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Paroles d'élus


Bâ Adama Moussa à l'Eveil-Hebdo

Thiam Ousmane à Echanges

Sy Samba au Rénovteur


Bâ Adama Moussa,

maire de la Commune de Boghé

Interview accordée au journal "Le Rénovateur"

(décembre2002)

 


LE RENOVATEUR : Au terme d'une année d'exercice à la tête de la commune, pouvez-vous nous dresser un premier bilan de votre action ?

Mr Bâ Adama Moussa : Après une année à la tête de la commune, je pense qu'il est très tôt de dresser un bilan. Je vais vous dire tout de même là où on en est et les problèmes que l'on rencontre.

Pour ce faire il est utile de vous signaler d'abord que nous avons hérité d'une situation difficile. Une fois installé à la mairie, la première chose à faire pour nous était d'assainir les finances avec un déficit de plus de 4 500 000 UM. Conformément au principe de la continuité du service public, nous avons fait du règlement de ce problème notre priorité. Avant d'entreprendre toute action, un assainissement des finances s'imposait. A notre arrivée à la mairie, nous avons trouvé des employés avec des arriérés de salaires de plusieurs mois et qui n'étaient même pas inscrits à la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale). Pour les salaires, le problème a été réglé. Aucun employé de la mairie n'a actuellement un arriéré de salaire. Nous avons également signé un protocole d'accord avec la CNSS.

Le Rénovateur : Vous êtes l'un des rares maires issus de l'opposition, est-ce que cela ne vous pose pas certains problèmes particuliers avec les autorités administratives locales ?

BAM : C'est vrai que nous sommes arrivés à la mairie sous l'étiquette de l'UFP. Au début, il y a eu quelques craintes, quelques méfiances de la part des autorités administratives locales. Mais très rapidement, nous avons dissipé ces craintes par nos faits et gestes en faisant comprendre à tout le monde que notre unique objectif était l'intérêt supérieur de la commune de Boghé. Dès mon arrivée à la mairie, j'ai fait comprendre aux uns et aux autres que la politique c'est au niveau des sièges des partis. Ce qui doit prévaloir au niveau de la municipalité, c'est le travail acharné pour le développement de la ville indépendamment de toutes contingences politiques et de la " politique politicienne ".

Je suis le Maire de tous les Boghéens quelles que soient leurs appartenances politiques. C'est pourquoi, j'ai maintenu les agents municipaux que j'ai trouvés en place en dépit des pressions dont j'ai fait l'objet. D'aucuns pensaient que le nouveau maire, une fois investi, allait donner un grand coup de balai pour embaucher ses partisans. Même les employés s'attendaient à un licenciement immédiat. Et ils n'en revenaient pas quand j'ai fait comprendre à tout le monde que, d'abord d'un point de vue légal, je ne pouvais les licencier au seul motif que la majorité a changé à la mairie, ensuite, sur le plan financier une régularisation de leur situation financière s'imposait avant tout licenciement.

Nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités locales. Le Hakem participe au conseil municipal et il veille scrupuleusement à l'application des décisions prises. Mieux, il nous incite à réclamer les taxes.

Le deuxième grand problème auquel on a été confronté est la perception que les gens se font de la mairie. Ils pensent par exemple que le budget, c'est de l'argent venant de Noukchott, du trésor public. Cet argent est issu des collectes (taxes d'habitation, patentes, foncier …) C'est la raison pour laquelle ils se ruent vers la commune pour réclamer leur part du gâteau. Ils ont du mal à comprendre quand on leur demande de s'acquitter des taxes. Pour avoir 2000 UM avec le commerçant le plus riche, une mobilisation de la police s'impose. Quand on sait que cette somme ne représente même pas le 1/10ème de ce qu'il doit légalement payer, on a une idée de la difficulté de la tâche. Ces taxes n'ont pas été inventées par la mairie. Elles sont établies selon des critères définis par le ministère des finances. Le recouvrement est difficile à cause des mentalités et de certaines pratiques frauduleuses qui étaient monnaie-courante et dont je m'attache à mettre fin. Pour le changement des mentalités, il y a une grande sensibilisation à faire pour faire comprendre aux populations qu'elles doivent participer à la gestion de la commune en payant les taxes. Or, la mairie ne peut pas fonctionner sans ces taxes. Nous collectons seulement 200 à 300 000 UM par mois alors que la masse salariale tourne autour de 450 000 à 500 000 UM par mois sans compter les autres dépenses de fonctionnement et les frais de réceptions des missionnaires.

Dans le souci d'assainir les finances et d'assurer une gestion transparente, l'argent issu des collectes est directement remis au percepteur (qui est un fonctionnaire de l'état) par les régisseurs. Donc le percepteur fait office de comptable de la commune. Celle-ci ne remettant que les tickets aux régisseurs.

Le Rénovateur : Quels sont les moyens de pression dont vous disposez pour amener les gens à s'acquitter de leurs taxes compte-tenu des difficultés que vous avez évoquées ?

BAM : Nous avons un secrétaire Général (Mr N'Diaye ) qui est un fonctionnaire de l'État, mis à notre disposition. C'est un cadre compétent et je salue au passage son sens du dévouement et de responsabilité.

Il y a également le nouveau commissaire de Boghé dont nous saluons la disponibilité. Il met à notre disposition des agents de police pour accompagner les régisseurs chez les payeurs récalcitrants. Il faut noter que ces services sont rémunérés à la Charge de la mairie. Cela est prévu dans le budget. L'administration a compris que nous sommes une équipe au service de la ville. Un maire cherchant à plaire à tout prix aux citoyens de sa commune ne fera aucun résultat.

Le Rénovateur : Au regard de tout ce qui vous avez évoqué ici, on comprend aisément que la mairie ne peut pas compter seulement sur le recouvrement des taxes. Ne pensez-vous pas que la recherche de partenaires dans le cadre de la coopération décentralisée soit une solution. On s'étonne que Boghé ne soit jumelée jusqu'à présent à aucune ville ?

BAM : Je me suis préoccupé de cette question avant même d'accéder à la tête de la mairie. J'ai toujours encouragé mes prédécesseurs pour qu'ils agissent dans ce sens.

Bien que Boghé ne soit à l'heure où je vous parle, jumelé à une autre ville dans le cadre de la coopération décentralisée, nous sommes très avancés sur les discussions et il y a beaucoup d'espoir.

J'ai pris contact avec le député-maire d'Andenne (en Belgique) et il m'a répondu très favorablement. Andenne était déjà jumelée à deux autres villes, une en Allemagne et une autre en France, nous nous grefferons à elles pour multiplier les possibilités.

Nous avons donc reçu l'accord de principe du député-maire d'Andenne et je soumettrai cette question lors de la réunion de Conseil municipal prévue le 1er décembre .

Nous avons pris contact également avec la ville de Tukson en Arizona-USA grâce à Mr Barro, un ressortissant Boghéen installé dans cette ville depuis plus de 15 ans. Il entretient de bons rapports avec les élus de cette ville.

En France, la mairie de Paléso nous a demandé de la saisir officiellement et nous l'avons fait.

Nous avons reçu à Boghé le représentant d'une ONG espagnole. Il nous a donné son accord de principe pour l'octroi d'un tracto-pelle et d'un camion pour la collecte des ordures et une ambulance.

Par ailleurs, nous avons un partenariat avec l'Unicef pour l'assainissement de certains quartiers de la ville. L'ONG Word Vision, intervenant dans le domaine de la santé a équipé la maternité d'un Split et deux climatiseurs pour la pédiatrie et la pharmacie. Nous adressons une mention spéciale à World vision avec qui nous travaillons en étroite collaboration (l'ONG envisage de construire 2 salles de classe à Touldé, 1 poste de santé à Wabboundé ; elle a distribué aussi des semences ).

J'ai formulé des requêtes au PAM et au PNUD et j'attends des réponses favorables.

Le Rénovateur : Lors de la dernière visite du Président de la République, vous aviez exposé dans votre discours de bienvenue certaines doléances dont notamment l'extension du CPB, le problème de surpâturage occasionné par la création d'un centre de collecte de lait Tivisky … Est-ce que des suites ont été données à ces requêtes ?

BAM : Nous sommes dans l'attente d'une suite favorable.

Après la visite, il y a eu l'hivernage avec une pluviométrie largement déficitaire. Nous courons des risques de graves problèmes alimentaires. Ajouté à cela les intempéries du mois de janvier dernier. Actuellement, nous sommes en novembre et il n'y a presque plus de pâturage. Donc, il faut le dire, l'année qui s'annonce sera difficile. Nous avons posé le problème et nous attendons des réponses de l'état. Des missionnaires du PAM et du CDHLPI ont pris contact avec la commune et ont recensé les problèmes. C'est ainsi qu'au niveau du Casier pilote, on a eu l'accord pour la réhabilitation de la Station de pompage quel que soit le coût. Étant moi-même de la Sonader, je suis chargé de faire l'expertise et je m'y attelle présentement.

Dans le domaine de la santé, nous avons eu l'accord de l'état pour l'ouverture de deux postes de santé (un à Boghé Dow, Un à Thidé). Le DRASS m'a confirmé l'ouverture de ces postes dans un avenir très proche. Le 25 novembre, le poste de Santé de Thialgou a été inauguré en présence du Wali Mouçaid, du Drass, du Hakem et de moi-même.

Le Rénovateur : Vous êtes à la tête d'un conseil municipal composé de deux formations politiques (l'UFP) et le PRDS). Peut-on parler d'une cohésion au sein du Conseil ?

BAM : Jusqu'ici, il y a eu trois sessions du Conseil municipal avec des débats francs et sereins. Le maire est à la disposition de tous les conseillers. Il n'y a jamais de cas de tiraillements entre les deux groupes du fait de leur appartenance politique. Le seul problème c'est que tout le travail est laissé à la charge du bureau composé de cinq adjoints et du maire. Tel ne doit pas être le cas. C'est pourquoi, j'insiste sur la présence des conseillers. Je leur demande de s'impliquer et non d'attendre les sessions du conseil municipal pour disparaître après. La réussite sera pour tout le monde.

Nous avons également des commissions comme celles de la santé, de la jeunesse… Elles regroupent les conseillers municipaux et d'autres cadres de la commune. Je n'ai aucun problème particulier avec les conseillers du PRDS au sein de la Commune. Avant même d'occuper ma fonction actuelle, j'ai toujours eu de bons rapports avec tout le monde.

Le Rénovateur : Mais politiquement, vous êtes toujours des adversaires ?

BAM : Oui, nous sommes des adversaires politiques mais ce qui me préoccupe c'est la gestion de la commune. Une fois investi, j'ai même dit à mes camarades de l'UFP que j'ai une mission assez lourde, assez sérieuse et que je ne peux prendre une responsabilité politique au sein du parti. Je dois rester au-dessus de la mêlée pour imposer le travail à tout le monde.

Le Rénovateur : Le paludisme sévit de manière andémique à Boghé et on estime que le problème est lié à la proximité du Casier rizicole. Qu'est-que la mairie envisage de faire pour lutter contre ce fléau ?

 

BAM : Les moyens de la mairie sont limités. Nous faisons une sensibilisation et j'ai posé le problème à un haut niveau (Ministère de la santé, de l'Intérieur et du Développement rural).

Pour le Casier pilote, il était prévu un volet sanitaire dans le cahier des charges de la Sonader au début du projet (1982-1983). Ce volet sanitaire s'est limité à quelques épandages de poudre qui sont avérés dangereux pour la santé et ont été abandonnés.

Le problème du paludisme ne se limite pas à la rizerie. Il y a aussi les ordures ménagères, les fosses sceptiques, les eaux stagnantes. Tout le monde doit s'impliquer pour mener un grand combat contre les ravages du paludisme. Vous m'avez vu revenir avec une patiente. J'ai payé 4200 UM pour le traitement. Et c'est le minimum pour guérir cette maladie dans cette zone fortement endémique.

La commune peut sensibiliser, poser les problèmes, assainir la ville mais la SONADER doit initier un volet santé pour prendre en charge sa part de responsabilité.

Le Rénovateur : Comme il est de coutume, la commune apporte un soutien logistique aux écoles fondamentales. Qu'est-ce que vous avez fait ou qu'est-ce que vous envisagez de faire dans ce domaine ?

BAM : Pour les écoles fondamentales, j'ai sillonné la majorité des écoles. Je suis en contact permanent avec l'inspecteur départemental, les directeurs et les parents d'élèves qui viennent souvent poser des problèmes.

A ma prise de service, j'ai esquissé un programme avec l'administration. c'est ainsi qu'avec le projet Education V, il y a des marchés en cours d'exécution : 6 classes à Boghé Dow et 6 autres à Nioly et 6 à Sarandogou (toutes en béton). D'autres salles en Zinc sont en cours d'exécution (2 à Thiénel, 2 à Thidé, 2 à M'balladji, 4 à Rooty, 2 à Basra, 2 à Ngorel, 2 à El Amra (Bassine) et 2 à Daghveg.

Il est prévu dans le budget municipal une enveloppe de 85 000 UM par an pour appui aux écoles fondamentales.

Le Rénovateur : Quelle(s) conséquence(s) peut avoir la décision de votre parti (l'UFP) de se retirer du groupe parlementaire de l'opposition à l'Assemblée Nationale ?

BAM : Il est regretable que l'UFP qui est un parti d'opposition soit écarté par ses partenaires du Front des Partis d'opposition (FPO). Les militants de tous les bords s'intérrogent sur les mobiles de cette rupture. Je pense que ces querelles intestines affaiblissent l'opposition de façon générale.

Le Rénovateur : Lors de la dernière visite du Président de la République, les notables du Mbon (Sarandogou et environs) ont demandé à ce que Sarandogou soit érigé en Commune. Qu'en pensez-vous ?

BAM : Il est vrai que Sarandogou est un gros village situé à 10 km de Boghé autour duquel se greffent d'autres petites localités. La transformation de MBon en commune, je ne pense pas que cela soit une solution. Cette année, on a reçu une lettre émanant de Thidé (situé à 5 km de Boghé) voulant s'ériger en commune. Ces villages n'ont aucun marché, aucune source de collecte de taxes. On se demande avec quoi ils vont fonctionner pour les mêmes raisons. Nous devons plutôt conjuguer nos efforts pour que la commune de Boghé fonctionne au lieu de disperser les efforts.

Le Rénovateur : Un dernier mot ?

BAM : Nous avons une mission à accomplir. Le chemin est long et nous sommes tenues de faire des résultats et nous nous en ménagerons aucun effort pour les obtenir. Boghé est une commune de plus de 50 000 habitants, frontalière avec une zone enclavée du Sénégal, c'est un carrefour, un centre d'échanges. D'où la nécessité d'y créer certaines infrastructures telles qu'un hôpital.

Interview réalisé par

DK et Dia Abdoulaye



Ceux qui suivent l'itinéraire politique de Thiam Ousmane, député élu à Nouadhibou sous le label de l'ex-AC, savent que l'homme a une suite dans les idées. Lorsque lui et moi avons convenu du principe de l'interview, j'ai souhaité que l'entretien se fasse à l'Assemblée nationale. Gentiment mais ferment, lui suggérait que cela se déroule au siège de sa nouvelle famille politique, l'UFP. Peut-être voulait-il par ce geste signifier son ralliement définitif à ce parti. Dans cet entretien exclusif, il parle pour la première fois des raisons qui l'ont poussé lui et ses amis de AC à prendre des chemins différents.

Propos recueillis par Rassoul Ould Khal "Echanges n° 15 du 9 juillet 2003"

 


 

Echanges : On savait depuis un certain temps qu'entre vous et vos anciens amis ce n'était pas le parfait amour. Peut-on savoir avec exactitude les raisons de cette de cette tiédeur?

 

Thiam Ousmane Moussa : sur le plan individuel, il n' y jamais eu de froid. D'ailleurs, nos rapports politiques n'étaient pas basés sur des sentiments mais sur des objectifs, des ambitions que nous avions pour le pays. Cette approche était basée sur une démarche politique, consensuelle .Tout cela animé par notre foi inébranlable en l'unité nationale et notre capacité à conduire l'ensemble des citoyens de ce pays, sans exclusive aucune, vers un changement qualitatif profitable à tous; c'est donc cet idéal qui nous unissait. Maintenant, qu'on ait choisi des"itinéraires divergents" procède de plusieurs facteurs. Premièrement, avant même la dissolution de AC, j'estimai que notre arrivée au Parlement devrait contribuer à faire connaître notre véritable personnalité, à faire éclater toute la vérité sur l'ambition que nous avons pour le pays, à faire partager, notre idéal par une majorité de Mauritaniens. Cela supposait une démarche réfléchie, concertée et s'inscrivant en porte à faux avec tous les clichés que nos adversaires politiques voulaient nous coller.

Tout en restant fidèles à nos principes, nous devrions donner une image positive, Volontaire, courageuse, correcte et responsable. Malheureusement, jusqu'à l'interdiction de notre parti, pas une seule fois, les élus de l'ex- AC, qui devraient avoir en charge les problèmes de tout le pays et particulièrement ceux des déshérités, ne se sont réunis en commission parlementaire pour arrêter une stratégie permettant de faire profiter au mieux le parti de notre entrée au Parlement. Car même si nous n'avions pas la majorité pour faire aboutir les lois, nous disposions de l'initiative de les proposer.

Ce manque de concertation entre élus d'une même famille politique conduit à certains dysfonctionnements malheureux. Exemple : le vote sur le Parlement africain.

Deuxièmement, après la dissolution et au moment de vouloir créer une autre formation politique, certains articles accordant de larges prérogatives au secrétaire général du parti, qui avaient pourtant été rejetés par le congrès d'août 2001, ont été, miraculeusement introduits dans les nouveaux statuts par une commission qui n'avait aucun mandat de modification du fond des anciens statuts.

La contestation de ces articles m'a valu toutes sortes d'attaques inspirées dans les journaux, dans la rue par des activistes plus attachés aux personnes qu'aux idéaux de démocratie, de justice, d'égalité et de solidarité qui sont les principes canons de mon action politique. Ces pleins pouvoirs ont justement conduit à la décision non concertée et très contestée prise au mépris des militants de l'ex- AC.

 

Echanges : Vous avez décidé d'intégrer l'UFP. Pourquoi le choix de ce parti ?

TOM : Je ferai remarquer d'abord que mes amis et moi qui avons rejoints l'UFP, sommes les derniers à avoir choisi d'intégrer une formation politique. Cette démarche est l'aboutissement d'une large concertation avec la base qui nous a accordée sa confiance. Elle résulte également d'une mûre réflexion sur la situation politique nationale et internationale ainsi que sur les perspectives qui se dessinent dans le sens des objectifs politiques d'unité nationale, de copénétration entre les différentes couches de notre pays.

Cette vision a trouvé écho au niveau de l'UFP dont l'attitude au Parlement par rapport aux problèmes nationaux et la démarche pour les résoudre sont conformes à notre lecture. L'examen des textes fondamentaux de ce parti et les attitudes démocratiques que nous avons observées chez les responsables de ce parti, nous emmène à penser qu'ils prendront en compte les critiques et propositions que nous avons émises au moment de notre intégration.

L' UFP nous semble intellectuellement mieux armée pour mener à bien le travail de réflexions profondes en vue d'un changement qualitatif. Il est structurellement ouvert aux débats contradictoires et féconds. Il n'est pas construit autour d'une personne. Il constitue un lieu de rencontres et d'idéaux. Il représente surtout une symbiose de toutes les nationalités de notre pays. Il a moins de pesanteurs. Sans 'trop d'honneur, ni trop d'injures', il mène un combat d'avant-garde porteur d'espoir.

Echanges : Récemment, la Mauritanie a connu une tentative de coup d'état. Quelle réaction vous inspire d'un tel mode de conquête du pouvoir?

TOM : Je tiens à préciser que je suis le premier, à chaud, à avoir à partir de 5 heures du matin, pris position claire de réprobation et de condamnation d'une telle manière de prendre le pouvoir. Par principe, je suis contre toute conquête du pouvoir par des voies autres que celles des urnes.

Cette condamnation, je l'ai portée devant qui de droit au moment opportun. L'ancien wali de Nouadhibou et certains membres du gouvernement que j'ai contacté, aux premières heures de l'aventure, peuvent attester de cette prise de position. Je n'ai pas attendu l'aboutissement de l'affaire pour m'inscrire en porte à faux contre cette tentative de prise de pouvoir par le feu et le sang.

Ceci étant, il y a des leçons à tirer aussi bien pour le pouvoir que pour l'opposition pour entreprendre des actions idoines tendant à résoudre les problèmes dont il ne faut pas minimiser la portée. Ce putsch manqué a révélé le niveau encore très bas de notre culture démocratique.

Le pouvoir devrait s'ouvrir d'avantage aux véritables forces démocratiques et il devra décourager les lobbies conservateurs, figés dans leurs attitudes primitives. Les partis devront également accentuer leur rôle de formation, d'encadrement et de civilisation de notre société pour rompre définitivement d'avec la triptyque Tribu, Ethnie, Race au profit de la trilogie Citoyenneté, Nation, République, socle fondamental de toute véritable démocratie. Ce bond qualitatif est certainement très difficile à faire pour des hommes médiocres et égocentriques mais il appartient aux hommes de qualité de l'inciter, de l'encourager et de l'entretenir pour le bien du pays et de l'humanité toute entière.

Echanges : Récemment l'Assemblée national a adopté une loi portant sanction du commerce des personnes. Contrairement aux autres parlementaires de l'opposition qui ont voté abstention, vous et autres députés UFP, avez voté pour. Pourquoi ce choix ?

TOM : La loi sur la traite des personnes obéit à des normes de civilisation universelle qui mettent aujourd'hui au devant les préoccupations des Droits de l'homme. Même si elle manque de clarté par rapport aux problèmes liés à l'esclavage, cette loi ouvre la voie à la condamnation de tous ceux qui seraient tentés par ce genre de pratiques. Elle précise des sanctions encourues pour les victimes: II reste qu'il faudra reconnaître les ONG des Droits de l'homme et les impliquer afin d'élargir les cercles de surveillance et décourager les tentations de ceux qui n'hésitent devant aucune pratique pour s'enrichir facilement. Il faut trouver le courage politique nécessaire pour permettre à ceux qui en sont victimes de bénéficier d'actions positives, leur assurant un développement intégral accéléré à défaut de réparer des injustices que des humains comme nous tous, ont eu à subir par la faute d'autres humains, comme nous malheureusement. C'est pour capitaliser au moins ce pas positif que j'ai voté pour cette loi, obéissant de la sorte au moins à mes principes d'accepter ce qui est positif, de rejeter ce qui ne l'est pas et de m'abstenir en cas de doute.


M. Sy Samba est une figure bien connue dans le microcosme politique de Boghé. Membre fondateur de l’UFP, actuel député de ce parti à la faveur des élections législatives d’octobre 2001, il nous livre son expérience de parlementaire au sein de l’hémicycle où l’opposition a du mal encore à faire entendre sa voix.


Le Rénovateur : Depuis un an et demi, vous siégez à l’Assemblée Nationale. Quel jugement portez-vous sur cette institution de la République ?

Sy Samba : Je tiens avant d’entrer dans le vif du sujet à remercier votre journal pour cette opportunité qui me permet de renouer le contact avec la presse et de répondre à un certain nombre d’interrogations qui interpellent aujourd’hui tout un chacun. Pour revenir à votre première question, je dirai simplement que j’ai été élu député du département de Boghé à la suite d’élections qualifiées de libres et transparentes. Une première dans l’histoire politique de notre pays et aussi à la suite d’une parfaite mobilisation de toutes les forces du changement de notre département. Comme vous l’imaginez, l’expérience de la vie parlementaire méritait bien d’être tentée. J’ai en effet vécu cette expérience avec mes dix autres camarades députés de l’Opposition. Un double sentiment m’a animé durant mon passage à l’hémicycle : sentiment de fierté et de frustration. Fierté de jouer le rôle de porte voix des sans voix, fierté d’aider à l’instauration du débat contradictoire à l’Assemblée. Par contre, nous n’avons jamais été bien compris par nos collègues de la Majorité Présidentielle qui nourrissaient des préjugés défavorables à notre endroit, à tort bien sûr. Les conséquences c’est que nous avons connu des moments difficiles dans l’exercice de notre fonction. Notre apport dans l’appréciation des problèmes nationaux et dans la recherche de leurs solutions a été bien approuvé par l’opinion nationale.

Le Rénovateur : Quels sont les problèmes que vous avez posés lors des débats à l’Assemblée depuis votre élection ?

Sy Samba : Je ne peux pas exposer les problèmes que nous avons eu à poser lors des débats à l’Assemblée Nationale. J’esseyerai de vous en énumérer quelques-uns. Il y a lieu de rappeler au passage le rôle primordial du parlementaire qui est de légiférer, c’est à dire de voter des lois après leur examen approfondi. Les lois ou projets de loi allant dans le sens des intérêts supérieurs de la Nation sont soutenus et votés naturellement. Ceux qui par contre nuisent aux intérêts de nos populations ou remettent en cause leur espace de liberté sont rejetés par un vote négatif. Cela donne un sens à notre combat quotidien. Outre ces projets de loi, j’ai posé et défendu des problèmes d’ordre économique. L’acuité de ces problèmes dans notre pays doit amener le pouvoir à assimuler des leçons de l’expérience et surtout à prendre en charge les réalités mauritaniennes. Nous avons estimé qu’un système économique viable et performant ne peut se développer dans les conditions de notre pays que s’il part de certains postulats :

- promouvoir une complémentarité dans la coexistence entre les secteurs privé et public.

- rompre avec cette mentalité qui a toujours caractérisé l’économie nationale et qui s’est traduite par le développement de l’affairisme, de l’esprit mercantile et du gaspillage des ressources.

- Privilégier l’agriculture qui doit constituer le pilier central de l’économie nationale parce qu’elle concerne la majorité des Mauritaniens, offre les plus grandes potentialités d’emplois et intervient directement dans le renforcement de l’indépendance nationale par la sécurité alimentaire.

- Revoir notre système éducatif qui reste extrêmement coûteux, peu fonctionnel, de par son inadaptation aux exigences mauritaniennes de développement, souffre d’un manque cruel d’enseignants mauritaniens qualifiés et d’incohérence. Nous avons aussi parlé des droits de l’homme, de la bonne gouvernance, des libertés démocratiques, de la sécheresse avec son corollaire la pauvreté devenue endémique, de la santé pour tous, de la justice sociale, du renforcement du dialogue social de la moralisation de la vie politique et économique. Bref la liste est longue. Vous comprenez aisément que nous n’avons pas du tout chômé.

Le Rénovateur : En novembre dernier, l’UFP s’est retirée du groupe parlementaire de l’Opposition. Pouvez-vous revenir sur les raisons de ce divorce ?

Sy Samba : L’UFP est un parti démocratique où le dialogue, la tolérance et le compromis sont les maîtres mots de sa politique. Soucieux du devenir de ce pays, de l’unité de son peuple multinational, mon parti à eu le privilège n’en déplaise à ses détracteurs, de proposer un cadre de concertation permanente d’abord au niveau de l’Opposition et ensuite à un plan plus élargi touchant la majorité présidentielle. Vous connaissez la suite. L’UFP s’était fixée pour objectif de moraliser la vie politique de notre pays. La réponse du RFD sans le nommer à travers son chef fut de prendre le contre pied de l’initiative de mon parti en proposant un autre cadre de concertation de l’opposition sans l’UFP. Une chose inacceptable et provocatrice. L’UFP, fidèle à ses principes et à son sens élevé du devoir, a tenté en vain de calmer les ardeurs des uns et des autres et de ramener nos détracteurs à de meilleurs sentiments. Nous étions devant un choix : accepter le fait accompli dans la poursuite du dialogue tout en misant sur le temps. Il serait bon de rappeler que la mise sur pied du groupe parlementaire de l’opposition revient à l’UFP. Pouvons-nous dissocier la vie de ce groupe de celle des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale ? L’UFP écartée du cadre de concertation de l’opposition pouvait-elle rester dans le groupe parlementaire des onze ? Je réponds non. Le temps de prendre nos responsabilités était venu. Nous les avons prises au moment propice en publiant une déclaration historique annonçant notre retrait de ce groupe parlementaire de l’Opposition non sans regret.

Le Rénovateur : aux prochaines échéances présidentielles, l’UFP envisage-t-elle de présenter son candidat ? Est-ce qu’elle mène des consultations avec les autres partis d’opposition dans la perspective d’une candidature unique ?

Sy Samba : Cette question n’est pas encore de l’ordre du jour au sein du parti. Je peux affirmer sans risque de me tromper que l’UFP continuera à rechercher l’Unité de l’opposition dans sa diversité et poursuivra sa politique de dialogue et de compromis national quelle a engagée avec le pouvoir en place, ceci avec courage, lucidité et esprit de dépassement. Mon parti oeuvrera pour l’organisation d’élections présidentielles pluralistes, transparentes et apaisées au seul profit de notre cher pays.

Le Rénovateur : Depuis le 20 mars, les forces anglo-américaines mènent une opération destinée à «libérer l’Irak» sans l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU. Quelle est la position de votre parti sur cette intervention ?

Sy Samba : Depuis le 20 mars comme vous dites nous assistons à une guerre que je qualifie de génocide sans précédent. L’UFP a toujours prôné et privilégié le dialogue des peuples, des civilisations et des cultures. Malheureusement une suprématie en l’occurrence les USA a fait fi de toutes ses valeurs et a rappelé que la raison du plus fort reste toujours la meilleure. Les forces anglo-américaines ont dit non à la légalité internationale, non au conseil de sécurité, non aux droits de l’homme, non à la paix et oui à la guerre contre tous. S’il est vrai que le peuple irakien ne mérite pas d’avoir à sa tête un dictateur hors du commun; il est aussi vrai que ces fauteurs, je dirai ces seigneurs de la guerre ont raté leur cible en confondant un dictateur et son peuple. Le peuple d’Irak qu’on vient d’humilier et d’exterminer au nom du pétrole ou d’une prétendue libération, aspire à la paix, à la sécurité et à la démocratie. Pleine et entière. Mon parti ne peut que regretter ce qui se passe actuellement en Irak. Il a manifesté sa désapprobation face à cette guerre injuste et illégale à travers des manifestations grandioses de soutien au peuple irakien martyr.

Je ne saurai terminer cet entretien san remercier une fois de plus votre Journal pour les heureuses initiatives qu’il ne cesse de prendre. La presse doit être un organe de régulation de la vie d’une nation. Personnellement, en tant que lecteur du Rénovateur, je vous demande de continuer à informer sans déformer. Merci.

Interview réalisée par

Dia Abdoulaye


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