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Sur la situation socio économique

Document produit en début 1999


1. QUELQUES FAITS MARQUANTS

2. LES CAUSES FONDAMENTALES DE LA CRISE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

3. LES LIMITES RÉELLES DE CERTAINES PRISES DE POSITION

4. GRANDES LIGNES DE NOTRE PROGRAMME ALTERNATIF

5. PROPOSITIONS CONCRÈTES POUR UNE APPROCHE CONSENSUELLE DANS LA DÉFINITION D'UN PROGRAMME ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DE SORTIE DE CRISE

6. A lire aussi "compte rendu d'une conférence de presse"


La montée en flèche des prix, en particulier des denrées de première nécessité, l'érosion de l'ouguiya par des dévaluations successives et la baisse vertigineuse du pouvoir d'achat des citoyens, assombrissent considérablement le climat social et suscitent l'inquiétude légitime dans nombre de familles mauritaniennes. A l'évidence, notre pays est entré dans une période de dépression profonde.   Comment en est-on arrivé là ? Quelles sont les raisons profondes de la crise ? Quel est le niveau de pertinence des réponses esquissées ici et là ? Et, par dessus tout, quelles sont les solutions possibles de sortie de crise ? C'est à l'ensemble de ces questions que notre parti va tenter de trouver un début de réponses.


1. QUELQUES FAITS MARQUANTS

A Nouakchott, en moins d'un an, le lait Gloria est passé de 40 à 50 UM la boîte ; le lait Rose de 100 à 130 UM l'unité ; l'huile de 155 à 225 UM le litre ; le kg de sucre de 90 à 110 UM ; le kg de poisson de 200 à 300 UM et de 450 à 600 UM selon la qualité ; le kg de viande de mouton de 400 à 600 UM ; celui du charbon de 40 à 50 UM, etc. L'accroissement varie de 20 à 50 % selon le produit, et selon le point de vente. (Voir tableau des prix réactualisé en 2002) L'ouguiya n'en finit pas de se déprécier. De 1973 à nos jours, sa dévaluation est de l'ordre de 50 % par rapport au franc CFA, et de 400 % par rapport au FF. Étant donné la faible progression des salaires, voire leur blocage, le pouvoir d'achat des travailleurs s'effrite, tandis que les possibilités d'accès des paysans, des éleveurs et des chômeurs des bidonvilles au minimum vital s'amenuisent de jour en jour. Les richesses du pays se concentrent entre les mains d'un groupe de Mauritaniens de plus en plus restreint, tandis que des citoyens valeureux, ayant pourtant fait la preuve de leur capacité à entreprendre, voient leurs affaires péricliter sans espoir de redressement. Des pans entiers des classes moyennes (professeurs d'université, cadres supérieurs, dirigeants de petites et moyennes entreprises, officiers des forces armées, etc.) grossissent les rangs des catégories les plus démunies de la société, démentant ainsi les affirmations selon lesquelles la pauvreté est en recul. Les Mauritaniens perdent de plus en plus leurs repères sociaux et éthiques, et côtoient des pratiques jadis étrangères à leur société ou, tout au moins, marginales: les crimes à Nouakchott sont devenus quotidiens, les vols innombrables, la prostitution et la mendicité de plus en plus agressives. Pour le gouvernement mauritanien et ses partenaires, l'échéance en 1999 de la dette publique qui se chiffre à 150 millions de dollars par an est un cauchemar. Comment l'honorer ? Comment la différer alors que les chiffres avancés depuis bientôt cinq ans pour vanter les qualités du "bon élève de la Banque mondiale" qu'est notre pays constituent encore les références, même s'ils suscitent de plus en plus de doutes quant à leur fiabilité, et portent fortement atteinte à la crédibilité des autorités ? Face à la gravité de la situation économique et sociale et à l'urgence des mesures à prendre pour surmonter la crise, le gouvernement mauritanien et le groupe de la Banque mondiale ont négocié, dans le secret des bureaux de Washington, de nouveaux accords à l'issue desquels notre pays a certainement pris des engagements et a dû, le couteau sur la gorge, céder à de nouvelles conditionnalités. Les mois à venir réservent certainement aux Mauritaniens des sacrifices immenses sans qu'ils aient été associés à la réflexion de décisions les engageant, sans qu'ils soient assurés que leurs efforts ne seront pas vains.


2. LES CAUSES FONDAMENTALES DE LA CRISE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

La grave crise économique et sociale que vit la Mauritanie est le résultat de la mise en oeuvre de la politique d'ajustement structurel, conçue conjointement par le gouvernement mauritanien et ses partenaires au développement, en particulier le groupe de la Banque mondiale. Voyons de plus près la part de responsabilités des uns et des autres.

2.1. Ceux qui exercent les charges suprêmes du pouvoir assument la responsabilité principale dans la crise actuelle :

Il n'est un secret pour personne que dans notre pays ce sont les experts de la Banque mondiale qui définissent les grandes lignes de la lettre d'engagement du gouvernement, la mettent en forme et la présentent à la signature des autorités. En se comportant ainsi, le gouvernement renonce à la souveraineté du pays et se soumet aux injonctions des bailleurs de fonds, en particulier du groupe de la Banque mondiale. Les différentes étapes du processus de négociation (au cours desquelles la majorité des acteurs économiques nationaux sont tenus à l'écart), les conditions particulièrement défavorables dans lesquelles elles se déroulent, réduisent considérablement les marges de manœuvres et les possibilités de négocier avec un minimum d'atouts susceptibles de préserver les intérêts du pays. Parce que bien souvent les autorités n'ont en vue que les exigences du quotidien, elles s'empressent de céder aux injonctions des partenaires du pays, avec comme unique souci d'acquérir des ressources, sans se préoccuper des conditions d'octroi et sans en mesurer les implications. C'est pour cela que les experts du gouvernement mauritanien s'échinent par la suite à trafiquer les chiffres pour remplir les conditions des décaissements, finissant, au bout du compte - comme c'est le cas actuellement - par être pris en flagrant délit de tricherie et de non-respect des engagements pris. Le manque de transparence qui caractérise la gestion des richesses du pays et des ressources de l'aide favorise la mise en place de véritables oligopoles, la corruption, le détournement impuni des deniers publics, indiquant à quel point le libéralisme proclamé couvre la rapine et renforce les puissants au détriment des plus faibles. L'exemple de la Fédération Nationale des Transports, de monopoles organisés pour l'importation et la distribution de produits de première nécessité, l'abdication de certaines attributions de l'Etat au bénéfice d'intérêts privés, donnent la mesure de la libéralisation mise en oeuvre et du traitement discriminateur dont la majorité des opérateurs économiques sont victimes. L'exemple de la SAMIA et du pool des grands producteurs et importateurs de riz est suffisamment illustratif du bradage d'un certain nombre d'entreprises publiques au bénéfice d'opérateurs peu soucieux de la protection de la production nationale et de maintien de certains équilibres sociaux. Le traitement discriminatoire se manifeste également dans l'accès aux crédits et aux devises, ainsi que dans le recrutement et le traitement des cadres. Ceux-ci sont traités selon leur allégeance au pouvoir et non suivant leur compétence et l'évaluation objective des résultats de leurs activités. La politique économique mise en oeuvre depuis plusieurs décennies aboutit souvent au gaspillage de ressources rares, au point de mettre en péril leur pérennité. Il en est ainsi, par exemple des ressources halieutiques. De 1979 à 1992 le secteur de la pêche a connu une expansion considérable, ayant nécessité des investissements de l'ordre de 40 milliards d'ouguiya. Les accords signés avec l'union européenne, en livrant les eaux mauritaniennes au pillage de bateaux subventionnés, en l'absence de tout contrôle, ruinera, à terme, les efforts entrepris par le pays et les opérateurs nationaux et finira par tuer "la poule aux oeufs d'or". Selon un rapport récent de la fédération des industries, sur 60 unités industrielles mauritaniennes seul un quart tourne de manière continue. Les autres unités soit sont à l'arrêt, soit fonctionnent au ralenti. La réforme du système bancaire, en particulier la cession des banques primaires aux opérateurs privés, aurait dû, entre autres objectifs, faciliter l'accès aux crédits. On aboutit à la situation paradoxale où les taux pratiqués (de l'ordre de 27 %, sans impôts, ni taxes), au delà de tout entendement et de tout encouragement aux activités économiques, réduisent considérablement la demande. Les piliers fondamentaux de l'État connaissent un pourrissement avancé, en particulier au niveau des forces publiques, de la justice et du système pénitencier. C'est en ces différentes facettes que se décompose la responsabilité du gouvernement de notre pays. Qu'en est-il du rôle de nos partenaires ?

2.2. La responsabilité des partenaires de la Mauritanie, en particulier le groupe de la BM, est pleinement engagée dans l'échec cuisant de la politique économique mise en oeuvre depuis une décennie :

Quatre éléments essentiels permettent de caractériser les fondements de la politique de coopération développée par les partenaires, le groupe de la Banque mondiale notamment, en direction de la Mauritanie. En s'entêtant à croire qu'ils connaissent bien (voire mieux que nous-mêmes !) les raisons de nos difficultés et qu'ils détiennent les solutions et les ressources nécessaires à notre salut, ils ont une vision paternaliste des rapports avec notre pays, de sa situation et de son devenir. Il est vrai, à leur décharge, que la facilité avec laquelle les différents gouvernements qui se sont succédés à la direction du pays se départissent de leur souveraineté dans la définition de la politique générale du pays, les a bien souvent encouragés et confortés dans leur démarche. On entend souvent dire : "Que voulez-vous que nous fassions, ce sont les bailleurs qui ont les moyens, nous sommes bien obligés de satisfaire leurs exigences pour bénéficier de leur aide." Ceux qui raisonnent ainsi oublient bien souvent qu'il s'agit, généralement, de prêts remboursables par les générations futures et non de dons gracieux. Nul ne pourrait donc reprocher à notre pays d'en négocier de pied ferme les conditions, de s'assurer des avantages qu'il en retirera et de surveiller scrupuleusement leur utilisation afin de garantir leur rentabilisation effective. C'est ainsi, par exemple, que le Ghana, le Botswana et certains pays asiatiques ont pu négocier et obtenir des accords bénéfiques avec le groupe de la Banque mondiale, après avoir défini souverainement les fondements de leur politique économique et sociale de sortie de crise. L'approche que les partenaires de la Mauritanie, en particulier le groupe de la Banque mondiale, ont de l'ajustement structurel est une approche extravertie. Il ne s'agit pas pour eux de contribuer à l'édification d'une économie nationale endogène et auto entretenue, mais de mieux insérer la Mauritanie dans les circuits d'échanges mondiaux, dominés par les pays les plus riches et fondés sur des rapports inégaux, pour ne pas dire néocoloniaux. En contradiction flagrante avec l'expérience de l'édification de l'économie de marché dans leurs pays, en rupture complète avec les leçons des succès économiques des pays émergents de l'ensemble des continents, les partenaires de la Mauritanie, en particulier le groupe de la Banque mondiale, travaillent à fragiliser l'État, contribuant ainsi à rompre les fondements de la compétition économique sur des bases équitables, de la défense de la justice sociale, d'un arbitrage efficient de la puissance publique. Les réserves que suscite l'Accord Multinational d'Investissement (AMI) au sein de la communauté internationale remettent formellement en cause l'approche de la Banque mondiale en la matière. En effet, l'AMI préconise la libéralisation complète de l'investissement dans tous les pays, offrant ainsi la possibilité aux investisseurs privés de bafouer la politique définie par les gouvernements de pays souverains dans la défense de leur production nationale, pour la protection de l'environnement, des droits sociaux de leurs citoyens et pour la préservation de leurs valeurs civilisationnelles et culturelles. La conception générale du développement économique de nos partenaires, en particulier le groupe de la Banque mondiale, procède d'un parti pris idéologique délibéré, de défense absolue de la propriété privée, alors que l'économie réelle atteste, de manière évidente, de l'existence d'une variété d'acteurs comme l'État, les opérateurs privés, les collectivités locales et les organisations volontaires et associatives. En outre, cette conception générale de la Banque mondiale se rattache à trois courants idéologiques de l'économie politique libérale : la "nouvelle économie politique", l'analyse "néo-institutionnaliste" et les théories de la société civile. Ces trois courants ont en commun de vider le politique de sa substance et d'analyser les acteurs politiques comme acteurs économiques. Mais, par dessus tout, en rupture avec la réalité économique, ils défendent farouchement la libéralisation complète des échanges, en supposant remplies les conditions de la concurrence parfaite. La politique du groupe de la Banque mondiale, marquée par les caractéristiques décrites précédemment, a montré de sérieuses limites en Asie et en Russie : les Mauritaniens ont le devoir d'ouvrir les yeux pour en tirer courageusement les leçons.

2.3. Avoir le courage et la lucidité de tirer les leçons des contre-performances, voire des échecs, du groupe de la Banque mondiale :

En Asie du Sud-est, le FMI et la Banque mondiale ont procédé à des prévisions exagérément optimistes avant la crise, s'en tenant uniquement à l'apparence clinquante des résultats économiques, restant aveugles sur les faiblesses structurelles du système de crédit, des financements fondés exclusivement sur les ressources extérieures et des investissements spéculatifs. La profondeur de la crise et l'inquiétude qui en a résulté ont suscité, au niveau du FMI et de la Banque mondiale, des analyses particulièrement pessimistes, prenant uniquement en compte les difficultés du moment, mais perdant de vue les possibilités réelles de reprise, étant donné l'importance des potentialités et des ressources matérielles et humaines locales. En Russie, paniqués par le naufrage économique et politique du pays et ses répercussions mondiales, le FMI et la Banque mondiale ont englouti d'énormes ressources financières, en l'absence de toute élaboration d'un programme de sortie de crise cohérent, sans s'assurer d'engagements clairs et précis du gouvernement russe, encore moins définir des mesures institutionnelles en garantissant la mise en oeuvre et l'évaluation future. Tous les observateurs et analystes objectifs n'hésitent pas à conclure, qu'en Russie, le FMI et la Banque mondiale ont volé au secours d'un pouvoir incompétent, corrompu et maffieux, sur la base de considérations uniquement idéologiques. Aujourd'hui, la cagnotte du FMI est vide, sans espoir de résultats probants pour les crédits engloutis, entamant ainsi largement la confiance de ses contributaires, en dépit de la récente décision du congrès américain de verser la contribution attendue de longue date des USA, évitant ainsi la faillite de ladite institution. Plusieurs acteurs de la scène nationale ont pris position sur la crise économique et sociale. Voyons de plus près leurs démarches et les suggestions avancées par quelques uns d'entre eux.


3. LES LIMITES RÉELLES DE CERTAINES PRISES DE POSITION

Des syndicats, des partis politiques, des citoyens par milliers, dénoncent, à juste titre, la gravité de la crise économique et sociale en cours. D'une manière générale, ils décrivent avec colère le vécu quotidien des citoyens et dénoncent les situations intolérables et la détresse que vivent la majorité d'entre nous. S'agissant des partis politiques, les prises de position, marquées par la virulence des propos, ont surtout frappé par l'absence de propositions de sortie de crise, ou tout au moins, de suggestions susceptibles de contribuer à alléger les souffrances des plus démunis, à défaut de proposer des formes de lutte visant à défendre leur pouvoir d'achat. A cet égard, la déclaration la plus remarquable et la plus digne d'intérêt est certainement celle du groupe de M. Ahmed Ould DADDAH, rendue publique le 17 septembre 1998. A la lecture des trois quarts de la déclaration on retire l'impression que le pouvoir en place est un système corrompu, incompétent, irrémédiablement voué à l'échec dans la gestion des affaires du pays. La conclusion légitime que le lecteur pourrait en tirer c'est l'impérieuse nécessité de le remplacer pour avoir quelque chance de sortir de la grave crise actuelle. Or, - surprise ! - dans la dernière partie, les auteurs de la déclaration, tout en gardant le silence sur la politique d'ajustement structurel (fondement de la politique économique du pays) esquissent quelques critiques à l'endroit des partenaires et souhaitent "l'augmentation de l'aide", exhortent "tous les amis de la Mauritanie, l'ensemble de ses partenaires ... à mettre en oeuvre avec notre pays, par les voies et moyens adéquats, une politique de coopération conçue et exécutée de façon à atteindre ses nobles objectifs en servant véritablement le progrès socio-économique et l'épanouissement de l'ensemble de la communauté internationale." Comment ? Là gît tout le mystère ! Si l'on s'en tient au contenu de la première partie de la déclaration, l'augmentation de l'aide, la mise en oeuvre de la politique avancée, sous la direction du pouvoir en place, sont inéluctablement voués à l'échec. Mais alors, pourquoi rester silencieux sur la question et s'abstenir, volontairement, d'appeler au remplacement du gouvernement et à la cessation d'une aide qui sera livrée aux détournements et aux gaspillages ? Sinon, vise-t-on à convaincre les partenaires de la Mauritanie d'exercer les pressions nécessaires sur les autorités pour les contraindre à appliquer la politique préconisée ? Compte-t-on, par ce moyen, imposer le dialogue et les réformes que l'on propose ? Tout le laisse croire. En effet, la déclaration elle-même est destinée aux partenaires au développement de la Mauritanie, comme pour rechercher la légitimité extérieure, au détriment de la légitimité politique et sociale interne, la seule qui ait quelques chances de succès, à condition qu'elle soit fondée sur les besoins, les préoccupations et les dispositions des populations, emporte leur adhésion et prenne appui sur le potentiel et les ressources économiques du pays. Il n'y a rien de plus désolant pour une partie prenante du jeu politique national que d'appeler à l'intervention extérieure pour imposer des solutions aux problèmes mauritaniens. Si, comme cela ressort clairement, l'on escompte les changements en donnant la priorité à la quête de la légitimité extérieure, il se comprend aisément qu'on ne souffle mot sur l'ajustement structurel et qu'on se fasse le complice, par défaut, de l'approche des partenaires, y compris leur conception de la mondialisation. Quel ajustement et quelle mondialisation pour assurer la sortie de la crise et le développement durable de la Mauritanie ? Aucun citoyen, nulle partie prenante du jeu politique, économique et social en Mauritanie, soucieux de surmonter les mauvais moments que nous vivons et d'esquisser des solutions viables pour l'avenir de notre pays, ne saurait continuer à garder le silence sur ces questions.


4. GRANDES LIGNES DE NOTRE PROGRAMME ALTERNATIF

A ce stade de notre réflexion, en attendant de pouvoir étudier avec minutie la situation concrète des secteurs essentiels de l'économie nationale comme le système financier et bancaire, l'agriculture, les mines, la pêche, les industries, le commerce, etc., et d'avancer des propositions concrètes, nous nous contenterons de définir les principes directeurs de notre politique économique.

4.1. Principes directeurs :

Les Mauritaniens, comme tous les autres peuples, ont le droit et le devoir de s'accorder sur les grandes lignes du régime économique et social de leur choix. Pour y parvenir, il est avant tout primordial et décisif de définir de manière souveraine la politique économique du pays, d'en assumer les résultats (les succès comme les revers), de revendiquer le droit à l'erreur et la possibilité de vérifier soi-même la pertinence des choix possibles. La définition de la politique économique du pays, de ses projets de développement obéît depuis plusieurs décennies à une logique contraire à tout entendement : notre pays compte avant tout sur ce que nos frères, nos amis de par le monde et nos partenaires sont disposés à consentir pour nous aider. Non seulement rien de consistant et de durable ne peut être édifié sur cette base, mais cette approche tisse des liens de dépendance qui, à terme, livrent le pays à la soumission aux exigences de ses partenaires, l'exposant, à l'avenir, à l'incapacité d'assumer souverainement ses choix. Pour le développement économique et social de notre pays, nous devons donc compter sur nos propres forces, sur les efforts, le travail et le génie créateur des Mauritaniens, l'aide et le soutien des frères, des amis et des partenaires venant en appoint. La revendication de l'exercice de la souveraineté devient pure vanité ou un vœux pieux si l'on n'a pas une vue claire des fondements, des objectifs, des moyens et des voies de l'édifications de l'économie de son pays. Pour ce faire il est capital de se doter d'une approche endogène, fondée sur une bonne connaissance de nos ressources, sur les besoins, les préoccupations et les dispositions des citoyens, en particulier des plus démunis Le train de vie de l'État, les priorités commerciales du pays sont loin d'être en adéquation avec les ressources du pays et ses besoins les plus pressants. Il est affligeant pour une personne, à fortiori pour un pays, de devoir céder aux pressions des autres pour revenir à un comportement digne et raisonnable pour son existence, conforme à ses ressources et aux résultats prévisibles de ses activités. Il importe donc de s'auto ajuster, en veillant à ce que le train de vie du pays, de ses responsables et des ses institutions soient conformes à ses ressources. Le monde est pluriel, les références et les repères multiples : l'acceptation de cette évidence devrait susciter et renforcer l'humilité au sein des grandes aires de civilisations et les convaincre de s'enrichir mutuellement - les unes et les autres ayant leurs points forts et leurs points faibles. Il est fondamental, à cet égard, d'enraciner ses choix économiques dans ses traditions positives et ses valeurs culturelles et civilisationnelles, en s'enrichissant des expériences dignes d'intérêt des autres pays et peuples. L'économie réelle (qui est plurielle !) met en évidence l'existence d'acteurs multiples, allant de l'État aux individus, en passant par les entreprises, les collectivités locales, les organisations volontaires et associatives. C'est la diversité de ces acteurs, leur spécificité et leurs relations mutuelles qui constituent la trame du tissu économique et social, le fondement de ses dynamiques internes. Les approches unilatérales qui tendent à ne voir que les intérêts d'une catégorie d'acteurs, à vouloir réformer les fondements de l'économie et de la société sur la base d'un parti pris délibéré, voire absolu, au bénéfice de ceux-ci, conduira irrémédiablement à la confrontation, aux bouleversements sociaux et à l'échec. Ainsi en a-t-il été du dirigisme d'État en Afrique, durant les trois premières décennies qui ont suivi les indépendances de 1960, ainsi en sera-t-il pour le libéralisme sauvage fondé sur l'appui exclusif sur les acteurs privés. L'avenir du développement en Mauritanie dépendra largement de la capacité à garantir la concurrence libre, émulative et autant que possible complémentaire entre l'ensemble des acteurs de l'économie. C'est l'une des raisons fondamentales de la nécessité d'édifier un Etat de droit, capable d'aider à la promotion de règles de jeu équitables, sur tous les plans, d'assurer l'accès égal des citoyens à leurs droits, d'arbitrer leurs différends, de leur offrir une justice équitable et de veiller à l'assumation par les uns et les autres des devoirs qui leur incombent. Il en a été ainsi des siècles durant dans de nombreux pays, il en sera également ainsi pour plusieurs générations, en particulier dans les pays où la démocratie moderne est encore balbutiante. Un minimum de justice sociale, de répartition acceptable des richesses entre les citoyens, les groupes d'intérêts et les catégories sociales ont marqué, des siècles durant, la société mauritanienne dans l'ensemble de ses composantes, par delà leurs fondements inégalitaires. De nos jours les équilibres sont rompus et les écarts de richesses entre les citoyens devenus intolérables, au point de mettre en péril la société toute entière. Il s'agit de jeter de nouvelles bases d'un partage équilibré et équitable des ressources nationales, en tenant compte, à la fois, des différentes couches et opérateurs économiques en présence, des disparités régionales et de la diversité nationalitaire.

4.2. L'établissement de nouveaux rapports de partenariat, fondés sur le respect mutuel et les avantages réciproques :

Depuis l'époque coloniale, les rapports qui se sont établis et continuent de prévaloir entre la Mauritanie et ses partenaires, sont fondés sur la domination et le diktat. S'il en est encore ainsi, en particulier dans le domaine économique, la responsabilité principale en revient d'abord aux Mauritaniens, ceux qui exercent les plus hautes charges quant à la définition et à la mise en oeuvre de la politique générale du pays. Du fait que les relations ne sont pas fondées sur le libre choix des bénéficiaires de la coopération, les deux parties sont, au bout du compte, perdantes. D'abord les citoyens des pays fournisseurs qui, en consentant des efforts et des sacrifices, en attendent des retombées positives dans les pays récipiendaires, pour en tirer satisfaction, réduire leurs privations et pouvoir, plus tard, s'en dispenser. Mais également les ressortissants des pays bénéficiaires qui escomptent soulager leurs souffrances du moment et jeter les bases nécessaires de leur développement, afin, à terme, de se passer de l'aide. Le bilan des vingt-cinq dernières années de la politique de coopération entre les pays de l'OCDE et l'Afrique, établi par le Club du Sahel, est très révélateur : des ressources immenses ont été englouties sans que des résultats vraiment significatifs en aient résulté. Le moment est plus que jamais venu de procéder à une révision profonde de la coopération, pour jeter de nouvelles bases d'un partenariat porteur de succès durables et mutuellement avantageux.


5. PROPOSITIONS CONCRÈTES POUR UNE APPROCHE CONSENSUELLE DANS LA DÉFINITION D'UN PROGRAMME ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DE SORTIE DE CRISE

Si notre parti est arrivé à la conclusion que la politique mise en oeuvre depuis plus d'une décennie a échoué, il ne prétend pas pouvoir, à lui seul (ou même avec l'opposition toute entière), trouver des solutions durables à la crise. Bien au contraire, il est conscient des échecs de l'opposition à présenter une alternative crédible et consistante à la politique actuelle. Il est convaincu que le pays vit l'un de ces moments historiques au cours desquels le salut national exige la conjugaison des efforts, du génie créateur et des dispositions aux sacrifices de tous ses enfants. Notre parti est également convaincu de l'existence de nombreux cadres, hommes d'affaires, entrepreneurs, associations, petits producteurs, etc., valeureux, compétents et capables, au sein comme en dehors de l'administration ou des partis politiques constitués. La mise en commun de l'intelligence, des ressources et des capacités de tous, pour le salut national, y compris dans le domaine économique et social, constitue le fondement de notre politique de compromis national.

C'est sur la base de ces convictions que nous avançons les propositions qui suivent, dans le souci de les partager avec tous les Mauritaniens, pour les enrichir, les amender et parvenir à des conclusions consensuelles en la matière : Tout d'abord des mesures immédiates et conservatoires s'imposent. Nous pouvons citer, entre autres :

- La publication du contenu des nouveaux accords entre la Mauritanie et le groupe de la Banque mondiale. C'est la première exigence de la transparence dont se réclament de nombreux acteurs de la scène nationale et internationale. - L'établissement de la liste des denrées les plus sensibles pour les populations (mil, blé, lait, viande, poisson, riz, huile sucre et thé) et le gel de leurs prix et de celui des médicaments essentiels génériques, en prenant les mesures garantissant leur respect par les moyens les plus adéquats (boutiques-témoins, points de vente et mesures répressives), et en y associant les consommateurs. - La hausse des salaires les plus bas, de la fonction publique et du secteur privé, et leur indexation sur le coût de la vie - La création d'un fonds de solidarité, alimenté par le prélèvement sur les fortunes les plus élevées, la contribution de l'Etat, de mécènes, des citoyens et de tout autre contributaire. L'efficience de l'utilisation de ce fonds sera conditionnée par la transparence de la gestion, la pertinence et l'impartialité de ses interventions, et le mode de contrôle et d'évaluation de ses actions. - L'adoption de mesures de protection de la production nationale, de l'agriculture et de l'industrie, dans les campagnes comme dans les centres urbains. - La diffusion des résultats de la cour des comptes et la prise de sanctions contre tous les coupables de détournements avérés, en les obligeant à restituer les biens qu'ils ont mal acquis. - La mise en place d'une commission de personnes intègres et dignes de confiance, chargée de faire des propositions sur la moralisation de la gestion des biens publics et le mode d'accumulation des richesses.

Ensuite, il convient de tenir, dans les meilleurs délais, des états généraux de l'économie, impliquant l'ensemble des acteurs concernés (l'Etat, les opérateurs privés, les représentants des ONG, du secteur informel, des syndicats, de la CGEM, les partis politiques, les partenaires comme observateurs.

Les états généraux de l'économie s'attacheront à trouver des réponses aux préoccupations suivantes:

- la définition des grandes lignes d'une politique nationale et consensuelle de sortie de crise ; - la détermination de mesures susceptibles de maintenir les variations de prix des denrées de première nécessité dans des limites tolérables pour les catégories les plus démunies ; - les mesures urgentes visant à constituer des commissions de réflexion auprès des états généraux, portant sur les dossiers dont l'examen est prioritaire et dont les conclusions, à des délais fixés d'avance, seront soumis aux plénières des états généraux. On peut citer à titre d'exemples illustratifs : - Analyse de situation et mesures de réformes profondes. Quel ajustement, pensé par nous-mêmes, en partant de nos ressources propres, des besoins et des préoccupations des citoyens, permet l'édification d'une économie endogène, fondée sur l'équité, la transparence et l'État de droit, sur la concurrence libre et émulative des acteurs en présence, en adéquation avec le souci de l'autonomie collective des ensembles sous-régionaux ? - Monnaie, Finances et Crédits ; - La politique rurale : analyse de la situation, enjeux majeurs, fondements et objectifs ; - La politique de pêche et la gestion de l'environnement marin ; - Mines, Énergie et développement en Mauritanie ; - Éducation, Formation et Gestion des Ressources Humaines ; - Quelle partenariat, pour quel développement ? - Etc., etc.

Il s'agira ensuite de renégocier les rapports entre la Mauritanie et ses bailleurs, en particulier le contenu actuel de la politique d'ajustement structurel. Enfin, la mise en oeuvre et l'évaluation d'un programme de sortie de crise n'ont de chance de succès que sous la direction de personnes intègres, d'institutions adéquates et compétentes, jouissant de la confiance de l'ensemble des acteurs, pratiquant une gestion transparente et soumis aux contrôles nécessaires. Nous lançons un appel à tous les Mauritaniens, au sein comme en dehors des partis, aux syndicats, aux organisations non-gouvernementales, aux associations, aux opérateurs économiques, au gouvernement, aux partenaires du pays, pour que les uns et les autres mesurent la gravité de la situation et l'importance des enjeux, afin que tous ensemble, nous recherchions des solutions consensuelles dont les succès et les revers renforceront progressivement la conjugaison de nos efforts pour relever les défis historiques qui nous interpellent. ہ toutes les victimes de la crise économique et sociale, nous souhaitons tout le courage nécessaire pour mener des luttes massives, légales et pacifiques, visant à défendre leur pouvoir d'achat, à s'opposer aux spéculations sur les denrées de premières nécessité. Ces luttes devront également s'accompagner de la volonté de négocier et de rechercher des compromis avec les employeurs et les autorités à tous les niveaux requis.

Document publié en début 1999


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Dernière modification : 15 avril 2008

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