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IV. QUELQUES OPINIONS SUR

LA NATURE DU PROBLEME NATIONAL EN MAURITANIE

Les nationalistes chauvins ou étroits ne tirent aucun profit de l’histoire. Ces derniers temps ils se sont remis à répéter misérablement les mêmes slogans racistes ébauchés en 1966 : « Mauritanie est uniquement arabe», « les noirs sont des étrangers », disent les uns ; « la Mauritanie est un état d’apartheid où les arabes sont responsables de tous les malheurs des noirs » répliquent les autres. Et c’est justement dans l’incompréhension, l’ignorance maladive du caractère de la société mauritanienne que prennent leur source les divisions nationalistes. La Mauritanie n’est ni et ne peut être une Russie tsariste comme le souhaitent les uns, une Afrique du Sud comme le redoutent les autres. Et ce n’est pas en criant très fort leur arrogance ou leurs exagérations que ceux-ci ou ceux-là imposeront à la réalité de se conformer à leurs préjugés puériles. Le Mauritanie est un pays semi colonial et semi féodal, donc caractérisé par la dépendance vis à vis de l’impérialisme et par la domination réactionnaire de la grande bourgeoisie et de la féodalité qui lui sont alliées. Et c’est cette nature du système en place qui est la base de l’oppression et de l’exploitation dont souffre notre peuple dans toutes ses classes et dans toutes ses nationalités :

Au plan politique : depuis la proclamation de l’indépendance en 1960, les esclaves, les paysans pauvres et moyens pauvres, les ouvriers, les diverses couches de la petite bourgeoisie intellectuelle ou commerçante et même dans une certaine mesure les bourgeois moyens, toutes les masses populaires sont non seulement écartées systématiquement du pouvoir mais même privées des droits démocratiques élémentaires. Par contre, les réactionnaires tels que les Khayyar, les Salek, les Abdoul Aziz Bâ, les despotes locaux du genre Ma el Aynin de M’Bout, avaient quant à eux le droit d’opprimer le peuple, de le voler et de l’exploiter, de le manipuler à gré dans l’arène du PPM, et, comme Daddah, s’arrogeaient le droit de provoquer des guerres injustes et mercenaires, de vendre la souveraineté nationale etc.

Au plan économique : toutes les masses populaires de toutes nos nationalités souffrent également de l’exploitation impérialiste (pillage des richesses minières et halieutiques, inflation), et de celle des grands bourgeois et féodaux (détournement des deniers publics, bas salaires aux travailleurs, esclavage etc.). Il y a certes une infrastructure industrielle au nord, à la différence du reste du pays. Mais tout celui qui a la tête bien entre les épaules ne peut penser, ne serait-ce qu’un instant, que Miferma l’a installé pour le bien des populations arabes du nord ! Comme il ne peut supposer que l’existence d’une infrastructure de service dans la zone côtière (route, ports, banques etc.) est un privilège accordé aux populations arabes du Trarza qui peuplent, dans leur majorité, les plus misérables quartiers périphériques de Nouakchott ou Rosso. Il n y a pas de privilèges nationaux sur ce plan. Le délaissement du secteur rural à l’avantage de la zone côtière et industrielle provient de la nature du système socio-économique tourné vers la satisfaction du marché impérialiste et assurant le maintien de structures féodales archaïques. Ainsi, le potentiel agricole de la vallée peuplée de négro-africains est criminellement négligé. Mais c’est également et plus encore le cas de l’Aftout, de l’Adrar, du Tagant, de l’Assaba et des deux Hodh, zones où réside la majorité des Arabes.

Au plan culturel : le culturel reflète la situation de l’économique et du politique qui l’engendrent et qu’en retour il sert. Donc il n’est que très normal que dans la Mauritanie néocoloniale et semi féodale, la domination culturelle de l’impérialisme continue d’être un trait marquant dans la situation sur ce plan ; de même que la culture féodale conserve par conséquent sa place privilégiée. Les masses populaires de toutes nos nationalités sont pour la plupart privées du droit à l’instruction. Les langues nationales, bien que ce soit à des degrés divers, n’ont pas encore acquis la place qui leur revient. Aux masses des minorités nationales, le régime des classes réactionnaires a voulu imposer le choix aliénant du bilinguisme franco-Arabe qui ne tient compte que de l’intérêt d’une minorité intellectuelle francisante ou arabisante. Elles restent encore privées de leur droit d’apprendre et de travailler dans leurs langues.

L’enseignement de l’arabe (officialisé formellement après une longue lutte), reste archaïque, dérisoire, inopérationnel, tant par son contenu que par ses méthodes et moyens pédagogiques. Et c’est cette médiocrité qui explique les difficultés éprouvées par les enfants négro-africains, davantage dans l’enseignement de l’arabe que dans celui du Français, plus rationalisé. Les cadres de formation Arabe souffrent de discrimination et de frustration dans l’administration.

Dans l’essentiel, toutes nos nationalités souffrent de l’oppression, produit direct de la domination étrangère et du règne des classes réactionnaires. Là réside la cause de toutes les frustrations des diverses nationalités. Et c’est parce qu’il dissimule ces réalités et impute à telle ou telle nationalité la responsabilité du malheur, de l’insatisfaction de l’autre que le nationalisme chauvin ou étroit blanchissent l’impérialisme et la réaction et prennent un caractère parfois franchement antinational et antipopulaire qui les prédispose à la manipulation policière souvent inconsciente. Pourtant, il n y a pas que les formes d’oppression fondamentale commune à toutes les nationalité. En fait, il en dérive des formes secondes d’oppression qui prennent forme sur la base des inégalités entre nationalités et s’exercent particulièrement sur les minorités nationales. Ces inégalités sont un legs de l’histoire et existent sur deux plans :

- politique : existence d’une situation de minorité pour les Pulaar, les Soninké, les Wolofs, consécutive au fait colonial ;

- culturel : retard culturel, surtout linguistique, des minorités nationales dû à l’arriération de leur société précoloniale, retard entretenu par le colonialisme et le néocolonialisme. Alors que l’arabe est suffisamment évolué, étant entendu que cela ne résulte pas de l’évolution interne de la société Arabe précoloniale en Mauritanie, tout aussi arriérée, sinon plus que les sociétés africaines, mais des civilisations arabes anciennes et florissantes. Ces inégalités se transforment en sources d’oppression nationale du seul fait de la réaction. La réaction Arabe tend, depuis l’avènement du néocolonialisme, à les aggraver par le « chauvinisme officiel » dont nous avons déjà fait cas et par la pratique du népotisme. Et même si le népotisme dans l’administration est un moyen pour se créer de la clientèle politique dont se servent tous les réactionnaires arabes ou négro-africains, il n’en reste pas moins que la réaction Arabe, du fait de sa suprématie, de son envergure, prend le dessus dans ce jeu. La réaction Arabe tend à aggraver les inégalités entre nationalités. Mais la réaction négro-africaine, quant à elle, cherche à faire de ces inégalités des barrières infranchissables, qui divisent le peuple ; ceci pour faire des minorités nationales son fief politique exclusif, organise de son côté son « népotisme nationaliste ». Et nous découvrons dès lors que le chauvinisme et le nationalisme étroit, objectivement, s’identifient aux intérêts de la politique de la réaction. Or, c’est précisément en raison de cette politique que les inégalités ne trouvent pas de solution adéquate ; au lieu de les réduire progressivement, on les aggrave pour susciter la discorde au sein du peuple et s’assurer des privilèges égoïstes.

L’oppression des minorités nationales n’est par conséquent qu’un sous produit du système néocolonial et semi féodal. Tant que celui-ci existe celle là ne pourra cesser. Il s’en suit que la lutte pour les droits légitimes des minorités nationales est une partie intégrante de la lutte patriotique et démocratique contre l’impérialisme et la réaction locale. Elle ne peut triompher que dans le cadre du triomphe de cette lutte. En effet, seul un pouvoir indépendant et véritablement démocratique, donc populaire, a intérêt à résoudre et peut résoudre démocratiquement les contradictions au sein du peuple et en particulier travailler à combler les inégalités entre les nationalités.

La revendication des minorités nationales réclamant l’égalité avec les Arabes, n’est qu’un aspect de leurs revendications démocratiques (l’objectif ne peut être l’égalité avec les Arabes dans l’oppression) qui remettent en cause tout le système actuel.

Qu’il est triste de devoir à nouveau répéter ces vérités élémentaires depuis longtemps confirmées par l’expérience des peuples comme du nôtre, à des gens qui ont vécu de telles expériences, mais préfèrent tourner en rond et clamer des monstruosités ! Il faut au peuple mauritanien un pouvoir populaire pour mettre en application et de manière correcte les principes fondamentaux d’une juste solution du problème national chez nous, à savoir : Premièrement : la reconnaissance du droit à l’autodétermination (liberté de séparation et liberté d’union) et à l’égalité totale en droit de toutes nos nationalités. Deuxièmement : dans la grande famille mauritanienne, épanouissement culturel libre de toutes nos nationalités sur la base des intérêts des larges masses et dans le respect de leur identité spécifique. Troisièmement : soutien spécial aux minorités nationales en vue de combler leur retard social, économique ou culturel et les garantir contre toute discrimination quelle qu’en soit la forme (ou le prétexte).

Est-ce à dire qu’il faille attendre le « grand soir » et de croiser les bras dans la question nationale ? Absolument pas ! L’oppression est quotidienne et le peuple doit lutter quotidiennement contre toutes le formes d’oppression économique, politique ou culturelle, qu’elles soient générales ou particulières ; cela aussi bien pour les réduire dans l’immédiat qu’en vue de les supprimer radicalement dès que les conditions le permettent. L’essentiel est de ne jamais se bercer d’illusions et croire en finir avec les effets du mal sans en supprimer les causes. Aujourd’hui encore, combattre l’oppression nationale et poser les revendications légitimes des minorités est tout à fait juste et nécessaire si l’on tient compte de la situation d’ensemble et si l’on privilégie la lutte contre l’ennemi principal de l’heure, l’expansionnisme marocain, son allié, l’impérialisme Français, et leurs agents locaux. Dans sa lutte pour l’indépendance et une paix juste et pour les transformations démocratiques, notre peuple a besoin de se mobiliser et de s’unir.

Toute lutte, toute revendication dans ces conditions, ne peut être appréciée, jugée dans l’abstrait, mais uniquement en fonction de la contradiction principale :

- Cette lutte ou revendication renforce t-elle le camp du peuple en le mobilisant et l’unissant contre l’ennemi principal, ou plutôt aide t-elle l’ennemi principal en divisant le peuple ? C’est dire que la question nationale n’est posée correctement que si cela est sur la base de deux préoccupations fondamentales, à savoir :

- être abordée d’un point de vue patriotique qui vise l’élimination de l’oppression étrangère, impérialiste, et la revalorisation de l’identité du peuple mauritanien, à son indépendance totale, sur tous les plans ;

- et être en même temps abordée d’un point de vue démocratique, c’est à dire du point de vue de l’intérêt des larges masses (non pas celui d’une minorité de privilégiés) et en opposition radicale avec les intérêts de la grande bourgeoisie et de la féodalité.

Dans ce sens, il est juste de lutter, aujourd’hui, sur la base des principes de la solution correcte du problème national, pour les revendications impérieuses suivantes, allant dans le sens de l’application de ces principes :

• lutter contre le népotisme pratiqué par toute la réaction dans l’administration et les services. Réclamer pour les masses les libertés démocratiques pour être à même de mieux combattre ce mal. Il faut en conséquence lutter contre le point de vue chauvin ou nationalisme étroit qui préconise que chaque nationalité appuie sa réaction dans son népotisme et sa rivalité pour les postes et privilèges. Nous devons nous dresser contre les plans qui poussent les masses à s’affronter pour les intérêts égoïstes de certaines couches privilégiées.

• lutter contre l’oppression culturelle et pour la promotion culturelle de toutes les langues nationales de notre peuple. Ces langues doivent toutes avoir les mêmes droits, le droit d’être officielles et devenir ainsi langues d’enseignement et de travail. Une action spéciale de l’Etat s’impose pour appuyer et accélérer la promotion des langues nationales afin de les introduire le plus tôt possible dans l’enseignement et l’administration. Pour atteindre cet objectif dans les meilleurs délais, un institut des minorités nationales doit voir le jour. Dans le même sens, une régionalisation de l’enseignement doit être faite pour tenir compte et permettre la promotion rapide des langues des minorités nationales, et leur usage principal dans les zones de concentration de celles-ci. Par ailleurs, il s’agit de résoudre le problème de la débilité de l'enseignement de l’arabe et de généraliser son usage dans tous les secteurs de la vie nationale.

Le Français doit être, eu égard à l’intérêt des larges masses, relégué au rang de langue étrangère (à laquelle il est puérile d’être hostile car notre peuple n’en veut ni au peuple français, ni à sa culture de valeur universelle). Mais tout en restaurant les langues nationales, il faut tenir compte des intérêts d’une masse de francisants, qui constitue une frange importante et précieuse (même si elle est minoritaire) de notre peuple.

Remplacer le Français par les langues nationales ne doit être que progressif : fait à partir de la base et entouré de toutes les garanties nécessaires pour le maintien des intérêts des francisants, par exemple dans le cas de l’usage généralisé de l’arabe dans l’administration, et par un recyclage de ces francisants dans la langue nationale de leur choix. Mais le plus important encore dans la question culturelle est le caractère de l’enseignement qui doit ouvrir l’accès à l’instruction aux larges masses populaires et posséder un contenu national, démocratique et scientifique.

• Combattre pour une solution juste à toute situation qui prenne d’une façon ou d’une autre un caractère oppressif de discrimination (cycle A long de l’ENA) pour sauvegarder l’unité de notre peuple. Dans ce cadre, tous les textes constitutionnels du pays doivent reconnaître la diversité nationale de notre peuple et adopter le principe de l’égalité totale en droits de toutes nos nationalités et de l’interdiction de toute forme d’oppression ou de discrimination nationale.

• Lutter résolument contre le chauvinisme et le nationalisme étroit et combattre pour sauvegarder l’unité de notre peuple dans sa lutte pour ses objectifs fondamentaux : l’indépendance totale et la démocratie populaire.

Nous nous limitons à avancer ce qui, à notre avis, constitue les principes de base et les mesures générales nécessaires pour une solution correcte du problème national dans notre pays. Dans ce cadre, les mesures pratiques et opportunes devront être recherchées sur la base d’enquêtes et surtout de la consultation des masses populaires concernées, tout en profitant des expériences des peuples du monde.



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