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- Conférence sur les caricatures anti-islamique : compte rendu de la presse


 Le Pr. Lo Gourmo explique les enjeux de la crise

Horizon n°4167 du 17 au 19 février 2006

 

Eveil-Hedo lundi 20 février 2006

CONFÉRENCE : LES ENJEUX DES CARICATURES BLASPHEMATOIRES DU PROPHETE (PSL)

Par le Professeur Lo Gourmo Abdoul


 Le Pr. Lo Gourmo explique les enjeux de la crise

"Les enjeux de la crise des caricatures anti-islamiques ". C'est le thème d'une conférence organisée hier, à l'ancienne maison des jeunes de Nouakchott, par l'Union des Forces de Progrès, UFP, et à laquelle ont été invités les responsables de plusieurs formations politiques. La conférence a été donnée par M. Lô Gourmo Abdoul, professeur de droit public à l'Université du Havre, en France, et avocat au barreau mauritanien. Devant un parterre d'hommes dé culture, de chercheurs, d'étudiants et d'hommes politiques, M. Lô Gourmo a exprimé son point de vue sur la question des caricatures anti-islamiques publiées récemment dans plusieurs journaux en Occident, et qui remettent à l'ordre du jour, selon ses expressions, "une nouvelle idéologie du choc des civilisations".

De prime abord, le conférencier a rappelé que les caricatures en question, ont été vécues comme une véritable agression, non seulement contre les musulmans, mais contre les démocrates à travers le monde. Elles représentent, a-t-il dit, l'expression d'une islamophobie délibérée, qui s'inscrit, elle- même, dans le contexte plus général de choc des civilisations.

M. Lô Gourmo, a d'emblée fait remarquer, qu'il s'agit, dans ce cas de figure, d'un parti pris des mouvements d'extrême droite qui voulaient assimiler l'Islam au terrorisme. Ce n'est pas au nom de la liberté d'expression que ces caricatures ont été publiées dans un journal danois, et relayées ensuite par des journaux européens, et français en particulier, mais elles ont été publiées dans le but d'identifier cette religion au terrorisme, a dit M. Lô Gourmo.

Le conférencier a souligné que cette assimilation grossière de la religion musulmane au terrorisme veut dire, dans le contexte mondial actuel, que les musulmans sont tous des terroristes, et que la liberté d'expression évoquée amènerait à nier l'autre, à remettre en cause son existence. Ce qui est contraire aux règles des droits nationaux et du droit international.

Le conférencier a indiqué que la question de la liberté d'expression est un faux débat, précisant que sur ce plan, l'Occident adopte une politique de double standard.

Etayant ses propos par des exemples précis, le conférencier a rappelé le tollé qu'avaient engendré les propos d'un chef d'Etat qui a renié la Shoah, et l'interdiction de la justice française d'une publicité représentant des femmes dans une certaine posture, qualifiant l'acte d' "intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyants".

M. Lô Gourmo, a dénoncé l'attitude, de l'intelligentsia et des gouvernements européens, qui procède de leur volonté de stigmatiser l'Islam. Ce qui participe, a-t-il dit, de quelque chose de plus grave : une nouvelle idéologie du choc des civilisations. D'un coté, la civilisation occidentale serait à l'avant-garde du progrès humain, de l'autre l'Islam serait synonyme de terrorisme et de barbarie, avait conclu le conférencier.

Plusieurs intervenants ont pris la parole pour exprimer leurs points de vue sur le thème de la conférence.

Reste à rappeler que cette conférence n'exprime pas nécessairement la position de l'UFP par rapport à la question des caricatures, même si elle était organisée sur l'initiative de cette formation et que le conférencier fait partie de son bureau politique. En organisant cette conférence, l'Union des Forces de Progrès a voulu offrir un cadre de débats et d'échanges entre les intellectuels sur les différents aspects de la vie. o

C.R de C. ZEIN LESSEM


Eveil-Hedo lundi 20 février 2006

 

"...Cela exprime quelque part, cet espèce de panique dans lequel se trouve une fraction très importante de l'occident par rapport à un monde qui est entrain de changer, qu'il a du mal à dominer désormais sur le plan social, culturel économique et civilisationnel".

 

La salle des spectacles de l'Ancienne Maison des jeunes a refusé du monde jeudi 16 février, un public cosmopolite composé entre autres d'hommes politiques, d'intellectuels, de leaders religieux, venu écouter la brillante communication de l'éminent professeur dont voici quelques extraits :

 

Les contextes dans lesquels ces caricatures sont intervenues

 

Ces caricatures relèvent d'une islamophobie délibérée. Il suffit simplement pour cela de rappeler d'abord le contexte dans les différents pays où ces caricatures ont été réalisées et où elles ont été accueillies favorablement. Pour le cas du Danemark, c'est évident, tout le monde sait que c'est véritablement un journal de la mouvance de l'extrême droite qui a fait faire ces caricatures et les partis politiques sur lesquels ce journal s'appuie et qui ont pris le relais font partie clairement, ouvertement, explicitement, de l'extrême droite danoise, de l'extrême droite nordique. D'une manière générale, les réactions qui se sont faites dans un premier temps sont essentiellement celles des groupes ou des partis de l'extrême droite. Il est essentiel de souligner pourquoi. Cela était- il inévitable ? Parce que l'extrême droite européenne et celle du nord en particulier est depuis un certain nombre d'années, à la recherche de figures de proue de sa stigmatisation et de son affirmation parce qu'il y a un processus de montée en

puissance de cette extrême droite européenne et celle -ci a toujours eu une tradition de besoin de stigmatiser une identité de sorte pour mieux affirmer la tienne, pour mieux statuer là - dessus pour mobiliser les opinions sur la base d'idéologies populistes. L'Islam représente évidemment pour cela la figure inverse absolue celle pour laquelle cette affirmation de soi est le rejet. La stigmatisation pouvait donc apparaître premièrement. Ce n'est plus un visage informe, c'est une religion et une religion dont la particularité par ailleurs est elle même, de connaître une poussée extraordinaire. Une religion en pleine montée y compris dans les pays occidentaux. Donc stigmatiser la religion musulmane, donne largement à cette extrême droite ce don elle a besoin pour exciter les opinions occidentales, sur la base d'un populisme de mauvais alois, pour capitaliser leurs ressentiments et en faire son compte sur le plan électoral. C'est dans ce contexte de poussée de l'extrême droite européenne que s'inscrit cette islamophobie ambiante. Elle est d'autant plus à souligner qu'elle réveille de vieux antagonismes nourris depuis très longtemps dans l'inconscient collectif européen qui est chrétien ou judéo-chrétien. Exciter donc ce que tout le monde avait toujours dans son esprit dans cet espèce de rejet, qui rappelle du temps du moyen âge ; des croisades... Parce que c'est plus facile, parce que c'est plus aisé. Du coup, on se débarrasse de l'autre versant identitaire de l'extrême droite qui est l'antisémitisme qui avait été précédemment le terreau sur lequel cette extrême droite avait poussé. On se souvient des fameuses sorties de Jean Mari Le Pen sur les fours nazis. Des allusions plus ou moins explicites à ce qui était un tabou dans la conscience occidentale depuis la deuxième guerre mondiale. Pour l'extrême droite européenne, il est plus facile de mobiliser les opinions contre l'Islam que contre toute autre religion et de réveiller un réflexe identitaire chrétien voire même judéo-chrétien et en faire le fondement ou la base de son expansion en Europe. Mieux encore, de pousser les autres formations politiques sur la défensive sur le terrain idéologique. C'est la raison pour laquelle on a assisté à cette prolifération idéologique des comportements, des attitudes contre l'Islam pratiquement dans tout le monde européen. On peut dire que c'est une sorte de pourrissement auquel on a assisté. Ces caricatures sont donc plus qu'un signe ; la manifestation la plus évidente, la plus virulente de cette infection du corps politique social européen par les mouvements néo-fascistes.

 

Un faux débat sur la liberté d'expression

A partir de ce moment, il se pose la question de savoir, est ce qu'au fond c'est un simple problème de liberté d'expression ou est- ce un conflit entre deux façons de concevoir cette liberté. Est ce qu'il n'y a pas là un enjeu plus significatif qui est celui de la liberté d'expression telle qu'elle est conçue là - bas et le rejet de cette liberté d'expression par d'autres, il y a en fait un faux débat sur la liberté d'expression et en même temps une véritable politique à l'égard de l'Islam, une politique de double standards dans les pays occidentaux. Tout d'abord on a fait une assimilation grossière de l'Islam au terrorisme. Je crois que jamais une caricature n'a été aussi caricaturale que dans le cas extrême. Vous le savez, ce dont il s'est agi c'est d'abord et avant tout d'identifier le prophète Mohamed ( PSL) au terrorisme. La représentation elle même est plus que symbolique parce qu'ils'agitd'une bombe dont il serait l'incarnation en quelque sorte. Pourquoi est - il intéressant de souligner ceci ? Cela m'amène à dire qu'il y a un faux débat sur la liberté d'expression car ce dont il s'agit, c'est d'identifier une religion au terrorisme. Il ne s'est pas agi de dire qu'on n'est pas d'accord sur telle ou telle pratique suivie par tel ou tel musulman, telle ou telle voie islamique, tel ou tel chef religieux ou de telles pratiques même suivies par les musulmans. Non. Il s'agit d'identifier le prophète lui même au terroriste. Mais qui est-ce que ça signifie dans 1e contexte mondial actuel ? Cela veut dire tout simplement que les musulmans par la religion qu'ils ont, sont des terroristes. C'est la première fois depuis très longtemps qu'une religion en tant que telle, à travers son représentant le plus authentique, à savoir le Prophète, est tentée d'être rabaissée à un tel niveau. C'est quelque chose qui en occident aurait causé une grande indignation car s'agissant du monde juif ou du monde chrétien, l'attaque directe frontale contre la symbolique religieuse elle même n'est pas acceptable sur le plan conceptuel. Ramener la symbolique elle même à une telle identité n'a pas de précédent dans l'histoire depuis très longtemps. Cela ne s'impose plus en terme de liberté d'expression parce qu'il s'agit de toucher l'autre dans ce qu'il a d'essentiel. Alors, la question est de savoir est - ce que la liberté d'expression peut aboutir à nier l'autre ? Parce qu'il a de spécifique par rapport à vous. En ce moment là ce n'est plus la liberté d'expression, c'est la liberté d'éradiquer l'autre. C'est un appel au génocide car quand vous dites de quelqu'un qu'il est un terroriste, vous dites qu'il faut qu'il aille à Guantanamo et quand vous dites que sa religion elle même est  la base idéologique de ce terrorisme, vous voulez dire que c'est la religion elle même qui doit être traitée de cette manière. Ce n'est donc pas un débat sur la liberté d'expression, c'est un débat sur le droit des musulmans d'exister en tant que musulmans. C'est cela le fond du problème. Les occidentaux le savent mieux que quiconque, eux qui ont construit la liberté d'expression autour d'un certain nombre de tabous. Vous avez entendu toute l'explosion de ressentiments qui s'est élevée lorsque le président iranien a, très maladroitement d'ailleurs, remis en cause ce que les juifs appellent la shoah. Il ne s'est pas agi des réactions de quelques intellectuels, ce sont des États qui ont réagi. C'est vous dire que la question n'est pas de savoir s'il y a des tabous, il y a des tabous, d'ailleurs c'est normal. 11 y a bien d'autres choses pour ce cas extrême, c'est pourquoi on a parlé de double standard tout à l'heure.Onestdansune autre dimension, comme si l'Islam appartient à une religion d'extra -terrestres par rapport auxquels on peut avoir un autre comportement. C'est à dire que l'Islam, c'est un traitement autre, non rationnel qu'il mérite. Seules méritent un traitement rationnel et pointu - et nous avons la liberté d'expression - certaines religions ; la religion juive, d'ailleurs par mauvaise conscience occidentale et évidemment la religion chrétienne...

 

Un choc des cultures et de civilisations programmé

De ma part, s'il y a une attitude contradictoire de l'intelligentsia et des gouvernements dans les pays européens, s'il y a une volonté délibérée de stigmatiser l'Islam, cela participe peut être de quelque chose de plus grave, quelque chose qui nourrit ou nourrirait cet espèce de nouvelle idéologie que l'on installe depuis un certain nombre d'années dans les esprits de tout un chacun de manière plus ou moins directe, plus ou moins insidieuse qui est une idéologie de choc des civilisations. On veut créer aujourd'hui dans le monde, l'idée que finalement il y a une civilisation occidentale qui représente ce que l'humanité a fait de mieux jusqu'ici, qui est à l'avant garde du progrès humain, qui est au sommet de l'esprit de l'humanité et puis, il y a la barbarie qui a pris des formes diverses, des contours extrêmement flous mais qui prend une figure, une forme que l'on peut finalement nommée : c'est l'Islam. Le choc des civilisations, c'est donc le choc contre l'Islam, représentant emblématique de tout ce qui est différent de l'occident, ll y a donc une vision que l'on peut qualifier de différentialiste.

C'est une nouvelle idéologie qui reproduit d'anciennes idéologies connues depuis toujours, mais c'est une forme de renouvellement. Cette idée des chocs de civilisations avait été lancée à la fin des années 80 au début des années 90 par un américain, un penseur, un politologue qui analysait désormais la géopolitique mondiale en terme de confrontations entre des civilisations. Désormais le communisme étant mort, ce qui va être déchaîné, c'est le choc des cultures et des civilisations. Justement de telles pratiques à petite touche, un peu d'ici, un peu de là, permet de reproduire une sorte de fresque de ce choc de civilisations avec une avancée occidentale qui serait en vérité un bastion nouveau contre tous les Hommes. Complexe d'assiégés : une " bunkerisation " occidentale et l'Islam serait en vérité l'avant - garde de ces hordes sauvages qui se lanceraient à l'assaut de ce monde occidentale. Tout cela entretient les fantasmes les plus extraordinaires qui ne sont plus ceux du petit peuple parce que dans le quotidien on a peur de l'émigré. Il se présente dans ces pays sur les traits de l'arabe, de l'africain. L'Islam donc, c'est un tout synthétique qui engloberait tout cela et chacun trouve son compte dans cette diabolisation avec désormais une personnification de ce fameux terrorisme dont on ne sait pas jusqu'ici ce qu'il signifie. Cette banalisation aboutit finalement à une facilité d'expression qui fera que chaque mot aura désormais un double sens, ce sera des mots à clefs, des mots à tiroirs. Quand on dit voyou et que vous êtes ministre de l'Intérieur, le message passe parce qu'on sait que le terroriste du coin, c'est l'arabe, c'est le noir, c'est le musulman. C'est en cela que tient l'enjeu véritable de ces histoires. On voit même se brouiller les cartes politiques occidentales du fait de l'extrême gravité de la question. On ne sait plus, qui est de gauche et qui est droite lorsqu'il s'agit d'évoquer ce genre de questions. On assiste à une sorte de réunification du paysage politique sur cette pourriture idéologique. De manière plus générale, je pense qu'au fond cela exprime quelque part, cet espèce de panique dans lequel se trouve une fraction très importante de l'occident par rapport à un monde qui est entrain de changer, qu'il a du mal à dominer désormais sur le plan social, culturel économique et civilisationnel. Je pense que cette histoire d'islamophobie aujourd'hui, c'est l'un de ces murs invisibles que certaines puissances occidentales, idéologiquement, essaient de construire parce qu'ils sont dans un monde qu'ils ne peuvent plus dominer comme avant et donc cela leur permet de miner leurs relations avec les autres pour les empêcher de jouer dans la cour des grands. Il ne faut pas identifier ce qui se passe là à une réaction des européens entant que tels ou des occidentaux entant que catégories intellectuelles et idéologiques, c'est faux parce que dans ces pays il y a une énorme diversité politique, économique, sociale et il y a notamment dans ces pays, qui défendent la cause des nôtres en particulier l'Islam et veulent faire bloc parce qu'ils sont conscients que le fascisme ou le néo fascisme qui est en cours et qui s'exprime contre l'Islam va couper les libertés en occident.


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