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Samedi 6 août 2005, Colonel Ely Ould Mohamed Vall, Président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, s’est entretenu avec l’ensemble des partis politiques mauritaniens dans un salon de la Présidence de la République. Voici, à quelques mots prés, l’essentiel de cette allocution :

 

« Je vous reçois pour la première fois, tous en même temps, au même endroit, dans le même lieu, pour éviter tout quiproquo quant à la neutralité du Conseil Militaire par rapport à l’ensemble des partis politiques. A partir de ce moment, je suis à votre disposition, pour vous recevoir, sur votre demande. Quelque soient vos convictions, votre disposition d’esprit politique sur tout ce qui a été fait, nous resterons à tout moment à votre écoute, pour tout ce que nous voulons faire avec vous par la suite, dans la volonté la plus absolue, la plus transparente et la plus sincère. »

 

« Ceci dit, et il ne s’agit pas d’un débat, je vais essayer de vous dire quelles sont les raisons des changements. Ceci est notre vision des choses. Vous pouvez en avoir une autre, le débat se fera dans l’arène politique, lorsqu’il aura sa raison d’être. Depuis un certain temps le pays est dans l’impasse totale, politique, institutionnelle et constitutionnelle. Pourquoi cette impasse ? Vous êtes là depuis longtemps, vous avez vécu les institutions du pays. Les plus jeunes d’entre vous sont nés au moins en 1960… Au moment de l’indépendance, notre pays avait opté pour un parti unique, avec ses conséquences sur lesquelles je ne m’attarderai pas. En 1978 il y a eu le changement militaire, avec les SEM pour combler le vide politique. Les SEM se sont avérées être un parti politique en quadrillant les masses selon les mêmes formes, les mêmes méthodes et la même approche, ainsi que dans la gestion politique des affaires du pays. »

 

« Au début des années 90, sous la houlette de la démocratisation dans le monde, notre pays a opté pour la démocratie. Une constitution a été adoptée par référendum. Elle vaut ce qu’elle vaut, mais c’est quand même une constitution. Il y a eu les élections présidentielles. On peut en penser ce qu’on veut mais ce sont quand même des élections. Il y a eu les législatives. Elles valent ce qu’elles valent mais ce sont quand même des élections. Au total, ce fut un progrès notable par les libertés pour les personnes, les partis, la presse et dans d’autres domaines. Cela a ouvert une expérience nouvelle dans notre pays, la plus intéressante depuis l’indépendance. Malheureusement, je dis bien malheureusement, ce processus portait en lui-même le germe de sa propre mort, parce que non garanti d’un non-retour aux formes anciennes dans lesquelles l’Etat était géré. »

 

« Qu’est-ce qui s’est passé ? C’est simple. Il y a bon nombre de partis d’opinion mais l’erreur mortelle est venue du fait que l’ex-Président, en s’instituant Président d’un parti a vicié le jeu politique, un parti est devenu le parti de l’Etat, le parti du Président. (Applaudissements frénétiques). Je n’ai nulle honte de dire que j’ai appartenu au système, que je l’ai servi, mais les dérives arrivent par fatalité, parfois par inversion, parfois par manque de vigilance. Malheureusement nous sommes dans le tiers-monde : notre pain quotidien dépend de l’Etat, aucun parti ne peut le concurrencer. (Applaudissements). Je ne jette l’anathème sur personne. Chacun se met à aggraver la situation de lui-même, du planton au plus grand responsable. L’engouement aidant, on arrive à un retour inéluctable au parti unique et à ses pratiques. Tout ce qui n’est pas moi est négatif, inexistant, à réprimer, tout à fait inacceptable, tout est entrepris pour perpétuer le SG de manière personnelle. Ceci on n’y peut rien. Seule la volonté du chef pourrait y mettre fin, même le Parti du Président n’avait la possibilité de mettre fin aux fonctions du Président. Il en est ainsi de la fatalité dans le tiers-monde, c’est la pérennisation du pouvoir personnel. »

 

« Mais nous ne sommes plus dans les années 60. Les Mauritaniens ont le téléphone, ils regardent la télé, dans tous les coins du pays, et s’ils peuvent pas devenir Américains ou Français, ils veulent être comme les Maliens, comme les Sénégalais. (Applaudissements, debout). La situation du pays est dangereuse. Il n’y a aucun espoir d’alternance. Les acteurs politiques et ceux de la société civile n’avaient aucun recours légal en tant que partenaires pour la stabilité. En désespoir de cause il n’y avait que deux choix :  soit se saborder comme certains dans cette salle l’ont fait, soit se voir atomisés, soit exprimer sa réprobation dans l’arène politique. Nous avons connu toutes les situations. Ce blocage total de la situation des partis politiques a engendré d’autres réactions incontrôlées, des actions de groupuscules non autorisés qui pourraient mener le pays à des situations de type ivoirien, somalien. »

 

« Alors nous dira-t-on (et je dis que je n’ouvre pas les débats), le PRDS peut mettre des milliers de militants dans la rue…  Causescu a pu le faire à la veille de son renversement, le Parti Communiste Russe pouvait le faire par millions, mais tout cela n’a pu empêcher la déliquescence. Voilà, à peu près, ce que je voulais vous dire pour les raisons qui ont vicié notre système et faisaient courir de graves risques au pays, à l’Etat. Vous me direz ce que vous avez fait c’est un coup d’Etat, ce n’est pas légal. Je vous répondrai que le Coup d’Etat s’est fait le premier jour de la mise en place des institutions. Je n’ai eu recours au coup d’Etat que parce qu’il n’y avait pas d’autre issue. Pour éviter les scénarios à l’ivoirienne ou à la somalienne, j’ai essayé de le faire avec le moins de dégâts, et je n’ai d’autre but que dégripper la machine dans le temps le plus court possible. Comment ? Qu’est-ce que je propose ? Comment dégripper la machine pour éviter qu’elle ne le soit plus à l’avenir ? C’est très simple. »

 

« Modifier trois éléments de la Constitution :

 

1°) L’obligation de deux mandats présidentiels.

 

A l’expérience, dans le tiers-monde, il est arrivé que quelqu’un modifie cette disposition… Il s’agira de prévoir le mécanisme nécessaire pour le prévenir, en prenant des dispositions pour que ce ne soit pas possible.

 

2°) La durée du mandat présidentiel : 4, 5 ou 6 ans. Laissons la question aux débats qui auront lieu.

 

3°) Une question technique à résoudre : l’article 104.

 

Afin que les débats ne s’éternisent pas, n’allons pas plus loin pour la constitution, laissons le soin à l’Assemblée nationale qui sera élue d’envisager des révisions plus profondes, voire la conception de nouveaux textes. »

 

« Comment vous donner la garantie que c’est honnête. Je n’ai que ma parole et les actes qui vont suivre. Dans un an au maximum la constitution devra être révisée, ou même moins, après les débats. Le temps dépendra de la seule capacité de l’Etat d’organiser ce référendum. Immédiatement après les élections présidentielles et législatives, le tout dans un délai maximum de deux ans. »

 

« Quelles sont les garanties que je peux vous donner ?

 

1°) Ni le Président du Conseil Militaire, ni les membres du Conseil, ni le Premier ministre, ni les membres du Gouvernement ne seront candidats à la présidence et au parlement. 

 

2°) 1 CNE (consultative, de supervision ou indépendante). Sa nature sera discutée avec vous…

 

3°) L’ensemble des pays, toutes les organisations internationales seront autorisées à envoyer des représentants pour juger de la transparence des élections.

 

4°) Le Conseil Militaire ne cooptera ni n’adoptera un quelconque parti politique, jusqu’à la fin du processus. »

 

« Une fois le processus terminé, le Conseil Militaire sera dissout. »

 

« Nous essayerons d’améliorer le plus possible les choses : la justice, l’administration. »

 

« Que vous y croyiez ou pas, notre sincérité est totale, notre volonté est totale de faire aboutir le processus de cette manière. Votre rôle est primordial. A vous de le jouer ou de ne pas le jouer. Personne ne peut l’assumer  à votre place. Vous avez la possibilité de mettre votre pays dans le droit et de résoudre désormais les conflits sur cette base. »

 

« Le gouvernement sera en place et sera à votre écoute. Quant à moi, je suis à votre disposition, pour vous recevoir et discuter avec vous, sur ma demande ou sur la vôtre. »

 

Je vous remercie.



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