Unité- Démocratie- Justice sociale

Accueil Contactez-nous Sommaire


Google

 

sur le Web

Sur ufpweb.org

 

Accueil ] Remonter ] Ensemble surmontons ... ] Sur la situation socio économique ] Sur la réforme de l'enseignement ] Suite Question de l'esclavage en Mauritanie ] La question de l'esclavage en Mauritanie ] Observations sur la "question de l'esclavage" en Mauritanie ] les méfaits de la pègre mauritanienne ] Haiti, ingérence humanitaire ou intervention hégémonique ? ] Mythes5 ] Mythes4 ] Mythes3 ] Mythes2 ] Esclavage :Mythes et réalités ] Les enjeux majeurs de notre monde ] Droits de l'homme et mondialisation ] Sur la déliquesce de l'Etat ] Compte rendu d'une conférence de presse ] [ Ensemble conjurons ... ]

Ensemble conjurons ...


Ensemble, conjurons les dangers et construisons l'avenir ! Par Mohamed O. Maouloud, Md El Moustapha O. Bedredine et Bâ Boubacar Moussa

(Calame n° 175 du 8 avril 1997)

1. Contexte international et situation préoccupante de l'Afrique

2. Bref aperçu sur la situation sous régionale

3. Quelques traits marquants de la situation nationale

4. Ensemble, conjurons les dangers et construisons l'avenir


Le passif relatif aux droits des personnes, la question de l'esclavage et les passions qu'elle suscite, la compétition autour de la gestion des terres de cultures, sont autant de sujets préoccupants qui continuent de marquer la vie des Mauritaniens. Plus récemment, les résultats des élections législatives d'octobre 96 ont engendré des déceptions profondes au sein de l'opinion publique, enlevé tout crédit au processus démocratique: les possibilités d'ouvrir, enfin, des espaces de concertation, de recherche de solutions consensuels salvatrices, porteuses du salut national, ont semblé alors dangereusement compromises. Il en a découlé un fort courant pessimiste au sein de l'opinion publique, et un désarroi des plus inquiétants au niveau de l'intelligentsia. S'ajoutant à cette atmosphère préoccupante, la montée des prix de denrées sensibles aggrave les inquiétudes et les conditions de vie misérables de l'immense majorité des citoyens tandis que le nombre de ceux qui se partagent l'essentiel des richesses nationales se rétrécit de plus en plus. (esclavage, droits de la personne, problèmes de terres, etc.). L'interdiction de la marche de l'opposition durant le mois de mars, le préavis de grève du syndicat des enseignants du secondaire (SIPES) et les mises en résidence surveillée de quelques uns de ses responsables, l'occupation du siège du syndicat, l'arrestation d'une dizaine d'étudiants, le quadrillage impressionnant des rues par les forces publiques, entament gravement les libertés démocratiques que les citoyens croyaient définitivement acquises. C'est dire qu'un faisceau de facteurs se conjuguent, des nuages s'amoncellent et annoncent des différends de société dont il convient de cerner l'ampleur et les enjeux afin que leurs développements enfantent de nouvelles règles du jeu démocratique porteuses de progrès. Cela n'est possible que si l'ensemble des acteurs en présence, ou la majorité d'entre eux tout au moins, ont conscience du fait que d'autres facteurs mettant en cause l'existence du pays et l'unité de son peuple se développent en même temps et qu'il convient d'y faire face, faute de pouvoir les conjurer. Pour mesurer la dimension des difficultés présentes et les efforts considérables qu'elle exige des Mauritaniens soucieux de l'avenir de leur pays, essayons de voir de plus près quelques uns des traits essentiels du contexte international, de la situation du continent et de la sous-région.

REMONTER


1. CONTEXTE INTERNATIONAL ET SITUATION PRÉOCCUPANTE DE L'AFRIQUE

L'effondrement de l'empire soviétique a introduit des changements profonds dans le monde: les Etats-Unis d'Amérique exercent désormais leur hégémonie sur l'ensemble de la planète et dictent leur politique au niveau de toutes les institutions internationales, en particulier les Nations unies. Ils tentent d'imposer leur diktat et leur vision du monde à l'ensemble des pays et des peuples qui y résistent. Sur un autre plan, on assiste à une concurrence acharnée entre plusieurs pays pour le partage des zones d'influence et des marchés (USA, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Chine, Canada, etc.). Des regroupements régionaux préférentiels s'opèrent : l'Union européenne, l'ALENA (USA, Canada, Mexique), etc. Le marché immense de la Chine fait l'objet de nombreuses convoitises alors que ce pays prend de l'importance sur l'échiquier mondial, tendant à devenir une puissance de tout premier plan pour le siècle à venir. Les "dragons" d'Asie, du fait de la politique économique de leurs gouvernements, de la qualité de leurs ressources humaines, et de l'engagement de l'ensemble des acteurs sociaux à consentir des efforts solidaires, ont remporté d'importants succès, parvenant à occuper des segments et des parts du marché mondial : la Corée du Sud, Taiwan, Singapour, la Malaisie, sont devenus des pays capitalistes indépendants. Pendant ce temps, la majorité des pays du continent africain est en voie de marginalisation et de transformation en nations-paria et mendiantes, les gouvernements et les oppositions ayant fait la preuve de leur incapacité à suggérer et à faire valoir des solutions durables aux crises économiques et sociales structurelles qui les tenaillent. Ici, l'Etat national est bâti sur des fondements encore très fragiles et les formes principales d'action et d'organisation des populations sont loin d'être les partis politiques, les syndicats, mais plutôt la famille patriarcale, le clan, la tribu, la nationalité, la confrérie religieuse, etc. Lorsque les contradictions liées à ces modes de fonctionnement et la société prennent le pas sur les luttes politiques et se développent sous des formes antagoniques, l'unité du pays et son existence sont généralement soumises à rudes épreuves. Menacés d'éclater du fait de la forme antagonique que prennent ces contradictions internes, la question majeure qui se pose à ces pays porte sur la sauvegarde de la paix civile, de leur existence et de l'unité de leurs peuples. En pareilles situations, deux voies s'offrent aux pays africains : celle du Rwanda ou celle de l'Afrique du Sud. Il ne fait pas de doute que la cause des Tutsis du Rwanda, leur résistance à l'oppression nationale, à la politique génocidaire du régime de Habiyarimana sont justes. Mais, est-il possible d'assurer la viabilité de leur pays, la réconciliation, sans recourir au compromis avec ceux en lesquels se reconnaissent la majorité des Hutus? Ces compromis sont nécessaires car, faute de cela, le pays, à terme est voué à une vendetta inter-ethnique perpétuelle. Les génocidaires ont cru avoir triomphé définitivement en massacrant un demi-million de Tutsis. Voilà qu'aujourd'hui ils étalent leur lâcheté à la face du monde, en se servant de leur communauté comme bouclier humain, avant de l'abandonner pour un sort tragique dans les forêts du Zaïre! Les extrémistes Tutsis auraient tort de pavoiser : ce n'est là qu'un moment d'un engrenage qui risque d'être long et, à terme, suicidaire pour tous. Dans ce pays, la situation compromet la possibilité d'édifier un quelconque projet de société, si généreux soit-il : il n'y a pas d'autre voie salutaire que la restauration de la paix civile. Sous le même registre, voyons le cas du Soudan. Parce qu'ils ont eu recours à la résistance armée sans gagner l'adhésion de la grande masse des communautés ethniques ou tout au moins bénéficier de leur sympathie, l'APLS et John Garang ont engagé le Soudan dans une forme de traitement violent des rapports de coexistence entre les communautés du pays. Malgré l'alliance avec Sadek el Mahdi et les démocrates arabes soudanais, il sera particulièrement difficile de désamorcer les facteurs dont le développement conduit déjà à des bouleversements sanglants, destructeurs de personnes et de ressources, risquant de compromettre l'existence du Soudan. La voie prise par l'alliance que dirige Kabila au Zaïre risque de conduire aux mêmes résultats. Existe-t-il un régime politique pire que celui de l'apartheid? Le monde entier est unanime pour répondre non ! Pourtant, c'est avec les tenants de l'apartheid que Mandela a recouru à un compromis de grande portée historique pour éviter l'éclatement à son pays: lorsqu'il affirmait qu'il est prêt à s'agenouiller devant les tenants de l'extrémisme, blancs et noirs, pour les conjurer de s'associer au pays tout entier en renonçant au traitement violent de la question de la coexistence entre les communautés, ce n'était pas une clause oratoire. Première leçon de l'expérience sud-africaine: le renoncement à l'exclusion et à la violence dans les rapports entre les communautés noire, blanche, métisse et indienne. La seconde leçon c'est le recours à une politique de compromis, dynamique et processuelle. Cela veut dire ne pas rechercher à résoudre totalement, ici et maintenant, toutes le contradictions liées à la coexistence mais s'entendre sur un minimum pour avancer, et créer le cadre propice à la recherche progressive de solutions viables aux questions pendantes. Pourrait-on alors déduire de l'expérience sud-africaine ou de nos propos qu'il faut renoncer, au nom de la sauvegarde de l'existence du pays, aux luttes sociales et aux luttes contre l'exploitation et l'oppression sous toutes ses formes? Nous pensons simplement qu'il s'agit de les maintenir dans des limites et des formes qui préservent l'existence du pays: on ne peut pas aimer son pays et ne pas se soucier des résultats objectifs des formes de lutte et des voies qu'on emprunte pour la réalisation de ses idéaux. Par dessus tout donc, conjurer les dangers des guerres civiles qui n'enfantent pas le progrès mais conduisent aux massacres intercommunautaires. De même, dans les pays africains que nous avons en vue, partout où les mouvements démocratiques et patriotiques, par leur politique avisée, réussissent à désamorcer les démons de l'implosion et de l'explosion, il n'est nullement question d'exclure le renversement des pouvoirs et des gouvernements dictatoriaux et opposés à la réalisation de l'indépendance nationale, de la démocratie et de la justice sociale! Il est du devoir impérieux de ces mouvements d'accomplir les missions que leur assigne l'histoire, en suivant es chemins balisés par les garde-fous susmentionnés.

REMONTER


2. BREF APERCU SUR LA SITUATION REGIONALE

Le monde arabe et l'Afrique au sud du Sahara exercent une double influence sur la Mauritanie dont le devenir ne saurait être envisagé sans tenir pleinement compte des mutations en cours au Maghreb et au Sahel. Au Maghreb, l'islamisme et ses répercussions sont les traits dominants de la situation. Cristallisant la personnalité culturelle de la grande majorité de leur peuple, prenant en charge ses aspirations au mieux-être, les islamistes algériens ont réussi à se faire reconnaître comme leur porte-drapeau. C'est la raison fondamentale du succès que le FIS a connu en 1992. Il ne faut pas confondre le FIS avec les terroristes criminels du GIA dont la confrontation avec certains secteurs militaristes du pouvoir algérien explique le drame que vit le peuple algérien. En Tunisie, au Maroc, la crainte de la contamination est grande et le jeu démocratique se déroule sous haute surveillance. Plusieurs islamistes existent dans notre pays, avec des approches différentes, allant de l'ouverture au progrès au conservatisme obscurantiste. Comme au cours du siècle à venir, la lutte pour l'indépendance nationale et la réforme sociale dans les pays musulmans aura, dans bien des cas, pour étendard l'islam, les Mauritaniens gagneraient à suivre de très près les incidences qui en découleront pour notre pays, en vue d'adopter des positions différenciées à l'égard des courants en présence. La question du Sahara occidental nécessite une attention particulière. Suite à l'aggravation de la situation intérieure de l'Algérie, aux mutations profondes qu'a connu le monde avec l'effondrement de l'empire soviétique, la juste cause du peuple sahraoui traverse une situation difficile au plan militaire et diplomatique, le royaume du Maroc s'étant assuré quelques avantages indéniables. L'autodétermination du peuple sahraoui est un facteur essentiel de paix dans le Maghreb: elle mérite notre sympathie, notre soutien et un suivi particulier de notre part. Le Sahel, de la Mauritanie à la Somalie, est traversé par une crise économique et sociale sans précédent, des compétitions acharnées pour la gestion et le contrôle des ressources naturelles, prenant souvent des formes nationalitaires violentes. Les facteurs qui sont à la base de tels phénomènes continuent d'exister dans notre pays. Quel avenir pour la Mauritanie dans ce contexte régional, africain et international particulièrement préoccupant ?

REMONTER


3. QUELQUES TRAITS MARQUANTS DE LA SITUATION NATIONALE

L'engagement de la Mauritanie dans le processus démocratique avait soulevé quelques espoirs. Tour à tour, de nombreux acteurs de la scène nationale ont souhaité et exprimé leur disposition au dialogue, à la recherche de solutions concertées. Leurs tentatives visaient à contribuer au renforcement des fondements de l'Etat, à l'édification d'une économie nationale indépendante et source du bien-être des citoyens, à la réconciliation des communautés nationales aux lendemains des événements de 1989, à l'ouverture d'horizons prometteurs pour les générations futures. Leurs appels sont restés vains, surtout au niveau de ceux qui ont la charge de définir la politique du pays et de veiller à sa mise en œuvre effective. Qu'en est-il aujourd'hui des domaines essentiels qui assurent la stabilité d'un pays, l'unité de ses citoyens et la garantie de la paix civile? Jetons un coup d'œil sur certains points sensibles relatifs à l'exercice du pouvoir, à l'économie et à la société. Il est vrai que le pouvoir s'est quelque peu éloigné du nationalisme arabe extrémiste, mais les tenants de ce courant continuent d'infiltrer les secteurs sensibles de l'Etat (forces armées, services de renseignements, administrations, etc.) et d'y avoir une influence déterminante. La stratégie incendiaire préconisée par les nationalistes négro-africains extrémistes dans les années 80-90 a échoué et les populations de la Vallée sont de plus en plus récalcitrantes à ces approches aventuristes. Cependant, les nationalités négro-africaines continuent à souffrir de l'oppression, leur existence et leur égalité en droit avec la nationalité arabe n'est pas reconnue, leurs terroirs leur sont arrachés arbitrairement et la composition démographique de ces derniers sujette à des changements en profondeur. Pour tout cela, malgré le répit relatif sur le front de la question nationale, nous devons maintenir notre vigilance pour prévenir des situations analogues à celles des années 1989-1991, en luttant fermement contre l'oppression nationale sous toutes ses formes et dans tous les domaines. Quelques éléments positifs sont à porter à l'actif du pouvoir : l'élargissement de la couverture sanitaire, l'électrification du pays et les opportunités de développement qu'elle présente, le désenclavement de la Mauritanie par les communications et télécommunications dans un monde devenu un village planétaire, les progrès dans le domaine de l'alphabétisation de masse, la production d'une part non négligeable de nos besoins en riz, les niches démocratiques, même très limitées. Mais à considérer la situation dans son ensemble, le tableau est affligeant: 3.1. Menaces d'effondrement de l'Etat : Si l'on dresse le bilan de l'accession de notre pays à la souveraineté internationale, force est de constater que les piliers fondamentaux de l'Etat sont en voie de délabrement avancé. C'est comme s'il n'existait plus de règles, plus de lois, plus de critères (tenant en compte l'intérêt supérieur du pays) pour la désignation des responsables et le recrutement des cadres. On dirait qu'il n'y a plus de récompense des méritants ni de sanction des défaillants. Même la fonction de ministre se dévalorise. Tous les trois mois il y a un remaniement, nul n'a le temps d'étudier les dossiers, de définir une politique, de la conduire et de l'évaluer. Les somptueuses villas que construisent des responsables de l'Etat, dépassent de loin leurs salaires et indemnités: tout observateur un tant soit peu objectif pourrait s'interroger pour savoir s'ils ont détourné des deniers publics, procédé à des malversations ou cédé à la corruption. Les journaux se sont faits l'écho de nombreux scandales concernant la drogue et l'implication de secteurs sensibles de la sûreté du pays, des délits d'initié font légion et sont quelques fois portés au devant de la scène, des signes concordants tendent à établir la gestion patrimoniale des devises de la Banque Centrale de Mauritanie, etc. De pareilles situations existent dans d'autres pays mais, ce qui est grave chez nous, c'est que cela ne prête à aucune conséquence; on peut même être promu avant d'avoir été blanchi d'un scandale. Il arrive que certaines de ces promotions constituent un véritable défi pour l'intérêt national et pour l'opinion publique. Le problème est donc, avant tout, un problème politique. C'est une évidence pour tous les citoyens: il n'y a plus de système judiciaire digne du nom dans notre pays, plus de justice où les plaignants ont quelque chance, au nom des lois et règlements, de l'éthique, de trouver réparation. Cet état de fait est devenu un sérieux obstacle pour les investissements de nos partenaires des autres pays, au grand détriment de l'économie nationale. Il y a deux décennies, nous possédions une intelligentsia digne du nom, qui croyait en quelques principes, réfléchissait aux choix de société, jouait son rôle véritable pour éclairer les routes du futur. C'est devenu un lointain souvenir : l'immense majorité des cadres rivalisent de larbinisme, obéissant au doigt aux injonctions de l'empereur, troquant entièrement leur personnalité contre les faveurs et les avantages matériels qu'ils peuvent retirer de leur promotion.

3.2. L'économie du pays et les conditions d'existence des Mauritaniens :

Les institutions internationales considèrent que la Mauritanie est "un bon élève" de l'ajustement structurel. Elles ont certainement raison, eu égard au fait qu'elles se réfèrent à des critères macro-économiques très éloignés de ceux de la grande masse des citoyens; Au niveau de ces derniers l'ajustement signifie surtout l'aggravation de leurs conditions d'existence, la baisse du pouvoir d'achat, la hausse des prix des denrées de subsistance, l'appauvrissement des couches moyennes et la concentration des richesses au niveau d'un pôle toujours plus restreint de citoyens. Il y a 20 ans un moniteur de l'enseignement fondamental et tout autre petit fonctionnaire arrivaient à "joindre les deux bouts". De nos jours même les professeurs d'université, les officiers supérieurs ont des difficultés à satisfaire leurs besoins vitaux, s'ils s'en tiennent uniquement à leurs salaires. Des signes évidents de bradage de l'économie nationale crèvent les yeux : les ressources halieutiques sont soumises à des prélèvements qui menacent et compromettent durablement leur pérennité; l'or de Tasiast a été cédé sans contrepartie significative et à des conditions qui rappellent l'époque coloniale des comptoirs. Un nombre réduit d'hommes d'affaires monopolise les faveurs de l'Etat, des marchés publics et de l'accès aux importations, au détriment de la grande majorité de nos opérateurs nationaux qui souffrent terriblement du faux libéralisme ambiant et des traitements discriminatoires. Par exemple, au mépris de la constitution et de toute forme de concurrence libre et émulative, non seulement l'Etat impose un monopole privé de fait dans les transports publics mais pratiquement, il interdit la liberté syndicale dans ce secteur (cas de la FNT). Cet état de fait est d'autant plus affligeant que la Mauritanie possède un groupe d'hommes d'affaires et d'entrepreneurs parmi les meilleurs de la sous-région, du fait de leur patriotisme, de leur sens des affaires, de leur esprit d'initiative et de leur esprit créatif. Victime du mépris des autorités, et au grand dam de la communauté nationale, ce capital humain inestimable n'est pas consulté, encore moins associé à la définition de la politique économique du pays et à la gestion de ses ressources. La sécheresse sévit dans de nombreuses régions et la famine menace. Nous avions été habitués, des décennies durant, à être alertés à temps, à voir les médias s'en faire l'écho le plus large, pendant que les services concernés s'attelaient à rechercher des solutions pour soulager l'existence des plus éprouvés. Aujourd'hui, lorsqu'il arrive à Nouakchott, le citoyen de l'intérieur du pays est pris au dépourvu par la différence de taille entre l'atmosphère pesante et empreinte de profondes inquiétudes de son terroir d'une part, et l'insouciance de la capitale, d'autre part. Le chômage frappe de nombreux groupes sociaux, en particulier une grande masse de jeunes diplômés: les rares possibilités de recrutement qui se présentent échappent à toute forme de transparence. Le niveau de l'enseignement est en chute libre, les épreuves des examens soumis à la vente aux candidats fortunés, les résultats des examens falsifiés, au point où quelques professeurs consciencieux ont renoncé à diriger des mémoires d'étudiants, pour ne pas trahir leur conscience… Aujourd'hui l'enseignement ne contribue plus à la formation de citoyens conscients d'appartenir à un même pays, connaissant son hymne, son drapeau, les principes républicains, disposés à envisager ensemble leur avenir, bref des citoyens au plein sens du terme.

3.3. Particularismes divers et questions identitaires

Les particularismes de groupes, les questions identitaires et les contradictions en découlant resurgissent et s'aggravent: au nom des clans, des tribus, des confréries religieuses, des revendications sont formulées et négociées, des compétitions ont cours et sont résolues sur cette base (y compris au niveau des partis politiques, en tout premier lieu le PRDS). Malgré les nombreux discours et tables rondes diffusés par les médias publics, bon nombre de décisions obéissent à la prise en compte de ces différentes formes de particularismes: les marchés de l'Etat, la promotion des individus au niveau des hautes fonctions, la mise à disposition des devises pour l'exportation, les avantages économiques de toutes sortes, la lutte contre la grève du SIPES, la démobilisation par rapport à la marche de l'opposition, etc. Voyez la visite présidentielle à Nouadhibou: les citoyens se retrouvent dans leurs tribus et clans, rassemblent des millions d'ouguiyas pour le recevoir, chaque regroupement cherchant à faire la preuve de la primauté de son allégeance. Le pouvoir qui, par moments, prétend combattre cette forme de particularisme, en est le véritable commanditaire, niant ainsi l'Etat, et contribuant à camoufler les difficultés réelles auxquelles sont confrontés les citoyens. Une autre forme de particularisme, plus préoccupante, s'articule autour de ce qu'on appelle la "question hartani". Au nom d'un pourcentage de la population du pays, en brandissant les conditions misérables que vivent les anciens esclaves, certains hommes politiques revendiquent une identité de groupe à ceux qu'on appelle Suudan (c'est-à-dire des arabes noirs, constitué des H'raatiin, des anciens Abiid et des khadhaara). Bien souvent, le thème majeur autour duquel s'articule ce courant est la dénonciation de l'esclavage, grave sujet même s'il peut fonctionner comme fonds de commerce assez porteur au niveau de l'opinion publique internationale. Dans notre histoire récente, cette revendication identitaire a surtout servi à l'intelligentsia Suudan de négocier la promotion de certains de ses membres mais, présentement, en opposant ce groupe à celui des Bidhaan, cette forme de particularisme prend une forme dangereuse, une forme raciale ouverte, étrangère à toutes les formes de lutte émancipatrice qu'a connu notre peuple. Faisant la jonction avec l'étroitesse nationale négro-africaine, elle ouvre la voie à des formes exclusivistes de traitement des questions sociales et de la question nationale; Les luttes légitimes que mènent les anciens esclaves pour leur émancipation, pour l'amélioration de leurs conditions d'existence, pour leur égalité en droits avec l'ensemble des citoyens n'est évidemment pas assimilable au "particularisme hartani". Les formes extrémistes de traitement de la question nationale, l'étroitesse nationale négro-africaine et le chauvinisme arabe, nous sont plus familières. Le nationalisme chauvin demeure la principale forme de particularisme qui nuit aux intérêts du pays et des populations. Il n'est évidemment pas question pour nous de réduire le nationalisme négro-africain et le nationalisme arabe à leurs perversions exclusivistes et intolérantes. Les pratiques qui menacent de conduire à l'effondrement de l'Etat, la crise économique et sociale que traverse le pays, la recrudescence de différents particularismes et des facteurs identitaires, dans un contexte international difficile où la grande majorité des pays du continent court à la marginalisation et à la transformation en nations-paria et mendiantes, exigent un sursaut de tous les Mauritaniens soucieux de l'existence de leur pays et de l'unité de son peuple.

REMONTER


4. ENSEMBLE, CONJURONS LES DANGERS ET

CONSTRUISONS L'AVENIR !

Regardant les réalités en face, nous avons tenté de ressortir les facteurs essentiels qui caractérisent la situation de notre pays. De manière évidente, comme c'est le cas dans la grande majorité des pays africains, ceux qui gouvernent le pays s'avèrent incapables de définir et d'appliquer, seuls, une politique susceptible d'éviter au pays les périls qui se profilent à l'horizon. D'ailleurs, leur approche sécuritaire de ces questions complexes a partout fait le lit du chaos. Force est de reconnaître également, sans complexe, que l'opposition mauritanienne a démontré son incapacité à définir une voie de sortie de crise crédible quelle pourrait, à elle seule, faire triompher et mettre en œuvre: ce qui est en cause c'est son manque d'expérience et son capital de confiance et de compétences. Il s'impose donc, pour se donner les meilleures chances de sauver le pays et de neutraliser les facteurs de dislocation, de faire preuve de lucidité et de rechercher ensemble les voies de sortie pour tous les fils de la Mauritanie. Depuis 1991, le processus démocratique tente de se frayer des chemins mais hélas! Si les règles du jeu étaient clairement fixées, transparentes et égales pour tous, elles auraient beaucoup contribué à réaliser ce dessein historique pour notre pays: la conjugaison de nos efforts pour sauver la Mauritanie. Car, en effet, l'enjeu n'est plus de compétir pour l'emporter en tant que groupe social, parti politique, etc., en vue d'édifier la société de son choix, mais d'assurer l'existence et la pérennité du cadre indispensable à la compétition, sans lequel il n'y a plus de salut pour l'ensemble des citoyens, sans distinction aucune. Or, aujourd'hui, le principal frein à la création des conditions d'une concertation véritable et à l'unité du plus grand nombre pour le salut de la patrie ce sont ceux qui ont la charge de la direction des affaires du pays. Plusieurs voies s'offrent aux Mauritaniens, dont les plus importantes sont les suivantes : assurer l'alternance au pouvoir; négocier les conditions d'une gestion transitoire et concertée des affaires du pays; ou réviser sa stratégie de prise du pouvoir dans l'immédiat pour s'investir dans la durée. L'alternance pacifique et démocratique au pouvoir, dans les conditions actuelles, est illusoire : ceux qui assurent la direction des affaires publiques et monopolisent la définition des règles du jeu électoral, à la fois juges et partie, n'offrent aucune chance à leurs adversaires, allant même jusqu'à leur interdire toute possibilité d'exprimer leurs différences. Leur comportement est d'autant plus dangereux qu'il risque de conduire à de sérieux dérapages : en dehors des limites qu'ils jugent tolérables, ils n'autorisent aucun cadre (social et politique), même s'il est conforme à la légalité; ils refusent toute possibilité à certains acteurs d'exprimer leur colère, même s'ils ne remettent pas en cause le cadre politique en présence. L'autre possibilité pour l'alternance pourrait être le recours à des formes de lutte illégales qui "précipitent le changement". Si le changement espéré par certains hommes politiques se fonde sur la participation effective des populations, tenter d'exploiter cette possibilité seraient manquer de sens objectif d'évaluation de la disposition des masses mauritaniennes et céder à l'aventurisme: il faudra une longue période au cours de laquelle les Mauritaniens feront l'apprentissage de toutes les formes de lutte, avant de se convaincre, par leur propre expérience, de la nécessité de s'engager dans des actions historiques indépendantes. Cette "expérience propre" nulle volonté, nulle disposition des dirigeants de l'opposition - fut-elle de bonne foi!- ne sauraient la remplacer. Malgré tout, imaginons, un seul instant, que la maturation de certaines conditions sociales (grèves dans différents secteurs, manifestations de rue contre la vie chère, etc.) mette à l'ordre du jour la nécessité de changements politiques. C'est une situation à ne pas exclure, dans la mesure où l'entêtement des autorités publiques à ne tolérer aucune forme de contestation y pousse effectivement, comme le prouve le comportement du ministère de l'éducation à l'égard du préavis de grève du SIPES: à force de vouloir tout verrouiller, de maintenir la marmite bouillante fermée et de refuser toute issue à la vapeur, les pouvoirs publics pourraient précipiter le pays dans l'explosion sociale. En cas de confrontation de grande envergure deux éléments essentiels risquent de plonger le pays dans une période de graves turbulences: la volonté du pouvoir de se maintenir par tous les moyens, et le retard considérable de l'opposition pour unir les populations en vue de changements allant dans le sens du progrès et sur la base de la neutralisation des facteurs particularistes poussant à la dislocation. Est-il possible de négocier une gestion transitoire et concertée des affaires du pays? Cela sera particulièrement hardi, très difficile, et nous devons nous faire aucune illusion dans l'avenir immédiat. En effet, dans des conditions antérieures autrement plus favorables, le pouvoir en place s'y est obstinément refusé, ce n'est donc pas au moment où il est certain d'avoir laminé l'opposition, alors que cette dernière se relève péniblement de sa léthargie qu'il faut espérer une quelconque concession de sa part. Seules des conditions particulières, à moyen terme, mettant d'abord à contribution des pressions massives, unitaires des populations et un appui de puissances dont l'influence est déterminante, pourraient laisser espérer la possibilité d'arracher des concessions au pouvoir. D'où la nécessité pour l'opposition de réviser sa stratégie de prise du pouvoir dans l'immédiat et de s'investir dans la durée. Procéder à une nouvelle évaluation de la situation politique, réformer notre approche pour les changements en profondeur dans notre pays, ce sont là les exigences majeures et prioritaires qui se posent aux Mauritaniens: c'est pour contribuer à alimenter les débats indispensables sur la question que nous vous soumettons nos réflexions. Dans leur quête pour la survie du pays, les Mauritaniens seront nécessairement confrontés à deux préoccupations fondamentales : surmonter les divergences qui gênent la conjugaison de leurs efforts; choisir les formes de lutte susceptible de les conduire au succès. Les approches différentes sur la question nationale et la "question hartaani" figurent parmi celles qu'il convient de surmonter prioritairement. Il s'agit d'abord d'accepter comme naturelles ces différences, de les tolérer et de les traiter avec prudence, de manière judicieuse et avec esprit de responsabilité. Ensuite, il s'impose de convenir des limites acceptables dans lesquelles ces questions pourraient être traitées sans compromettre l'unité des populations, pour autant que l'on s'accorde sur le fait que la priorité des priorités c'est sauver la Mauritanie et l'unité de son peuple. Nous suggérons que l'ensemble des Mauritaniens soucieux de sauver leur pays conviennent publiquement de renoncer à la violence pour traiter les contradictions au sein du peuple, en particulier la question nationale et la "question hartaani": ainsi la confiance en l'avenir et en la communauté de destin, l'assurance de pouvoir trouver des solutions à l'amiable, pourraient progressivement s'établir. Notre seconde suggestion se fonde sur la nécessité d'asseoir la pérennité des rapports sur la recherche de solutions consensuelles et processuelles. Cela veut dire qu'on se départit de toute idée de solutions immédiates et définitives, l'important étant le compromis visant à créer les conditions nécessaires à la sauvegarde de l'unité, indispensable pour réaliser des percées encore plus significatives pour l'approfondissement des solutions esquissées et l'accession à de nouvelles voies. A juste titre, de nombreux citoyens, la majorité des responsables de l'opposition, trouvent inadmissible l'immobilisme dans lequel se trouve les forces patriotiques et démocratiques, l'absence d'initiative et de toute forme de contestation de la politique du pouvoir. Pourvu, selon eux, que cela bouge, même si les luttes sont minoritaires, même si elles subissent des revers: l'essentiel étant de rompre la paix sociale ambiante, de montrer l'exemple et d'ouvrir ainsi la voie à une contestation plus massive et plus large. Ce raisonnement est logique mais nous pensons, franchement, que ses tenants se trompent. Les Mauritaniens conscients de la fragilité de leur pays ne peuvent pas être indifférents aux formes de lutte qu'ils préconisent, encore moins s'abstenir de le mettre en rapport avec leur objectif. Ainsi, par exemple, dans les luttes sociales de tous les secteurs, il est urgent d'infléchir les approches dans des directions vraiment unitaires et représentatives de la composition des groupes concernés. Agir en sens inverse pourrait compromettre gravement les luttes et avoir de fâcheuses conséquences sur le mouvement démocratique et patriotique dans son ensemble. Est-il possible de faire abstraction des dispositions de masses et de leur niveau de conscience et d'organisation? L'on se souvient des tentatives de manifestations lors de l'arrestation des dirigeants de l'opposition, suite aux "émeutes du pain", en janvier 1995. Quand les gardes et les militaires ont quadrillé les quartiers, seuls quelques dizaines de femmes répondaient aux mots d'ordre. Il en fut de même à Lagos lorsque l'opposition, après le succès de l'opération ville-morte, appela à la manifestation, malgré la descente des forces publiques: il y eut alors moins de mille manifestants. Le niveau de lutte des Mauritaniens et des Nigérians ne leur permet pas encore d'oser affronter les forces publiques lorsque leurs manifestations sont interdites. Si le pouvoir s'obstine à refuser toute forme de compromis, ils y arriveront, à coup sûr, mais il leur faudra un long apprentissage, en partant de formes de lutte inférieures pour se hisser progressivement aux exigences des changements en profondeur de leurs sociétés. Si nous voulons assurer le succès et la durabilité aux changements que nous souhaitons, si nous aspirons à ce qu'ils pénètrent en profondeur les populations mauritaniennes et que ces dernières les assument effectivement, force est de tempérer notre empressement. Essayons d'abord de gagner le maximum de Mauritaniens à nos convictions, convions-les, ensuite, à des formes de lutte auxquels ils sont disposés. Ainsi, d'une forme de lutte à l'autre, en s'instruisant de leurs succès et de leurs revers, elles pourront de manière progressive et massive, en ayant le bon droit de leur côté et en bénéficiant du soutien de leurs amis de par le monde, réaliser leur dessein historique. Ce dessein historique n'est pas un mirage comme le prouve l'histoire de notre peuple et l'expérience de ses fils : si certains d'entre sont capables du pire, la majorité d'entre nous sont porteurs du meilleur, pourvu que nous y croyions, que nous puisions au plus profond de nous-mêmes et que nous soyions disposés à consentir les sacrifices que la situation exige. Autour de quel programme appelons-nous les Mauritaniens à s'unir? Quelles orientations tactiques proposons-nous? Le déroulement des débats nous permettra certainement d'apporter notre contribution.

REMONTER

Mohamed Moustapha Ould Bedredine, Inspecteur d'enseignement fondamental Ba Boubakar Moussa, Expert International Mohamed Ould Maouloud, Professeur à l'université de Nouakchott


Accueil ] Ensemble surmontons ... ] Sur la situation socio économique ] Sur la réforme de l'enseignement ] Suite Question de l'esclavage en Mauritanie ] La question de l'esclavage en Mauritanie ] Observations sur la "question de l'esclavage" en Mauritanie ] les méfaits de la pègre mauritanienne ] Haiti, ingérence humanitaire ou intervention hégémonique ? ] Mythes5 ] Mythes4 ] Mythes3 ] Mythes2 ] Esclavage :Mythes et réalités ] Les enjeux majeurs de notre monde ] Droits de l'homme et mondialisation ] Sur la déliquesce de l'Etat ] Compte rendu d'une conférence de presse ] [ Ensemble conjurons ... ]

See who's visiting this page.

View Page Stats

Pour toute question ou remarque concernant l'Ufp ou ce site Web,
écrire à infos@ufpweb.org
Copyright © 2005