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Contributions


LÔ Gourmo Abdoul : ELECTION PRESIDENTIELLE : ENJEUX ET PERSPECTIVES

Texte de Conférence prononcée à

Nouadhibou (20 aoùt 03),

Nouakchott (31août )

 

La troisième élection présidentielle de l’ère semi démocratique approche à grands pas. Pouvoir et opposition s’y préparent avec une ferveur croissante. Les candidatures se multiplient, les plus significatives laissant présager une compétition acharnée, vigoureuse, pleine d’incertitudes et de dangers quant à ses conditions de déroulement. Mais l’espoir est grand dans le camp de plus en plus étendu, de ceux qui désirent ardemment, en cette occasion, voir enfin s’opérer l’alternance à la tête d’un Etat épuisé à faire du surplace et largement dépassé par l’ampleur des difficultés auxquelles le pays fait face depuis plusieurs décennies, l’usure du pouvoir brisant tout amortisseur d’une crise devenue inquiétante.

 

Vraisemblablement, l’opposition ira  en rangs séparés, malgré les appels de la raison politique et les efforts de bonne volonté déployés tant en son sein qu’en dehors pour convenir d’une candidature de large convergence. A défaut, malheureusement, d’une candidature unique inspirée de sa propre histoire et souhaitée par les secteurs les plus divers de notre société en forte demande de changement global, la paix civile et la concorde nationale etc. D’énormes enjeux qu’il convient de peser avec justesse sont donc au cœur de cette présente élection qui ouvre des perspectives contradictoires pour un pays au carrefour de son destin.

Le contexte très particulier dans lequel intervient cette compétition retient d’abord et avant tout l’attention des observateurs attentifs à ce qui pourrait advenir d’un pays travaillé au plus profond par la nécessité d’une alternance et surtout interpellé par la modalité sous laquelle elle pourrait ou devrait intervenir : dans la paix civile et le compromis entre les acteurs politiques ou, au contraire, dans la fureur des armes et la violence destructrice.

Des chances sérieuses existent en tout cas, de voir s’effectuer relativement en douceur ce passage vers une étape supérieure de notre processus démocratique, si pouvoir et opposition jouaient vraiment le jeu responsable du dialogue sincère et se laissaient guider par le seul esprit qui vaille en cette trouble période de notre histoire : celui du consensus politique et social. Et si, en son sein, l’opposition pouvait, sur tous les plans, se montrer à la hauteur des tâches que requière l’impératif de l’alternance pacifique.

Nous examinerons notre thème sous ce triple aspect du contexte de crise dans lequel aura lieu cette élection (I), de l’exigence d’une alternance pacifique qui en résulte (II) et des conditions et facteurs qui rendent possible cette année, le changement attendu (III).

  

I. La présidentielle intervient dans un contexte de crise profonde de la société mauritanienne

 

Si le thème de la « crise » peu paraître à certains égards galvaudé, cette dernière n’en est pas moins une réalité difficilement contestable, à l’heure où le pouvoir, incarné par le candidat sortant, s’offre de poursuivre sa politique traditionnelle en sollicitant l’adhésion des populations aux orientations et décisions qui , tout au long de ses deux mandats successifs très contestés, ont débouché sur l’impasse actuelle. Le rappel des aspects les plus significatifs de cette crise pourrait sans doute aider à comprendre l’urgence des reformes à effectuer dans les domaines les plus variés, particulièrement en matière de gouvernance, nœud gordien de toute entreprise de remise en état de marche de notre Etat.

 

A . Quelques aspects saillants de la crise

 

Il n’est pas juste de ne voir que le passif du régime en place et de ne pas reconnaître la réalité de certains succès dans divers domaines (politiques, économiques, sociaux ).

Il n’est pas juste non plus de dire que toutes les orientations ou décisions de ce régime sont erronées et doivent être jetées à la mer ou aux oubliettes. Il y’a pour un homme politique comme pour tout homme ordinaire un double devoir d’honnêteté et de lucidité dans le jugement. On ne gagne rien avec le manichéisme et à vouloir tout nier on risque, un jour de se déjuger en tout.

Si le bilan du régime n’est pas négatif en tout, il n’en présente pas moins des lacunes et des insuffisances d’une gravité telle qu’un profond et durable mouvement de réformes s’impose pour tout observateur, avec la clarté de l’évidence. Aujourd’hui, les aspects majeurs  et les dimensions de ce qui apparaît bien comme une crise de notre société sont très largement connus et dénoncés de toutes parts, y compris dans des milieux ou des secteurs proches du pouvoir ou en tout cas distants de l’opposition.

Elles est économique et affecte d’ores et déjà, structurellement, les facteurs de production comme on le voit dans les domaines stratégiques de la pêche et de l’agriculture, singulièrement le secteur de l’élevage, mais également dans ceux des entreprises de la petite et moyenne industrie dont l’essor, crucial pour notre développement durable est compromis par des pratiques néfastes à la libre initiative, à la libre concurrence et au respect de l’Etat de droit économique.

Elle est sociale comme le traduisent les disparités effarantes de richesses entre une minorité de plus en plus réduite de riches et une masse de plus en plus nombreuse de déshérités issus des classes populaires et des ex-classes moyennes, frappés par un chômage massif et l’absence criante de toute couverture sociale sérieuse.

Elle est financière comme on le ressent tous en ce moment même, à travers cet  étrange assèchement des liquidités qui plonge dans la morosité voir le désarroi les opérateurs économiques  les plus nombreux, dans un contexte de chute constante  de valeur de l’ouguiya.

Elle est culturelle et éducative comme le montre l’état de délabrement du système d’enseignement à tous ses étages et qui relativise considérablement la portée de la campagne du pouvoir sur le livre.

Elle est morale comme le démontre chaque jour le scandale permanent des détournements de fonds, de la corruption généralisée et des pratiques clientélistes qui altèrent la confiance des citoyens en l’Etat, son administration et ses agents patentés, les atteintes répétées à la dignité et à la liberté d’expression des citoyens, journalistes, Oulémas, prédicateurs et Imams de mosquées à travers des campagnes de presse haineuses et dangereuses au nom d’une lutte hypothétique contre le « terrorisme » et l’islamisme militant.

Elle est politique, surtout politique, ce qui résume et explique à la fois l’impasse de la société dans son ensemble et les insuffisances voire l’inanité des solutions préconisées par  ceux qui gouvernent le pays.

 C’est l’aspect le plus saillant de cette crise multiforme puisqu’il affecte la direction générale du pays, son « pilotage ».

 

      B. La nature profonde de la crise : une crise de gouvernance

 

Le pays donne en effet à tout observateur objectif l’impression d’une mal gouvernance patente, généralisée et à plusieurs facettes.

Au plan politique, fait défaut la condition indispensable de toute réelle gouvernance moderne, démocratique, à savoir la reconnaissance  par le pouvoir des droits essentiels de l’opposition, le dialogue permanent et réel entre tous les acteurs politiques, leur respect mutuel.

Les libertés publiques essentielles sont précarisées au plus haut point, leur jouissance laissée à l’appréciation subjective des seuls tenants du pouvoir. D’où les pratiques inacceptables de la censure injustifiée de la presse, la dissolution des partis politiques, l’arrestation de leaders de l’opposition, l’ingérence unilatérale de l’administration dans la libre activité des acteurs de la société civile comme on le voit avec la provocation artificielle de l’explosion de l’Ordre des Avocats et les risques de sa perte d’indépendance vis-à-vis de l’exécutif, le refus injustifié de reconnaître des associations et organisations non gouvernementales,la marginalisation de la société civile et l’absence quasi-totale du dialogue social, l’accaparement de l’espace médiatique officiel (radios et TV  ) par les seuls tenants du pouvoir …etc.

Les institutions publiques, y compris celles garantes de toute bonne gouvernance comme la justice sont fragilisées et soumises à l’emprise d’un exécutif  hégémonique et dominateur qui a éclipsé depuis toujours un parlement réduit au silence ou à l’acquiescement.…Comme au bon vieux temps du parti unique et des régimes d’exception !

De tout cela et de bien d’autres choses résulte la paralysie politique et institutionnelle qui donne la mesure de la crise générale de gouvernance qui affecte le pays, fragilise et divise la nation et fait peser sur nous la lourde et funeste menace du chaos, des règlements de compte, de l’esprit  revanchard et des haines en tous genres…

 

 

II. L’alternance pacifique et la transition consensuelle sont les seules  alternatives viables

 

L’impasse actuelle pose à tous, acteurs politiques, membres de la société civile comme simples citoyens la question simple et lourde de conséquences, suivante : comment en sortir ?

La réponse délivrée par notre parti, l’UFP, et à laquelle se rallient de plus en plus de mauritaniens indépendamment de leur appartenance partisane, est  que toute tentation au recours à la confrontation et à la violence ne mène nulle part qu’à l’impasse. Mais le statu quo également est devenu impraticable, impossible à supporter pour la collectivité nationale dans son ensemble- qui aspire à voir la Mauritanie emprunter une voie plus assurée vers la paix et le développement durable, dans une démocratie stable.

 L’histoire de notre pays et l’expérience des autres peuples à l’heure actuelle ne nous laissent aucun autre choix que celui d’un changement politique pacifique, changement qui, pour être viable passe par une période de profondes réformes opérées par consensus national ou à très large adhésion populaire.

 

A. L’impasse de la violence et l’exigence d’une alternance pacifique

 

La Mauritanie appartient à la zone grise des pays à haut risque de conflits chaotiques, à l’instar de nombreux pays africains., singulièrement ceux de l’espace sahélo-saharien. Cette incontestable réalité s’explique par la nature des contradictions qui traversent notre société, structurent et animent le jeu des acteurs politiques, contradictions qui appellent des solutions dans la durée mais dont l’urgence impose des traitements hors d’atteinte de la gestion unilatérale et solitaire du pouvoir. Ces contradictions sont de divers ordres ; les plus graves sont de nature identitaire, intra communautaire (question hartani et compétition intertribale et/ou régionale) et interethnique, sur fond de rivalités féroces entre des élites assoiffées de postes dirigeants et sur fond de fracture profonde entre la société, le pouvoir et les forces sociales dominantes. A quoi il faut ajouter un contexte sous régional marqué par des menaces potentiellement graves liées à la non solution de la question saharaouie dont le « virulence » pourrait à tout moment compliquer nos relations de bon voisinage et entraîner des conséquences très graves pour notre sécurité extérieure et notre indépendance nationale. Cette menace potentielle doit  être prise  très au sérieux compte tenu également de notre probable prochaine entrée dans le cercle très envié et redouté des pays pétroliers et gaziers, suscitant ainsi de dangereuses convoitises sur nos  éventuelles réserves off Shore.

C’est un décor maléfique qui se met en place sous nos yeux, pièce après pièce, et qui attend patiemment qu’entrent en scène les acteurs de l’Apocalypse…

Dans ce contexte délétère, il est certain qu’aucune confrontation violente ne peut déboucher sur la moindre reforme politique, économique ou sociale viable et durable.

Jusqu’ici, les appels des principaux dirigeants de l’UFP et de ses instances ont paru n’être qu’une prêche émouvante dans le désert voire des appels du pied en direction du pouvoir  pour  nombre d’acteurs politiques et de simples citoyens, tant leur paraissait impensable cette funeste perspective de déstabilisation chaotique, de guerre civile en particulier... Malheureusement, les évènements des 8 et 9 juin et leurs nombreuses suites politiques et sociales prouvent le bien fondé de nos préventions et de nos craintes. Il est d’ailleurs à craindre qu’il n’y eût là qu’une alerte ou, bien pire, une répétition générale de ce qui pourrait nous arriver à plus grande échelle. Le ver désormais est dans le fruit.

La rapidité de survenance desdits évènements et la vacuité incroyable du pouvoir d’un régime  à l’idéologie sécuritaire renforcée, le début des scènes de pillage de certaines administrations, les contours rapidement tribaux de la lecture faite de l’action des conjurés, la panique des simples gens, tout cela a aussi montré l’inutilité et l’improductivité politique à terme, du recours à la violence comme mode de règlement des différends politiques dans la Mauritanie actuelle, en même temps que l’échec de la gestion solitaire et strictement sécuritaire de la chose publique.

 

B. L’alternance pacifique et la consolidation de la démocratie :

la voie de la transition consensuelle apaisée

 

En dépit de quelques progrès réels opérés par rapport aux régimes d’exception, la situation générale du pays rend chaque jour plus urgent un changement qualitatif dans les domaines essentiels de la vie de notre nation. La question n’est plus de savoir si alternance il doit y avoir mais quand et dans quelles conditions, étant entendu qu’est exclue toute alternance violente comme voie prometteuse de changement.

Il reste à dire qu’en soi, l’alternance n’est pas un programme et que selon les pays, les époques et les situations sa nature peut profondément varier.

D’une façon générale et théorique on peut distinguer selon leurs objectif et conditions, deux types d’alternance : l’alternance exclusive et l’alternance inclusive.

Dans le premier cas de figure, les acteurs sont dans un rapport de compétition classique. Dans le respect du droit  en vigueur, celui qui gagne les élections s’empare de la totalité de la « cagnotte », c’est à dire le pouvoir, réduisant le perdant au rôle de l’opposant exclu de l’exercice de ce pouvoir qu’incarne l’exécutif, particulièrement le gouvernement. L’exemple est celui des pays des démocraties stabilisées, surtout occidentales. On en a eu une illustration lors des dernières élections au Sénégal et dans de nombreux pays d’Afrique. Ce schéma est celui qui reproduit le mieux la conception traditionnelle de la démocratie comme système politique stable de domination régulée de la majorité issue des urnes. La minorité, hormis des « poches de résistance » dans les institutions non exécutives (parlement, conseils de toutes sortes) reste exclue de l’exercice réel du pouvoir et se cale dans son rôle de « poil à gratter » de la majorité, en attendant son heure, c'est-à-dire de prochaines élections.

Dans la deuxième hypothèse, les acteurs ne sont plus dans un rapport d’exclusion-élimination réciproque mais dans celui d’une coopération relative définie par un axe majoritaire. L’exemple emblématique est celui du gouvernement participatif d’Afrique du Sud après la fin de l’apartheid ou encore le Gouvernement instauré au Mali après la victoire de ATT à la dernière présidentielle. C’est apparemment la voie que tente d’explorer le Président A. Wade au Sénégal, après en avoir fait le bénéfice pragmatique sous des gouvernements successifs de l’ère Diouf. En cas de conflits armés, la seule solution politico-institutionnelle que préconisent, facilitateurs, médiateurs et protagonistes, comme on le voit systématiquement dans tout notre continent, relève précisément de cette voie.. Cette voie est la plus viable et la plus fiable pour l’instauration ou la consolidation de la démocratie, surtout après une longue période de régime autoritaire et lorsque les divisions nationales et sociales sont profondes. La cogestion permet des reformes graduelles et acceptées par le plus grand nombre possible d’acteurs et reflète mieux la diversité des opinions au sein du peuple. C’est le meilleur cadre pour une équitable et sérieuse réconciliation nationale, après des déchirures, des tensions passionnelles et une longue période de mésentente politique. Plus généralement, elle est idéale pour les sociétés en transition politique, pour éviter les soubresauts et les tensions résultant immanquablement d’une direction unique et unilatérale, même démocratique, d’une société dont la culture démocratique n’est pas encore bien affirmée ou a été durablement et profondément compromise.

Ayant perdu les élections, la nouvelle opposition, en qui se reconnaît une fraction du peuple, n’a cependant pas « tout » perdu, s’impliquant dans une mesure définie, dans la mise en œuvre d’une nouvelle politique, qui ne peut être dès lors que de large union nationale et sociale. C’est le prix de la stabilité démocratique dont le soubassement juridique et politique, formalisé ou non, est un pacte national (consensus ou compromis national) pour gouverner ensemble la maison commune. A seule  condition que l’opposition accepte la nouvelle donne et le changement voulus par le peuple.

C’est dans cette direction que s’est orientée la stratégie électorale de l’UFP et qu’elle a négocié et fait figurer dans l’accord de création de la Coalition pour une Alternance Pacifique(CAP) conclu entre le président Mouhamed Khouna ould Haîdalla et le président Mouhamed ould Maouloud et entériné par notre dernier Conseil National.

Pour qu’une telle approche puisse se concrétiser par une large adhésion des masses populaires convertie en une large victoire électorale, il importe d’accepter et de proclamer   solennellement que le nouveau gouvernement issu des élections comprendra non seulement le plus large spectre possible d’acteurs de l’ancienne opposition démocratique et de la société civile mais qu’il sera également ouvert à la nouvelle opposition en vue de sa participation responsable, sur la base du programme électoral des forces du changement et des acquis réalisés par l’ancienne équipe.

 Les reformes engagées dans de telles conditions de sérénité, de concertation, de persuasion et de réalisme, auront plus de chances de durer et d’être respectées, tout au long  de transition, que si elles étaient unilatéralement imposées même par la voie majoritaire .Telle est notre profonde et sincère conviction à l’UFP.

 

 

III. Eléments d’évaluation des conditions et des chances de succès de l’alternance pacifique

 

Le changement auquel aspire manifestement une grande partie de notre peuple, y compris des franges de l’électorat du PRDS et même une partie de l’establishment politique, ne pourrait se réaliser dans les conditions les meilleures pour tous que si certains préalables liés à l’état des rapports avec le pouvoir étaient remplis et que l’opposition dans sa diversité parvenait à dégager un axe de convergence globale orienté par une stratégie électorale intelligente, ouverte et soucieuse d’une victoire avantageuse pour le plus grand nombre possible de mauritaniens.

 

A. L’instauration d’un climat de dialogue et de compétition loyale entre les acteurs de l’élection

 

Tout le monde, de nos jours convient sur la nécessité, voire l’impératif d’un dialogue national démocratique qui, sans plonger la Mauritanie dans les méandres politiciens des  «  Conférences nationales souveraines » africaines de naguère, ouvre au contraire des perspectives d’une civilisation de l’espace politique,  une possibilité réelle d’un sursaut collectif et la chance d’une plus grande affirmation du sens des responsabilités de tous face à des échéances  aussi considérablement importantes que cette présente élection présidentielle.

Le climat de dialogue ne doit pas concerner que le pouvoir et l’opposition mais tous les acteurs entre eux. L’expérience dans certains pays montre qu’il est primordial que les leaders politiques, particulièrement les candidats, acceptent de se rencontrer et d’instaurer entre eux des règles de bonne conduite, non seulement pour les élections proprement dites mais également lors de la proclamation des résultats, la passation éventuelle des pouvoirs et l’installation des nouvelles autorités.

Cela suppose qu’aient été négociées ou acceptées les conditions générales d’une compétition transparente et réellement égale pour tous, en termes de neutralité de l’administration, de disposition des moyens de l’Etat, etc .L’engagement du chef de l’Etat auprès du président de l’UFP d’assurer la régularité et la transparence électorale doit être pris au sérieux et être très rapidement concrétisé par des gestes forts et des décisions significatives en concertation avec le reste de la classe politique. Les acquis psychologiques et structurels des dernières municipales et législatives doivent être sauvegardées et renforcées à travers leur systématisation textuelle et des garanties effectives et rapides de recours administratifs et judiciaires en chacun de leurs aspects saillants, pour les acteurs politiques et les citoyens..

 Dans notre contexte actuel, il s’agira très vite d’étendre à tous les acteurs politiques,  le climat de discussions cordiales et courtoises qui règne entre le Président de la République et le Président Maouloud, en se défaisant des préventions et préjugés, en ayant les uns à l’égard des autres, une attitude républicaine de main tendue et de reconnaissance respectueuse mutuelle. Il faut décrisper l’atmosphère préélectorale, détendre les rapports pour s’entendre sur les règles d’un jeu qui, sinon risque d’être cette année, particulièrement dangereux.

A court terme,  l’avenir de notre nation dépendra d’un signe : celui du respect que tous devraient se témoigner, avant et après cette périlleuse élection- qui se jouera constamment sur les marges d’un gouffre, voire d’un trou noir.. Pensons à  Madagascar. Pensons à la Côte d’ivoire. Pensons à tous ces malheureux pays de notre continent, happés à leur corps défendant, par l’engrenage des guerres civiles électorales, par refus de compromis, par entêtement à pousser aux extrêmes et l’esprit va-t-en guerre du tout ou rien.

 Ne nous entêtons pas à clore nos espoirs d’une patrie réconciliée avec elle-même et en charge de son destin, avec tous ses fils. Dans la paix des cœurs et la tranquillité des esprits.

 

B. La mise  en œuvre d’une « stratégie électorale d’ouverture » des forces de changement

 

La victoire pour une alternance pacifique suppose que puisse être obtenu,  non seulement l’essentiel des suffrages de  l’électorat proprement dit de l’opposition mais également que soit ôté au régime au moins une partie de ses électeurs traditionnels ou alliés proches. Cette donnée fondamentale implique un style, un discours et un choix judicieux en matière de candidature. C’est la raison de la stratégie électorale globale suivie par l’UFP, en matière de programme électoral, de soutien à une candidature unique de l’opposition ou, à défaut, d’une candidature de large convergence à travers l’adhésion à la candidature de Mohammed Khouna Ould Haïdalla et la création de la CAP .

En dépit de ses efforts, l’opposition n’a pu convenir d’une candidature unique issu des rangs des partis. Cette solution  aurait pu être idéale à plusieurs égards : la bipolarisation qui en eût résulté aurait pu entraîner un élan encore plus considérable dans la mobilisation des électeurs de cette opposition appartenant généralement aux mêmes milieux populaires ou semi populaires, tout en étant un puissant facteur d’entraînement  de l’électorat hésitant des milieux traditionnels de l’establishment, en faveur d’une telle candidature. C’est la configuration la plus proche de la première présidentielle et qui marque encore l’esprit de l’électeur populaire. La dispersion, à l’évidence, favorise le candidat du pouvoir et dessert la cause électorale de l’opposition dans son ensemble. Il est aisé de le démontrer et pas bien difficile de le comprendre.

Mais cette hypothèse aurait également simplifié le jeu politique qui serait  beaucoup plus « contrôlable » en cas d’accrocs et  moins susceptible de voir se disperser les centres de décisions politiques dans ce cas de figure – ce qu’il faut bien sûr toujours avoir présent à l’esprit.

N’ayant pas pu convenir d’une telle candidature issue de leurs  rangs, les partis politiques d’opposition auraient pu ensemble, envisager de soutenir un candidat « extérieur ». L’histoire politique récente du pays plaide en faveur d’un tel choix, chacun ayant à l’esprit celui de M. Ahmed Ould Daddah lors de la première présidentielle de l’ère semi démocratique.

 Il n’est toujours pas tard, loin s’en faut, pour revenir à la juste raison et à la logique des choses politiques de chez nous, dans un contexte qui est celui d’une transition et non d’une libre compétition entre les différentes familles politiques du pays, agissant  chacune sous sa propre bannière…

En tout cas, pour diverses raisons, jamais l’alternance n’a eu autant de chance de se réaliser qu’au cours de cette présidentielle.

Le régime a été considérablement  ébranlé par les évènements du 8 juin et, loin de prendre les initiatives à la hauteur de la situation, notamment en initiant une politique nouvelle de large rassemblement national susceptible de redonner au peuple la foi nécessaire pour sortir de l’impasse actuel, reste apparemment animé par sa logique traditionnelle de gestion solitaire et verticale des affaires, en dépit de la disposition réitérée du Président de la République à continuer le dialogue avec l’UFP, comme en témoigne la dernière entrevue accordée de sa propre initiative, au leader de ce parti.

La fragilisation du système de pouvoir se ressent dans les décisions prises au lendemain de ces évènements : départ précipité et fort peu amène des cacique du régime, mesures maladroites  d’affectation des ministres en charge de la neutralité de l’administration d’État, spécialement celui de l’Intérieur, comme responsables de campagne du PRDS dans des circonscriptions électorales, mise sous tutelle électorale de la Confédération générale des employeurs en faveur du candidat sortant en violation grossière de ses statuts, utilisation abusive du sceau et documents emblématiques de l’État pour la déclaration de candidature de ce dernier, chantage administratif exercé sur les cadres et leur enrôlement forcé dans les expéditions électorales du candidat du pouvoir élevé au rang de candidat- État etc. etc.

 Il est clair que l’énormité politique et juridique de toutes ces bourdes est en rapport inverse de l’espoir que les tenants du pouvoir ont cette année de voir leur candidat passer le cap du premier tour, et a fortiori de gagner un éventuel second. L’inquiétude est palpable dans tous les milieux du parti - État encore sous le choc, désarçonnés par la tournure des évènements de ces dernières semaines et encore incapables de s’orienter dans la configuration politique en cours.

Une grande partie des électeurs du camp du pouvoir basculeront dans celui du changement qu’incarnent la CAP et son candidat, aussi vrai que ce dernier, fort des soutiens issus des milieux les plus divers de notre société, a su prendre par devers son peuple et l’opinion internationale, les engagements les plus attendus dans cette période délicate de l’histoire de notre pays : être l’homme du changement consensuel, de l’ordre démocratique, de l’alternance pacifique inclusive et de la marche en avant de notre nation réconciliée…

Un nouveau jour se lève peut-être en Mauritanie.

 


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