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- Que Signie être à gauche ?


QUE SIGNIFIE ÊTRE À GAUCHE Aujourd’hui, EN AFRIQUE ?


Communication de Boubacar M. BA, 1er Vice-président de l’Union des Forces de Progrès (UFP) au colloque organisé par la Fondation Jean Jaurès et la Commission Provisoire de Concertation (CPC) des partis d’opposition du Sénégal, Dakar, les 6, 7 et 8 juin 2003


Chers frères,

Chers camarades,

Chers amis,

 

C’est un plaisir particulier pour moi de participer à ce colloque, en tant que représentant de l’Union des Forces de Progrès (UFP). Du fait d’abord des liens de sang qui unissent nos peuples et font que nous sommes frères. Du fait, ensuite, que nous sommes des camarades de combat, bon nombre d’entre nous ayant fait leurs premières armes en matière syndicale et politique au Sénégal. Enfin, la fraternité et la camaraderie de combat nous ont permis de forger des amitiés profondes et sincères au Sénégal.

C’est également un plaisir pour moi, car je suis persuadé que nous aurons beaucoup à apprendre au cours du colloque, même si notre contribution sera modeste.

N’ayant décidé de participer au colloque que depuis moins de trente-six heures, vous comprendrez la modestie de la communication. Mais, en tant qu’Africains, confrontés quotidiennement à la nécessité de l’analyse de la situation du continent et du contexte mondial, permettez-nous quelques mots. Trois mots clé: “être à gauche”, “aujourd’hui”, “en Afrique”.

“Aujourd’hui” . le mot occupe une place essentielle, centrale dans la question. Il se conjugue, ce mot, à la fois avec l’espace et le temps. Il nous invite à nous concentrer sur les question suivantes : Quelles sont les caractéristiques fondamentales de notre monde ? Quelle est la situation du continent dans ce contexte? Par delà la situation spécifique à chacun de nos pays, c’est surtout des réponses que nous apporterons à ces deux questions que dépendront nos points de vue sur ce que veut dire “être à gauche aujourd’hui”.

En répondant à ces questions, nous pourrons nous faire une opinion sur les enjeux majeurs auxquels le monde d’une manière générale, et notre continent en particulier, sont confrontés. En rapport avec ces enjeux, il sera possible de proposer les réponses que la gauche pourrait leur apporter.

1. DES CARACTÉRISTIQUES FONDAMENTALES DE NOTRE MONDE

Nous nous contenterons d’esquisser à grands traits les caractéristiques fondamentales de notre monde.

1.1. L’effondrement de l’Union soviétique et des pays du pacte de Varsovie, la chute du mur de Berlin et la transformation des USA en unique hyperpuissance :

La chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’Union soviétique et des régimes des pays du Pacte de Varsovie, la transformation des USA en unique hyperpuissance (selon la formule d’Hubert Védrine) constituent quelques uns des traits les plus marquants du XXIème siècle.

1.2. La mondialisation et la globalisation des échanges de tous ordres, en particulier dans les domaines économique, financier et technologique :

Le contrôle de l’essentiel des activités économiques par un nombre limité de grands monopoles, le rôle prépondérant du capital financier, la révolution technologique dans tous les domaines, en particulier dans celui de l’informatique et des communications, sont à la base du phénomène de la mondialisation, de la globalisation, autres traits dominants de la situation du monde contemporain.

1.3. Les tentatives d’émergence d’un monde multipolaire en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique :

Avec la mondialisation et la chute du mur de Berlin, on assiste à des tentatives de regroupements à l’échelle régionale, à la gestation d’un monde multipolaire : l’Europe avec l’Union Européenne, les pays d’Amérique du Sud avec le Mercosur, l’Afrique avec l’Union Africaine et ses diverses organisations sous-régionales (CEDEAO, SADC, COMECA, UDEAC, etc.), l’Asie avec l’ASEAN et la confédération des États du Pacifique. Cette gestation s’opère en affrontant d’innombrables difficultés, dont la volonté des États-Unis d’Amérique d’exercer une hégémonie sans partage sur l’ensemble des parties de la planète, en particulier au plan militaire, n’est pas la moindre.

1.4. La victoire des républicains aux USA, le rôle prépondérant des néo-conservateurs (Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Perle) à la direction du pouvoir d’État :

La défaite des démocrates américains lors de la dernière présidentielle a porté au coeur du pouvoir d’État, les néo-conservateurs américains représentés par le vice-président Dick Cheney, le secrétaire d’État à la défense et son adjoint, MM. Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz, sous les conseils avisés de M. Richard Perle, Président du groupe Policy Board.

“Certains collègues de Wolfowitz considèrent que le terme de ‘faucon’ ne lui rend pas justice et suggèrent ‘velociraptor’ (dinosaure carnassier), tant est féroce sa volonté d’imposer la puissance américaine dans le monde”. Paul Wolfowitz et Richard Perle sont des disciples d’Albert Wohlstetter, “l’éminence grise des faucons américains pendant la guerre froide”. [Richard Perle a épousé la fille de Wohlstetter].

“La tête pensante de ce groupe est constituée par le courant néo-conservateur américain, que d’aucuns appellent néo-impérialiste et dont les pères-fondateurs sont d’anciens éléments trotskystes, se recrutant dans leur très grande majorité au sein des milieux juifs américains, anti-staliniens, partisans d’Israël et du Likoud, ayant lié leur sort à certains milieux extrémistes religieux de la droite américaine traditionnelle.” (Libération)

Le courant néo-impérialiste américain est très influent au sein de la presse américaine : Charles Krauthammer et George Will du Washington Post, Brit Hume de Fox TV News, dominant sans partage, selon Libération, les pages opinion de deux quotidiens - le Washington Times (dont le chroniqueur, Paul Gaffney est un ancien adjoint de Perle), et surtout le prestigieux Wall Street Journal. Bill Kristol, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Weekly Standard, fils d’Irving Kristol, considéré comme le “parrain” du néo-conservatisme américain, est le plus actif de tous ces journalistes.

Ce sont ces hommes et ces femmes qui conçoivent la politique internationale des États-Unis aujourd’hui : ils ont décidé de déclencher leur offensive depuis les événements du 11 septembre 2001 et d’imposer, par la force, une approche unilatérale de la gestion des affaires du monde.

1.5. L’inauguration de la nouvelle politique américaine avec la guerre du golfe et son avenir :

L’occupation militaire de l’Afghanistan, mais surtout de l’Irak par la Grande-Bretagne, les USA et leurs alliés marquent le début de la mise en oeuvre de la nouvelle politique impérialiste américaine. Eric Hobsbawm, éminent spécialiste de l’histoire de l’impérialisme, mondialement reconnu comme l’une des meilleures références dans ce domaine, a consacré un article à la question dans le Monde Diplomatique  du mois de juin 2003 : “Où va l’empire américain ?” Tirant les leçons de l’histoire du monde, mesurant sa complexité, les limites objectives des capacités des USA face à l’immensité des théâtres d’opération et des ressources que son ambition démesurée exige, E. Hobsbawm a conclu, à juste titre, que la volonté des USA de devenir une puissance mondiale globale, une hyperpuissance, est vouée à l’échec.  

2. QUE SIGNIFIE ÊTRE À GAUCHE DANS CE CONTEXTE MONDIAL ?

2.1. S’opposer à la nouvelle politique américaine qui est une politique aventuriste, contraire aux intérêts du peuple américain, à ceux de l’ensemble des peuples du monde, et à la paix mondiale ; politique vouée à un échec irrémédiable (cf. Eric Hobsbawn dans le dernier numéro du Monde Diplomatique);

2.2. Continuer à dénoncer la nouvelle politique impérialiste américaine illustrée par l’occupation de l’Irak, exiger le départ des troupes d’occupation et le droit des Irakiens à se doter du gouvernement de leur choix ;

2.3. Contribuer à mettre fin au terrorisme d’État auquel Israël se livre au Moyen-Orient ; militer pour une paix juste et durable entre les peuples de cette région qui garantisse l’existence d’Israël mais aussi les droits inaliénables du peuple palestinien, sur la base des résolutions des Nations unies.

2.4. Quelle mondialisation ? Pour quel développement ?

C’est en répondant à ces deux interrogations qu’on pourrait se faire une opinion sur ce que devraient être les réponses que propose la gauche au processus de mondialisation en cours. Nul doute que le processus en cours, au-delà des phénomènes objectifs qui lui sont attachés et qui sont inévitables, emprunte des chemins qui aggravent l’inégalité et l’inéquité, à la fois dans la répartition des richesses, les rapports entre les pays et les peuples, mais également dans le mode de gestion des affaires mondiales. D’autres chemins existent, un autre monde est possible.

Le sujet est très vaste et comporte plusieurs dimensions que le temps et le cadre dans lequel nous intervenons aujourd’hui ne nous permettent pas de traiter : il pourrait et devrait faire l’objet d’une rencontre spéciale à programmer.

2.5. Appuyer la disposition et la volonté des pays et des peuples à constituer des ensembles sous-régionaux viables et à doter le monde d’un mode de gouvernance des affaires de la planète, représentatif et équitable : contre le G8, pour une réforme profonde du système des Nations unies et l’émergence d’un mode de gestion démocratique des affaires du monde.

2.6. Dénoncer la politique obscurantiste des néo-conservateurs américains et soutenir l’aspiration des Américains à se doter d’un gouvernement appliquant une politique multilatérale, plus conforme aux intérêts de l’ensemble des pays et des peuples du monde.

3. COMMENT SE PRÉSENTE LA SITUATION DE L’AFRIQUE DANS CE CONTEXTE MONDIAL ?

3.1. Le continent est marginalisé dans l’économie mondiale :

C’est un fait qui fait l’unanimité des observateurs. Il existe des chiffres suffisamment expressifs de la place de plus en plus réduite que l’Afrique occupe dans l’économie mondiale, en particulier en tant que bénéficiaire des investissements directs étrangers. Au plan politique également, comme lors des rencontres du G8, ou dans les activités des regroupements des pays riches comme l’Union européenne, le poids de l’Afrique est dérisoire.

3.2. Les guerres endeuillent bon nombre de pays, en particulier l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest:

Les peuples et les pays de l’Afrique des Grands Lacs, de l’Afrique australe et de l’Afrique de l’Ouest sont le théâtre de crises et conflits qui revêtent la forme de guerres destructrices des personnes et des ressources sur une grande échelle.

3.3. Le Sida, la tuberculose et le paludisme rendent encore plus difficiles les perspectives d’avenir :

Il est des moments durant lesquels des fléaux, des cataclysmes ébranlent les peuples et mettent en péril leur existence. Il en est ainsi du Sida, de la tuberculose et du paludisme qui compromettent l’existence de millions d’Africains, réduisent l’espérance de vie de plus de dix ans dans certains pays, et rendent les perspectives encore plus sombres.

3.4. La pauvreté enchaîne l’Afrique :

L’Afrique est le seul continent où la pauvreté s’aggrave, en comparaison à la situation d’il y a trente ans. Le Sénégal et la Corée du Sud sont souvent cités en exemples comme pays ayant, il y a trente ans, des niveaux de vie comparables.

L’ensemble des politiques dites “d’ajustement structurels”, “de lutte contre la pauvreté”, ont montré leurs limites réelles, parce que elles ont été initiées à partir de considérations qui ne se fondent pas sur les besoins et les préoccupations des Africains eux-mêmes, qui ne prennent pas suffisamment en compte leurs capacités et leurs dispositions.

4. QUE SIGNIFIE ÊTRE À GAUCHE, AU REGARD DE CES QUELQUES DÉFIS MAJEURS?

4.1. S’agissant de la marginalisation du continent, “être à gauche” c’est comprendre l’urgence qu’il y a de se doter d’une nouvelle vision, porteuse de nouveaux modes de gouvernance et de développement, viables et durables.

C’est cela que tente péniblement le NEPAD. Lors des débats de société posés par le NEPAD, portant sur le développement et les relations avec les partenaires du continent, le silence de la gauche, en particulier la gauche africaine, a surpris l’ensemble des observateurs. Il est particulièrement urgent de combler cette lacune, par un Forum, des débats électroniques ou à travers une revue scientifique qui traiterait des thèmes majeurs...

En attendant, permettez quelques mots :

Malgré tout le respect que je dois à M. Tabo Mbeki, le Président de la République Sud-Africaine, qui a prêté son nom à la première partie du document du NEPAD portant sur la vision, l’honnêteté intellectuelle m’oblige à dire que c’est une vision droitière, qui s’arrête simplement à répondre aux conditionnalités des bailleurs de fonds.

L’expérience de l’Europe et de l’Amérique du Nord, celle du Japon et de la Corée du Sud et de l’ensemble des pays émergents montre que c’est une approche erronée. Lorsque, réfléchissant sur les réformes profondes dont les modes de gouvernance en Afrique ont besoin, on s’en tient à copier les modèles européens, et à ne retenir que les critères propres aux pays capitalistes d’Europe et d’Amérique, on se trompe. Ces critères qui se limitent exclusivement à l’existence de partis politiques, au suffrage universel, à la tenue d’élections transparentes, au respect des droits de la personne, à la lutte contre la corruption, etc., sont franchement étriqués.

Ainsi, si nous comparons les pays européens eux-mêmes, nous nous rendons comptons qu’ils sont différents, ayant suivi des chemins spécifiques : la France et sa révolution, l’Angleterre et sa monarchie constitutionnelle, l’Allemagne et ses “landers”, la Suisse et ses cantons, le Portugal de la révolution de oeillets, l’Espagne et sa monarchie post-franquiste, etc. Que dire du Japon et de la Corée, qui ont su exceller dans l’économie de marché tout en conservant leur âme dans le domaine de la culture ? Et la Malaisie alors, qui a eu raison contre tous les grands spécialistes, y compris ceux de Bretton Woods ? 

Bref, l’histoire des peuples et des pays de tous les continents prouve que ceux qui “s’en sont sortis” ne se sont pas suffi de copier les autres et d’évaluer leurs expériences à partir de critères éloignés de leurs réalités : ils ont pu y arriver en s’enracinant dans leurs cultures, en s’appuyant sur les modes de gouvernance endogènes qui ont fait la preuve de leur pertinence d’une part, tout en s’ouvrant aux valeurs et aux expériences des autres peuples et civilisations, mais en les adaptant à leurs conditions spécifiques, d’autre part. L’Afrique n’échappera pas à cela mais il n’en sera ainsi que lorsque les Africains, en particulier, leur intelligentsia, s’en convaincront et assumeront leur destin. Cela ne sera possible, comme le prouve l’exemple de plusieurs pays, que sur la base d’importants sacrifices, avec l’aide et le soutien des amis de l’Afrique de tous les autres continents, cette aide et ce soutien servant d’appoint aux efforts des Africains eux-mêmes.

C’est en comprenant cela qu’on pourra aisément discerner les différences entre les positions de la gauche et celle de la droite, en Afrique et au niveau des autres pays :

- ainsi par exemple, ceux qui mettent l’accent sur l’héritage de la culture et des modes de gouvernance endogènes et nient la nécessité de s’ouvrir aux autres et de s’enrichir de leurs expériences représentent la droite (qu’ils soient franchement droitiers ou de gauche en apparence !) ;

- ceux qui, vouant le culte à l’économie de marché et au libéralisme absolu,  suggèrent de n’avoir pour critère que l’apprentissage à l’égard des autres, comptent parmi les droitiers ;

- même ceux qui reconnaissent la nécessité de “marcher sur ses deux jambes”, donc l’enracinement et l’ouverture, mais mettent davantage l’accent sur l’aide des autres, figurent parmi les droitiers.

La gauche, se démarquant de l’ensemble de ces approches, préconise l’enracinement et l’ouverture, et non l’un sans l’autre, en mettant l’accent sur l’appui sur nos propres forces, sur le génie créateur des Africains, sur la richesse de leurs ressources.

4.2. La gauche, les crises et les conflits en Afrique :

La toute première préoccupation pour les Africains se résume dans la nécessité de surmonter les crises et conflits qui endeuillent le continent et de mettre en oeuvre des modes de développement viables et durables: il s’impose donc, avant tout, de pénétrer la nature de ces crises et conflits et d’en comprendre les fondements. Être à gauche sur la question des crises et des conflits, c’est d’abord cela !

D’une manière générale, les crises et les conflits constituent la forme antagonique que prennent les différends, à un moment donné de leur développement, les différends étant eux-mêmes l’expression que peuvent revêtir les différences, inhérentes à l’ensemble des sociétés humaines. L’expérience indique clairement que partout où la question essentielle des modes de gouvernance répondant aux exigences historiques du moment, dans un pays ou une région déterminée, a trouvé la réponse convenable, la base existe pour surmonter les crises et les conflits, pour les résoudre. Partout ailleurs où il en est autrement, comme en Afrique, les crises et les conflits perdurent et risquent de mener à des situations chaotiques.

Nous pouvons l’illustrer en comparant la situation en Afrique à celle qui prévaut dans les pays en butte aux crises et conflits qui perdurent,  mais qui parviennent à les maintenir dans des limites convenables, tout au moins compatibles avec l’unité du tissu politique, économique et social national. C’est le cas de la France avec la question corse, de l’Angleterre avec la question irlandaise, de l’Espagne avec la question basque. Dans l’ensemble de ces pays, si ces conflits, malgré les pointes de violence extrême qu’ils prennent, sont gérés dans des limites qui ne compromettent pas leur existence, c’est parce que les modes de gouvernance en place leur trouvent les réponses adéquates ; ou, tout au moins, recèlent le potentiel politique, économique et social nécessaire pour y parvenir, par le recours aux formes de traitement convenables. Il est loin d’en être de même au Rwanda, en République démocratique du Congo, au Liberia, en Sierra Léone, en Côte d’Ivoire et en Mauritanie, pour ne citer que quelques exemples.

Nous avons expliqué les causes profondes des échecs pour surmonter les crises en Afrique : les solutions préconisées sont unilatérales, du fait de la méconnaissance du capital endogène d’expériences en matière de gouvernance, et du fait du culte des expériences venues d’ailleurs.

Deux voies s’offrent aux Africains, face aux crises et aux conflits : celle de droite, appliquée au Rwanda qui, en choisissant la confrontation conduit au génocide, d’une part ; et celle de gauche, celle de Mandela dont la sagesse permet de trouver des solutions consensuelles et processuelles, celles qui ont le temps pour elles, d’autre part.

4.3. La gauche, les grandes endémies et la pauvreté en Afrique :

La gauche se distinguera surtout par sa détermination à bien comprendre ces phénomènes, à être à l’avant-garde pour les expliquer, à organiser les populations pour les prévenir et les affronter, par ses capacités à définir une politique d’accès aux soins les moins onéreux, en s’associant pleinement au combat des pays pour le libre accès aux médicaments génériques ; par ses capacités, enfin, à élaborer une vision du développement viable et durable, capable d’éradiquer la pauvreté.

5. QUE DEVIENNENT LES VALEURS DE GAUCHE ?

C’est l’une des questions posées par le Colloque.

5.1. Je voudrais rappeler quelques unes des valeurs de gauche qui restent actuelles et que nous devrions contribuer à porter encore plus haut : l’indépendance nationale que nous devons conjuguer avec l’organisation de notre autonomie collective par l’intermédiaire des sous-ensembles régionaux comme la CEDEAO et l’UMA ; la démocratie pluraliste ; la justice sociale et le bien-être ; la solidarité et l’internationalisme ; le sens de l’humain.

5.2. Les fondements philosophiques de la gauche :

La dialectique a été et demeure l’une des références philosophiques de la gauche, depuis Hegel, en passant par Marx qui, selon, V.I. Lénine, a remis la dialectique de Hegel sur les pieds, elle qui marchait sur la tête!

Hegel, Marx, Lénine, ont enrichi la dialectique en procédant à la synthèse des sciences de la nature et de la société de leurs temps, en tirant la quintessence pour faire avancer la philosophie. Aujourd’hui les sciences de la nature et de la société ont subi des mutations profondes. Pour ne parler que des premières : les sciences de l’espace, en vingt-cinq ans, ont accumulé des connaissances supérieures à celles de l’Humanité durant les vingt-cinq siècles derniers ; les nanotechnologies, les piles à combustible, le génome, les cellules souches, etc., ouvrent des perspectives nouvelles et prometteuses. Il revient à la gauche d’en faire la synthèse et d’évaluer les modifications que ces découvertes pourraient apporter à ses références philosophiques, en particulier la dialectique.

 6. CONCLUSION

Il ressort nettement, de l’ensemble de cette communication que le défi majeur auquel les Africains sont confrontés, c’est l’urgente et impérieuse nécessité d’élaborer une vision pour l’Afrique, porteuse de modes de gouvernance et de développement viables et durables. Cette vision aurait pour objectifs essentiels de restaurer la paix, d’assurer le progrès dans tous les domaines, d’éradiquer la pauvreté, d’asseoir des régimes politiques légitimes, prenant racines dans notre patrimoine culturel et ouvert à l’enrichissement des autres. La gauche africaine devrait être à l’avant-garde de ce combat. Pour cela, il nous incombe de rompre d’abord avec les doutes, de reprendre confiance en nous-mêmes, d’avoir une foi profonde à nos capacités à nous en sortir, en nous appuyant sur le génie des fils du continent, sur ses richesses immenses, au prix d’importants sacrifices, en comptant d’abord sur nous-mêmes, l’aide de nos amis venant en appoint.

Tous les Africains qui croient en l’Afrique, en ses capacités à s’en sortir devraient être associés à ce processus, sans sectarisme. C’est pour cela que ce colloque ne devrait constituer qu’un début, le premier du genre, il doit être prolongé par d’autres sur les enjeux autour desquels nous nous accorderons et dont nous pourrons débattre à travers une revue scientifique, par internet, etc. Je suis persuadé que l’Afrique sortira gagnante de ce processus, si nous savons le conduire comme il se doit. Alors, en ce moment-là, les grandes familles politiques, de droite et de gauche, proposeront leurs chemins propres.

 

Je vous remercie.

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