défaut d'être entendu et surtout d'être compris, de descendre lui-même dans l'arène pour crier son ras-le-bol d'une situation qui n'a que trop duré et pour revendiquer pour lui-même un pouvoir dont il a toujours été spolié. Tout en acceptant cette lourde et très grave responsabilité d'incarner pour mon Parti le symbole tout à la fois de son émanation populaire et de sa volonté de changement, je voudrais dire, après lui avoir exprimé mes remerciements sincèrement émus, en toute simplicité mais avec force conviction, que je ne me considère pas pour autant ni le meilleur cadre de cette Organisation, ni le plus représentatif de ses membres, ni encore moins celui qui incarne le plus les aspirations profondes du peuple mauritanien. Je m'engage donc devant Allah, devant le peuple mauritanien tout entier et devant vous, mes très chers camarades, de défendre avec la conviction, le courage et la détermination qui caractérisent tous les militants et les cadres de l'A.P.P. le projet de société du parti qui n'a été conçu que dans le souci de faire taire définitivement les rancœurs, les passions, les préjugés et la haine, dans l'intérêt suprême du pays et de ses populations. Ce dont ont besoin le pays et ses populations c'est davantage de foi musulmane et républicaine, d'unité et de fraternité religieuse et citoyenne, c'est davantage de liberté, de justice, d'égalité, de solidarité de respect du citoyen et de respect de l'autre. Ce dont ils ont besoin c'est davantage de responsabilité et de probité dans la gestion de la chose publique, c'est davantage d'expression démocratique, c'est davantage d'Etat pour les servir et les protéger et moins d'Etat qui sévit. Pour tout dire, ce dont ils ont besoin c'est le Changement dans la tranquillité, le respect mutuel, la main tendue de chacun à l'autre, de tolérance et la paix. C'est dans ce cadre et pour ces objectifs nationaux majeurs que s'inscrit mon programme que j'ai l'honneur de vous présenter maintenant dans ses grandes lignes.

I – DANS LE DOMAINE EXISTENTIEL

A - RECHERCHER ET RETROUVER NOS REPERES PERDUS

Il s'agira d'œuvrer tous ensemble, l'Etat en premier, pour le retour aux systèmes de valeur qui ont fait la réputation du pays et de ses habitants, notamment sur les plans moral, social et religieux qu'a contribué à renforcer leur milieu rude, immense et austère où l'homme se sent si humble et si minuscule que toute tendance de sa part à la grandeur et aux honneurs éphémères d'ici bas était considérée synonyme de perdition. Notre société pour l'heure désarticulée et désorientée doit être aidée à se ressaisir, à se remettre en cause et amenée à comprendre que la dignité, la probité, la droiture, la vérité, la solidarité, l'unité, la fraternité et le patriotisme ne sont pas des concepts abstraits auxquels ne croiraient encore que les incapables. Et où trouver mieux, ailleurs que dans notre grande religion, l'Islam, la foi et la force de l'argument pour atteindre cet objectif ? Retourner à l'Islam, qui est net de toute impureté, de tout excès, de toute haine, l'Islam de vérité, de liberté, d'égalité, de justice, de paix, de fraternité, de solidarité et de tolérance et de pardon est la seule voie du salut national.

II – DANS LE DOMAINE SOCIAL

1 - RETABLIR LA JUSTICE DANS LE PAYS

Il est de notoriété publique, nationale et internationale que dans notre pays la notion de justice n'existe plus tout simplement. Il n'y a donc rien de plus urgent que d'asseoir une Justice véritable, digne, respectable et respectée parce que souveraine et impartiale, pour redonner confiance aux justiciables nationaux et étrangers, publics et privés.Sans justice, il y a ni société humaine, ni démocratie, ni stabilité, ni paix. Cela implique nécessairement l'abrogation de toutes les lois injustes, un assainissement profond du corps judiciaire et une réorganisation complète du système.

2 - ASSAINISSEMENT ET REORGANISATION DE L'ADMINISTRATION

L'Administration a un rôle aussi déterminant que la Justice. Censée assurer sa propre continuité et donc la pérennité de l'Etat, l'Administration a été transformée en instrument politique d'intimidation et de répression au service du gouvernement et de son parti, perdant par la même occasion l'efficacité, la crédibilité et le respect qui auraient dû la caractériser. La rendre à sa vocation normative traditionnelle s'impose comme une autre priorité dont la satisfaction rapide soulagera incontestablement les usagers en particulier et les administrés en général. Comme la Justice, elle sera assainie et réorganisée pour davantage la rapprocher des administrés, pour les servir au lieu de sévir et pour être soumise à leur verdict. 3 – ASSAINISSEMENT ET REORGANISATION DE LA POLICE NATIONALE Le rôle social éminemment déterminant de la police, en tant qu'auxiliaire privilégiée de la Justice et de l'Administration et facteur psychologique et pratique de tranquillité, de sérénité et de sécurité des personnes et des biens, a complètement disparu de cette institution publique pour ne plus laisser apparaître que l'absence totale de professionnalisme et le recours systématique aux abus en tout genre et aux méthodes répressives. Faire revenir la confiance et le respect mutuels entre elles et les citoyens est l'une des préoccupations majeures des populations, jusqu'ici davantage inquiétées que rassurées. La réorganisation de la police impliquera une révision avantageuse des statuts des personnels ainsi que leurs conditions de travail. 4 - REPRISE EN MAINS PAR L'ETAT DE L'EDUCATION ET DE LA SANTE PUBLIQUES L'Ecole et la Santé publiques, en tant que secteurs nationaux vitaux à l'harmonie physique, intellectuelle et morale de l'individu seront gratuitement prises en charge par l'Etat pour leur rendre leur vocation sociale et républicaine, sans préjudice des initiatives privées dans ces domaines. L'Ecole en particulier, de la maternelle à l'Université, doit redevenir l'Ecole où se cultivent et se développent, outre l'éducation, les sciences et la culture, la morale, le civisme, le patriotisme, l'unité et la solidarité nationales. 5 - ORGANISER ET CONTROLER LES ACTIVITES DE COMMERCE L'organisation du secteur commercial s'impose pour mettre un terme au laisser-aller et à l'anarchie qui y règnent et dont pâtissent fatalement les consommateurs qu'il faut nécessairement organiser à leur tour pour qu'ils apprennent à se protéger contre la montée injustifiée des prix et les pénuries artificielles notamment. Une attention particulière sera attachée à l'approvisionnement régulier du pays en produits de première nécessité et au contrôle rigoureux et permanent des prix. 6 – HABITAT, HYGIENE ET SALUBRITE PUBLIQUE Eradiquer la promiscuité et l'insalubrité dans les grandes agglomérations urbaines en particulier par la viabilisation effective et la distribution de nouveaux lotissements, l'extension des réseaux d'eau et d'électricité aux zones qui n'en bénéficient pas encore et une organisation efficience des services de voirie. Cette orientation implique nécessairement, entre autres, une révision à baisse des coûts des terrains à usage d'habitation et la mise en œuvre d'une véritable politique de l'habitat social et de l'urbanisme. 7 – ORGANISATION DESTRANSPORTS PUBLICS Mettre fin au monopole de la F.N.T. érigée en Etat dans l'état et agir énergiquement en vue d'une organisation plus efficiente de cette activité publique vitale notamment au niveau de la qualité du service qui met en péril la sécurité et la vie des usagers en même temps qu'il porte atteinte à leur dignité. Les coûts de transport seront révisés grâce à une diminution conséquente des prix des carburants. 8 – GARANTIR LE TRAVAIL ET PROTEGER LE TRAVAILLEUR Engager une guerre ouverte contre le chômage en général et le chômage des diplômés en particulier par la mise en œuvre de grands chantiers d'utilité publique et l'assainissement de la Fonction publique gangrenée par les malversations et la corruption. Il s'agira aussi de stimuler l'initiative privée par les engagements volontaristes de l'Etat. Le prix du travail et la protection sociale, notamment en matière de soins et de pensions des retraites, tant dans le public que dans le privé, seront étudiés dans l'optique d'une indexation des salaires aux coûts de la vie d'une part et, d'autre part, pour se rapprocher de plus en plus des normes internationalement reconnues. 9 – PROGRAMMES SPECIFIQUES SOCIO-EDUCATIFS ET ECONOMIQUES La très grande pauvreté et l'ignorance de larges franges de la communauté nationale de même que la précarité d'existence et la marginalisation de certaines autres, commandent la prise de décisions urgentes et efficaces en leur direction pour alléger leur arriération d'une part et leur isolement d'autre part. La Jeunesse en particulier mérite qu'on s'y arrête. Laissée à elle-même, désœuvrée et sans perspectives réelles d'avenir, elle sera tirée à cette situation inacceptable et préparée à occuper la place de premier choix qui lui sied dans toute société qui nourrit de grandes ambitions. Ces programmes, outre les projets économiques, concerneront l'éducation, la santé, l'habitat, les centres d'accueil, de suivi, de rééducation, de formation et de réinsertion pour les personnes âgées, pour les handicapés physiques et les déficients mentaux, pour les enfants abandonnés, les enfants des rues, mais aussi pour la mère et l'enfant tout simplement. 10 - AGIR POUR SAUVEGARDER ET AMELIORER L'ENVIRONNEMENT La précarité de notre environnement désertique implique une prise de conscience au niveau national des dangers qui nous menacent et de l'urgente nécessité d'une mobilisation générale pour la sauvegarde de la flore et de la faune de notre milieu continental, fluvial et marin.

III - DANS LE DOMAINE DE L'UNITE NATIONALE

1 - REALISER LA PAIX CIVILE PAR LA RECONCILIATION DES CŒURS ET DES

ESPRITS

1 - Entamer l'éradication systématique de l'esclavage, de l'idéologie des castes et de toutes les pratiques assimilées par la promulgation de lois spécifiques interdisant ces pratiques, les caractérisant et les réprimant.

2 - Le retour et le rétablissement dans tous leurs droits légitimes des nationaux déportés et exilés, la restitution de tous les biens perdus et la réparation de tous les dommages subis.

3 - Le retour à leurs anciennes fonctions de tous les nationaux arbitrairement licenciés et déportés et le remboursement de leurs salaires et indemnités depuis la date de la cessation forcée de leurs activités professionnelles sans préjudice des restitutions ou réparations de biens matériels perdus et des dommages moraux subis. 4 - Faire la lumière sur tout le passif humanitaire des années 1989-1991 dans un souci de vérité, de justice, de repentir, de réparations et de pardon.

5 - Engager dans le même esprit les discussions avec nos frères sénégalais en vue d'apurer le passif de ces tragiques et regrettables évènements dans l'intérêt bien compris des populations lourdement éprouvées de part et d'autre et de nos Etats respectifs, pour enterrer à jamais les démons du racisme, de la xénophobie et de l'intolérance.

IV - DANS LE DOMAINE ECONOMIQUE

Engager un audit international pour faire le point de la situation économique et financière du pays, très largement mise en mal par des décennies de mauvais choix et de mauvaise gestion caractérisées par l'improvisation, la gaspillage, le sabotage, la prévarication, l'anarchie, l'incompétence, les détournements et la corruption est une exigence en l'absence de laquelle toutes saines projections, tous programmes de relance et toutes promesses ne seraient que pure démagogie. Toutefois, il est utile de préciser, dès à présent, que l'orientation politique que je compte imprimer à l'économie nationale procèdera des soucis majeurs suivants :

La transparence de gestion économique et monétaire du pays en même temps qu'une répartition plus équitable des richesses nationales. La relecture des programmes d'ajustement structurel de manière à concilier le libéralisme imposé et l'impératif de solidarité nationale que l'Etat se doit d'assurer dans sa recherche de développement harmonieux du pays, conformément à l'option d'économie mixte. La réhabilitation effective et volontariste des secteurs traditionnels de l'agriculture et de l'élevage qui occupent encore la grande majorité des nationaux ;

Tirer les plus grands profits de nos richesses nationales ( halieutiques et minières notamment) pour garantir la valeur de notre monnaie et permettre la mise en œuvre des chantiers d'envergure nationale dans les domaines de l'infrastructure et des équipements socio-éducatifs ;

Encourager les investissements nationaux et étrangers

V – DANS LE DOMAINE POLITIQUE

1 – REORGANISATION DE L'ARMEE ET DES FORCES DE SECURITE NATIONALES

L'Armée et les Forces de Sécurité Nationales sont le symbole de la

République et le gage le plus précieux de son indépendance. A ce titre elles méritent plus que tous le respect et la considération des citoyens et de la république. Elles seront, dans le respect des normes républicaines, rendues à leur vocation traditionnelle dans le strict respect des règles qui les régissent, loin des considérations ethniques, régionales, tribales et politiques qui ont gravement porté atteinte à leur image légendaire de discipline et de droiture.

Dans le même ordre d'idées, l'amélioration substantielle de leurs conditions de vie et de travail et le rétablissement dans leurs droits de leurs nombreux membres victimes de l'injustice et de l'arbitraire, constituent des droits objectifs.

2 - RETABLISSEMENT DES LIBERTES INDIVIDUELLES ET COLLECTIVES

Lever toutes les entraves constitutionnelles, légales et réglementaires (héritées de la période d'exception) aux droits et aux libertés individuelles et collectives, notamment celles se rapportant aux libertés d'organisation et d'association, à la liberté de la presse, au libre accès aux médias publics, au droit à l'information et à la vérité, à la liberté de se déplacer dans et en dehors du pays, à la présomption d'innocence, etc.

3 – ELABORATION D'UN CODE ELECTORAL CONSENSUEL

Réunir tous les partis politiques en vue large concertation visant à fixer, ensemble, les règles du jeu démocratique notamment en ce qui concerne :

le recensement général de la population, l'état civil, les listes électorales, l'étude du scrutin de la proportionnelle et toutes les opérations intéressant le déroulement, la transparence et la régularité du vote ainsi que l'indépendance et la crédibilité de l'organe ou des organes chargés de la proclamation des résultats.

Lever les restrictions illégales imposées aux candidatures indépendantes et au vote des mauritaniens de l'étranger.

4 – REVISION DE LA CONSTITUTION

Il apparaît clairement que la constitution du 20 juillet 1991, élaborée par le Comité militaire de salut national n'a visé pour seul objectif que la « légalisation » du pouvoir personnel d'un homme au grand préjudice des intérêts majeurs du pays, de ses institutions et des droits et libertés individuels et collectifs des citoyens. La révision constitutionnelle envisagée visera essentiellement à préciser les points suivants :

L'identité Arabe, Africaine (Pular, Soninké et Wolof) et Musulmane de la Mauritanie, l'égalité des races, des langues et des cultures, le droit à la différence et l'unité géographique et politique du pays doivent s'y affirmer sans équivoque.

L'esclavage, l'idéologie des castes, le racisme, l'ethnicisme, le régionalisme, le tribalisme et toutes formes de discriminations doivent expressément y être interdits, légalement caractérisés et pénalement réprimés en ce sens qu'ils constituent un frein majeur à l'émergence du patriotisme et partant à l'unité nationale véritable et à la démocratie. La liberté et l'égalité absolue en droits et en devoirs sera la règle de base.

Protéger le citoyen des abus des gouvernants par l'affirmation expresse et non équivoque de ses droits et libertés intangibles qu'il n'appartient à aucun pouvoir, quelque soit sa nature, de dénier ou de bafouer.

La séparation effective des pouvoirs y sera consacrée avec plus de clarté et de rigueur pour faire jouer efficacement le mécanisme interne des contre-pouvoir.

Les attributions du Président de la république seront ramenées à une échelle humaine de même que sera limitée la durée de son mandat. Il ne sera plus impliqué directement dans l'action du Gouvernement, celle-ci devenant l'apanage d'un chef de gouvernement effectivement responsable devant l'Assemblée nationale. Le cumul de sa charge avec la direction effective d'un parti politique sera une incompatibilité.

Composé de la seule Chambre de l'Assemblée nationale élue pour 5 ans, le pouvoir législatif se caractérisera par des compétences plus étendues et un pouvoir de contrôle et d'investigations plus large, ce qui implique des critères d'éligibilité plus sélectifs, sans préjudice pour la participation des différents courants d'opinion.

L'indépendance de ce pouvoir sera affirmée, garantie et protégée.

Toutefois et compte tenu de la place prépondérante qui est la sienne dans la construction d'une société évoluée, la compétence et l'intégrité des hommes appelés à l'exercer seront les critères déterminants.

VI– DANS LE DOMAINE DES RELATIONS EXTERIEURES

La position géographique de la Mauritanie en tant que point de rencontre et de brassage entre le monde arabe et le monde noir, la porte tout naturellement à jouer un rôle de premier plan dans l'intégration sociale, économique et politique entre ces deux mondes dont elle tire ses origines et puise ses valeurs culturelles et civilisationnelles dont la religion musulmane qu'ils ont en partage dans leur grande majorité est l'un des aspects les plus chers parce que le plus transcendant.

De même, son ouverture sur l'Atlantique en fait une porte ouverte sur le Monde ce qui lui interdit toute politique de repli sur elle-même et lui assigne, bien au contraire, l'exaltante mission d'œuvrer au rapprochement, à la compréhension, à la solidarité et à la paix entre tous les peuples du monde et avec l'Europe en particulier.

Cette vocation nationale, pour être assumée dans la dignité et en toute responsabilité, doit refléter les sentiments et les aspirations profondes et légitimes du peuple qui peuvent se résumer ainsi qu'il suit :

Attachement à l'Islam et à toutes les organisations islamiques internationales où nous revendiquons un rôle plus actif dans l'affirmation de notre soutien et de notre solidarité avec tous les pays musulmans dans leurs justes revendications et notamment notre rejet catégorique de l'assimilation de l'Islam au terrorisme international

Rejet catégorique du terrorisme sous toutes ses formes, qu'il soit d'organisations ou d'Etats et rejetons l'amalgame entre terrorisme et combats de libération

Attachement à l'O.N.U. affranchie de l'hégémonie écrasante des grandes puissances pour jouer pleinement sa mission de rapprochement des peuples et de maintien de la paix entre les Etats.

Attachement aux Organisations arabes et africaines régionales et sous-régionales (Ligue des Etats Arabes, Union Africaine, CEDEAO, O.M.V.S., U.M.A.)

Réintégration immédiate et inconditionnelle de la CEDEAO

Soutien de tous les peuples dans leurs combats légitimes de libération et notamment les peuples frères de Palestine et d'Irak

Rupture des relations diplomatiques avec Israël

Attachement à la résolution pacifique de tous les conflits internationaux et particulièrement les conflits arabes et africains

Attachement à solution pacifique préconisée par l'O.N.U. pour la résolution du conflit du Sahara occidental

Attachement à la politique de bon voisinage, de coopération et de solidarité avec tous les Etats voisins.

LE CALAME NUMERO 401 DU 17 SEPTEMBRE 2003

"Je ne pense pas que j'ai changé. J'ai toujours été le même de tout temps de tous ceux qui m'ont connu savent que je ne change pas."

"Je crois que les plus grands extrémistes que le pays ait connus, c'est cette organisation qui s'appelle FLAM et je sais que le président Ould Taya a signé des accords avec eux."

Le Calame: Vous venez d'être investi par votre parti l'APP, pour être son candidat à l'élection présidentielle, mais vous avez tardé à vous prononcer. Pourquoi ce retard? S'agissait-il d'une hésitation?

Messaoud Ould Boulkheir: Ni l'un ni l'autre. Je ne considère pas comme un retard ce que vous appelez comme tel, parce que nous étions dans les délais et nous y sommes encore (lundi 15 septembre). Jusqu'au moment où je vous parle, des candidatures peuvent encore être annoncées. Nous avons notre propre démarche, nous savons là où nous voulons aller et nous avons choisi le temps qui nous a paru opportun pour annoncer cette candidature, sans arrière pensée. Comme vous l'avez vu, cette annonce a été accompagnée de la distribution des grandes lignes d'un programme qui était en chantier. Peut-être attendions-nous d'achever la mouture de ce programme pour l'annoncer. Nous n'avions pas d'autres intentions. Nous voulions aussi marquer le pas, au moment où les démarches pour une candidature unique battaient leur plein, et montrer que nous ne sommes pas les plus pressés à annoncer notre candidature. S'il y avait des chances de se mettre d'accord sur une candidature unique. Malheureusement, les gens ont déclaré les uns et les autres leur candidature. On ne pourrait plus nous reprocher de faire partie de ceux qui s'opposent à une candidature unique quand bien même nous avons dit, au moment où il le fallait, que notre approche stratégique n'était pas pour une candidature unique en la circonstance et qu'une multiplicité des candidatures était beaucoup plus préférable, en ce qui nous concerne et en ce qui concerne l'opposition d'une manière générale.

LE CALAME : Croyez-vous avoir une chance de l'emporter?

MESSAOUD: Je vais répondre très sincèrement à cette question. Mais j'aurai voulu que vous m'aviez apporté avec vous le journal où vous auriez posé cette question à tous les candidats qui se sont présentés. Si c'est oui que vous voulez, je vous dirai qu'à l'annonce de ma candidature, j'ai déclaré que j'étais sûr que j'allais être élu et que je n'avais aucun doute là-dessus. C'est ma conviction et le sentiment qui m'anime. Je ne viens pas pour faire le figurant ni pour le spectacle. Je viens parce que je suis investi par un parti qui existe, qui a une base, qui défend des idéaux et qui a un programme bien connu. Je ne crois pas que notre parti puisse être taxé automatiquement de parti sans chance, notre base de ne pas avoir de prolongement, notre programme d'irréalisable ou n'intéressant pas le mauritanien d'une manière générale. Je pense très simplement mais très sincèrement que j'ai, sinon autant de chances que les autres candidats, plus de chances qu'eux.

LE CALAME : En allant à l'élection en ordre dispersé, l'opposition ne fait-elle pas preuve d'immaturité politique? Qu'est-ce qui l'a empêchée, selon vous, de s'unir derrière un seul candidat?

MESSAOUD : Je pense que les gens sont en train de cultiver dans la démocratie, ou dans sa recherche - parce que malheureusement nous ne sommes pas encore en démocratie - l'idée qu'il faut nécessairement que les partis d'opposition s'unissent autour d'un seul d'entre eux. Dans ce cas, pourquoi y aurait-il pluralisme des partis, des programmes et des projets de société? Les partis politiques ne naissent pas pour servir de bases électorales pour d'autres. Chacun est libre comme le vont et ne force personne à croire en lui ou à y adhérer, mais il se projette sur la scène comme tout acteur politique et il essaie de convaincre les uns et les autres qu'il est le meilleur, que l'intérêt du pays passe par lui et sa formation. C'est ce qui se passe partout dans le monde. Pourquoi chaque fois que chez nous, on arrive justement à cet objectif que vise tout parti politique, à savoir briguer le pouvoir en participant à une élection, et on se rend compte qu'il y a plusieurs partis, on trouve que c'est gênant et qu'il faut faire une mauvaise presse en nous taxant d'infantilisme ou d'immaturité. Chaque fois qu'on parti essaie de les conduire à ce qu'il vise, c'est-à-dire le pouvoir, on essaie de le présenter mal. Je ne suis pas d'accord avec cette manière de présenter les choses. Tous les partis ne sont crées que pour briguer cette fonction suprême de l'Etat parce que chacun a un programme et il voudrait, en arrivant au pouvoir, démontrer qu'il est le meilleur pour la société. Ils ne font ainsi que remplir leur mission de formation politique.

LE CALAME : Logiquement, au sein de l'opposition, c'est seulement en s'unissant que vous pouvez battre Ould Taya. Vous misez peut-être sur un deuxième tour ?

MESSAOUD : Battre Ould Taya en s'unissant... je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas d'accord. Ce n'est pas une fatalité. Un peut rester chacun dans un coin et battre Ould Taya parce que cela dépend du rapport de force, de la conjoncture, des déclines qui se déclencheront dans la société. Et le fait de se présenter séparément à l'élection n'est pas synonyme d'adversité. Mais il y a des étapes pour cette unité parce que chaque parti a besoin de savoir son potentiel électoral et quel est le rapport de force au sein de la mouvance politique générale. En allant à un premier tour chacun de son côté, ce qui est normal, cela n'exclut pas du tout que celui qui a la chance d'être au second tour soit automatiquement et sans aucun marchandage ni compromis, appuyé par les autres. On aboutira ainsi à l'unité qu'on cherche mais dans la transparence. On saura dans cette victoire que nous souhaitons pour celui qui sera au deuxième tour quel est relativement l'apport de chacun. Si celui qui est élu veut faire de la place à ceux qui l'ont aidé, il pourrait avoir une base liable sur laquelle il remercierait chacun selon son apport. C'est ce qui est logique. On préfère être pris dans la mode de la déformation, de l'amalgame et de la confusion. Nous devons en tant qu'élite apprendre à vivre normalement et ne pas nous laisser emporter par la passion.

LE CALAME : En parcourant l'esquisse de programme que vous avez distribué, on serend compre que la question de l'esclavage n'a pas la part trop belle. essaoud s'est-il assagi? Etes-vous devenu "politiquement correct"?

MESSAOUD : On m'a souvent posé cette question: Messaoud s'est-il assagi? Selon vous est-ce que Messaoud a changé? Moi je ne pense pas que j'ai changé.J'ai toujours été le même de tout temps et tous ceux qui m'ont connu savent que je ne change pas. J'ai des positions de principe. Si je parlede l'esclavage, c'est parce qu'il existe, que c'est un mal dont pâtit toute la communauté mauritanienne, que dans une societé qui se veut musulmane et juste, on ne doit pas accepter qu'il continue d'exister. Le fait de lever le voile sur cet aspect de la vie sociale dont personne n'est responsable a provoqué une levée de boucliers, inattendue et dramatique. Chacun a passionné ce problème, on n'a plus vu en Messaoudque le mal et chaque fois que je parle, même si c'est pour dire que Dieu est unique, on me fait dire exactement le contraire. Personne n'a jamais accepté de me voir tel que je suis et non tel qu'on me dépeint, de m'entendre avec la raison et loin de toute passion. La vérité, et cela j'en suis fieR, est que si quelqu'un a changé, c'est la société mauritanienne parce que je me rends compte en définitive qu'elle a commencé à m'écouter, à me voir tel que je suis et non tel qu'on a toujours me présenter.

LE CALAME : Un leader d'une tendance d'El Hor vient d'annoncer son soutien à Ould Haidallah, une autre est au PRDS et vous représentez une troisième.Où est la légitimité? Existe-t-il El Hor "canal historique"?

MESSAOUD : Je ne rentre pas dans cette polémique. Pour moi en tout cas, El Hor ne m'apporte ni or ni argent. Se disputer la légitimité ou la primauté n'est pas important. Ceux qui veulent se considérer comme légitimes, c'est leur droit. Quant à moi, je ne pose pas le problème en ces termes. Je me dis qu'El Hor a été une organisation crée à un moment donné pour attirer l'attention sur les conditions d'une frange importante de cette population. Il a oeuvré pour que le problème soit pris en considération, pour que les citoyens ne continuent pas à vivre comme les intouchables de l'Inde. Ce qui est essentiel, c'est qu'au niveau de la collectivité nationale tout le monde comprenne que la République, c'est la citoyenneté et entre les citoyens, il ne doit pas y avoir de discrimination. Ils doivent tous avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs, croire très parfaitement en un État qu'ils prennent dorénavant pour un père et une mère. Je n'ai pas d'autres ambitions que ça. Si c'est par mon canal, par celui de X ou Y ou par celui de mes maîtres, pour moi l'objectif est le même et je dirai: "Merci mon Dieu, je me sens libre et citoyen à part entière dans mon pays que j'aime beaucoup."

LE CALAME : Pensez-vous qu'avec la nomination d'un premier ministre haratine et la promulgation de la loi sur la traite des personnes, le pouvoir veut s'allier une partie de cet électoral avant l'élection?

MESSAOUD : J'ai déjà fait mon commentaire à propos de la loi sur la traite des personnes. J'ai dit que ce n'est pas une loi pour traiter le problème de l'esclavage en Mauritanie, et que c'est encore une fois noyer le poisson, parce que des lois sur la traite des personnes existent en France, par exemple, où il n'y a pas d'esclavage comme c'est le cas chez nous. Les problèmes concernés par ces lois sont la traite des blanches, la prostitution, le proxenitisme, le trafic d'organes. Un problème mondial qui n'a rien a voir avec l'esclavage proprement dit. Ils sont passés à côté alors qu'ils pouvaient saisir cette opportunité de rentrer dans l'Histoire comme étant ceux qui ont été pour quelque chose dans l'évolution du pays, en introduisant ce problème de l'esclavage de manière explicite, mais je n'ai pas été entendu. S'ils croient que cette loi trompe les gens, elle ne trompe personne. Il y a des gens qui ne comprennent rien á rien ou qui comprennent parfaitement et font leur choix d'aller là où ils veulent. Ce n'est pas là le problème. Quant au choix d'un premier ministre, est-ce que l'esclavage se résout à nommer des personnes à des postes importants? J'ai toujours l'habitude de rappeler les gens à la réalité. Je leur ait dit que dans le système pur et dur de la féodalité, à savoir l'émirat, la chefferie traditionnelle, le chef général, les émirs ou les chefs ont leurs hommes de confiance esclaves. Ce sont eux les ministres des Finance parce qu'ils ont les clés de leurs tassoufras (valise traditionnelle NDLR) ou récupèrent les impôts. D'autres sont leurs chefs d'État-major parce qu'ils exécutent les règlements de compte qu'ils ordonnent. Mais cela n'empêche pas que ces exécutants soient les esclaves de ceux qui les emploient. Ceux qui croient qu'au troisième millénaire, on peut encore jouer sur l'esprit des gens en utilisant de pareils arguments nous prennent pour ce que nous refusons d'être : des esclaves "mal-nés" qui ne comprennent rien et qu'on peut tromper. Mais cela n'empêchera pas que les principales victimes, les esclaves, voteront quand même, consciemment ou inconsciemment pour Maaouya. Heureusement qu'il n'y a pas que des esclaves en Mauritanie ou des gens qui ne comprennent pas. Moi, en me présentant, je ne le fais pas en tant que candidat pour esclaves. Je me présente en patriote dans un pays que je veux démocratique, républicain et c'est aux suffrages de tous les Mauritaniens que je m'expose. Au lendemain des élections de 2001, votre directeur est entré dans mon bureau souriant et m'a dit: "monsieur le président, que pensez-vous de ce vote identitaire?" Cela ma blessé profondément. Je lui ai répondu: "en quoi vous qualifiez mes résultats d'identitaires? Est-ce que les bulletins ont une couleur?" Pourquoi on ne veut pas voir en nous des mauritaniens comme les autres? Nous comptabilisons nos résultats comme les résultats de tous les mauritaniens et l'histoire montrera qu'il en a toujours été ainsi, n'en déplaise à ceux qui sont dérangés par le fait que des gens comme moi, issus de couches trois fois rien selon eux, puissent briguer la présidence de la République dans un pays où il n'y a que les seigneurs et les prophètes.

LE CALAME : Vous êtes soutenu par des hommes politiques négro-africains et vous avez été investi par l'APP, un parti d'obédience nassériste qui prône l'arabité de la Mauritanie. Comment pouvez-vous concilier ces deux extrêmes? Seriez-vous prêt à toutes sortes d'alliances comme l'on fait certaint pour arriver à la magistrature suprême?

MESSAOUD : Je pense que c'est une question qui n'est pas fondée. Qui sont les hommes politiques négro-africains qui me soutiennent? Citez-moi un. Est-ce qu'il n'y a pas de négro-africains dans tous les partis qui existent? On sait que AC dissous, CC non reconnue, c'était un parti qui, à défaut de pouvoir exister, a intégré un autre parti qui m'a investi. Pourquoi me parler de personnalités négro-africaines, haratines ou autres? C'est un parti qui existe, qui a ses statuts, qui a son programme et qui est derrière moi. Et cette tendance à toujours diviser n'apparaît que lorsqu'il s'agit de moi. Je dis en mon âme et conscience qu'arabes et négro-africains ne sont pas antinomiques, mais il y a une certaine propagande qui a tendance à me faire ça, mais moi je suis libre de ne pas croire à cette propagande. Je crois que les plus grands extrémistes que le pays ait connus, c'est cette organisation qui s'appele FLAM et je sais que le président Ould Taya a signé des accords avec eux et qu'il a dans les rangs de ses partisans des gens qui ont appartenu à cette organisation. Tout le monde en Mauritanie n'est pas nassérien, ni baathiste, ni khaddafiste. Les négro-africains, non plus, ne sont pas tous FLAM. Je ne vois pas pourquoi on ne peut pas concilier les négro-africains et les arabes parce que tout les rassemble: une histoire et une religion musulmane communes, un sang commun, le même drapeau et ont versé le même sang pour défendre leur pays. Tous les ingrédients sont là pour qu'ils s'unissent et nous avons toujours refusé cette présentation d'un antagonisme irréversible entre négro-africains et arabes.

Propos recueillis par Ahmed Ould Cheikh


Interview de Messaoud Ould Boulkheïr à l'Eveil Hebdo n° 496 et 497 du 16 et 23 septembre 2003

L’Eveil Hebdo : Vous avez été investi par votre parti, l’App, pour briguer le fauteuil présidentiel le 7 novembre prochain. Ne prenez-vous pas le risque de faire un mauvais score face aux autres candidats et plus particulièrement celles de Ould Taya et Mohamed Khouna Ould Haïdallah ?

Messaoud Ould Boulkheïr : Quand on s’investit dans la politique et qu’on brigue un fauteuil aussi important, il n’est pas dit que ne peuvent y prétendre que ceux qui sont sûr d’y parvenir. La vie politique est un enjeu, un long processus qui comporte des hauts et des bas, des déceptions ou des joies. On peut aussi avoir des scores surprenant auxquels on ne s’attendait pas et vice vers ça. Et si ne s’investissaient que ceux qui étaient sûr de ne courir aucun risque, personne ne s’y serait investit. Donc pour ce qui me concerne, je n’ai pas cette crainte là.

E.H: Pourtant Ould Taya qui est candidat, est quand même le Président de la République et l’administration qui est en sa faveur contrôle le processus électoral ?

M.O.B: J’en conviens, je crois l’avoir toujours dit et répété. Mes appréciations sont fondées sur la base d’un jeu démocratique transparent, claire et sans fausse manœuvre, et dans ce cas là, je n’ai pas moins de chance que les autres, tant il est vrai, plus que tout autre je me sens porteur des aspirations profondes du peuple mauritanien qui a longtemps souffert de cette politique d’arbitraire, d’exclusion, de marginalisation et d’oppression. L’histoire récente en témoigne, j’ai toujours été dans le camp de ceux qui dénoncent et décrient cette politique. De ce point de vue là je suis celui qui est auprès du peuple et qui espère du peuple qu’il doit soutenir. Maintenant, quant au comportement de l’administration qui recourt à la fraude et autres manipulations, malheureusement, elle nous a habitué à cela tout au long de notre processus démocratique. Nous l’avons toujours dénoncé et nous continueront à le faire. J’en profite pour lancer un appel pressant, patriotique, au gouvernement en particulier, pour renoncer à y recourir car tout le monde s’en lasse. La preuve est faite qu’une démocratie fondée sur les malversations n’est pas une démocratie. Je veux dire qu’une élection fondée sur les malversations n’est pas une élection et qu’il est temps de laisser la volonté populaire s’exprimer. Je compte dans ce cadre là me concerter avec les autres candidats y compris le Président sortant, pour qu’ensemble nous essayions de plancher sur les meilleures voies et moyens de mener des opérations électorales claires et transparentes.

E.H : En janvier 1992, vous avez soutenu la candidature indépendante d’Ahmed Ould Daddah faute d’accord sur une candidature interne de l’UFD. Cinq ans plus tard, au lieu de vous présenter, vous avez boycotté le scrutin présidentiel de décembre 1997 pour motif de non-transparence. Aujourd’hui vous avez décidé de vous jeter dans la bataille. Qu’est ce qui, selon vous a changé entre temps pour vous décider à briguer la magistrature suprême ?

M.O.B: Ce n’est pas faute d’accord sur un candidat au sein du parti comme vous le dites car la question ne s’est pas posée. En fait on a tellement voulu censurer la vie du parti que le jeu s’est fait par-dessus sa tête. Le parti était plutôt dans un débat interne pour répondre à la question de savoir, s’il faut participer à ces élections non transparentes ou attendre plus de garanties. Voilà où en était le niveau de discussion quand, tout d’un coup, des plaidoiries fustigeant le boycott ont proposé le soutien d’une candidature indépendante. Je me souviens avoir été le seul à l’époque à dénoncer cette manœuvre, à la trouver malhonnête et inamicale. J’ai dit que s’il fallait participer aux élections, valait mieux investir un candidat du parti. Mais je constituais une opinion minoritaire parce que les jeux étaient fait. C’est de cette manière que j’ai été appelé à soutenir la candidature de Ahmed Ould Daddah et je ne le regrette pas. Ou bien on soutenait cette candidature ouvertement avec tous les moyens en notre possession ou bien on ne la soutenait pas, ce qui voulait dire que l’on soutenait celle du Président du CSMN. Pour rien au monde je ne pouvais accepter cette alternative et donc j’ai suivi le courant. Au point de vue politique cela a été une très grave erreur, puisqu’on ne crée pas des partis pour investir des candidats indépendants. Si on ne recèle pas en soi la capacité de mettre en avant les hommes qu’il faut pour porter les ambitions de ce parti, mieux vaut ne pas créer de parti politique. C’est une idée qui reste encore valable. Je crois que c’est ça la vie d’un parti. Quant au boycott, je crois qu’il découle tout simplement d’une analyse faite en commun par le front des partis d’opposition de l’époque. Nous avons apprécié la situation pour en tirer que rien n’était fait pour progresser vers la transparence, et par conséquent, nous avons décidé en commun accord de ne pas y participer. Je pense que cette position de boycott que nous avons adopté pendant un certain temps a porté ses fruits. Parce que malgré tout, il y a eu au moins au niveau du parlement, l’option de la proportionnelle dans certaines circonscriptions. Je pense que tout çà a été rendu possible grâce aux pressions internes et externes. Au plan interne il était patent que les élections étaient loin d’être transparentes, et sur le plan externe, parce que le crédit que l’on voulait donner à cette démocratie de façade ne trompait plus personne et on voyait bien que le pouvoir faisait cavalier seul. Il y avait de sérieuses pressions sur lui, pour qu’il se décide à un minimum de transparence. Ce qui a permis à l’opposition d’être présente et de faire son entrée dans la chambre des représentants. Ainsi, nous avons participé à ces dernières élections, nous y avons enregistré des scores tout à fait honorables compte tenu de la situation de nos partis auxquels l’existence a été refusée, et compte tenu de l’absence de moyens en comparaison avec ceux du parti au pouvoir et du fait que la plupart des candidats n’ont pas pu se présenter sur toute l’étendue du territoire national. Pour exemple, Action pour le Changement que je dirigeais à l’époque, n’a pu se présenter que dans 30 circonscriptions électorales sur les centaines qu’il y a. Maintenant, il s’agit d’une nouvelle échéance présidentielle. Nous dans l’opposition, nous sommes toujours dans cette tendance à l’amélioration, parce que de zéro, nous avons pu avoir des députés à l’Assemblée nationale, un sénateur et des maires dans certaines communes. Donc nous sommes dans cette mouvance où nous progressons petit à petit vers l’occupation de la place que nous croyons devoir nous revenir. La situation nationale est aujourd’hui telle que, tout le monde l’aura constaté, un ras-le bol général a débouché sur la violence le 08 juin. Toutes les cartes ont été remises en jeu. Nous voyons que le parti-Etat est en train de se saborder. Il y a des défections partout. Pour la première fois des gens autour du sérail du pouvoir, affichent haut et fort leur opposition à la candidature de celui qu’ils considéraient comme un Dieu. Il y a un changement auquel nous assistons en tant qu’acteurs. Nous n’avons jamais été des dictateurs. Si de cette situation générale quelqu’un doit tirer un avantage, c’est bien nous les opposants de toujours. C’est bien nous qui avons toujours refusé toute compromission.

E.H : Quand vous dites : « il n’y a pas de doute, je serai président de la République », ne prêchez-vous pas par excès d’optimisme, d’autant qu’une structure indépendante pour gérer les élections et garantir leur transparence, n’existe pas encore comme vous l’avez toujours réclamé ?

M.O.B : Vous savez je vous le dis encore une fois, je ne participe pas aux élections pour le simple plaisir d’y participer. Je m’y engage avec la ferme intention de les gagner. C’est cela mon objectif. Je ne viens pas pour la parade ou le spectacle comme d’aucuns pourraient le penser ou le dire. En tant que candidat de la bonne cause, convaincu de tous les bouleversements que connaît notre société, je suis le candidat de bonne augure. Au moment de la proclamation de ma candidature, je ne voulais pas apparaître comme une personne qui n’était pas sûr de lui. J’ai toujours été sûr de ce que je fais.Tout le monde l’aura compris, personne ne peut prédire avec justesse ce que réservent les urnes. Quant à la commission indépendante de supervision des élections, nous l’avons toujours réclamé et nous continueront de le faire. Je souhaite que les candidats puissent se mettre d’accord pour insister davantage auprès du gouvernement, afin qu’il la mette en place. Ils pourraient mettre aussi l’accent sur la présence d’observateurs étrangers et une meilleure transparence.

E.H : Est-ce que vous avez entrepris des contacts pour cela ?

M.OB : J’avoue que non. Nous avons, à notre niveau, essayé de dénoncer comme je suis en train de le faire par voie de presse. Au niveau du parti, il y a des Comités qui ont été créés. Au moment de l’annonce de ma candidature, je pense que les principaux candidats de l’opposition n’étaient pas sur place, notamment le frère Ahmed Ould Daddah et le Président Mohamed Khouna Ould Haïdallah. Moi-même je n’ai pas encore mis sur pied mon état major de campagne, mon staff rapproché, pour prendre ces contacts mais je me propose de le faire très rapidement si eux ne m’y convient pas avant.

E.H : Il ne fait pas de doute que de tous les candidats de poids, vous êtes le moins nanti financièrement. Comment comptez-vous faire pour prendre en charge votre campagne électorale sur l'ensemble du territoire national ? M.OB : je pense que je ferai comme d'habitude à savoir, mener des campagnes dans le strict limite des moyens dont je dispose. Je pense que la communauté nationale va tenir en compte cette situation pour se dire que ce ne sont pas que ceux qui ont de l'argent qui peuvent avoir de bons résultats. Toute proportion gardée, j'ai eu, de mon point de vue, de meilleurs résultats que le PRDS, lors des dernières élections. Ils ont investit des milliards alors que pour ce qui me concerne je n'avais même pas 200 mille ou 300 mille UM d'investis. Et malgré tout j'ai réussi à leur damer le pion dans certaines circonscriptions électorales. Il y a aussi la volonté. Je compte sur la générosité de tous les mauritaniens et particulièrement de ceux qui ont les moyens et qui soutiennent à coup de dizaines de millions de dollars le Président sortant. La bonne conduite, l'équité voudraient que l'on pense à tous les autres candidats. Je m'adresse à tous les mauritaniens afin que l'on ne dise pas qu'il n'est pas venu nous voir. Je suis soutenu par un parti qui n'a aucun moyen ni bénéficié d'une subvention quelconque de l'Etat. Le parti que je dirigeais a été justement dissous pour l'empêcher de bénéficier de la subvention à laquelle il avait droit. Il y avait une discrimination tout à fait claire de ma formation et de ma personne. Mais je suis sûr que les mauritaniens n'ont pas la même pensée de moi que le gouvernement. E.H : L’ancien président Mohamed Khouna Ould Haydalla, Ahmed Ould Daddah, Messaoud Ould Boulkheir face à Ould Taya pour lui disputer le fauteuil présidentiel, croyez vraiment que cela suffise pour le contraindre à un second tour ? Et ce n’était pas le cas allez vous crier à la fraude ou accepter le verdict des urnes ? MOB : ne sais pas. J'ai bien envie de me défouler et de dire ce que je pense à ce sujet là. C'est une question intéressante parce que quelque part, on a trop rabattu l'opinion interne sur les chances d'un candidat à le contraindre à un 2e tour ou à même le battre au 1er tour. Cette force que l'on accorde à un seul candidat face à Ould Taya, il faudrait bien la multiplier par 3 quand il s'agit de 3 autres candidats. Je pense très sincèrement, très simplement et très scientifiquement et en me basant sur ma connaissance da la Mauritanie, en me basant sur l'expérience, en partant du fait que la prise de conscience n'est malheureusement pas complète chez les mauritaniens, et que l'on vote en fonction du client et non pas en faveur d'un programme … Certains expliquent leur vote au PRDS parce que nous sommes éclatés, chacun de vous est un parti, vous ne soutenez pas un seul candidat donc on ne vote pas pour vous. En vérité cela n'est pas une raison. Ceux qui préfèrent voter PRDS nous avance cet argument. Pour éviter des gens ne trouvent des excuses en tout nous pensons que tout ceux qui ambitionnent le fauteuil ont le droit de s'y présenter en tant que citoyen. s'ils ont un capital électoral c'est le moyen de le capitaliser. Si Tout les suffrages de l'opposition ajoutée ne permette pas un 2e tour, nous n'y arriverons jamais par le biais d'un seul candidat. Je pense pour répondre à votre question, sans aucun sens péjoratif que Maawiya n'aille même pas au 2ème tour. C'est ma conviction. E.H : Et si malgré tout il partait à un 2e tour face à un autre candidat de l'opposition ? MOB : Je pense que très sincèrement que c'est de la provocation que de me poser cette question et de la laisser en suspens parce que je n'ai jamais caché mes sentiments et je pense qu'il faut plutôt la poser aux autres. E.H : Cntrairement aux prévisions de certains analystes politiques la candidature de Haydalla devait faire plus mal au PRDS, voilà qu’elle pille la base de tous les partis, qu’ils soient de la majorité présidentielle ou de l’opposition. Ne pensez-vous pas que ce soit un désaveu sanglant vis à vis de la classe politique accusée de ne s’occuper que de querelles de chapelles au détriment de l’intérêt général ? MOB : Ceux qui nous taxeraient de querelles de chapelle sont les plus grands démagogues du monde. Ce sont les véritables fossoyeurs de la Mauritanie parce que nous sommes en plein dans l'histoire qui nous caractérise. Nous sommes en plein dans ce que nous appelons le processus démocratique. Quels sont ceux qui ont cru en cette démocratie, qui ont voulu la jouer en plein sans aucune réserve et en toute responsabilité, affronter tous les dangers, tous les défis pou faire entendre la voix du peuple. Nous sommes d'accord pour défendre les intérêts du pays ; nous avons été en prison, nous avons été le victime de pressions morale , matérielle à cause de cela. Et cela ne nous a pas fait virer d'un iota, d'un pouce. Et si tout ce qui arrive se produit aujourd'hui, c'est parce qu'il y a encore des gens témoin devant les hommes et Allah qu'ils ne baisseront pas la tête. Comment peut-on nous taxer de nous quereller ? Chacun a son parti , chacun a son parti programme. Cela veut dire quoi ; que tout ceux qui s'opposent s'unissent derrière quelqu'un. Ce n'es pas de la querelle que je défende le programme de mon parti ou qu'un autre défende le sien. C'est ce qui est logique. Il est vrai qu'il y a des gens qui veulent toujours jeté l'anathème sur les autres. En politique il n'y a pas de cadeau ; Si nous sommes d'accord sur tout , il n'y a pas de problème et dans ce cas nous appartenons à une seule formation politique ou bien il y a des nuances quelles soient grandes ou petites mais qui n'ont pas permis que nous nous retrouvions dans un seul parti, chacun mène son petit bout de chemin. Il ne faudrait pas que l'autre le voit comme un défi ou une bagarre parce que la démocratie c'est le pluralisme des opinions. On nous un fait un mauvais procès. Les gens laissent l'essentiel à côté. Quant à ce que pioche Ould Haïdallah, nous n'avons pas la prétention, je parle ici de ma formation, d'être des bergers mêmes des militants à plus forte raison des électeurs ou des sympathisants. Nous n'avons pas ce culte de la personnalité que nous avons voulu construire autour du Président sortant. Aucune société n'est parfaite, aucun homme n'est parfait et aucune organisation n'est parfaite. Il y a des gens qui ne suivraient pas le mouvement ; je m'en vais pas pour chercher pour quelle raison parce que chacun pourrait avancer des raisons innombrables. Ce qui est sûr c'est que nous ne faisons pas étalage, on aurait pu nous signer des communiqués des déclarations avec des gens, ce n'est pas notre politique. Ce que l'on voit se développer aujourd'hui a été mis en pratique autour de Maawiya Ould Sid'Ahmed Taya. Faire de la publicité, faire de la propagande, écrire des noms par-ci par là. En tout cas cela ne me dérange pas. Cela ne m'empêche pas d'avancer. C'est la ligne que je me suis tracé, il en est de même pour mon parti. Ceux qui se prévalent d'avoir tout le peuple derrière eux bonne chance ; mais rendez vous le 7 novembre inchallah. E.H : Vous avez dit que si jamais vous étiez élu de revoir la politique d’ajustement structurel avec les institutions de Bretton Woods. Ne risquez vous pas d’affronter plus fort que vous ? MOB : Mais qui ne risque rien n'a rien. Moi je pense que ayant la lourde responsabilité du peuple sur les épaules, m'étant investit à son service, ayant fait le serment de le servir le mieux que je puisse, la moindre des choses est d'essayer de redresser ce qui objectivement avant moi paraît être un frein au processus de développement, d'épanouissement, de construction de la société. Mon devoir est d'essayer de redresser à chaque fois que cela est possible et même cela est impossible cela ne m'empêchera d'essayer. D'autant plus que cette promesse électorale qui est en fait un devoir que je m'impose parce que la société le veut. Je ne suis pas le seul ou je ne serai pas le seul demain, si j'étais Président à vouloir dénoncer l'iniquité, l'injustice, l'incommodité de ces restructurations là pour nos pays. Je ne comprends pas que des pays qui ont des potentialités, qui ont des réalités, appliquent des politiques qui objectivement font mal. Nous savons que le monde devient une maison, il y des lois qui nous sont malheureusement imposées par les plus forts. Mais s'il fallait plier systématiquement devant plus fort que soit, on ne serait pas un monde de centaines de Républiques mais on serait un monde d'une République. Je sais qu'il existe des résistances un peu partout, en Afrique, dans le Tiers-Monde. Ces pays se constituent sous forme de coalition pour faire plus de fois face à ces institutions sur cet ordre mondial pour qu'on prenne enfin en compte les aspirations légitimes et profondes des populations. C'est ce que je promets, c'est ce auquel je me consacrerai et comme je me connais quand je m'y mets quelque part il faut que cela bouge. Propos recuellis par Moussa Diop


Page d'accueil ] Du Côté de Ould Daddah ] [ Du côté de Messaoud ] Du côté de la CAP ]

Pour toute question ou remarque concernant l'Ufp ou ce site Web,
 webmaster@ufpweb.org
Copyright © 2005