« Changement dans la sérénité » contre « changement véritable »
Qui sera le prochain président de la République Islamique ? Pour une élection aussi ouverte, il serait hasardeux de donner un nom. Mais les positionnements au sein de la classe politique font ressortir trois grands ensembles : Les candidats de la CFCD, qui revendiquent « le changement véritable », Le candidat indépendant, Sidi Ould heikh Abdallahi soutenu par El Mithaq qui prône « le changement dans la sérénité » Et les autres candidats qui font office de troisième voie.
L’élection présidentielle du 11 mars 2006 est inédite pour plusieurs raisons. D’abord, pour le nombre de candidats : 19. Il n’ y en a jamais eu autant dans l’histoire de la Mauritanie. Ensuite, pour cette fois, l’Etat n’a pas de candidat. Le Chef de l’Etat n’est pas candidat à sa propre succession. Enfin, et encore pour la première fois, un regard indépendant du ministère de l’intérieur, la CENI, veillera à la transparence du scrutin. Cette élection présidentielle très ouverte, opposera deux grands ensembles : Le pole du « changement dans la sérénité » représenté par Mithaq qui soutient le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi et celui du « changement véritable » regroupant les quatre candidats de la CFCD. Le « changement dans la sérénité », « Sidi, le candidat qui rassure », ça laisse entendre qu’il y a un autre changement qui pourrait être moins serein, plus trouble, plus heurté. Ca suppose aussi qu’il y a d’autres candidats moins rassurants. Avant le coup d’Etat contre Mokhtar Ould Daddah, le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi a été ministre pendant sept ans. C’est du Koweït, en 1985, qu’il a été appelé par le Président déchu le trois août 2005, Maaouya Ould Sid Ahmed Taya, pour entrer au gouvernement. Il y est resté pendant deux ans. De 1987 à 2003, pendant 20 ans, le candidat de Mithaq est resté à l’étranger. Mithaq, C’est 54 députés sur les 95 que compte l’assemblée nationale (sous réserves des « feuilles mortes » qui vont et viennent en fonction des rapports de forces du moment), une majorité écrasante au sénat, repartis entre le rassemblement des indépendants, l’ex-majorité présidentielle (PRDR, UDP et RDU) et quelques autres partis politiques de très moyenne envergure. L’essentiel des élus qui soutiennent le candidat indépendant, Sidi Ould Cheikh Abdallahi est issu du défunt PRDS ou de son unique orphelin le PRDR. Les ex-soutiens inconditionnels du régime « totalitaire » de Ould Taya, ont été « rassurés » par le « changement dans la sérénité » proposé par Ould Cheikh Abdallahi. Au temps de Maaouya, ces élus avaient voté « changement dans la stabilité. » Cette phobie des remises en causes radicales ou profondes d’un certain ordre à de nombreux adeptes ; Le pôle du « Changement dans la sérénité » a gagné la manche du pouvoir législatif. Face au Mithaq et à son candidat Indépendant, la CFCD. La coalition des opposants traditionnels au régime « totalitaire », c’est 41 députés et quatre candidats de poids à la présidentielle du 11 mars. Ahmed Ould Daddah, candidat malheureux de l’UFD en 1992 (30%), très malheureux en 2003 (environs 5%), si l’on en juge au nombre d’élus (16), est en pole position au sein de la CFCD. Si les législatives avaient valeur de primaire, il aurait été candidat unique de cette coalition. Mohamed Ould Maouloud, de l’UFP qui compte 09 députés, pour son coup d’essai, pèsera lourd sur l’issue finale. Saleh Ould Hannane, fort de sa popularité tirée de la tentative de coup d’Etat du 08 juin 2003 et surtout du soutien des réformateurs centristes (Islamistes) ratissera au-delà de son Aioun Natal. Les résultats de l’APP aux élections législatives ont été décevants. Mais, le charisme de son candidat, Messaoud Ould Boulkheir, fera, fort probablement, beaucoup plus que, le score de ces législatives. Pour la CFCD, « le changement dans la sérénité », c’est « le retour en arrière » qui s’oppose au « changement véritable » qu’elle propose.
Les candidats de la troisième voie !
En plus de ces deux grands pôles, il y a ceux qui, probablement, ont aussi leurs chances. L’ex-président Mohamed Khouna Ould Haidalla, deuxième à la présidentielle de 2003 après Ould Taya et loin devant Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir, est revenu à la charge. Son passé politique le prédispose à voter CFCD au second tour, s’il n’y est pas engagé personnellement. Haidalla a été victime du coup d’Etat de Maaouya en 1984. Il a été emprisonné par ce dernier pendant plusieurs années. En 2003, son tombeur de 1984 l’a accusé d’avoir fomenté GrabI et l’a mis aux arrêts de nouveau. A la présidentielle de 2003, son principal soutien était l’UFP. Des consignes de vote de Haidallah en faveur de ceux qui avaient applaudi GrabI, en faveur des ex-inconditionnels de celui qui a usurpé sa place quand il était à Bujumbura en 1984… Parmi les autres candidats, il y a encore Zeine Ould Zeidane, Indépendant âgé de 40 ans. Pour ses partisans, il est « le candidat de la jeunesse » et pourrait représenter une sorte de troisième voix. Pour représenter « cette troisième voix », il faudrait « au technocrate » Zeine Ould Zeidane, plus que le soutien du parti Sawab. Où ce candidat se placerait-il s’il n’arrive pas au second tour ? Le candidat Sarr Ibrahima , au vu de l’interet que suscite sa candidature, fera, fort probablement, plus qu’une participation symbolique. Pour jouer pleinement son rôle, il lui faudra plus que le soutien de l’AJD (aucun élu au parlement) et des FLAM Rénovation (physiquement encore en exil), l’ex-lieutenant de vaisseau, Dahane Ould Ahmed Mahmoud, l’Ex-Cavalier du changement, Mohamed Ould Cheikhna, eux aussi, feront plus que de l figuration. Le principal enjeu de l’élection présidentielle du 11 mars 2007 sera de choisir entre ces forces politiques : les « fossiles » de la demande démocratique, ceux qui se battaient pour le changement au temps « des gigantesques réalisations dans tous les domaines » contre ceux qui, après le trois août 2005, se sont, subitement, transformés en adeptes du changement. La Mauritanie a une histoire politique, il faut nécessairement la rappeler aux électeurs. Surtout, si cette histoire est récente, trop récente.
Khalilou Diagana khalioubi@yahoo.fr

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