SORTIE DE LIVRE / L’AFRIQUE RÉPOND À SARKOZY

L’intégralité des droits d’auteur sera versée à la bibliothèque de l’Ucad
L’affront de Dakar sera lavé à Paris. Avec le sous-titre Contre le discours de Dakar, vingt-trois intellectuels d’Afrique (Algérie, Congo-Brazza, Congo-Kinshassa, Guinée, Madagascar, Sénégal, Cameroune, Mauritanie, Burkina Fasso, Tchad etc.) et d’Haïti ont répondu au discours du 26 juillet prononcé par Nicolas Sarkozy à l’Université Cheikh Anta Diop. La responsabilité de nos gouvernants et de la Françafrique dans la situation actuelle de l’Afrique a pris une place importante dans les analyses. Au-delà d’une simple réponse au discours « surréaliste » du président français, cette élite intellectuelle armée « de sciences jusqu’aux dents » a abordé les grands défis qui interpellent l’Afrique du XXIème siècle. L’ouvrage de 480 pages édité par les Editions Philippe Rey, sera en librairie à Paris le 21 février. Les thèmes sont très variés et traités sans concession dans un esprit rigoureux et multidisciplinaire (historiens, philosophes, romanciers, économistes etc.)
FRANCE-AFRIQUE
Le projet a été conçu le jour même du discours : « c’est en écoutant attentivement le président français que j’ai pensé écrire un ouvrage en réaction à ce discours « surréaliste ». Puis j’ai pensé qu’il faut dépasser ma personne et m’adresser à quelques-uns des intellectuels du continent, parmi les plus crédibles et les plus représentatifs » explique Makhily Gassama. Le milieu intellectuel est certainement le milieu qu’il connaît, dit-il, le mieux pour avoir consacré « ma vie à la culture ». Cependant, il n’est pas facile de nouer aussitôt des contacts même avec ceux qu’on connaît bien : ils sont très mobiles. Directeur de publication du livre « L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar », le sénégalais a passé plus d’un mois à étudier la faisabilité du projet en s’adressant à des amis comme l’écrivain sénégalais « Boubacar Boris Diop dont le soutien a été sans faille.Un écrivain qui vit ce qu’il écrit. Un vrai patriote, qui n’a pas appris à tricher » témoigne Makhily Gassama.
Méthodologie
L’exercice est pénible, mais exaltant. Le projet a été lancé dans la deuxième quinzaine d’août. Les intellectuels qui ont été contactés ont tous adhéré au projet sans la moindre condition. « Ce qui m’a profondément touché d’autant plus que ce milieu, qui est celui de l’intelligence, est chargé de susceptibilités », reconnaît M. Gassama qui, soulagé, déclare : « Je demeurerai infiniment reconnaissant à cette confiance sans réserve ».
Les auteurs ont été invités ainsi à se prononcer librement sur le discours ; ils étaient libres de retenir un thème, un groupe de thèmes ou l’ensemble du texte du discours, l’essentiel étant d’analyser et de dépasser le discours de Sarkozy. « Conscient de la forte personnalité de chaque auteur, j’ai noué, avec chacun, des relations épistolaires très personnalisées. D’août à ce jour, j’ai correspondu presque quotidiennement avec chaque auteur » selon le directeur de publication. La seule ambition des auteurs est de contribuer à la clarification de notre situation d’Africain en replaçant l’homme Noir au cœur de l’histoire du monde. Une histoire dont il a été chassé pour justifier sa domination. Jacques Chirac répétait pour sa part lors du dernier sommet France-Afrique à Cannes que : « l’Afrique est le berceau de l’Humanité et de l’homme ». Elégants dans leur combat pour la Dignité humaine, les auteurs (Zohra Bouchentouf-Siagh, Demba Moussa Dembelé, Mamoussé Diagne, Souleymane B. Diagne, Boris Diop, Babacar Diop Buuba, Dialo Diop, Makhily Gassama, Koulsy Lamko, Gourmo Abdoul LÔ, Louise-Marie M. Diop, Ketty Mars, Mwatha Musanji Ngalasso, Patrice Nganang, Djibril Tamsir Niane, Théophile Obenga, Raharimanana, Bamba Sakho, E.H.Ibrahima Sall, Mahamadou Siribié, Adama Sow Dièye, Odile Tobner, Lye M.Yoka) ont fait preuve d’une grande sagesse et d’empathie. En effet, ils ont décidé d’octroyer l’intégralité des droits d’auteur à la bibliothèque de l’Université Cheikh-Anta Diop. « C’est à l’unanimité, avec enthousiasme, que la proposition a été entérinée », révèle Makhily Gassama.
Le discours de Sarkozy est non seulement un texte très mal rédigé au plan stylistique, il est confus, très confus, constate-t-on. Que d’amalgames ! C’est ce qui pousse M. Gassama à dire : « Quand j’entends des Africains défendre le président français, surtout des Sénégalais, j’ai honte et j’ai peur ». L’écrivain sénégalais s’interroge d’ailleurs : « Comment ne peuvent-ils pas se rendre compte que les critiques de Sarkozy ne s’adressent pas aux régimes « kleptocrates », aux régimes dictatoriaux d’Afrique qui ont ruiné matériellement, moralement, intellectuellement le continent, avec le concours efficace de la Françafrique, mais au « paysan » du pacte colonial, au mythique « homme africain », à l’ « âme noire » en plein XXIème siècle ! »
Ils ont applaudi au discours puisqu’ils pensent que Sarkozy est venu nous dire la vérité. Quelle vérité ? Sur quoi ? A qui ? En réalité Sarkozy ne s’est pas adressé à Dakar aux classes politiques, premières responsables des maux et de l’humiliation du continent. En phase avec Boris Diop, Makhily Gassama conclut : « Il n’y a, en ce XXIème siècle, qu’en Afrique au Sud du Sahara, qu’un Européen peut encore se permettre de maquiller les crimes de ses ancêtres en œuvres de charité et nous applaudissons ».
El Hadji Gorgui Wade NDOYE, ContinentPremier.Com Source : sudonline.sn

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