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- Le président de l'Ufp sur la présidentielle 2003


Interview exclusive du président de l’UFP à l'Eveil-Hebdo du 10 février 2004

Interview exclusive du président de l’UFP à l'Eveil-Hebdo n° 480 du 20 mai 2003


Eveil Hebdo: Depuis la dernière élection présidentielle, on remarque une certaine léthargie de l'opposition. Qu'en est-il?

 

Mohamed Ould Maouloud : L'opposition n'est pas la seule dans cet état. Le camp du pouvoir vous en conviendrez, n'a guère plus d'allant. Les électeurs du PRDS, comme la majorité de ses cadres partagent avec toute l'opinion publique nationale des sentiments d'abattement, de déception, de désarroi, suite au scrutin du 07 novembre et à l'arrestation de Mohamed Khouna Ould Haidalla et de ses compagnons.

Il est vrai, ces évènements, tel un typhon, ont eu un effet dévastateur sur tout le champ politique. Si l'opposition paraît aujourd'hui défaite, le pouvoir lui-même est comme frappé de paralysie, n'osant prendre aucune initiative politique pour réparer les dégâts, pour ramener la sérénité, pour faire renaître l'espoir.

Les élections présidentielles ont débouché sur une vraie crise politique qui affecte tout le monde. Comment s'en sortir est aujourd'hui la question qui préoccupe tous les acteurs, et tant que les réponses adéquates n'auront pas été trouvées par les uns et les autres, la léthargie politique persistera.

Mais à quelque chose malheur est bon. La pause actuelle serait bénéfique pour l'opposition si elle est mise à profit pour s'interroger sur elle-même, sur sa stratégie. Notre défaite –nous l'opposition- s'explique en partie par de lourdes fautes commises durant la phase électorale mais aussi bien avant. Pourquoi la dispersion des candidatures et des moyens très modestes alors que le challenge pour de nombreuses raisons était particulièrement incertain? Pourquoi en octobre 2002 et en août 2003, avoir laissé passer les occasions initiées par l'UFP de renouveler le dialogue avec le pouvoir pour justement discuter des conditions d'une compétition électorale transparente et sereine? Pourquoi mépriser les voies de contestation légale –ne serait-ce que pour convaincre l'opinion publique du bien-fondé de notre rejet des résultats – si on doit ensuite verser dans la passivité totale?

 

E-H: Vous annonciez durant la campagne que vous n'accepteriez pas une défaite en cas de fraude. Pourquoi cette relative passivité alors que vous qualifiiez de frauduleuse la réélection du président Maaouiya?

 

MOM: Vous vous trompez d'interlocuteur. Je n'étais pas candidat et il ne me revenait pas d'accepter ou de refuser un résultat. Par contre, je soutenais avec mon parti le candidat Mohamed Khouna Ould Haidalla et nous avons été solidaires avec lui dans sa contestation des résultats.

Je dois ici préciser que pour notre parti, cette contestation se justifiait surtout par l'arrestation de notre candidat avant le scrutin. Cela était grave, irrégulier et, invalider au terme de la loi, tout scrutin même transparent. Ainsi avons-nous préconisé l'introduction d'un recours auprès du conseil constitutionnel. Cela n'a été possible, comme vous le savez, qu'après la libération de notre candidat. La décision très contestable du conseil constitutionnel a définitivement clos cette action.

Au plan de l'action politique, notre parti n'a pas été non plus passif. A ma connaissance, il est le seul à avoir entrepris d'organiser un meeting aux blocs et une rassemblement à la maison des jeunes. Ces deux actions ont été interdites formellement ou empêchées (fermeture de la maison des jeunes) par les autorités. L'UFP a également initié avec d'autres une action coordonnée de toute l'opposition pour soutenir le candidat Haidalla et ses compagnons lors du procès. Toutes ces actions n'ont peut-être pas eu un grand éclat surtout à cause du découragement général au sein de l'opinion publique mais aussi à cause de l'effet démobilisateur des derniers jours du ramadan.

Cela dit, en matière électorale, les contestations sont chose normale. Surtout que le pouvoir a tout fait pour créer un climat de suspicion et de défiance par le refus des observateurs et surtout par l'absence de toute communication entre l'administration en charge de l'organisation des élections, le ministère de l'intérieur notamment, et les candidats de l'opposition.

Mais lorsque les voies de recours légales sont épuisées, il faut savoir tourner la page pour en ouvrir une nouvelle. Il ne sert plus à rien de continuer à se fixer sur une élection que nous n'avons réussi à bien contester. Mais il est clair que l'entreprise (tourner la page) relève de l'effort commun de l'opposition et du Pouvoir. Sinon le pays en restera toujours à la même page.

 

E-H: Selon vous, le changement est-il toujours possible par la voie des urnes?

 

MOM: Jusqu'à présent le changement n'a pas été possible par la voie des urnes. Mais le sera-t-il demain? La question est complexe. C'est avant tout une question de rapport de force politique et électorale qui n'est jamais une chose figée.

Pour l'UFP, le changement doit être recherché par la voie des urnes. C'est ce qui est dans l'intérêt du pays, son unité, sa stabilité. La crise politique actuelle doit nécessairement avoir une issue. L'ouverture politique, le dialogue entre l'opposition et le Pouvoir doit permettre de refonder notre processus démocratique sur des bases nouvelles, notamment un code électoral consensuel comportant des garanties suffisantes de transparence. En dehors de cette voie, il n'y a que l'approfondissement de la crise c'est-à-dire le pourrissement. Et vous savez que lorsque quelque chose pourrit, il peut crever à l'improviste de toute part. je souhaite que les principaux acteurs de l'opposition comme du Pouvoir transforment le problème en opportunité pour mieux asseoir la stabilité et la démocratie dans notre pays, consolider la cohésion nationale, et se préparer ainsi à tirer le meilleur profit de notre avenir pétrolier. Dans cette perspective, à laquelle pense tout le monde autour de nous, nous avons juste le temps de remettre de l'ordre dans la maison. Il serait dommage pour l'intelligence, la raison, le pays que certains continuent de cultiver entre l'opposition et le Pouvoir la mentalité de la "guerre de cent ans". Dans ce cas, qu'à Dieu ne plaise le pétrole risque d'être pour notre démocratie une source de problèmes.

 

E-H: La politique de dialogue avec le Pouvoir que vous avez toujours prôné, a montré ses limites durant ces dernières élections. Y croyez-vous toujours?

 

MOM: Certes, le dialogue a manqué durant les dernières élections. Mais c'est bien malgré nous car les problèmes ne manquaient, et il n'y avait pas de meilleure voie pour les surmonter. Pour notre part, nous n'étions pas candidat et nous ne pouvions prendre certaines initiatives. Les élections ont débouché sur une crise politique grave, on ne peut en sortir positivement que par le dialogue.

 

E-H: On parle de rapprochement dans le camp de l'opposition, qu'en est-il au juste?

 

MOM: Il n'y a pas de raison qu'il en soit autrement. Notre parti considère que l'unité de l'opposition est indispensable dans cette période et nous avons pris quelques initiatives dans ce sens.

E-H: Gardez-vous des contacts étroits avec la coalition qui avait soutenu Haidalla?

MOM: Bien sûr que oui. Chacun a évidemment ses spécificités et son statut. Aujourd'hui, il ne s'agit plus pour nous de regarder derrière et de continuer à parler du scrutin du 7 novembre. Mais plutôt de poursuivre la lutte politique et judiciaire pour que le président Mohamed Khouna Ould Haidalla et ses compagnons recouvrent les droits civiques dont ils ont été abusivement privés par la cour criminelle. Il s'agit pour nous aussi d'envisager ensemble, de concert avec le reste de l'opposition, de poursuivre la lutte pour une solution politique viable à la crise politique actuelle.

 

E-H: Comment interprétez-vous la visite de Alioune Tine, secrétaire général de la Radho, persona non gratta en Mauritanie, l'avez-vous rencontré et que vous êtes vous dit?

MOM: Je n'ai jamais eu à rencontre M. Tine, donc je n'ai pas de commentaires à faire sur une visite qui ne me concerne pas.

 

EH : Participeriez-vous aux prochaines élections sénatoriales d'avril 2004?

 

MOM : nous sommes en train d'étudier la question. Reposez-la-moi dans une semaine environ

 

Propos recueillis par Birome Guèye


Interview exclusive du président de l’UFP à l'Eveil-Hebdo n° 480 du 20 mai 2003

C’est un Maouloud serein au verbe facile que nous avons rencontré le dimanche dernier au siège du parti. L’homme nous a livré sans faux fuyants ses sentiments sur les dernières arrestations, ses supposés rapports avec le Pouvoir et ses divergences de vue avec le RFD, la situation socio-économique du pays, le prochain scrutin présidentiel…

 

Eveil-Hebdo : Le paysage politique mauritanien est des plus pauvres. Des partis naissent et meurent chaque année. Dans ce contexte quelle est aujourd’hui la position de l’UFP dans l’échiquier politique national ?

Mohamed Maouloud : L’Ufp est, fort heureusement, en phase de croissance. Il est né en 1998 dans le mois d’août. Depuis lors, le parti a accompli un parcours très honorable aussi bien en tant que formation politique qui est aujourd’hui représentée au parlement par trois députés, relativement représentatif du visage de la Mauritanie. Au niveau de la gestion locale, notre parti dirige, par ses maires, cinq communes rurales très importantes dont deux départementales, Boghé et Barkéol. Trois communes rurales assez importantes, notamment les communes de Tikobra, de Moitt, dans le département de Monguel, et la commune de Ould Birome, dans le département de Boghé. Nous essayons, par ailleurs, d’influencer le cours politique en Mauritanie sans nous préoccuper aucunement du poids électoral que nous considérons encore modeste par rapport au parti au Pouvoir, mais l’Ufp tient très bien la comparaison avec toutes les autres formations politiques. Je pense que ce qui est déterminant dans l’appréciation de l’action d’un parti politique, c’est surtout sa contribution à la vie politique nationale. Notre parti a orienté le débat politique en Mauritanie vers la recherche des solutions pacifiques pour débloquer le processus démocratique. Nous avons, dans ce cadre, relativement réussi, malgré le scepticisme de beaucoup de nos partenaires, à faire introduire dans le code électoral des réformes qui ont permis une transparence significative lors des élections législatives et municipales de 2001.

Eveil-Hebdo : Quelle est votre appréciation de la situation sociale et économique après les deux mandats successifs du PRDS aux rênes du pays ?

Mohamed Maouloud : Ecoutez, le moment venu, nous ne manquerons pas de nous étaler plus largement sur la question du bilan du parti au Pouvoir. Nous pensons quand même qu’il gère très mal les potentialités économiques du pays ainsi que les problèmes sociaux. Par exemple la lutte contre la pauvreté n’est pas prise par le bon bout. Voilà une politique qui n’est d’ailleurs pas sienne, mais celle justement de la Banque Mondiale. Vous pouvez prendre un avion partout où vous atterrissez en Afrique, vous allez croire que le Prds est présent parce qu’on vous parlera de la lutte contre la pauvreté. Est-ce que le problème est de suivre une orientation politique générale en se donnant des outils pour atteindre les objectifs proclamés ou est-ce que finalement toute cette entreprise qui va engloutir des milliards et des milliards ne risque-t-elle pas d’être récupérée de manière électoraliste par quelques dignitaires du régime en nourrissant, cependant, un clientélisme tout à fait dérisoire au lieu de soulager des centaines de milliers de citoyens qui souffrent de la pauvreté et parfois même de la misère. Nous cherchons depuis que nous avons investi le champ politique à imaginer cet avenir. Nous nous préoccupons de toutes ces questions essentielles ainsi qu’en ce qui concerne les perspectives. Mais, nous avons des visions plus ou moins précises sur les transformations économiques indispensables à introduire dans le pays même si notre critique, il faut le dire, de la situation économique reste très approximative et générale. C’est une faiblesse de l’opposition dans son ensemble, africaine et mauritanienne. Il faut dire aussi que l’approche économique du pouvoir est très vague. Mais, il est indéniable que nous avons notre idée un peu des grandes lignes de développement, de ce que doivent être les transformations prioritaires. De fait, elles doivent donner une très grande importance à l’Homme parce que notre pays ne constitue pas un grand marché. Donc la valorisation du potentiel humain par la formation est capitale. Sur ce point, je suis d’accord avec le Président de la République pour ce qui est de la lutte contre l’analphabétisme et sur certaines questions qui sont parfois discutées avec beaucoup d’ironie dans nombre de cercles de Nouakchott. Il y a un problème capital qui est posé. Le savoir est une clé du développement fondamental. Je trouve aussi qu’il faut également donner une importance au monde rural particulièrement à une transformation des modes de productions de l’élevage et de l’agriculture. Idem pour la protection de notre industrialisation, mais une industrialisation qui doit être pensée en fonction des contraintes du marché international et dans une logique d’intégration sous-régionale. En tout cas, nous pensons que l’opposition dans son ensemble doit réfléchir à ce qu’elle va proposer. A l’occasion de ses critiques, notre parti garde le souci permanent d’énoncer des propositions qui doivent nourrir le débat dans le pays.

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Eveil-Hebdo : A votre avis, comment le citoyen mauritanien et les leaders politiques peuvent-ils continuer de rêver de démocratie, quand le parti au pouvoir procède à des arrestations perpétuelles ?

Mohamed Maouloud : Le parti au Pouvoir n’a pas le droit de vie ou de mort sur les mauritaniens. Ce n’est pas à lui non plus de donner la démocratie ou de la retenir. La démocratie est une aspiration totalement légitime pour tous les mauritaniens. Ils ont le droit d’aspirer à un régime démocratique où ils se sentent libres, s’organisent et s’expriment librement sans contrainte. A cette aspiration a répondu l’adoption d’une constitution qui reconnaît tous ces droits. Maintenant il y a un problème pour sa mise en œuvre, la pratique quotidienne et le respect des dispositions concernant les libertés publiques et individuelles. C’est une question de lutte pour la démocratie et on peut comprendre que pour passer d’une situation de régime d’exception à une situation de démocratie véritable et apaisée, il y a une transition qui passe par une lutte politique permanente. Lorsque notre parti se positionne dans l’opposition c’est parce qu’il n’accepte pas justement la situation de fait et nous pensons à juste tire qu’il y a des moyens de lutte démocratique légale que nous donnent la constitution et la loi. En Afrique, chaque fois qu’il y a des problèmes liés à la démocratie, on a deux tendances qui sont pénalisantes pour l’opposition. Soit on tombe dans le défaitisme et on démissionne ; soit alors on bascule dans l’aventurisme en utilisant la violence (coups d’Etat, rebellions ). Au lieu de développer un changement démocratique, on consacre soit le statu-quo donc le pourrissement et à la fin l’écroulement de l’Etat, soit la dislocation violente qui est une autre forme de décomposition comme on y assiste en Côte-d’Ivoire et ailleurs. Entre ces deux extrêmes, il y a le processus de lutte politique pacifique déterminé mais patient allant dans le sens de l’histoire et qui à la longue peut imposer la transformation qu’on souhaite.

Pour le second aspect de votre question c’est-à-dire les arrestations, nous avons vigoureusement condamnées ces arrestations après avoir pris connaissance, par voie de presse, des motifs proclamés par le gouvernement. La situation est extrêmement grave. Une formation politique (Al Nouhoud ) a voulu s’inscrire dans la légalité en déposant ses dossiers conformément aux dispositions légales et voilà que ses membres se retrouvent arrêtés, accusés de reconstituer une association dissoute sans aucune preuve après deux ans. Tandis que la réponse devait être produite par l’autorité compétente après deux mois du dépôt du dossier. L’administration n’a pas respecté les procédures prévues par la loi sur les partis et ne peut pas par conséquent se faire prévaloir de sa propre turpitude. En ce qui concerne les personnalités islamiques qui ont été arrêtées, je pense que c’est tout aussi préoccupant. Nous sommes dans une société musulmane qui a ses sphères de respectabilité ou de sacralité et ses modalités traditionnelles pour régler les contentieux qui touchent à la religion. L’utilisation des procédés qui tiennent à la manière de faire des pays non musulmans ignorant la société musulmane dans sa complexité et qui ont d’autres préoccupations stratégiques, me semble dangereux. Nous avons un Islam qui a été toujours dynamique, libre, tolérant et réfractaire à l’extrémisme. Je ne vois pas pourquoi on s’attaque aussi légèrement à des imams et des oulémas alors que nous devons les respecter, et si toutefois nous avions des remarques à leur faire, nous devions le faire dignement et dans le respect des traditions. Je dois ajouter que je ne suis pas au courant de violation à la loi ni d’actes menaçant l’ordre public qui puissent justifier cette extrémité. C’est pourquoi notre parti, l’Ufp, a exigé leur libération inconditionnelle. Tout le monde sait que nous sommes contre toutes les formes de terrorisme et d’extrémisme mais ça c’est pas l’apanage d’une idéologie politique déterminée. Il y a des socialistes extrémistes comme on trouve des extrémistes de toutes obédiences (Libéraux et Conservateurs). On en a aujourd’hui des preuves dans l’administration américaine. Mais ça ne veut pas dire que tous ceux qui se réclament de telle ou telle idéologie ou vision politique sont forcément extrémistes. Pour moi, l’islamisme ne doit pas être confondu avec l’extrémisme. Il y a beaucoup de confusion dans les débats en occident. Il est de la plus haute importance que nous respections certains contre-pouvoirs dans notre société qui, notamment des institutions religieuses et même traditionnelles, dès lors qu’elles n’engendrent aucun blocage de l’évolution du pays et n’incitent pas à la violence.

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Eveil-Hebdo : Ces arrestations, n’est-ce pas une manière d’empêcher l’islamisation du débat politique ?

Mohamed Maouloud : Regardons du côté de l’expérience des autres. Nous sommes certes en voie de démocratisation et donc pour avoir des outils d’analyse ou de traitement de certaines questions, il est bon de savoir ce qui se fait ailleurs. En occident, nous avons des formations politiques qui ont une référence religieuse comme les chrétiens-socialistes ou les démocrates-chrétiens peut-être au début conservateurs-extrémistes mais qui se sont relativement assagis au fil du temps. Lorsque les occidentaux nous disent de ne pas accepter les islamistes ou des personnes qui parlent de la politique et de l’Islam en même temps, notre réponse est de leur dire que chez eux aussi ça se passe comme ça. Nos citoyens qui sont religieux ne doivent pas être empêchés de participer au débat politique car l’essentiel c’est le respect de la légalité et des principes démocratiques. Nous ne devons pas accepter ces manipulations qui peuvent comporter des conséquences graves. Inutile de pousser l’islamisme à la surenchère et à l’extrémisme ; au contraire il est de notre devoir de l’accepter en tant que courant qui existe, qui respecte les principes de la République. Pourtant aux Etats Unis, il y a ce respect de la liberté religieuse. Saviez-vous que Ronal Reagan avait été élu essentiellement grâce au sermon des prêtres de l’église protestante y compris à la télévision. Le rôle de l’église dans cette élection est indubitable. Tandis que chez nous, nous embastillons nos imams parce qu’ils ont des points de vues différents de ceux du Pouvoir. Sans doute, les imams ont-ils dénoncé la normalisation des relations avec l’Israël. Mais, ils n’expriment là qu’un point de vue partagé par tous les mauritaniens. Il est antidémocratique, à mes yeux, et illégal de les mettre derrière les barreaux.

Non, je crois que le problème est plus complexe. Nous avons affaire à une contrainte imposée de l’extérieur demandant à tous les pays musulmans de suivre une certaine conduite vis-à-vis des courants, notamment les prêches et les mouvements d’obédience islamistes. Cela nous conduira à la catastrophe. Si un mouvement politique pose problème en Mauritanie, il faut dire en quoi il pose problème. Effectivement s’il pose problème, il y a lieu de définir une politique qui puisse l’amener à changer ou le rendre inoffensif pour la démocratie, la souveraineté nationale et l’unité du peuple. En dehors de ceci, chacun doit être libre. Il faut dire que le premier à utiliser la religion en politique c’est le Pouvoir lui-même parce qu’il sollicite souvent le point de vue de l’Islam par rapport à certaines questions. En outre, notre constitution stipule que l’Islam est la source de droit et que l’Islam est la religion de l’Etat et du peuple mauritanien. Cependant, on peut exiger que les débats soient tolérants. Par contre, ni la constitution ni la loi n’autorisent l’arrestation d’un imam qui parle de politique. Cela n’est pas prévu par la loi et nous devons agir suivant la loi.

Eveil-Hebdo : Pour renouer le fil du dialogue entre les formations politiques et le Pouvoir, quelles solutions préconisez-vous, en partant du fait que, selon une certaine rumeur votre parti a de « très bons rapports » avec le Pouvoir en place ?

Mohamed Maouloud : Nous n’entretenons pas de bons rapports avec l’Etat. Aucun membre de notre parti n’occupe une fonction quelconque dans l’appareil de l’Etat. Et si vous parliez du pouvoir, donc sur le plan politique, nous avons des relations de discussion et de dialogue que nous avions souhaités et que le gouvernement a acceptés. Ces relations ont permis de réaliser des progrès pour la démocratie. En dehors de ça, nous n'avons rien de particulier avec l’Etat par rapport à d’autres partis politique. L’Ufp a une approche politique crédible qui répond à un besoin politique national. Il est tout à fait normal que les adversaires qui ont le souci de sortir d’un d’une certaine impasse, trouvent raisonnable de discuter avec le gouvernement.

En ce qui concerne le dialogue de l’opposition avec le Pouvoir, il faut dire que le fil du dialogue n’a jamais été rompu. En 1998, l’Ufp toute seule l’a initié avec le Pouvoir puis a tenté par la suite de l’élargir parce que d’autres formations politiques avaient exprimé le même souhait. C’est dans ce sens que nous avions préconisé la table ronde du 19 octobre dernier. Mais cette initiative a été plus ou moins torpillée. Et si le dialogue large n’a pu avoir lieu, ce ne fut nullement pas faute d’avoir essayé et essayé au bon moment. Aujourd’hui, nous souhaitons malgré tout que ce dialogue se renoue, pas parce que nous le trouvons indispensable et ça ne doit pas être l’apanage d’une formation politique particulière. Nul n’est indispensable mais la Mauritanie a besoin de tout le monde, que tout le monde s’inscrive dans le sens de la préservation de la paix civile. Promenez votre regard en Afrique, partout où on parle de démocratie et où on n’a pas tenu compte de la nécessité impérieuse de préserver l’acquis de la paix civile ; on perd et la paix et la démocratie. A partir de cette expérience, et face aux prochaines échéances électorales nous considérons que l’accident n’arrive pas seulement qu’aux autres. Nous devons ainsi être vigilants par rapport à qui se passera pour éviter à la nation certains dérapages. Je rentre d’un colloque qui était organisé à Dakar sur la crise ivoirienne. Avant de se retrouver dans l’enfer où ils sont, les Ivoiriens ne pensaient à aucun moment que leurs actes, gestes, invectives et leurs surenchères pouvaient conduire à une telle situation. Voilà pourquoi nous souhaitons que le fil du dialogue se renoue juste pour pacifier la compétition politique.

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Eveil-Hebdo : Lors des dernières journées de réflexion de l’Opposition, l’UFP estime qu’elle a été exclue de ses débats. Le RFD rétorque que vous vous êtes exclus de votre propre gré. Qu’en est-il au juste ?

Mohamed Maouloud : Non, je crois qu’il y a beaucoup de confusion malheureuse. Qui est opposant ou quel est le parti d’opposition ? L’opposition ne s’identifie à aucun parti. Il y a des partis, des personnes qui représentent ou l’Etat ou l’opposition. Un parti de l’opposition a pris l’initiative d’organiser des journées de réflexion et les a intitulées « Journées de réflexion de l’opposition ». Il nous a demandé de nous joindre à lui. Nous avions estimé que si nous demandions la démocratie et la concertation entre l’opposition et le Pouvoir, nous devrions commencer au niveau de l’opposition par se respecter mutuellement. Nul n’a le droit de décider des affaires de tous. Il fallait décider ensemble du contenu et de la date appropriée ainsi que de la forme d’organisation de ces journées. C’est seulement à partir de ce moment qu’on pourra les appeler « Journées de réflexion de l’opposition ». Nous avions estimé également que s’il n’acceptait pas cette démarche, nous serions prêts à nous joindre à lui mais à condition qu’il les appelle ce qu’elles sont c’est-à-dire « Journées de réflexion du Rfd ». Nos amis du Rfd n’ont pas voulu opérer cette rectification. Et nous n’avions pas accepté d’entériner une récupération partisane. Quant à la question de la rupture qui s’est opérée plus tard, ce ne fut pas à l’initiative de notre parti. Nous aurions même accepté que certains partis se regroupent sans nous, sans y voir aucune hostilité particulière parce que dans tous les pays, les partis d’opposition peuvent se regrouper en plusieurs alliances. Il n’est pas dit que tous les partis d’opposition doivent se regrouper dans le même front. Ils sont libres de faire un front sans l’Ufp. Ce qui a été peut-être dommage c’est leur attitude hostile à l’Ufp en disant qu’ils s’organisent contre notre parti. Voici probablement une des raisons de la rupture et effectivement nous avions considéré que certains ne souhaitent plus nous voir comme partenaires et nous en avions tiré les conséquences.

Eveil-Hebdo : Le fossé se creuse de plus en plus entre votre parti et le RFD. D’où viennent ces divergences ?

Mohamed Maouloud : Dans la situation actuelle, nous ne souhaitons pas avoir un problème avec qui que ce soit. Nous avons fort à faire avec le Pouvoir en place. Mais, il y a des contradictions, des divergences qui peuvent occasionner des appréciations différentes. La source de beaucoup de problèmes c’est la dramatisation de la situation. Si on donnait l’exemple de ce que doit être la tolérance politique pour nourrir l’espoir d’une alternance démocratique véritable eh! bien je pense que l’opposition se serait sentie beaucoup mieux. Toutefois, nous comprenons que chacun a ses spécificités, sa manière de voir et ses procédés et l’essentiel c’est de savoir pourquoi nous sommes divergents. Je ne sais pas exactement ce qu’on nous reproche de particulier. Le dialogue ? Mais tout le monde demande le dialogue. De faire seul le dialogue avec le Pouvoir ? Mais, nous avons voulu que les autres y participent aussi. Des problèmes personnels ? Je ne les vois pas. D’ailleurs, nous avons beaucoup de liens personnels très convenables et positifs avec le Rfd. A bien y regarder, c’est un problème de communication. Il y a, en effet, un non-dit, et le jour où il sera dit, effectivement les choses se décanteront.

Eveil-Hebdo : Les rumeurs les plus folles courent derrière l’éventualité d’une candidature indépendante de l’ex président Haidalla. Seriez-vous tenté de le soutenir ?

Mohamed Maouloud : Vous savez, nous sommes un parti politique qui se prépare à l’échéance électorale prochaine. L’Ufp a une idée de ce qu’elle doit faire. Nous répondrons à cette question le jour où l’ex président Haidalla aura proclamé sa candidature et le jour où nous-mêmes proclamerons la stratégie de notre parti. Nous rendrons publiques nos propositions le moment approprié.

Eveil-Hebdo : Estimez-vous que toutes les garanties de transparence sont d’ores et déjà mises en place ?

Eveil-Hebdo : Les élections de 2001 ont prouvé que la transparence est possible. C’est une question de volonté politique qui a été décisive en 2001. La plus haute autorité du pays ( le Président ) a imposé l’impartialité à l’administration qui ne voyait pas très bien ce qu’il faut faire. Ensuite certaines mesures avaient été prises pour rendre le jeu transparent. Toutes ces dispositions sont encore en place. Si elles ne changent pas, il y a lieu d’espérer que la transparence sera au rendez-vous. Mais, je pense qu’en elles-mêmes, elles ne se suffisent pas. Certaines sont simplement des circulaires ministérielles ou des messages administratifs. En revanche, j’ai de bonnes raisons d’espérer la transparence parce qu’il y va de la crédibilité des élections et chacun y a intérêt. Au lendemain des élections les gagnants auront gagné quelque chose de consistant et les perdants soit ils accepteront dignement leur défaite, soit ils y seront contraints par l’opinion publique nationale et internationale. Par contre, s’il y a des fraudes massives, ceux qui gagnent seront relativement délégitimés et leur capacité à imposer les résultats aux adversaires s’en trouvera limitée.

Eveil-Hebdo : Le pouvoir actuel est en place voilà près de 20 ans, seriez-vous partisan d’une limitation du nombre de mandats présidentiels ?

Mohamed Maouloud : C’est un débat au sein du parti partagé entre plusieurs opinions. J’estime qu’effectivement au-delà de deux mandats c’est trop. Je souhaite personnellement que nul ne reste trop longtemps au pouvoir pour ne pas développer de mauvaises habitudes.

Je préfère être optimiste, et espère que tous les acteurs souhaiteront que cette échéance qui va être très lourde de conséquences sur l’avenir de la démocratisation du pays, s’entourera de beaucoup de précaution. Il serait souhaitable, quels que soient les gagnants, Opposition ou pouvoir actuel, qu’au lendemain de l’élection, on se retrouve tous sur la nécessité de gérer en commun le pays. Je suis persuadé qu’un régime d’union nationale est assez crédible pour conduire une véritable transition acceptée par tout le monde et qui soit pacifique. Si l’opposition remporte, elle se devra d’inviter le parti ou candidat perdant et inversement pour participer à la construction du pays tant sur le plan démocratique que sur le plan économique et social. Il ne faudrait pas que cela soit une Mauritanie qui gagne tout contre une autre qui perd tout. Mais une Mauritanie qui se réconcilie avec elle-même à travers un compromis national historique.

Propos recueillis par Wane Abdoulaye & Dianifaba

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