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Ensemble surmontons ...


Ensemble, surmontons crises, différends et conflits pour le salut de la Mauritanie

Par Mohamed O. Maouloud et Bâ Boubacar Moussa

(Calame n° 198 du 1er octobre 1997)


1. Brève histoire du nationalisme en Mauritanie

2. Revue succincte des principaux évènements politiques des trois dernières décennies

3. Quel a été le comportement des nationalistes arabes durant la même période ?

4. La lutte hégémonique entre groupes nationalistes pour le contrôle du pouvoir

5. Comment surmonter les périls du moment ?


La déclaration d'un groupe de cadres nationalistes arabes, d'obédience nassériste, datée du 8 septembre 1997, occupe le devant de la scène politique. Les prises de position contenues dans ce document et les réaménagements politiques qu'il suscite au niveau du pouvoir et dans ses multiples démembrements (gouvernement, administration centrale, forces armées, etc.) retient l'attention de l'opinion publique nationale. L'ensemble des courants d'opinion politiques sont interpellés car la confrontation entre ceux qui détiennent le pouvoir dans notre pays et leurs alliés nasséristes pourrait impulser des changements notables dans le contenu de la politique du pouvoir, dans la manière dont il devra traiter des questions essentielles pour le pays, de même que dans la recomposition du paysage politique. L'histoire et la pratique du nationalisme arabe dans notre pays remonte à plusieurs décennies. La grande majorité de la jeunesse n'en a pas connaissance ou l'appréhende peu et superficiellement. Les adultes ont besoin d'en faire le point et tous les citoyens gagneraient à s'instruire profondément des leçons que cette expérience inspire. En étroite liaison avec l'histoire politique du pays, nous tenterons d'en traiter dans la première partie de notre contribution. Le pays traverse une période particulièrement délicate de son histoire dont les enjeux majeurs méritent des débats larges et profonds, ainsi qu'un large consensus et la mobilisation de l'ensemble des composantes de notre pays pour sauver la Mauritanie des menaces qui pèsent sur son existence et sur l'unité de son peuple. C'est en ayant en vue ces considérations et pour réaliser ces objectifs que les parties prenantes à la confrontation en cours au sein du pouvoir, ainsi que tous ceux qui se sentent concernés par son issue devraient envisager les solutions à rechercher. Ce sera l'objet de la seconde partie de notre contribution.

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Brève histoire du nationalisme en Mauritanie

La nuit coloniale a été marquée par les luttes du Parti de l'Entente de Horma Ould Babana (1946-1956), puis par la naissance de l'Association de la Jeunesse Mauritanienne (AJM) en 1957, et de la Nahda en 1958, laquelle mena quelques actions armées à Néma, Atar et Nouakchott. A des degrés divers, ces mouvements influencèrent positivement l'intelligentsia progressiste mauritanienne. Ils étaient favorables au recouvrement de la souveraineté internationale de la Mauritanie, en particulier, pour la Nahda, à la restauration et au raffermissement des relations du pays avec le monde maghrébin. Ahmed Baba Miské, Sall Clédor et Soumaré Gay Silli comptèrent parmi les membres actifs de l'AJM. Ahmed Baba Miské et Bouyagui Ould Abidine jouèrent un rôle de premier plan au sein de la Nahda. Ils furent arrêtés puis négocièrent leur libération: le ralliement des dirigeants de la Nahda au Parti du Regroupement Mauritanien (PRM) de Mokhtar Ould Daddah, aboutit à la naissance du Parti du Peuple Mauritanien (PPM) le 31 décembre 1961, inaugurant le reflux au sein du mouvement national progressiste mauritanien. L'histoire du nationalisme en Mauritanie plonge ses racines dans l'époque coloniale. Plus ou moins lié à la lutte anti-coloniale en Afrique et dans le Monde arabe, il demeura, cependant, balbutiant. Certes, s'agissant du nationalisme arabe, des intellectuels mauritaniens ayant séjourné au Moyen-Orient ont été quelque peu influencés par lui mais, à vrai dire, cette influence est demeurée très limitée, y compris au niveau de la Nahda. Il faut attendre le retour des étudiants arabes de Tunisie, puis du Caire et la naissance du syndicat des enseignants arabes (1960-1969) pour voir se manifester les premières tentatives de renaissance du mouvement national et progressiste par l'émergence d'un véritable courant d'opinion nationaliste arabe, surtout au sein de l'intelligentsia, largement influencé à ses débuts par le nassérisme triomphant. Au cours de cette étape de notre histoire politique, le nationalisme arabe en Mauritanie, comme dans l'ensemble des pays du Moyen-Orient, joua un rôle politique progressiste incontestable en affirmant et en défendant la personnalité et la dignité mauritaniennes par rapport à l'asservissement colonial et néocolonial. Le nationalisme arabe revendiqua également l'indépendance véritable, et mena des luttes pour la promotion de l'arabe, la principale langue nationale du pays. Mais très vite, étant donné les particularités du contexte international et de la situation de notre pays, les limites du nationalisme arabe allaient se révéler au grand jour. En effet, les événements de 1966 et la défaite arabe de 1967 marquèrent une rupture: une profonde lutte idéologique traversa le courant nationaliste arabe autour de deux questions essentielles, la stratégie globale de la lutte des peuples arabes contre l'Etat sioniste d'Israël et la question nationale en Mauritanie. Du fait qu'il accordait une attention prioritaire à l'appui sur les classes dirigeantes arabes et sur les Etats, au détriment de la mobilisation populaire, parce qu'il mettait l'accent sur la guerre de position classique, fondée sur la puissance de feu et une victoire rapide et non sur la guerre populaire prolongée, le nassérisme révéla toute l'étroitesse de ses démarches. Il en résulta un pessimisme profond dans le monde arabe dont l'opinion avait été largement illusionnée par une approche volontariste et fanfaronne de la confrontation arabo-israélienne. Le nationalisme négro-africain et le nationalisme arabe avaient, lors des événements de 1966, fait la preuve de leur incapacité à unir le peuple de toutes les communautés pour la réalisation des objectifs fondamentaux d'indépendance nationale, de démocratie et de justice sociale. L'étroitesse des uns et le chauvinisme des autres poussaient à donner une forme violente et antagonique aux différends entre les nationalités mauritaniennes. Une scission se fit jour au sein du mouvement nationaliste arabe naissant: la gauche se rapprocha du Mouvement National Arabe (MNA) de Georges Habache et Nayef Hawatmeh, et sympathisa progressivement avec les idées socialistes et marxistes, en particulier sur la question nationale; ses membres joueront un rôle décisif dans la naissance du Mouvement National et Démocratique (MND) en 1968. Sidi Mohamed Ould Souméïda, Moustapha Ould Bedredine, Ahmedou Ould Abdel Qader, Mohamedou Nagi Ould Mohamd Ahmed, Mohameden Ould Ichiddou, Aïnina Ould Ahmed Hadi, en furent les personnalités les plus marquantes. L'aile conservatrice du mouvement nationaliste arabe, traversée par des courants divers, nassériste et ba'athiste (d'obédience irakienne surtout, mais également syrienne) donnera naissance au Parti Ba'ath (1972) et au Mouvement nassériste, plus tard (1977- août 1978). Il est vrai que les premiers noyaux Ba'athistes datent de 1960-1961. Il convient, d'ores et déjà, de s'arrêter quelque peu, pour bien comprendre les particularités du mouvement nationaliste arabe en Mauritanie dont la déformation congénitale porte encore, de nos jours, sur la question nationale. Les nuances essentielles entre Ba'athistes et Nasséristes portent d'abord sur leurs fondements programmatiques autour de la triptyque Unité-Libération-Socialisme: les premiers accordent la première place à l'unité de la nation arabe (d'où leur commandement général et leur emprise sur les structures nationales), les seconds estiment que la libération passe avant (d'où l'accent mis par Nasser, par exemple, sur l'édification de l'indépendance de son pays). Si le nassérisme est nationaliste, il se distingue également par sa vision tiers-mondiste, son ouverture à l'égard des mouvements patriotiques négro-africains et le mouvement des non-alignés. Cela s'est illustré à la conférence de Bandoeng (1955) et dans le rapprochement de Nasser avec Modibo Keïta, Sékou Touré et Kwame Nkrumah, au sein du "Groupe de Casablanca" qui comprenait également le roi Mohamed V du Maroc. Avec les dirigeants de la minorité chrétienne copte, Nasser collabora étroitement. Etant donné les conditions particulières de la période considérée, les Coptes furent effectivement parmi les résistants à l'occupation coloniale et militèrent activement pour l'indépendance de l'Egypte. D'essence laïque, le Ba'athisme fait souvent recours aux méthodes scientifiques pour analyser les questions politiques et sociales. Le putsch militaire est la principale forme de prise du pouvoir des Ba'athistes, voire l'unique forme. Sur la question nationale, ils ont souvent pêché par sectarisme, réprimant férocement les mouvements des minorités nationales irakiennes, acceptant, dans le meilleur des cas, l'autonomie pour les Kurdes d'Irak. Malgré leurs limites, les Nasséristes et les Ba'athistes ont pu, dans le monde arabe, jouer un rôle progressiste dans la mesure où la question nationale y a occupé une place moins centrale qu'en Mauritanie. Par contre, en Mauritanie, les nationalistes arabes, aux lendemains des événements de 1966, n'ont pas su promouvoir une analyse de la question nationale permettant d'élaborer des approches viables aux différends nationalitaires et d'unir les communautés autour des revendications essentielles relatives à l'indépendance nationale, à la démocratie et à la justice sociale. Du fait que leurs démarches, ainsi que celles des nationalistes étroits négro-africains, poussaient Arabes et Négro-africains à défendre leur identité par opposition antagonique les uns aux autres, ils jouèrent un rôle franchement réactionnaire, comme nous le verrons dans une revue analytique des principaux événements politiques des trois dernières décennies. Cependant il est important de ne pas perdre de vue la place prépondérante que le nationalisme occupera pendant longtemps encore au sein de l'intelligentsia mauritanienne. Il restera la forme principale que prendra l'aspiration à la démocratie, au mieux-être et à la liberté pour les Mauritaniens de choisir leur destin propre. De ce point de vue, il faut se garder de réduire le nationalisme négro-africain et le nationalisme arabe à leurs perversions exclusivistes et intolérantes, ba'athistes, nasséristes et flamistes.

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Revue succinte des principaux évènements politiques des trois dernières décennies

La lutte idéologique au sein du mouvement nationaliste arabe donnera naissance, à partir de 1968, au Mouvement National et Démocratique (MND) et au Parti Ba'ath, puis au mouvement nassériste. De 1968 à 1975, le MND occupera un rôle dirigeant dans les luttes pour l'indépendance, la démocratie et la justice sociale en Mauritanie. Ce mouvement héritera, incontestablement, des traditions nationales et patriotiques passées, et les enrichira d'une approche nouvelle de la question nationale et du contenu des luttes pour l'indépendance, la démocratie et le progrès social. Les syndicats des travailleurs [Syndicat des Enseignants Arabes, Union des Travailleurs de Mauritanie rénovée - UTM (R)], les luttes des scolaires mauritaniens seront largement inspirés par la ligne politique du MND et la présence de ses membres à leur direction. On peut citer le Comité Provisoire d'Action Scolaire du Secondaire - CPASS, l'Association Démocratique des Elèves du Secondaire de Mauritanie (ADESM), et l'Union Générale des Etudiants et Stagiaires Mauritaniens (UGESM). Du fait de la crise du système néocolonial français au cours des années 70 et de l'isolement progressif de son régime, Mokhtar Ould Daddah apporta des réformes à sa politique, se réappropriant des revendications du MND devenues très populaires. Il procéda à la révision des accords de coopération avec la France (1973), renonçant, en particulier, à sa protection militaire, puis créa la monnaie nationale en juin 1973, nationalisa la MIFERMA (28 novembre 1974). Le MND négocia mal ce revirement de la politique de Mokhtar Ould Daddah et fut traversé par de profondes divisions. La majorité de ses dirigeants estima que c'étaient là des changements fondamentaux et qu'il fallait, par conséquent, s'allier au régime de Daddah, l'intégrer, dissoudre le MND et maintenir un appareil organisationnel allégé. La majorité des membres était, en revanche, opposée à la dissolution du MND et bon nombre de dirigeants ne partageaient pas le point de vue de ceux qu'on appelait désormais les "Chartistes" (ou partisans de la Charte du IVè Congrès du Parti du Peuple Mauritanien -PPM). Cependant, ils ne surent pas évaluer objectivement l'importance de ces réformes et de leurs implications, en vue de définir une politique permettant au MND de reprendre l'initiative désormais à l'avantage de Mokhtar Ould Daddah. Les mesures réformistes de ce dernier offrirent une opportunité de promotion individuelle pour bon nombre de membres de l'intelligentsia scolaire et estudiantine, la base sociale principale du MND. Une scission se produisit en 1976 au sein du MND: les "Chartistes" demeurèrent à l'intérieur du pouvoir, soutenant sa politique de guerre contre le peuple sahrawi, les autres entreprirent la reconstruction du MND. Les défaites militaires subies dans la guerre injuste contre le peuple sahrawi, la crise économique et sociale profonde que cette guerre engendra, l'occupation du pays par l'armée marocaine, les déchirements auxquels le PPM fut confronté pour l'ensemble de raisons évoquées, amenèrent un groupe d'officiers à réaliser le coup d'Etat du 10 juillet 1978. Les plus représentatives des formations politiques mauritaniennes opposées à la guerre injuste contre le peuple sahrawi (Ba'ath et MND) furent informées de la préparation du coup d'Etat et invitées à y participer. Notons que les "Chartistes" et les Nasséristes soutenaient la guerre contre le peuple sahrawi: on se souvient des discours, des propos de Moustapha Ould Abéïderrahmane et de Rachid Ould Saleh, ainsi que des manifestations qu'ils dirigèrent. Une nouvelle période était ouverte, faite d'instabilité et d'exercice du pouvoir par le recours aux forces armées, suscitant une attention particulière des formations politiques mauritaniennes pour infiltrer l'armée et y mener des activités politiques. Pour des raisons historiques propres à cette période, ce sont les nationalistes arabes, ba'athistes et nasséristes, qui en tirèrent le bénéfice le plus important. Les nationalistes négro-africains tenteront de combler leur retard, comme nous le verrons plus loin. Contrairement à certains groupes nationalistes arabes (en particulier les Ba'athistes), le MND déclina l'invitation de prendre part au coup d'Etat en tant que mouvement politique. Le refus de participation du MND a été explicitement signifié aux messagers en le fondant sur son opposition de principe au putschisme et son refus de participer à toute forme de prise et d'exercice du pouvoir non fondée sur la mobilisation populaire. Parce que certains amis, quelques fois proches du MND, certains de ces anciens militants, de ses sympathisants lointains se sont rapprochés des régimes militaires successifs, ont participé aux différents gouvernements, et exercé diverses responsabilités de haut niveau, la majorité des observateurs continuent de croire honnêtement que le MND a soutenu les régimes militaires qui se sont succédés. A une exception près, le MND, en tant que mouvement organisé n'a jamais participé à un gouvernement sous le régime militaire. L'unique fois où il en a été ainsi porte sur la courte période du gouvernement civil. Sollicité par Sid'Ahmed Ould B'néïjara et ses amis, le MND a négocié avec lui un programme fondé sur l'indépendance nationale, l'instauration d'une démocratie pluraliste et des réformes sociales favorables aux populations démunies. Cet accord existe en tant que document historique. B'néïjara s'était formellement engagé à le rendre public comme programme du gouvernement civil. Lorsque, deux mois plus tard, il s'avéra qu'il ne tenait pas ses engagements et y avait probablement renoncé, malgré ses promesses et tergiversations, le MND décida de quitter le gouvernement. Le limogeage de B'néïjara fut l'occasion pour le MND de rendre publique sa décision par une lettre de démission, dûment signée de son représentant au gouvernement, Daffa Bakary. Pour des raisons tactiques, le MND n'a jamais proclamé que tel responsable ou tel autre n'était plus des siens ou ne le représentait pas. Aucun de ceux qui ont participé à l'exercice du pouvoir ou qui y participent encore, en dehors de Daffa Bakary, n'a représenté et ne représente le MND. Si le silence du MND a pu être expliqué par certains de ses responsables par des questions liées à sa sécurité propre, ce comportement a pu créer la confusion quant à la compréhension de sa politique par les citoyens mauritaniens. L'histoire en jugera.

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Quel a été le comportement des nationalistes arabes durant la même période ? 

Les premiers nationalistes arabes à avoir tiré parti du coup d'Etat furent les Ba'athistes, représentés au Comité Militaire de Redressement National (CMRN) par deux des leurs. L'Irak usa d'un maximum de moyens pour s'attirer la sympathie de nombreux officiers et sous-officiers. Il fut un moment où la permanence du CMRN recevait quotidiennement ses représentants, chargés de valises de cadeaux onéreux. Saddam Hussein dépêchait régulièrement des émissaires dans le pays. Des cadres mauritaniens revenaient par dizaines d'Irak, dotés de diplômes d'officiers, probablement fournis par allégeance, avec pour dessein de préparer un putsch, suivant le schéma général constitutif de leur programme, comme l'a suffisamment montré leur procès de 1988. L'Irak a mis à la disposition de ses partisans mauritaniens des sommes colossales pour la mise en œuvre de leur projet politique, faisant de la majorité des cadres des professionnels politiques à l'abri du besoin. Le rôle de l'ambassadeur Rufai'i au cours de cette période reste encore présent dans les esprits. La réforme de l'Ecole Militaire interarmes d'Atar, outre le goulot d'étranglement qu'elle constituait désormais pour les négro-africains, offrit des conditions favorables à l'initiative des nasséristes et des ba'thistes d'y envoyer leurs éléments avec comme objectif de contrôler les forces armées. Jusqu'à quel point y parvinrent-il? Nous ne saurions le dire avec précision. Mais ils obtinrent des résultats incontestables comme les événements d'avril-mai 1989 le prouveront amplement. Les nationalistes négro-africains ne furent pas en reste. Avant d'aborder la question voyons de plus près quelques unes des occasions au cours desquelles une large collaboration s'établit entre les différents groupes politiques. Dès l'instauration du régime militaire, le MND estima que l'aspiration principale des Mauritaniens c'est l'arrêt de la guerre contre le peuple sahrawi et la restauration de la paix. La politique du 'Grand Maroc', principal facteur de guerre et les Mauritaniens au service de cette politique constituaient les principaux obstacles à ces aspirations, en particulier l'Alliance pour une Mauritanie Démocratique (AMD). Tandis que le MND revendiquait la paix séparée avec le peuple sahrawi, les partisans du 'Grand Maroc' défendaient la paix globale, brandissant l'épouvantail de la confrontation militaire avec le Maroc. Le MND soutenait toute politique dirigée contre ces ennemis principaux du moment et tentait de s'allier, sous une forme ou une autre, à tous ceux qui s'opposaient à la poursuite de la guerre contre le peuple sahrawi. Il apportait donc son appui aux mesures et aux positions des régimes militaires visant à sauvegarder l'indépendance du pays, à restaurer la paix, en s'opposant à la politique du 'Grand Maroc' et à ses alliés mauritaniens. Il se démarquait des mesures et des positions politiques qu'il jugeait contraires à la démocratie et à la justice sociale. Nous l'illustrerons plus loin. La première occasion de matérialiser cette tactique fut offerte par le Congrès de l'UTM de 1981. Refusant de tirer avantage de la situation favorable à leur seul profit, craignant par dessus tout la scission du syndicat des travailleurs, les éléments favorables à la ligne syndicale du MND prirent l'initiative de proposer la représentation proportionnelle de l'ensemble des tendances en présence: El Hor, Nasséristes, nationalistes négro-africains, syndicalistes de l'ancien PPM ou "Robertistes". Ils acceptèrent même de céder le poste du Secrétaire général aux nasséristes. Ainsi s'explique l'élection de El Kowri Ould Hméïti au poste de SG de l'UTM. Lorsque ses partenaires rompirent l'alliance, le MND sera amené à conduire une politique syndicale autonome visant à encourager la promotion de l'un de ses amis à la direction de l'UTM. Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Radhi devint le SG de l'UTM lors du Congrès d'avril 1989. Pourtant le ministre de l'Intérieur d'alors usa de tous les moyens pour faire élire une direction de son choix. Il organisa un repas auquel il convia un représentant nassériste, un élément d'El Hor, un délégué "robertiste" et un syndicaliste de tendance MND. Les trois premiers acceptèrent la recherche d'un bureau consensuel sous les auspices du ministre de l'intérieur. Le quatrième s'y refusa obstinément. Furieux d'entendre la réponse du syndicaliste proche du MND, le ministre de l'Intérieur vociféra en sa direction: "Dis à tes amis qu'ils sortiront de la salle du Congrès en culotte américaine !" Le lendemain, le SG présenté par les syndicalistes favorables à la ligne du MND fut élu: malgré les menaces du ministre de l'intérieur, ils venaient de réussir à garder leurs pantalons solidement attachés aux reins! Au niveau du mouvement des étudiants mauritaniens, le MND suggéra la mise en place d'une organisation et proposa à l'ensemble des sensibilités politiques la même démarche qu'au niveau syndical. Cette démarche était inspirée par la même analyse visant à isoler la politique du 'Grand Maroc' et l'AMD. Les nationalistes arabes et les nationalistes négro-africains, après avoir accepté volontiers de se prêter au jeu, finirent par renoncer à leurs engagements pour s'allier à l'AMD. Le bureau de l'Union Nationale des Etudiants et Stagiaires Mauritaniens (UNESM), reflète leur alliance sous la direction du nassériste Hamoud Ould Abdi et du flamiste Ba Oumar, lors du Congrès constitutif de l'été 1982. Ce sont les Nasséristes qui prirent l'initiative de la rupture avec le MND: la tendance khadafiste a joué un rôle déterminant dans cette rupture, aggravée plus tard par l'accord d'Oujda (1984) entre Khadafi et Hassan II. L'alliance entre les Nasséristes et les FLAM n'a pas survécu au Congrès d'août 1986. La situation politique nationale avait connu des changements notables, en particulier dans la lutte hégémonique entre les groupes nationalistes pour le contrôle du pouvoir.

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La lutte hégomonique entre groupes nationalistes pour le contrôle du pouvoir

La fin des années 70 a été marquée par une renaissance culturelle au sein des nationalités négro-africaines, en particulier les Haal Pulaar'ren. De nombreux poètes, des groupes artistiques divers, rivalisaient de talent, tandis que l'alphabétisation de masse prenait un essor nouveau par l'intermédiaire de l'Association pour la Renaissance du Pulaar (ARPRIM). Si le contrôle effectif de l'ARPRIM était assuré par des éléments activistes proches du MND, les nationalistes réussirent à créer un réseau d'associations diverses sous leur influence, avec d'autant plus de succès qu'ils décélèrent et dénoncèrent bien avant leurs contradicteurs l'oppression des minorités nationales et la prépondérance du chauvinisme dans les centres du pouvoir d'Etat. Cette renaissance culturelle culmina avec la reconnaissance de l'existence des nationalités par le CMRN (1979), la création de l'Institut des Langues Nationales et l'introduction du pulaar, du wolof et du sooninke dans l'enseignement primaire. L'expression au plan politique de ce phénomène se concrétisa par la création de l'Organisation pour la Défense des Intérêts des Négro-Africains en Mauritanie (ODINAM), du Mouvement Populaire des Africains de Mauritanie (MPAM) et de l'Union Démocratique Mauritanienne (UDM) qui fusionneront pour former, avec le Mouvement des Elèves et des Etudiants Noirs (MEEN), les FLAM en 1983. Le Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé (mars 1986) sera l'expression la plus achevée de l'affirmation des FLAM sur la scène politique. Cette expression eut, naturellement, son écho au sein des officiers et sous-officiers négro-africains. Ces derniers fomentèrent un coup de force en octobre 1987. Les multiples dénégations de militants nationalistes négro-africains relèvent soit de la naïveté, soit de l'hypocrisie - c'est le plus probable. Il est vrai que l'inconscience quant aux conséquences de cette tentative, l'amateurisme et l'irresponsabilité dans laquelle ce coup fut monté continuent d'étonner plus d'un observateur. Etant donné l'effet de surprise au niveau des responsables arabes du régime, les nationalistes arabes ba'athistes et nasséristes en tirèrent un profit inestimable. Ils purent convaincre certains responsables que les membres de leur famille allaient être assassinés, les conditionnant suffisamment pour exercer une répression dépassant toute mesure et aggravant considérablement les différends nationalitaires. Le départ était pris pour les événements sanglants de la fin des années 80. Pour la première fois, depuis le 10 juillet 1978, un groupe d'officiers uniquement négro-africains, tentait de s'assurer le contrôle du pouvoir politique en excluant les Arabes de leur projet. Il s'agit ici de constater des faits et non de s'interroger sur les motivations de leurs auteurs, encore moins sur les suites qu'ils comptaient donner à leur projet s'il réussissait. Ce constat a été décisif pour décider les officiers arabes à se convaincre "des dangers qui pèsent sur l'arabité de la Mauritanie" et à devoir y faire face en recourant à la violence chauvine et raciste face à la menace négro-africaine. Tout l'intelligentsia négro-africaine étant assimilée aux FLAM et les desseins les plus noirs étaient prêtés au Sénégal, des services spécialisés conditionnant largement l'opinion publique arabe. Mais un retour en arrière s'impose. Comme le confirment les dirigeants nasséristes, dans leurs écrits et leurs propos, des négociations se déroulèrent entre eux et le pouvoir à partir de 1985 et furent conclus en 1987, certainement après la tentative de coup d'Etat d'octobre 1987. L'un des signataires du document du 8 septembre 1997 fut l'interlocuteur du pouvoir. Le ministre de la Justice du gouvernement précédent, M. Mohamed Lemine Salem Ould Dah, aurait même négocié le soutien des membres de sa tendance tribale au frère du ministre l'Intérieur d'alors, candidat à la mairie de Kiffa. En contrepartie, le ministre de l'intérieur affecta bon nombre d'administrateurs civils de cette tendance dans les départements et arrondissements du Sud du pays. Ces administrateurs, nasséristes ou influencés par eux, auraient bénéficié des faveurs de leur cousin directeur de l'école Nationale d'Administration Publique (ENAP) de Rabat. L'on se souvient des nombreux incidents à la frontière sud du pays, des tracasseries innommables dont les citoyens des deux pays étaient l'objet de part et d'autre, des campagnes épisodiques contre le péril noir ouest-africain, des arrestations et expulsions massives dont les immigrés ouest-africains furent l'objet, des bastonnades racistes dans les marchés, sans oublier les rumeurs apocalyptiques liées à l'assassinat d'un officier de la Garde durant l'été 1988. Sans aucun doute les conditions idéologiques et politiques des événements de 1989 - 1991 et de leurs prolongements étaient réunies. Les Ba'athistes et plusieurs dizaines d'officiers et de sous-officiers relevant de leur obédience avaient subi la répression et été éloignés des centres du pouvoir d'Etat. Les Nasséristes et, accessoirement certains éléments AMD, étaient les seules forces politiques directement associées à l'exercice du pouvoir. Des hautes charges leur ont été confiées, expressément, en tant que groupe politique. Ils assument une part de responsabilité dans les déportations, les tueries et autres exactions qui ont meurtri et endeuillé des milliers de familles mauritaniennes. Leur responsabilité dans les démêlés entre la Mauritanie et ses voisins, dans les dommages subis par les populations de toutes les nationalités est entière. Certains de leurs alliés prétendent d'ailleurs que si la répression a été aussi aveugle et a pris d'aussi vastes proportions, c'est sous leur insistance haineuse contre les négro-africains de Mauritanie. Il est aujourd'hui légitime, de la part des citoyens mauritaniens de toutes obédiences et de toutes conditions, d'exiger d'eux des explications. Ils sont tenus, s'ils sont sincères dans leur propos visant au rapprochement avec les forces démocratiques et patriotiques, de rendre public le contenu de leur accord. Ils doivent s'expliquer quant au comportement criminel de certains de leurs responsables et de leurs militants aux périodes les plus noires de notre histoire récente. Il est inadmissible qu'ils tiennent pour seuls responsables les commandants des régions militaires d'Aleg et de Nouadhibou. Des officiers supérieurs et des officiers subalternes nasséristes, des gouverneurs, des préfets, des chefs d'arrondissement de leur mouvance ont participé à la répression sous toutes ses formes des citoyens mauritaniens. Ils doivent des excuses publiques au peuple mauritanien de toutes les nationalités et s'engager solennellement, en tant que mouvement politique, à renoncer au recours à toute forme de violence pour résoudre les différends nationalitaires et à œuvrer pour une recherche consensuelle et processuelle de solutions à ces différends. Les Mauritaniens soucieux de sauver leur pays des menaces qui pèsent sur son existence et son unité, même si les leurs comptent parmi les victimes de cette période sombre, sont tenus de faire le sursaut nécessaire pour exprimer leur disposition à accorder le pardon, pourvu qu'ils aident sincèrement à tirer les leçons de cette amère expérience. De nombreux faits laissent croire que les Nasséristes ne sont pas encore décidés à s'engager dans une voie susceptible de forcer la sympathie des citoyens disposés à la réconciliation nationale. En effet, il y a un hiatus entre les motivations avancées dans les propos et les écrits des responsables nasséristes, d'une part, et, pour ne citer qu'un exemple, les développements contenus dans "El Mawqif", un des journaux de leur mouvance, d'autre part. Dans le premier pas, l'incurie de l'Etat, la mauvaise gestion, les défaillance de la justice semblent motiver leur confrontation avec le pouvoir, alors que "El Mawqif" se réfère plutôt aux périls qui menacent l'arabité de la Mauritanie, le rapprochement du pays avec l'Occident, le retour des négro-africains dans les sphères dirigeantes. Le journal s'en prend violemment à l'AMD et au MND, rendus responsables des nouvelles orientations politiques du pouvoir et de l'aggravation des démêlés entre les Nasséristes et leurs alliés. Duplicité politique? Si les Nasséristes s'obstinent à user de ruses et de faux-fuyants par rapport à leurs graves responsabilités historiques, ils compromettront dangereusement la possibilité pour les Mauritaniens d'engager un dialogue constructif visant à l'émergence d'un consensus sur un programme de salut national véritable.

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Comment surmonter les périls du moment ?

Les périls que court le pays sont réels et se manifestent par les déchirements de tous ordres qui traversent les mouvements et partis politiques, y compris au sein du PRDS. Les uns et les autres éprouvent beaucoup de difficultés à en discuter dans une atmosphère sereine, en maintenant leurs contradictions dans des limites respectueuses de leurs différences. Tous, au sein comme en dehors du pouvoir, au delà du sentiment primaire de satisfaction lorsque leurs adversaires s'entredéchirent, devraient s'interroger sur la tournure que prennent ces confrontations et les conséquences néfastes que certains développements pourraient entraîner, au détriment du pays et la communauté nationale dans son ensemble. En effet, tout compte fait, au regard des enjeux liés à l'existence du pays et à la sauvegarde de son unité, rester ensemble ou se séparer apparaît secondaire. La préoccupation prioritaire devrait porter sur la nécessité de s'accorder sur la nature de ces enjeux et sur les conditions nécessaires à leur prise en charge par la majorité des acteurs mauritaniens: il sera alors possible de trouver des solutions à toutes sortes de divergences, dans des limites responsables et respectueuses des différences. Si, après amples discussions, la séparation s'avérait inévitable, elle devrait se faire à l'amiable - les nouveaux adversaires disposant des possibilités de compétition que leur offre la légalité pour recourir aux formes de lutte de leur choix. Par contre, imaginons un seul instant un coup de force militaire de l'une des deux parties prenantes contre l'autre, dans la confrontation en cours au sein du pouvoir: nous risquerions alors d'entrer dans une période plus sombre que jamais auparavant, comparable aux situations que des pays comme le Tchad et la Somalie ont connu. Tous les Mauritaniens qui aiment sincèrement leur pays devraient, de toutes leurs forces, aider à conjurer cette évolution. Pour cela, il importe d'abord de définir clairement les positions relatives au limogeages dont les Nasséristes, leurs amis ou supposés tels pourraient être l'objet. Voilà plus de trois décennies que les différents pouvoirs qui se sont succédés à le direction de l'Etat usent des moyens coercitifs qu'ils contrôlent pour réprimer tous ceux qui expriment des opinions politiques contraires aux leurs. Généralement, ils obligent ceux qui aspirent à exercer une fonction quelconque dans les institutions publiques ou parapubliques, à s'aligner sur leurs positions ou à renoncer à leurs prétentions. Pour plus d'une dizaine de milliers de cadres, les postes juteux se limitent à quatre cent au grand maximum. C'est pourquoi d'ailleurs, cédant à cette volonté antidémocratique et discriminatoire du pouvoir d'Etat, la grande majorité des cadres en est réduite à recourir au larbinisme pour assurer sa promotion. Nous nous élevons avec force contre ces pratiques que même les victimes semblent accepter comme une règle tacite. Nous suggérons un consensus républicain pour que les critères de compétence, d'expérience et de probité morale soient à la base du recrutement des fonctionnaires, des responsables aux différents niveaux de l'Etat, afin que toute personne puisse jouir entièrement de sa liberté d'opinion et ne soit plus soumise à une quelconque forme de pression pour l'avoir exprimée. En défendant ce point de vue, nous nous défendons nous-mêmes et nous restons également fidèles à ce que furent les positions du MND sur la question par le passé, contrairement à l'idée largement dominante au sein de l'opinion. Lorsque des responsables d'El Hor furent arrêtés et jugés à Rosso en 1981, le MND a publiquement dénoncé l'atteinte à leur liberté. Pendant que bon nombre de leurs proches et de leurs amis évitaient de fréquenter leurs familles, quelques uns des nôtres s'y sont rendus pour leur apporter soutien et sympathie. Les responsables d'El Hor peuvent en témoigner. Quand les Ba'athistes ont été arrêtés parce qu'ils tenaient des réunions non-autorisées, le MND s'est clairement démarqué de l'atteinte grave à l'un des droits fondamentaux des citoyens. Il a poussé la solidarité au point où , lorsque les services de sécurité du gouvernement de Bouceïf décidèrent de l'arrestation de responsables ba'athistes et du MND à une heure tardive de la nuit, nos amis se sont chargés de les prévenir à temps, à quelques heures du moment fatidique pour les soustraire des plans de la police. Memed Ould Ahmed et Mohamed Yehdih Ould Breidleil purent ainsi passer les barrages de la police et traverser les frontières grâce au courage de deux de nos amis, dont feu Abdel Qader Kamara qui était un des plus proches conseillers du Président Moustapha Ould Mohamed Saleck. Le MND n'a jamais, de près ou de loin, applaudi à l'arrestation des nationalistes négro-africains et à leur internement dans les villes de l'intérieur. Il a, en son temps, dénoncé leur arrestation pour leurs opinions et le non-respect de leurs droits à la défense. Il s'est démarqué de leur emprisonnement sans jugement. La dénonciation au plus haut niveau de l'arrestation, de la torture des Nasséristes et de l'assassinat de l'un de leurs sous Haidalla a valu au MND l'inimitié de celui-ci. Haidalla pourrait témoigner de ses rapports avec le MND. Si le MND soutenait farouchement le désengagement de la Mauritanie de la guerre, la solidarité avec la lutte du peuple sahrawi, la lutte contre la politique du 'Grand Maroc' et le refus du diktat des institutions de Breton Woods (FMI, Banque Mondiale), il se démarquait clairement des positions obscurantistes et dictatoriales de Haidalla. Il le savait parfaitement et avait, à l'époque, pour principal soutien les islamistes obscurantistes. A l'occasion des coups d'Etat, supposés ou avérés, tout en se démarquant du recours au putsch pour régler les différends politiques, le MND a dénoncé les simulacres de procès et l'extorsion des aveux sous la torture. Il a toujours exigé que le pouvoir rende publiques les accusations, qu'il en apporte les preuves formelles et qu'il respecte les droits à la défense des accusés. Le faisant, le MND ne se faisait aucune illusion sur les chances de respect des règles du droit par ceux-là mêmes qui s'étaient emparés du pouvoir par le putsch militaire et qui n'obéissaient à d'autre logique qu'appliquer la loi du plus fort à leurs concurrents pour le contrôle du pouvoir. Malgré sa farouche opposition à la politique du 'Grand Maroc' et à ses hommes de main du 16 mars 1981, le MND s'en est tenu à cette ligne de conduite. Bref, il importe de bien s'accorder sur les principes républicains et de convenir de règles de comportement par rapport aux droits fondamentaux de la personne et de s'engager publiquement à les respecter. Nous nous y engageons solennellement et y invitons les autres leaders d'opinion à le faire. Le faisant, nous ne cédons pas à la naïveté et comprenons bien que tout pouvoir politique, en respectant ces principes, puisse s'entourer du maximum de garantie pour la désignation des personnes devant exercer, à son compte, les hautes charges liées à sa sécurité. Nous disons également qu'il faut se garder d'assimiler, par la même occasion, tous les nationalistes arabes proches des Nasséristes à ces derniers. D'aucuns sont leurs amis, leurs proches, tout en gardant leurs différences. Par ailleurs, tout le monde connaît bien l'arrivisme des membres de l'intelligentsia mauritanienne: au moment où les Nasséristes avaient le vent en poupe, certains ont pu se faire passer pour tels ou se rapprocher opportunément d'eux afin de bénéficier de certaines faveurs… Les prises de position de l'ADD, la déclaration des Nasséristes, devraient amener ceux qui déterminent la politique du pouvoir à réfléchir. Manifestement, leur politique suscite des réserves de plus en plus larges, alors que, généralement, les gouvernants travaillent à gagner le maximum de soutien et à réduire le nombre de leurs adversaires. Lorsque les adversaires deviennent de plus en plus nombreux, il est sage de s'interroger sur la direction choisie. Dans notre article publié par le n°175 du Calame, nous avons exprimé nos réserves sur la direction choisie par ceux qui gouvernent le pays et appelé à sa révision, en y associant tous les acteurs de la scène nationale, sans exclusive. Nous réitérons notre appel, sans illusion, en espérant que les épreuves actuelles y pousseront quelque peu. Parmi les enjeux qui méritent l'attention de tous nous avons cité la définition d'une politique démocratique pluraliste et son application conséquente. Par exemple, les conditions dans lesquelles les élections présidentielles à venir sont envisagées méritent d'être profondément revues pour en assurer la transparence, garantir la participation équitable et permettre l'exercice d'une supervision et d'un contrôle indépendants. Nous l'avons amplement développé la dernière fois pour ne pas devoir y revenir. C'est le prix à payer pour convaincre l'opposition de participer aux élections, au besoin en reportant les échéances, pour autant qu'on se soucie d'un minimum de crédit et de légitimité. Figure parmi les préoccupations prioritaires l'édification des piliers fondamentaux d'un Etat démocratique moderne, doté de lois et de règles connues et égales pour tous les citoyens, en particulier pour le recrutement de ses agents, la gestion du patrimoine national et l'exercice de la justice. Nous avons pour devoir impérieux et urgent de procéder à une meilleure répartition des richesses nationales, en mettant d'abord l'accent sur les plus démunis pour améliorer leurs conditions d'existence, en particulier leur accès aux besoins fondamentaux: manger à sa faim, étancher sa soif avec de l'eau potable, se soigner, s'éduquer, se loger et s'habiller décemment, exercer les droits fondamentaux de la personne et jouir de loisirs sains. L'économie nationale souffre dangereusement de l'absence de règles transparentes et équitables pour l'accès des citoyens aux richesses du pays. De telles règles devraient garantir la concurrence libre, émulative et, autant que possible, complémentaire entre les opérateurs privés, les activités publiques et le secteur associatif. Les Mauritaniens, d'une manière générale, aspirent à décider eux mêmes de leur destin, avec l'aide de leurs amis, mais en assumant leurs choix. D'abord au plan de la gestion de leurs affaires locales, l'histoire du pays montre que la gestion de proximité a toujours marqué la vie des Mauritaniens dans leurs villages et leurs campements , contrairement à l'emprise de l'administration dite moderne, généralement prédatrice et assez éloignée du vécu des citoyens, de leurs besoins et préoccupations. Une politique hardie de décentralisation inspirée par l'expérience locale, nourrie des règles, pratiques et institutions ayant fait la preuve de leur pertinence, et en lesquelles les citoyens se reconnaissent, mérite d'être conçue et mise en œuvre, sur la base du principe de la subsidiarité. Celui-ci consiste, pour une institution d'un échelon supérieur, à laisser les institutions inférieures gérer et régler les préoccupations des citoyens et à ne les prendre en charge que pour les aspects qui dépassent les limites de compétence des premières ou au sujet desquels ces dernières font la preuve de leurs incapacités à trouver des solutions viables. L'aspiration des Mauritaniens à choisir leur destin et à l'assumer concerne également la politique économique nationale. Les politiques d'ajustement conçues et mises en œuvre avec le concours de la Banque Mondiale, déresponsabilisent les gouvernements des pays du tiers-monde, aggravent la misère des pauvres et concentrent les richesses au niveau d'une poignée toujours plus restreinte de citoyens. Faisant fi des valeurs positives de notre personnalité et de notre culture, elles recourent à des méthodes d'évaluation trompeuses, fort éloignées des préoccupations de la majorité des citoyens et cantonnés à des agrégats ne prenant par en compte le développement humain durable. Nous avons besoin d'en débattre largement entre Mauritaniens, de convenir d'approches endogènes de notre développement, soucieuses du redressement économique mais également des dimensions sociales et culturelles de ce redressement, plaçant la personne au cœur de telles approches. Nous essayerons, par la suite d'en convaincre nos partenaires et de gagner leur soutien. Si, malgré nos efforts, quelques divergences se faisaient jour et restaient non aplanies, nous ne devrions nullement hésiter à les assumer, en réclamant à nos partenaires le droit à l'erreur et celui d'assumer souverainement nos décisions. Nous devons nous faire un point d'honneur de ne plus compter parmi les pays les moins avancés au cours de la première décennie du XXIè siècle, renoncer à l'assistance charitable des autres et instaurer de véritables rapports de partenariat, en comptant d'abord sur nous-mêmes et nos ressources, l'apport de nos amis constituant un appoint. Porteuse de l'avenir de la société, la jeunesse est l'une des franges les plus importantes numériquement, l'une des plus fragiles, et certainement celle qui est tiraillée par des difficultés dont les conséquences jouent un rôle déterminant pour le salut et la renaissance de notre communauté nationale. Les phénomènes liés à la consommation de la drogue, à la prostitution, à toutes autres formes de délinquance sont des plus inquiétants. Comment, par l'éducation, la formation citoyenne, la prise en charge prioritaire de besoins sociaux urgents et la promotion de nos valeurs culturelles positives faites d'enracinement et d'ouverture, amener la jeunesse mauritanienne à jouer un rôle de premier plan dans la renaissance du pays? Tous les acteurs mauritaniens sont interpellés et devraient prendre à cœur leurs contributions dans ce domaine. Les femmes mauritaniennes, en particulier celles qui vivent dans les campagnes et celles qui assument le rôle de chefs de ménages dans les centres urbains, occupent une place essentielle pour le devenir du pays et représentent plus de la moitié de la population. Leur responsabilité dans la direction des affaires de la communauté est loin de correspondre à ces constats: tous les Mauritaniens sont tenus de travailler à redresser cette distorsion dont l'élimination sera, à coup sûr, d'un bénéficie inestimable pour le pays et le mieux-être de l'ensemble des populations. Une des conditions déterminantes pour le succès d'une politique de dialogue sincère réside dans la confiance mutuelle entre les citoyens, dans le sentiment de partager le même sort, d'être animés par le même idéal et de bénéficier amplement du droit à la différence dans l'action pour la réalisation des objectifs communs. Notre passé récent, le vécu des citoyens des régions du sud du pays, ont vu s'effondrer des pans entiers de la confiance entre les citoyens. Cette question mérite, plus que toute autre, l'attention de l'ensemble des acteurs de la scène nationale pour esquisser des compromis et des règles acceptées et applicables à tous, pour jeter les bases d'une confiance et d'un élan national nouveau, ciment des actions communes à venir. Les vestiges marquants de l'esclavage confinent dans des conditions de paria une grande masse de nos citoyens. Nous avons besoin d'éradiquer complètement ces séquelles avec détermination et esprit de suite. Parlons ensemble des mesures visant à évaluer objectivement la situation des Suudan, à légiférer sans ambiguïté sur la question, en particulier en inscrivant le délit esclavagiste et raciste au code pénal. Un programme social, fondé sur la discrimination positive, devrait tendre à annihiler lesdits vestiges au cours des premières décennies du XXIè siècle. La Mauritanie est plus saharien des pays sahéliens. C'est dire que l'équation aux paramètres portant sur l'environnement, la population et le développement y est des plus complexes et des plus difficiles à résoudre. Elle devrait occuper une place centrale dans nos réflexions, avant que le pays ne soit confronté à des situations irréversibles. Gérer de manière parcimonieuse nos ressources naturelles (du sol, du sous-sol, de la mer, des fleuves et cours d'eau, etc.) en rapport avec les besoins immédiats et la pérennité des ressources renouvelables pour nos descendants, moduler notre rythme de croissance avec celui de nos richesses, sont autant de questions cruciales pour nous-mêmes et pour les générations futures. Le siècle finissant annonce une révolution technologique sans précédant depuis la révolution industrielle du XIXè, en particulier dans le domaine des communications (Internet par exemple). L'Afrique et le monde arabe seront-ils en reste, à la traîne des changements de grande portée historique que l'humanité va vivre? Il est inadmissible pour les forces vives de notre pays, en tout premier lieu l'intelligentsia, de continuer son train-train quotidien et de ne pas relever le défi. Les rapports avec nos voisins connaissent une détente certaine, comparativement à la fin des années 80. Ces progrès ont besoin d'être portés à un niveau encore plus important. A observer la fragilité des pays africains et l'évolution de la situation mondiale vers la constitution de grands ensembles, les Mauritaniens pourraient prendre des initiatives hardies visant à renforcer l'intégration régionale, au Nord comme au Sud. Voilà, brièvement esquissées, quelques uns des défis majeurs qui nous interpellent, par delà nos différences de projets de sociétés, en dépit des différends de tous ordres qui nous opposent. En nous concentrant sur ces défis, en travaillant activement et sincèrement à trouver des compromis pour nous donner les meilleures chances de les relever, à coup sûr nous parviendrons à un jugement plus équilibré de nos différends. C'est ainsi que nous arriverons à les maintenir dans les limites compatibles avec le salut de la Mauritanie et la sauvegarde de l'unité de ses populations. Malgré les dérives politiciennes en Mauritanie et dans le reste du monde, nous sommes partisans d'une certaine éthique en politique, respectueuse de la fidélité à des principes clairement définis, respectueuse des engagements pris et se gardant de limiter les horizons de ses analyses à se satisfaire des difficultés que rencontrent les concurrents et des crises qui assaillent ses adversaires. Au delà de ces difficultés et de ces crises, les hommes politiques devraient envisager le développement de celles-ci en rapport avec les défis majeurs auquel leur pays et leurs populations sont confrontés, pour voir dans quelle mesure certains développements favorisent ou gênent le salut du pays et l'unité de son peuple. C'est suivant cette optique que nous avons tenté d'esquisser les ligne de forces du dessein historique de notre pays. Ce dessein historique n'est pas un mirage comme le prouve l'histoire de notre peuple et l'expérience de ses fils: si certains Mauritaniens sont capables du pire, la majorité d'entre nous sont porteurs du meilleur, pourvu que nous y croyions, que nous puisions au plus profond de nous-mêmes et que nous soyons disposés à consentir les sacrifices que la situation exige. Mohamed Ould Maouloud, et Ba Boubakar Moussa

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