Unité- Démocratie- Justice sociale

Accueil Contactez-nous Sommaire


Google

 

sur le Web

Sur ufpweb.org

 

Home ] Up ] Budget 2005 par Moustapha Abderahim ] L'article de la presse ] - Les méfaits de la pègre mauritanienne ] [ Haiti, ingérence humanitaire ou intervention hégémonique ? ] Les enjeux majeurs de notre monde ] Contributions ] - Que Signie être à gauche ? ] CH'BIH et la situation internationale ] La vigilance doit être de rigueur ]

Haiti, ingérence humanitaire ou intervention hégémonique ?

Par LÔ Gourmo

«Ingérence politique», «ingérence humanitaire», le problème de l’urgence face à des situations de catastrophe politique, économique, sociale ou environnementale s‘est posé à nouveau cette année, après bien d’autres théâtres de confrontation et avec une particulière acuité, à Haïti.

Un premier constat s’impose : la crise aiguë, qui a débouché sur un « soulèvement militaire », perdure malgré la chute fortement « encouragée » par les retrouvailles (conjoncturelles ?) franco-américaines, du Président haïtien et son exil précipité. Elle est multiforme et gigantesque : près de 3 millions de personnes sur huit ne sont pas en mesure d’assumer leurs besoins fondamentaux, le pays est en ruine et la classe politique, discréditée au plus haut point. Depuis plusieurs semaines voir plusieurs mois, une guerre d’extermination par milices rivales interposées, entre le pouvoir et l’opposition, couvait et semblait inévitable. Face au risque de génocide et de déliquescence de l’Etat, la «communauté internationale» aurait donc décidé d’intervenir pour mettre fin à l’escalade de la violence et au risque de dérive infernale.

L’immixtion, au nom de cette mythique communauté, d’une poignée de grandes puissances dans les affaires d’un petit et pauvre pays, met à nouveau en exergue et en concurrence les deux principaux types d’ingérence unilatérale contemporains : l’ingérence «humanitaire» et l’ingérence «politique» ( ?).

La première concerne le droit d’intervention et, pour le moins, le droit de regard de la société internationale dans les situations de crise exceptionnelle qu’illustre l’exemple haïtien : Violation massive des droits de l’homme, catastrophe naturelle etc. Dans cette hypothèse, l’ingérence, légale, se justifie au nom de l’impératif de solidarité internationale et par la reconnaissance de certains droits fondamentaux de la personne humaine.

Au-delà de l ‘Etat des règles purement formelles, il y a bien un sujet de droit hors frontière dont la subjectivité exprime, au plan du droit, la continuité du genre humain et dont la souffrance et la vulnérabilité priment sur toute autre considération formelle et sur les obligations légales traditionnelles.

On s’attacherait donc, pour toute situation d’urgence, à faire prévaloir l’humanité de l’homme en peine, son droit à être secouru dans les respects rigoureux de sa dignité. Les normes en cause ont un fondement impératif dans la conscience collective (jus cogens) et leur portée universelle (erga omnes) renforce cette qualité intrinsèque.

Inspirée par un sentiment de responsabilité qu’éprouve une société vis-à-vis de ses membres et de ses générations futures, cette modalité d’ingérence s’appuie sur des préalables éthiques et juridiques tel l’exemption de toute pensée « politique » de puissance, la soumission au contrôle des organes reconnus de la « vraie » communauté internationale, que ce soit à l’échelle internationale (ONU) ou régionale (en l’occurrence l’OEA et la Communauté des Etats carabéens), la modestie des ambitions de l’action extérieure qui fait face à la détresse ou prévient la surenchère morbide dans l’attente d’un retour à la normale (paix civile ou apaisement social, l’équidistance par rapport aux protagonistes nationaux etc.).

Dans le cas particulier de Haïti, les témoignages concordaient sur des risques très graves de dérapage vers les formes monstrueuses de règlement de compte entre les factions armées, les partis et les groupes de la « société civile ». D’emblée, les Américains et leurs alliés retrouvés de l’ex « monde libre » ont entendu agir, du moins officiellement, et non sans une certaine confusion d’ailleurs, en vue, non de s’assurer du départ du Président Aristide ni de l’installation de ses ennemis, mais de préparer les conditions de décrispation politique pour éviter le carnage. Les appels lancés par des membres de l’administration Bush et des le début par les autorités françaises étaient tous destinés au gel des initiatives guerrières en faveur de la négociation entre les parties en conflit en vue de régler la situation en rapide pourrissement. Comme en côte-d’ivoire ! Néanmoins, force est de constater qu’au bout du compte, cette «ingérence humanitaire » avait plutôt l’allure, des accents et les incohérences classiques d’une ingérence-urgence «politique ».

Si les rebelles comme on pouvait le craindre à bon droit, avaient voulu se livrer à un jeu de massacre, ils auraient pu le faire, tant la hâte tranquille des puissances intervenantes leur en auraient largement donné le loisir !

Cela était également vrai pour les Pro-Haristide à Port-au-Prince qu’ils ont contrôlés jusqu’au mystérieux départ de leur chef. Malgré des heurts violents et des débuts de pogroms ici ou là. Pas l’ombre d’un soldat humanitariste quand les risques du drame étaient paroxystiques ! Seulement, la montée au créneau d’une diplomatie franco-américaine redevenue un temps un tantinet atlantiste, avec à la clé des faux-semblants de clans de règlement de la crise par le dialogue et le renouvellement concerté et consensuel de l’appareil gouvernemental. L’ingérence n’était donc pas, au départ, «humanitaire» en dépit du contexte qui lui en donnait toutes les apparences, mais politiques, dramatiquement, classiquement, «politiques»Seulement, ici aussi l’ambiguïté et les risques qu’entraîne dans son sillage ce type d’interventionnisme, mérite d’être, plus que jamais souligné. Car, loin des dés à les résoudre durablement, il accroît souvent la complexité des conflits internes et rend stérile ou hasardeuse toute initiative sincère de solutions.

Dans une situation de crise politique, telle que la vit Haïti, comment et en quoi les puissances étrangères peuvent-elles au-delà de l’humanitaire prêter leur concours à une juste solution des contradictions majeures, sans se substituer à la volonté populaire et sans imposer leurs seules ambitions impériales ?

Le risque le l’urgence politique, c’est de voir des états étrangers imposer leurs propres approches de la chose politique en terre étrangère et, en l’occurrence pour Haïti, concocter à la hâte pour une énième fois, une «démocratie» intolérante, taillée sur mesure étrangère et vouée au discrédit. Entreprise profondément contraire à une norme aujourd’hui foulée au pied d’une brûlante et universelle actualité : le droit des peuples à dispose d’eux-mêmes. Cette norme, qui est la véritable clé de voûte, système ders nations unies disqualifie l’ingérence politique traditionnelle et place les puissances intervenantes dans l’obligation de laisser la population haïtienne régler ses problèmes selon sa sensibilité et ses propres vœux. Ce n’était donc pas à la « communauté internationale » ou à ceux qui en tiennent lieu, de choisir Aristid ou l’oppositionDe surcroît, une intervention impériale ne doit pas remplacer la volonté du peuple car elle méconnaît le plus souvent les nombreuses contradictions qui peuvent exister à l’intérieur d’une société pour autant qu’elle s’impose, néanmoins dans un pays, en raison de l’évolution de ses contradictions internes, il revient à l’ONU et à l’ONU seule d’entreprendre, au nom de la communauté internationale, une ingérence politique, parce que seule susceptible d’être neutre et consensuelle. L’ONU seule a la responsabilité principale d’aider ce pays non seulement à restaurer la paix et la sécurité mais aussi à créer les conditions politiques d’une résolution de cette crise, à proposer des alternatives économiques, politiques, à rapprocher et, si besoin réconcilier le protagoniste et créer les conditions en vue d’assumer le développement du pays. Sans elle-même faire le jeu des plus grands, c'est à dire se limitant à jouer le « transitaire » d’une expédition décidée ailleurs et pour les causes qui lui sont étrangères. Toute autre voie mènera à l’impasse et risquerait de déplacer dans le temps les difficultés, si ce n’est de les accroître.

On peut noter à ce propos, les vives réactions de l’Union africaine et de la communauté des Caraïbes qui ont critiqué à bon droit les conditions de départ d’Aristide, en se plaçant sur le strict droit, aussi bien international que constitutionnel haïtien. Car, il est claire que la présence non sollicitée de troupes étrangères au large des côtes haïtiennes et les menaces à peine voilées de leurs interventions « humanitaristes » ont surtout servi la progression sans combat des « forces rebelles » qui ont pu mettre à bas un régime légalement établi et en cours de mandat, malgré tous ces errements. Ces forces « humanitaristes » qui reçurent en main propre disent-t-elles et de toute façon en toute illégalité, la démission de l’ancien Président ont donc servi de caution à un changement constitutionnel de régime et de démocratie. Elles sont donc, au plan du droit, non des forces « humanitaires » (comme l’avait conçu en définitive l’ONU à la veille de l’entrée des troupes rebelles venues d’un pays voisin à Port-au-Prince) mais comme des troupes d’occupation venues avec leur(s) propre(s) projet(s) pour ce malheureux pays

Démocratisation ? Quel modèle ? Celui qui imposera des volontés étrangères ou que devra réinventer une classe politique haïtienne largement discréditée par son sectarisme, sa soif de revanche et son absence de vision sur les vrais en jeux des événements en cours dans le monde et sur son territoire national ? Il est clair qu ‘en dehors d’un véritable compromis national entre toutes les familles politiques sans exception pour sortir le pays de l’ornière actuelle ce dernier poursuivra sa longue dérive dans les eaux troubles de l’impitoyable mondialisation à l’Américaine. La seule tâche acceptable pour les puissances étrangères dans cette hypothèse serait d’appuyer de toutes leurs forces cette approche du compromis national comme l’avait fait en son temps la communauté internationale lors des efforts gigantesques de la classe politique sud-africaine amenée par Nelson Mandela pour un règlement consensuel national de la crise de l’Apartheid. Toute autre solution serait marquée au fer rouge de l’infamie d’une raison « humanitaire » frappée de sceau de l’hégémonisme. Ici aussi elle serait fatale pour la paix civile et la démocratie, comme on le voit en Afghanistan ou en Irak.

Il faut donc tout faire pour empêcher que l’hégémonisme ne prenne le visage d’un pouvoir tutélaire exerçant impunément le droit d’ingérence au nom de l’universalité des droits de l’homme et des peuples.

Gourmo Lô professeur à l’Université du Havre, Avocat au barreau de Nouakchott


Home ] Budget 2005 par Moustapha Abderahim ] L'article de la presse ] - Les méfaits de la pègre mauritanienne ] [ Haiti, ingérence humanitaire ou intervention hégémonique ? ] Les enjeux majeurs de notre monde ] Contributions ] - Que Signie être à gauche ? ] CH'BIH et la situation internationale ] La vigilance doit être de rigueur ]

See who's visiting this page.

View Page Stats

 

Pour toute question ou remarque concernant l'Ufp ou ce site Web,
écrire à admin@ufpweb.org
Copyright © 2005