Message au chef de l’Etat

vendredi 16 février 2007

Ceci est un message particulier. Adressé au chef de l’Etat, président du CMJD. C’est une sorte de cri du cœur d’un ’allié de la transition’, de quelqu’un qui a toujours cru en la capacité du colonel Eli Ould Mohamed Val à pouvoir impulser le véritable changement et faire la rupture avec le passé. Ses méthodes irrationnelles, ses hommes médiocres, ses choix hasardeux, ses promesses jamais tenues, son incapacité à donner espoir...

J’ai toujours cru que le colonel Ould Mohamed Val qui a subi 20 ans durant -même s’il a été aux premières loges – L’incurie qui a vu s’exercer l’arbitraire au quotidien, qui a vu se développer la mise en place de l’Etat patrimonial, qui a vu le pays avancer inexorablement vers des rivages faits de risques, j’ai toujours cru que cet homme était le mieux indiqué pour mener à bien l’entreprise de salut nécessaire à la Mauntanie. Homme de grande culture, il a eu une grande expérience. Dernier de la vieille garde du Comité militaire de salut national (CMSN), il avait vu comment les chefs militaires étaient dévoyés, manipulés, récupérés par une horde de conseillers occultes qui n’avaient d’autre souci qu’assouvir une faim personnelle. Faim de pouvoir, faim de biens,’ faim de positionnement social. Des minables en somme qui avaient - et ont encore, quelques revanches à prendre sur cette société qui a, un moment, refusé leur projet. Le colonel Eli Ould Mohamed Val a très bien décrit le processus de déviation dont furent victimes ses prédécesseurs. Nous l’avons cm majeur et vacciné. 11 a même poussé la dose jusqu’à nous mettre en garde contre ces personnages qui ont confisqué la volonté populaire en s’instituant en ’grands porteurs de voix’, qui ont détourné les ressources du pays > en s’imposant comme des technocrates de la médiocrité. Il avait dit en substance que "ceux-là feraient mieux de raser les murs, de se faire oublier, le temps d’une transition à défaut de toujours", et "qu’au lieu de cela nous les verrons fêtés par le peuple, consacrés, traités comme des héros". Le peuple a dit son mot : partout où ces personnages ont prétendu à quelque fonction élective, ils ont été battus à plate couture. En vous entendant, nous avions libéré toute notre volonté, nous nous sommes émancipés et nous avons vu en vous un allié de cette émancipation.

Le comble ici, ce ne sont pas les atermoiements, ni l’indécision, ni les contradictions nombreuses et inquiétantes. Le comble, ce sont ces nominations qui n’en finissent pas. Qui n’en finissent pas de désespérer des dirigeants du pays et du pays lui-même. Comme pour nous convaincre qu’il n’y a que ce "tout-venant" issu des profondes couches de sédiments d’ordures léguées par le régime d’avant le 3 août 2005. Mais quelle différence en terme d’hommes ? Pas grande. Quelle différence en terme de méthode de choix ? Pas une. Quand Ould Taya nous a quittés, nous étions sevrés de savoir jusqu’où il pouvait descendre dans le choix de ses hommes médiocres d’année en année. Et bien nous savons à présent que nous étions promis à voir des ministres ’ex-communiés’ pour fautes graves, revenir aux affaires. Un ministre qui a été démis pour avoir ’sifflé’ un financement étranger et qui, bien après son limogeage, se faisait recevoir à l’extérieur comme ’ministre en exercice’. C’est bien le colonel OuH Mohamed Val qui avait été chargé de lui intimer l’ordre de restituer l’argent du financement pour ne pas aller en prison : ni le président Ould Tay a, ni le Premier ministre de l’époqi ie ne voulaient le voir. Autre ministre, autre scandale : le ministre qui a signé l’accord frauduleux avec un fournisseur étranger et dont la Mauntanie de la transition a dû payer une grosse partie de la note. Là aussi, même le président Ould Taya n’a pu supporter. Limogé pour corruption avérée et crime économique. Mais récupérés au plus haut sommet du pouvoir par le colonel Eli Ould Mohamed Val. Ils ne sont pas les seuls. Les auteurs de l’article 104 - suprême supercherie, aberrante méthode de pouvoir - continuent à réfléchir et à donner des idées pour le premier décideur. Dernière en date, cette histoire de bulletin blanc qui a causé tous les torts qu’on sait. Mais au lieu de s’en prendre à ceux qui lui ont conseillé cela, il a fallu créer l’amalgame en décrétant une loi faisant du vote blanc une sorte de vote nul. Alors que le vote blanc est bien une expression de choix. La ’racaille’ faite de ceux qui émargeaient dans les officines de renseignements, comme dirait un homme politique peu fréquentable d’ailleurs, nous avons su la neutraliser. Mais êtes-vous sûr, colonel, qu’elle ne vous prend pas en otage présentement ? Le colonel Ely Ould Mohamed Val que nous avons voulu apprécier et même célébrer en héros, c’est bien cet officier, dernier de la classe du CMSN, une classe de prédateurs qui sont partis un à un sans gloire, qui a finalement osé cracher dans la soupe, en choisissant de s’attaquer de front à tout ce qu’il y a de mauvais dans le système qu’il a connu de l’intérieur. Notre héros, c’est bien celui qui nous a proposé de ’rêver debout’, de ’croire en nos potentialités de changement’, de ’saisir l’opportunité historique qui nous est offerte pour tourner le dos au passé et à ses relents’. Notre héros c’est celui qui nous a poussés à nous éloigner des prédateurs, menteurs, faux types. Notre héros est celui qui nous a réconciliés avec l’Espoir, la créativité, la liberté d’expression, de choix, d’action réconciliés avec nous-mêmes. C’est celui qui a repris nos mots pour nous dire, nous donnant l’impression que nous étions désormais compris par ceux qui nous dirigent. Nous avions besoin d’un héros. Si bien qu’on était prêt à en adopter un, sans tenir compte de ses positions antérieures. Vous êtes, monsieur le président du CMJD, en train de dilapider cette formidable opportunité qui vous est offerte. Ce serait dommage. Vous nous aurez sevrés. Et vous aurez fermé la porte de l’Histoire devant vous et devant vos frères d’armes. Si vous continuez à tergiverser entre la volonté de réhabiliter un système honni, et celle de le lifter, alors on vous comptera avec les autres. Les autres chefs militaires qui se sont succédés sans laisser leurs noms à l’Histoire. Demandez aux jeunes mauritaniens de moins de trente ans ce qu’ils retiennent d’eux. Vous serez édifiés.

La Tribune n°336 du 13 février 2007



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