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Encore MND nassériens


Par Bâ Boubacar Moussa (Tribune n°73 du 1er novembre 1997)

 

L'affaire des Nassériens" continue d'occuper le devant de la scène. Mohamed Fall Ould Oumère (MFO) a, au cours des N°70, 71 et 72 de "La Tribune", interviewé deux représentants de la mouvance nassérienne. Die Ould Sidaty (DOS) et Mohamed Mahmoud Ould Cheikh (MMOC), porte parole du groupe. Il a abordé avec eux plusieurs questions fondamentales pour l'avenir de la Mauritanie et l'unité de son peuple. Permettez-nous de revenir sur certaines d'entre elles, pour amorcer les débats et contribuer aux réflexions de nos concitoyens sur les rapports entre les Mauritaniens, sur leur histoire récente et sur leur devenir.

REMONTER

Avant d'aborder le sujet de l'article proprement dit, une mise au point s'impose. Commentant l'article paru dans le N°198 du "Calame", de nombreux journaux et citoyens ont été gagnés par le contenu du chapeau des journalistes, en gros caractères : "Le MND attaque! Nassériens... Baathistes... FLAM... AMD..." Lorsque l'on ne retient que ce chapeau et que l'on ne se réfère pas à son contenu, on est induit totalement en erreur. Il s'est agi pour nous, au plan politique, de procéder à une brève rétrospective historique des trente dernières années. Appréciant différentes périodes et quelques événements de la vie politique du pays, nous avons été amenés à porter des appréciations sur quelques partis politiques, courants d'opinion, personnalités politiques, etc. Ce faisant, nous avons eu une approche double consistant à avoir aussi bien leurs points forts que leurs points faibles, aussi bien les acquis que les insuffisances de leurs politiques. Il est tout à fait erroné d'assimiler leur comportement à des attaques : comme en toute personne, en toute chose, et pour tout élément de la nature et de la société, nous avons tenté de voir les différents aspects constitutifs dans leur globalité. Si nous nous étions arrêtés à ne voir que les aspects positifs nous serions tombés dans les louanges des laudateurs. Si nous avions cédé à la tentation de ne voir que les côtés négatifs, nous aurions manqué de sagesse et de pondération . Que l'on ne nous reproche surtout pas d'agir ainsi en direction de nos amis et de nos alliés! On doit dire ce qu'on pense à ses amis et à ses alliés et ne pas leur tenir des propos visant simplement à leur faire plaisir. C'est cela aimer ses amis et contribuer à renforcer les rapports avec eux. Revenons à l'interview!

DOS, en réponse à la seconde question, semble situer le début de la participation des Nassériens à l'exercice du pouvoir d'Etat à leur adhésion au PRDS, lors de la création de celui-ci. A notre connaissance, en accord avec le dossier de Mohamed Fall Ould Oumère paru dans le N°69 de "La Tribune", et en conformité avec les déclarations des représentants de la mouvance lors de leurs entretiens, la participation des Nassériens au pouvoir date de l'année 1987. Leur déclaration de 1986 constitue la base politique de leur décision d'alors et explique les efforts qu'ils ont déployés pour assurer "la longévité du régime"... (Cf. "Le Calame" N°198, Page 3). Face à ces déclarations et prises de position contradictoires, il serait souhaitable que DOS éclaire les Mauritaniens et leur dise la vérité.

L'instauration de la démocratie, qui a permis la naissance du PRDS, marque une rupture entre deux périodes. La première était caractérisée par les déportations, les tueries massives, les violations des droits des personnes, en particulier au détriment des citoyens des régions du Sud, et des rapports conflictuels avec nos voisins. La seconde inaugure l'éloignement de la période d'exception, la reconnaissance explicite des droits fondamentaux de la personne, le début de pas timides mais réels d'exercice effectifs de ces droits et le rétablissement des rapports de coexistence pacifique avec nos voisins.

Des voix nombreuses et concordantes ont toujours pensé et continuent de penser que les Nassériens ont joué un rôle capital dans la définition et la conduite de la politique des années 1989-1991 et qu'en conséquence, ils partagent les responsabilités des souffrances que les Mauritaniens ont enduré au cours de cette période et qui continuent à marquer bon nombre d'entre eux dans leur chair. Si une telle appréciation est erronée, nous serions heureux d'entendre les représentants de la mouvance nassérienne le proclamer et l'écrire, condamner la politique d'alors et ses conséquences.

Il est vrai, en attendant, que MMOC lève le voile et ne manque pas de contredire DOS. A la question "l'initiative est donc le fruit d'une réflexion"; il répond, en effet : "Elle est le fruit d'une multitude de facteurs et de faits qui se sont accumulés depuis l'enclenchement du processus démocratique (s/n). Nous avons depuis senti un manque de participation... avant la démocratisation, le pouvoir associait les partenaires, après, la marge de la participation s'est amenuisée, devenant nulle ces temps-ci". Comme MMOC est le porte parole officiel du groupe des signataires, nous pouvons considérer, jusqu'à preuve du contraire, que ses propos sont plus fidèles aux faits et reflètent mieux les pensées des membres de sa mouvance. Il confirme, sans l'ombre d'un doute, que les Nassériens ont participé "avant la démocratisation", c'est-à-dire durant la période 1989-1991, à la définition et à la mise en oeuvre de la politique du pouvoir. Le reconnaître sans faux- fuyant, l'assumer pleinement, serait, pour la majorité des Mauritaniens, un gage de disposition à s'amender. Pour contribuer à convaincre leurs concitoyens, les Nassériens gagneraient à faire taire les voix discordantes, comme celles de DOS, susceptibles d'entamer leur bonne foi.

Le projet de société et les fondements de leur participation au pouvoir comptent parmi les questions centrales des entretiens de DOS et MMOC avec MFO.

DOS précise : "Notre participation était réglementée par un ensemble de conditions : sauvegarde de l'unité nationale, incarnation de l'identité civilisationnelle et culturelle de la Mauritanie, et participation active de notre groupe dans les décisions politiques.

REMONTER

Comme MMOC situe la rupture de leur participation à l'enclenchement du processus démocratique, cela signifierait-il que l'idée qu'ils se font de l'unité de la Mauritanie et de son identité est celle que reflète la politique définie et mise en oeuvre avant, c'est-à-dire durant la période 1989-1991 ? Cette politique, justement, qui n'avait en vue que l'arabité de la Mauritanie, et s'était traduite par la purification ethnique, la tuerie de dizaines, voire de centaines de citoyens négro-africains, la déportation de dizaines de milliers d'entre eux. A ce niveau MMOC, porte parole de sa mouvance, est assez explicite ; "Alors que certains voulaient faire du parti un reflet de gouvernement, nous avons voulu lui donner des assises idéologiques pour faire du gouvernement un outil de réalisation du projet de société que nous voulions édifier". Le projet de société dont il est question correspond, sans ambiguïté possible, à la période durant laquelle MMOC et ses amis ont participé à l'exercice du pouvoir, parce que, selon son expression, "Le pouvoir associait ses partenaires". C'est la période la plus sombre de l'histoire de la Mauritanie, celle du chauvinisme d'Etat et de la purification ethnique, ce qui donne une idée des objectifs stratégiques des Nassériens, de leur projet de société pour la Mauritanie.

Au regard de ces faits, les propos actuels de MMOC sont trompeurs lorsqu'il répond à MFO : "... notre projet concerne la Mauritanie. En ce sens qu'il est social et non idéologique et ne concerne point un groupe donné mais plutôt tous les Mauritaniens". Malgré tout, imaginons, un seul instant, que MMOC soit sincère dans ses derniers propos. Alors, dans ce cas, reconnaît-il que "le projet idéologique" pour le PRDS concernait un groupe et non tous les Mauritaniens? Reconnaît-il, dès lors qu'il semble militer, désormais, pour un "projet social" qui concerne l'ensemble des Mauritaniens, que ses contradicteurs au sein du PRDS ont eu raison de remettre en question son approche chauvine de la question nationale en Mauritanie? Il est permis d'en douter car il est de notoriété publique que les Nassériens expliquent leurs démêlés avec le pouvoir par "la mise en péril de l’arabité de la Mauritanie » , « le rapprochement avec l’Occident » et « l’influence grandissante des négro-africains »

A un moment donné le porte parole de la mouvance nassérienne avance l'argumentation suivante : nous voulions édifier le PRDS sur des bases idéologiques, et faire du gouvernement un outil de réalisation du projet de société édifié sur les dites bases. Plus loin MMOC s'explique autrement : notre projet est social et non idéologique parce qu'il ne concerne pas un groupe donné mais plutôt tous les Mauritaniens. Sous d'autres cieux, cette démarche, consistant à justifier ses prises de position à la fois par un argument et son contraire, est qualifiée d’escroquerie politique. Permettez-nous de dénoncer, au moins, la duplicité politique.

Comment voyons-nous la Mauritanie? Quel est le contenu du projet de société que nous souhaitons pour notre pays? Ces questions sont profondément actuelles : elles ne sont ni dépassées, ni simplement théoriques. Il serait souhaitable que toutes les parties prenantes des débats en cours se prononcent sans ambiguïté.

Pour nous, la Mauritanie est un pays multinational, pétri dans une civilisation à la fois arabe et négro-africaine, peuplé d'arabes et de négro-africains, dont l'avenir repose sur l'enrichissement mutuel dans la reconnaissance et le respect des différences.

Ce ne sont ni les dynasties des Ja Oogo, des Manna, des Tondiong et des Termes du Tekrour qui nous contrediront : tour à tour fulbe, arabo-berbères, mandingues se sont interpénétrés, métissés et exercé le pouvoir. Les descendants d'Eli Ould Mohamed Lehbib dit Eli Jombott, ceux des Aoulad M'Barek et de Bakar Ould Suweyed Ahmed non plus. Que dire de la révolution des Torobé, fille de Shuur Bubb" dont les Ehel Mamy se sont faits l'écho en adoptant comme patronyme le nom du souverain des Toorobbé, Almaami ? Les Arabes et Haal Pulaar en qui, avec vanité, se vantent de leur "pureté", s'ils se miraient, se rendraient compte qu'il n'y a pas de peuple plus métissé que le nôtre : chez les uns comme les autres, on trouve toutes les nuances, du blanc écarlate au noir d'ébène.

Aujourd'hui, les jeunes Mauritaniens, transportés par milliers, par les mélodies envoûtantes de Youssou N'Dour et de Dimi, Maalouma et Baaba Maal n'en éprouvent aucun complexe! Hier, également, la tidinitt et le hoddu, le k'hal et même les Igaawun nous sont venus de nos échanges avec les empires du Mali. Les jeunes sont porteurs de la Mauritanie du futur pour laquelle nous proposons la reconnaissance explicite de l’existence des nationalité (arabe, Soninké, Wolof et Haal pulaar) et leur égalité en droits. Cette Mauritanie-là fera la synthèse fécondante des civilisations arabes et négro-africaines; plongera ses racines dans la sève enrichissante de l'une comme de l'autre et pourra apporter une contribution valeureuse à l'humanité. Cet idéal les jeunes Mauritaniens le partagent avec ceux qui édifient une Afrique du Sud arc-en-ciel et ceux qui, en Palestine, travaillent inlassablement à fondre dans un même Etat démocratique juifs et arabes réconciliés et tournés vers le futur.

REMONTER

Si d'autres Mauritaniens ont des approches privilégiant soit le caractère arabe soit le caractère négro-africain de la Mauritanie, c'est leur droit. Pourvu que tous ensemble, nous convenions d'un consensus large sur les défis majeurs auxquels notre pays est confronté, et que sur des bases consensuelles et processuelles, nous parvenions à des compromis salvateurs sur les questions qui nous divisent, y compris la question nationale. Nous sommes disposés et y appelons, de toutes nos forces, l'ensemble des Mauritaniens. La seconde partie des entretiens de DOS et MMOC avec MFO est édifiante à plus d'un titre. MMOC tente de convaincre les lecteurs de ceci : "Notre démarche est opposante et l'a toujours été... Nous avons toujours eu une lecture critique de la situation même si de façon formelle nous avons été des soutiens du pouvoir". Les Nassériens ont affirmé eux-mêmes avoir été associés au pouvoir, à la définition de la politique de celui-ci et à son application. Dans ce cas, de figure on ne peut même plus parler de "soutien critique" car cela suppose non participation au pouvoir. MMOC aurait pu tout au plus évoquer la "participation critique" au lieu de laisser croire, comme si les lecteurs n'étaient que des sots, que ses camarades participaient au pouvoir tout en demeurant des opposants à ce dernier. Les lecteurs, qui sont loin d'être sots, ont bien remarqué que MMOC confirme notre assertion plus loin :

"... le discours qui était tenu à la masse et la méthodologie utilisée pour l'amener à soutenir le pouvoir sont les nôtres". Il reconnaît, clairement, que les Nassériens ont exercé le rôle d'idéologues du pouvoir.

Répondant à une autre question, MMOC estime que « Le Front de l'Opposition » est "une grande réalisation", "nonobstant quelques imperfections, cette expérience est bonne", mais il suscite quelques interrogations en affirmant : "... les partis, y compris celui du pouvoir, ont échoué..." Que MMOC nous éclaire donc sur son point de vue véritable :

l'expérience des partis de l'opposition est-elle bonne ou a-t-elle échoué? Dans le cas où elle aurait échoué, la responsabilité des Nassériens serait pleine et entière car MMOC pousse encore plus loin le rôle des idéologues du PRDS que ses camarades et lui ont été : "... nous savons quels sont les montages qui ont permis au pouvoir de détruire cette opposition … ». Mais alors, pendant qu’on y est, si "l'opposition a échoué" ou si elle a été détruite par le pouvoir, quelles sont, selon MMOC, les raisons fondamentales de cet échec ou de cette destruction? Quels sont les moyens et les mécanismes par lesquels le pouvoir a réussi .à détruire l'opposition? Lorsqu'on considère qu'on a toujours été un opposant (même en particulier au pouvoir), a fortiori lorsqu'on envisage de s'associer à cette opposition contre le pouvoir, les premiers pas qu'on aurait dû entamer, prioritairement, sont les suivants : aider ladite opposition à tirer les leçons de son échec et à se doter de moyens et de mécanismes susceptibles de permettre sa reconstruction.

Au lieu de cela, MMOC n'exclut pas, implicitement, la réconciliation avec le pouvoir au lendemain des élections présidentielles. En effet, à la question "Et si le pouvoir vous demandait le dialogue en vue d'un retour?", il répond : "Pas avant la fin des élections présidentielles!" MMOC nous déclarait que ses camarades et lui étaient opposants tout en étant au pouvoir, maintenant, tout en affirmant qu'ils sont partie prenante de l'opposition, il n'exclut pas en même temps, de se réconcilier au pouvoir, si celui-ci les appelait au dialogue au lendemain des élections présidentielles. Comment, en toute sincérité, faire confiance à ceux dont il est le porte- parole, si ces derniers ne le désavouent pas? Au lieu de nager continuellement entre les deux eaux. n'est-il pas plus conforme aux intérêts du pays, que l'ensemble des parties prenantes du jeu politique et tous les citoyens soucieux de l'existence de la Mauritanie et de l'unité de son peuple, engagent un dialogue visant à l'établissement d'un consensus national autour des défis majeurs du moment? Se convaincre de cette démarche serait particulièrement bénéfique pour l'ensemble de la communauté nationale et éviterait aux Nassériens d'être écartelés entre deux pôles dont aucun ne pourrait continuer à leur faire confiance. Surtout s'ils persistent à regarder dans deux directions qu'ils croient, eux-mêmes, irréductiblement opposées.

En attendant, MMOC n'est pas rassurant pour certains dirigeants de l'opposition en disant : ".... nos gens avaient une perception de Messaoud, d'Ahmed et des autres, complètement fallacieuse". Effectivement, il a affirmé plus haut que ce sont ses camarades et lui qui sont responsables des "discours" et de "la méthodologie" du PRDS, lesquels sont les fondements des "montages" qui ont concouru à "une perception de Messaoud, d'Ahmed et des autres complètement fallacieuse".

On comprend donc mieux, du fait des "discours", de "la méthodologie" et des "montages" dont ses camarades et lui sont responsables, que MMOC s'explique ainsi, quant à l'hypothèse de création d'un nouveau parti politique : "II est mieux pour l'ensemble de l'opposition que nous créions un parti par lequel, elle peut atteindre une partie de la population fortement préparée contre elle ». Cela voudrait-il dire que les populations influencées par les nassériens ont été tellement conditionnées contre l’opposition qu’il est difficilement envisageable de les appeler à intégrer un parti déjà existant ? Devrions-nous, peut être au pire, penser que les nouveaux discours sont tellement opposés aux anciens qu'il vaudrait mieux que les Nassériens s'organisent en un parti distinct, afin d'éviter la dispersion, par défaut de cohérence» de populations encore sous leur influence? Ce n'est pas à exclure : aux populations qu'on organise on continuerait à tenir les mêmes propos inspirés par le particularisme, tout en justifiant les pas en direction de l'opposition par des objectifs purement tacticistes. Ce serait un niveau encore plus élaboré dans la duperie politique.

La troisième et dernière partie de l'interview de MMOC et de DOS s'ouvre sur un essai de rétrospective historique du mouvement nationaliste arabe en Mauritanie : "il y avait alors une action nationale et nationalitaire. Ce fut le mouvement qui a marqué les années 60 et 70 et qui comprenait tous les courants existants... C'est cette organisation politique qui a conduit la lutte à la fin des années 60 et au début des années 70".

REMONTER

Les années 60 et 70 vont de I960 à 1979. Affirmer que le mouvement nationaliste arabe contenait tous les courants existants est historiquement inexact. L'on se souvient que les balbutiements du MND et sa naissance, suite aux événements de 1966 et à la guerre israélo-arabe de 1967, se situent à la fin des années 60 - la grève des ouvriers de Zouératt en mai 1968 marquant une rupture incontestable-. Prétendre que le mouvement nationaliste arabe "a conduit la lutte à la fin des années 60 et au début des années 70" est tout aussi contraire à la réalité historique, même si nous restreignons la période en question de 1969 à 1971. C'est, en effet, au cours de cette période que le mouvement étudiant mauritanien fut unifié, donnant naissance à l'Union Générale des étudiants et Stagiaires Mauritaniens (UGESM) dont la direction était exclusivement constituée par des éléments se réclamant du MND. Les deux autres faits les plus marquants furent la grève des enseignants de 1969-1970 et la grève générale des travailleurs de février 1971, toutes dirigées par le MND.

Pour respecter la vérité historique, notons que des éléments nationalistes arabes, parmi lesquels il faut citer Mohamed Yehdih O. Breidellil et Memet O. Ahmed ont participé à ces activités patriotiques, aussi bien par leur soutien conséquent à la grève des ouvriers de Zouératt qu'en prenant une part active aux grèves citées.

Plus loin, MMOC explique les scissions intervenues au sein du mouvement nationaliste arabe en Mauritanie en ces termes : "L'arrivée au pouvoir de dirigeants voulant une position pour eux- mêmes a influé sur nous ici. Les écoles de courte vue sont alors apparues. Le MND est parti seul, comme les Baaths, comme les Islamistes". L'explication du porte-parole des Nassériens nous semble très superficielle. Si l’arrivée de Sadatt au pouvoir a eu une influence importante sur le mouvement nationaliste arabe en Mauritanie, réduire l’explication de la crise qu’il a connue à ce seul élément est arbitraire.

D'autant plus que les événements de 1966 et les leçons de l'échec traumatisant de la guerre israélo-arabe ont profondément divisé les nationalistes arabes mauritaniens: les débats entre nationalistes (surtout Baathistes) et démocrates se sont prolongés jusqu'en 1971. Il est particulièrement surprenant par ailleurs que MMOC n'ait pas dit un mot sur les douloureux événements de 1966 qui ont marqué la première décennie de l'accession de la Mauritanie à la souveraineté internationale. C'est justement la période durant laquelle les courants nationalistes jouaient un rôle prépondérant dans le pays.

Le point de vue de MMOC sur ce qu'il appelle la seconde et la troisième phase du développement du mouvement nassérien se résume ainsi : "Avec l'avènement des mairies, il nous est apparu nécessaire de participer à la construction nationale où tous les avis sont pris en compte. Pour nous la solution n'est plus de saper l'autre encore moins de la considérer comme ennemi. Les défis étaient plus importants que les divergences élémentaires. Malheureusement ces tentatives ont été avortées par tous ceux qui profitent des divergences idéologiques".

Il est vraiment dommage que MMOC n'ait pas rappelé, même succinctement, les caractéristiques essentielles du contexte national et international d'alors, pour nous permettre de mesurer la pertinence du comportement politique des Nassériens au cours des différentes périodes qu'il a décrites. Cela nous aurait permis de comprendre comment Nassériens, Baathistes, nationalistes négro- africains et MND ont pu, à la faveur des exigences de la sauvegarde de la paix sous- régionale et de la souveraineté de la Mauritanie, coopérer et même s'allier, comme ce fut le cas au Congrès de l'Union des Travailleurs de Mauritanie en 1981. Ainsi, les lecteurs auraient pu comprendre également, que c'est moins la volonté des Nassériens qui explique leur comportement au cours de la période que les exigences de la situation nationale et sous-régionale, les conduisant ainsi à de meilleures dispositions.

Comme nous l'avons indiqué dans le N°198 du "Calame", la rupture de la collaboration entre le MND et les Nassériens revient exclusivement à ces deniers •ils oui renoncé alors à mettre en avant l'unité des forces démocratiques et patriotiques contre la politique du Grand Maroc. Il est donc contraire à la vérité historique d'incriminer "ceux qui profitent des divergences idéologiques".

Après avoir lu les deux premières parties, nous soupçonnions les Nassériens de vouloir créer un parti à part par souci de préserver leur unité, et par crainte des conséquences néfastes de l'incohérence de leurs discours. Nous n'imaginions pas que MMOC confirmerait nos appréhensions : « La troisième phase devait consacrer la rupture entre nous et notre base … Parce que nous avons voulu nous éloigner de l’idéologie pour plutot épouser l’action politique... "Même si, en voulant réhabiliter les conditions de la première phase du mouvement nationaliste arabe mauritanien, par "une action nationale et nationalitaire". Les Nassériens semblent reconnaître l'exigence du consensus national". Si nos hypothèses sont fondées, nous souhaitons vivement que les Nassériens le confirment sans ambiguïté : ce serait alors, de leur part, une contribution appréciable à l'exigence majeure pour les Mauritaniens de s’engager dans la recherche de solutions consensuelles et processuelles à leurs différends. Evidemment cette contribution ne saurait s’affranchir, malgré le silence coupable de MMOC et de DOS, sur l'appréciation de la période 1989-1991, la plus sombre de notre histoire nationale des trois dernières décennies.

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Le rapprochement des points de vue sur la question nationale sera capital dans notre quête du consensus national. MMOC résume ainsi le sien :

"La Mauritanie doit accomplir sa cohésion au sein de son milieu géographique et civilisationnel... Depuis Gamal Abdel Nasser, nous avons une vision se basant sur la trilogie arabe, africaine et islamique... La Mauritanie est un pays indépendant qui a conscience de la nécessité de travailler avec ses proches, son milieu le plus proche..." DOS le complète :

"Notre vision stratégique se base sur l'intégration de la Mauritanie dans les grands ensembles comme l'ouest africain... "C'est la théorie des cercles concentriques.

La théorie des cercles concentriques ne permet pas de nous fixer sur la nature véritable de la Mauritanie. Nasser, par exemple, ayant en vue l'Egypte, l'appliqua sur la base de l'affirmation de l'arabité incontestable de son pays. En effet, nul ne pourrait interpréter cette approche comme la négation du métissage ethnique incontestable des Egyptiens eux-mêmes, encore moins comme un refus de la reconnaissance de la spécificité des cooptes (qui sont des arabes de confession chrétienne).

La Mauritanie est-elle un pays arabe? Ou alors multinational où la nationalité arabe est majoritaire? N'est- ce pas un carrefour de rencontres entre la civilisation arabe et négro- africaine? Est-elle un creuset où les communautés s'interpénètrent, se métissent, malgré les spécificité évidentes de chacune d'entre elles, et en dépit des différends et conflits qui traversent la société, des particularismes divers qui poussent à l'affrontement suicidaire? C'est à ces questions que les Nassériens sont invités à répondre clairement pour permettre aux débats pour le consensus national, de s'engager sur des bases bien comprises par l'ensemble des parties prenantes.

Où alors, devrions-nous prendre les positions sur la question dite culturelle comme reflétant fidèlement leur approche de la question nationale? En effet, MMOC affirme dans l'interview : "Au début des années 70, le problème de l'identité et de l’appartenance à un ensemble civilisationnel était posé. Avec l’adhésion du pays à la ligue arabe en 1973, la question a été en partie dépassée. Restait à mettre fin à la domination culturelle... Pour nous la question culturelle est dépassée". Ainsi donc, comme la Mauritanie est devenue membre de la Ligue arabe, comme l'arabe est devenue la seule langue officielle de la Mauritanie, "le problème de l'identité et de l'appartenance à un ensemble civilisationnel", ainsi que "la question culturelle" sont "dépassées". En considérant que l'adhésion de la Mauritanie à la ligue arabe règle le problème de son identité et de son appartenance à un ensemble, que la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle clôt la question culturelle, on tombe dans le chauvinisme grand, destructeur pour toute tentative d'édification de fondements durables de l'unité nationale.

MMOC ne saurait nier notre assertion car il dit plus loin : "En 1979, est intervenue la réforme qui a consacré la division entre les communautés. Une réforme dangereuse... La réforme de l'éducation doit se baser sur la constitution pour unifier le programme". La réforme de 1979 reconnaissait l'existence de quatre langues nationales et préconisait leur enseignement. Pour MMOC cela signifie-t-il nier l'arabité de la Mauritanie du fait de la reconnaissance de sa diversité? Pourtant, l'existence des négro-africains comme citoyens à part entière du pays est d'une évidence qui crève les yeux : elle ne mérite même pas d'être davantage affirmée. Ou alors, s'agit-il pour MMOC, tout en reconnaissant leur existence, de les assimiler à terme, en les obligeant à n'avoir comme unique langue d'enseignement et d'accès aux connaissances que l'arabe? Effectivement, l'unification du programme sur la base de la constitution, signifie fonder le système d'enseignement sur une seule langue, l'arabe, la seule langue officielle.

Pour notre part, nous estimons qu'il est indispensable de reconnaître dans la constitution l'existence de quatre nationalités (ou communautés), d'officialiser toutes les langues nationales et de proclamer leur égalité en droit. Quel système d'enseignement devrait sous-tendre ces pierres angulaires de l'unité nationale? Pour y répondre il est indispensable de faire le bilan du système d'enseignement. D'autres compatriotes, plus compétents en la matière, pourront le faire.

Tout au long de cette contribution, nous avons tenté de montrer les incohérences des discours des responsables nassériens, leur recours à des arguments et à leurs contraires pour se justifier, les non-dits, certaines formes de dissimulation assimilables, quelquefois, à la duperie politique. Notre objectif est demeuré le même malgré l'âpreté de nos propos : parler vrai afin de remplir une exigence fondamentale du consensus national. Nous nous excusons auprès de MMOC, de DOS et des lecteurs si, à certains moments, le ton a pu paraître acerbe et les choquer quelque peu. Tel n'était pas l'objectif visé, encore des attaques agressives contre leurs personnes et leur mouvance. Seule l’importance des questions abordées et l’impérieuse nécessité de marquer la différence nous a animés.

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