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II. LE PROBLEME NATIONAL DANS

LA MAURITANIE COLONIALE ET NEOCOLONIALE

1. LA MAURITANIE DE L’OCCUPATION FRANCAISE

C’est à partir de l’avènement de l’ordre colonial que les nationalités allaient réellement prendre forme : colonie Française, la Mauritanie devint la prison commune d’une majorité Arabe que ne sépare plus les barrières émirales et de minorités (pular, wolofs et soninké) constituées de paysans installés ou réinstallés dans leurs champs de la rive droite, et que le découpage colonial détachait désormais de la masse de leurs compatriotes. Les féodaux arabes et négro-africains quant à eux, assumaient servilement la besogne de geôliers sous les ordres de leur maître Français.

Y avait-il dans ces conditions de problème national ?

En fait, il n'y en avait véritablement qu’un seul : celui de l’aliénation des intérêts fondamentaux et de l’identité de notre peuple multinational par le colonialisme. Unies par le malheur, et face à la trahison de la féodalité Arabe et africaine, les masses populaires de toutes nos nationalités ne voyaient pas d’ailleurs autrement la question.

On dit que la réaction négro-africaine était privilégiée. Ralliée depuis plusieurs décennies, elle apporta au colonialisme un concours précieux dans sa campagne mauritanienne et fournit assez tôt à son administration nombre d’agents et de fonctionnaires.

L’intégration de la Mauritanie à l’ensemble colonial de l’AOF lui donnait un grand poids en raison des liens de toutes natures entretenus par exemple avec les grandes familles du Sénégal. Cette situation était certainement une source de privilèges et d’avantages multiples.

Cependant, il serait d’un ridicule incurable d’y voir une domination des minorités nationales sur la majorité Arabe, du moment que la féodalité Arabe ne profite pas d’autant de privilèges !

En fait celle-ci, ralliée plus tardivement et handicapée pendant longtemps par des foyers de résistance qui l’agitaient, ne pouvait, dans une première période, offrir les mêmes services que la féodalité négro-africaine. Elle se contenta donc de jouir de ses privilèges traditionnels maintenus et de jouer principalement un rôle de police contre les résistants et les masses populaires (fournir des partisans ou goums, ramassage des impôts et taxes etc.). C’est seulement dans la seconde moitié de la période coloniale qu’elle commença son entrée dans l’ordre des hauts fonctionnaires coloniaux (interprètes etc..).

L’évolution dans les rapports entre fractions de la réaction collaboratrice ne prit jamais un caractère national. Pour la simple et douloureuse raison que les masses de toutes les nationalités vivaient dans les mêmes conditions, souffraient dans une mesure égale du calvaire de l’esclavage colonial (travail forcé, pillage fiscal, exploitation féodale, répression cruelle etc.).

Le colonialisme pratiquait à leur égard une politique sauvage d’asservissement et leur déniait jusque - peut-on dire -, le droit d’avoir des droits, les traitait de sauvages indigènes, qui ne sont que des demi hommes ! Toute identité nationale était bien sûr étouffée, anéantie.

Après la seconde guerre mondiale, l’empire colonial trembla sous la poussée des mouvements de libération et l’apparition et de la montée du camp socialiste. Il dut jeter du lest : constitution Française de 1946, loi cadre de 1956, constitution de la fédération 1958). Mais il le fit toujours dans l’optique de la négation de l’identité nationale et des valeurs culturelles des colonisés.

C’est uniquement dans ce cadre qu’il oeuvra à la formation d’une élite mauritanienne coupée des masses et destinée à l’assimilation.

L’oppression des nationalités avait donc pour base fondamentale l’oppression de toute la Mauritanie. L’émancipation particulière des différentes nationalités passait nécessairement par la libération du pays de la domination impérialiste et de ses appuis locaux.

La contradiction principale, dans cette période, était suffisamment nette et notre peuple multinational ne s’y trompa pas. Il lutta résolument et continuellement contre l’occupant et ses sbires autochtones. Un tel clivage apparut au grand jour dans tous les grands moments de la période concernée : le peuple, par dessus les frontières tribales, régionales et ethniques, apporta son appui unanime au mouvement réformiste anti Français du député Horma (1947-1960)- et plus tard au mouvement pour l’indépendance du parti Nahda (1958-1960).

C’est grâce à cette unité, entre autres facteurs, que le colonialisme Français, malgré le soutien de la réaction locale, fut obligé de concéder à notre pays l’accession à la souveraineté internationale en 1960.

2. LE NEOCOLONIALISME ET L’APPARITION DU NATIONALISME BORNE

Malgré la proclamation de l’indépendance en 1960, la Mauritanie est restée fermement dominée par l’impérialisme Français appuyé par la bureaucratie qu’il a enfantée et sur la féodalité complice de vieille date ; classes auxquelles il a confié le pouvoir. Pourtant, ce changement politique créait une situation nouvelle et allait avoir de multiples conséquences tant sur les rapports de classes qu’en ce qui concerne les relations entre nationalités. La bourgeoisie bureaucratique s’associa à une partie de la bourgeoisie nationale naissante et évinça la féodalité de la direction du pouvoir d’état. La petite bourgeoisie intellectuelle, quant à elle, croissait rapidement et n’allait pas tarder à jouer un rôle politique distinct.

Le nationalisme en général, le nationalisme particulariste, avait désormais, grâce à cette prolifération de l’élément bourgeoisie, les conditions sociales requises pour naître et se développer.

C’est alors que le problème national se posa pour la première fois au travers d’une rivalité entre clans grands bourgeois au pouvoir. En effet, la réaction Arabe, forte de sa suprématie dans la Mauritanie d’abord autonome, puis soit disant indépendante, commençait à tirer toute la couverture à elle au moyen du népotisme (distribution de postes, octroi des bourses etc.). La réaction négro-africaine, inquiète pour ses privilèges acquis, réclama très tôt une constitution fédéraliste pour le pays. La politique de dosage dont Daddah était spécialiste constitue, en fin de compte, plus ou moins une solution de compromis.

Parallèlement à cela, les enseignants arabes depuis toujours brimés et humiliés devenaient le foyer d’un mouvement revendicatif qui réclamait une égalité de statut entre enseignants francisants et arabisants, et une revalorisation de l’arabe, son officialisation. Cette lutte légitime essuya la répression du régime Daddah pendant de longues années. Malheureusement, elle fut sérieusement sabotée par le chauvinisme, qui développa au sein de l’intelligentsia Arabe un mouvement qui impute l’attitude réactionnaire du pouvoir néocolonial contre l’arabe à l’existence te à l’hostilité des minorités nationales négro-africaines. Au sein des intellectuels de celles-ci, encore sous l’influence du courant fédéraliste face au courant chauvin, la méfiance atteint son paroxysme. Ils versèrent à leur tour dans le nationalisme étroit : le danger principal à écarter devint, à leurs yeux, l’arabe. Tous ces courants trouvaient cependant un terrain d’entente : la méconnaissance du caractère néocolonial et semi féodal de la société mauritanienne et, par conséquent, ils n’arrivaient à expliquer les malheurs d’une nationalité qu’en mettant en cause une autre. (Quelle ressemblance avec 1979 ! Reconnaissons leur, la fermeté sur les principes, quand bien même ils soient absurdes !). Le résultat de la direction chauvine et nationaliste étroite des revendications des diverses nationalités fut les dramatiques et douloureux événements de 1966.

L’ordre néocolonial tira tout le profit de ces événements :

- aucune gêne pour le pillage du fer par MIFERMA et qui prenait alors sa vitesse de croisière !

- aucune gêne pour l’épuration entreprise par Daddah contre tous les éléments qui conservent au sein du régime des velléités nationalistes. De plus, le régime néocolonial trouvait, -à travers les incidents de 1966 - l’occasion d’apparaître comme le garant indispensable de l’unité et de la sécurité des citoyens. Pendant ce temps, les nationalistes étroits comme les chauvins sombraient dans la léthargie, une situation de dégrisement peut-on dire, aussi profonde que leur ivresse nationaliste fut grande. Ce sont les ouvriers de Zouerate, qui, lors de leur héroïque et sanglante lutte contre les exploiteurs impérialistes et leurs agents locaux, démasquèrent la nature du système en place en Mauritanie. La compréhension correcte de la contradiction principale véritable permit à notre peuple de se lancer dans un puissant mouvement patriotique de 1868 à 1975 et d’obtenir, grâce la force de son unité retrouvée, de nombreux succès, et notamment sur le front de la question nationale.

Le mouvement national démocratique posa correctement les revendications légitimes des nationalités dont il devint le principal porte parole. Ce dont avaient été incapables les courants chauvins ou nationalistes étroits, même dans leurs pires moment de flambée. Ainsi les slogans « égalité entre les nationalités, transcription et officialisation des langues des minorités nationales, officialisation effective de l’arabe » apparurent pour la première fois, et furent associées aux autres revendications anti-impérialistes et antiféodales pour lesquelles toutes les couches de notre peuple multinational luttaient résolument.

Le mouvement patriotique mena, en outre, une lutte idéologique ardue, contre le chauvinisme au sein des couches de l’intelligentsia Arabe et qui essayait à nouveau de se redresser.

Sous la poussée du peuple uni, le régime Daddah dut consentir des réformes sur de nombreux plans, y compris dans la question culturelle : pas substantiel vers l’officialisation effective de l’arabe ; réforme de l’enseignement en 1973 ; reconnaissance de la spécifié nationale des minorités et de leur droit à la promotion de leurs langues.

Mais tout régime réactionnaire qui consent des réformes cherche par ailleurs à les vider de tout contenu ou tout au moins à leur donner un contenu réactionnaire.

Le rôle néfaste de nos opportunistes liquidateurs a été justement d’obscurcir la conscience des masses en dissimulant de telles manoeuvres.

L’officialisation de l’arabe ne s’attaqua pas au problème du contenu de l’enseignement de cette langue, pas plus qu’elle ne résolut valablement le problème des moyens. La médiocrité de cet enseignement est de nature à provoquer la répulsion, à confirmer davantage la supériorité du Français. N’est-ce pas d’ailleurs le même rôle d’épouvantail qui était dévolu à l’arabe dans la vieille école coloniale ?

Quant aux concessions en faveur des minorités nationales, bien que politiquement importantes, elles restèrent cependant formelles et n’eurent aucune consistance pratique.

D’ailleurs, le régime Daddah arbora de plus en plus officiellement une tendance chauviniste qui aggravait les inégalités nationales, cherchait à imposer aux minorités l’arabisation et même leur déniait le droit d’adopter, pour transcrire leurs langues, les caractères de leur choix, élevait des barrières discriminatoires dans certains niveaux de formation. (ENA cycle A long). C’est dans ces moments que les chefs de file de l’opportunisme mauritanien optèrent pour la liquidation du Mouvement National Démocratique et se mirent inconditionnellement au service du régime de Daddah. La politique de la réaction n’avait dès lors plus d’obstacle pour se développer librement. Elle déclencha la guerre injuste et de trahison nationale, entreprit la récupération des réformes de 73-74, aliénant la souveraineté politique de notre pays à l’avantage de l’occupation militaire et étrangère, renforça l’oppression antipopulaire. Les liquidateurs se chargeaient de l’ignoble mission de tout justifier.

Le mécontentement latent au sein des minorités nationales s’accentua et le nationalisme étroit crut son heure arrivée. Il n’a cessé depuis lors de diffuser partout ses conceptions primaires et réactionnaires pour récupérer à son avantage ce mécontentement légitime (exemple : attitude vis à vis de la grève des travailleurs négro-africains de Zouerate en 1978). Le chauvinisme, quant à lui, fort des privilèges acquis, se préoccupait davantage de la lutte contre toute idée de progrès dans le pays. Il apparut de plus en plus sous les couleurs du tristement célèbre mouvement des frères musulmans. Comme les intellectuels arabisants souffrent de la discrimination en faveur des francisants dans l’administration et le privé, le chauvinisme de son côté, s’efforce de récupérer leur mécontentement au profit de ses conceptions réactionnaires. Ainsi, le chauvinisme et le nationalisme étroit, depuis un certain temps, mènent le pays tout droit vers une réédition de la malheureuse expérience de 1966. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que notre peuple ne l’entend plus de cette oreille, que malgré la trahison des liquidateurs, diverses forces démocratiques, dont des patriotes nationalistes arabes ou négro-africains, existent dans le pays pour s’opposer à leurs menées aveugles. C’est pourquoi la flambée chauviniste d’octobre novembre 78 échoua lamentablement. Mais il a fallu la grave situation orchestrée par des forces réactionnaires et étrangères en janvier 79 pour mettre plus en lumière l’isolement tant du nationalisme chauvin que du nationalisme étroit au sein de notre peuple multinational, pour révéler leurs rapports conscients ou inconscients avec les forces étrangères antinationales et avec la réaction intérieure.

La voie de l’unité de toutes nos nationalités, la voie patriotique et démocratique reste effectivement l’unique alternative correcte et profitable, salutaire, pour notre peuple dans son ensemble, comme pour chacune de ses composantes.

Mais gageons que les nationalistes chauvins ou étroits nous préparent des « surprises » qui toutefois, étonneront une fois de plus par leur manque d’originalité !



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