L’espoir fait vivre

mardi 14 août 2012

Coup de tonnerre en Egypte où le nouveau président, Mohamed Moursi, a subitement décidé de prendre le taureau par les cornes, en admettant à la retraite le ministre de la Défense, Housseïn Tantaoui, et le chef d’état-major, Sami Annane. Le premier a dirigé la transition, après la chute de Hosni Moubarak, et hérité du poste de ministre de la Défense, après l’élection présidentielle qui a vu la victoire du candidat des Frères musulmans. On le considérait intouchable, tant l’armée est puissante, dans un pays dont elle détient les leviers depuis 1952. Et, n’eût été la pression populaire, elle allait faire élire son candidat à la magistrature suprême, Ahmed Chafiq, l’ancien Premier ministre de Moubarak. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Tantaoui a cédé le pouvoir à Moursi, en prenant soin d’en garder une partie au ministère où il s’est proposé. Mais le nouveau président, craignant que son pays ne prenne le chemin de la Mauritanie ou de la Turquie, où l’Armée soit reste au pouvoir soit en détient de larges pans, ne l’entendait pas de cette oreille. Il a décidé de marquer son territoire et de démontrer, une fois pour toutes, qui est le chef.

Imaginez Sidi Ould Cheikh Abdallahi en Mohamed Moursi. La ressemblance semble, certes, très hasardeuse. Le premier a été coopté par les militaires, pour barrer la route au candidat de l’opposition, et le second a été élu contre l’avis de la Grande muette. La nuance est de taille. Mais les circonstances faisant l’homme, si, dès sa prise de fonctions, Sidi avait décidé de jouer à l’ingrat et de renvoyer les généraux qui l’avaient fait roi, on n’en serait pas là où nous sommes. On ne serait pas tombés aussi bas dans la déchéance. On n’aurait pas porté un coup, fatal, à notre démocratie balubutiante. On aurait, déjà, organisé une autre élection présidentielle en 2012. On n’aurait pas perdu tous ces financements, à cause du coup d’Etat de 2008. On aurait renvoyé, pour de bon, les militaires dans leurs casernes. On n’aurait pas autant de généraux, pour une armée de quelques milliers d’hommes. On n’aurait pas un président qui méprise ses soutiens et n’a aucun respect pour ses opposants. On n’aurait pas un président comptable du budget de l’Etat avec lequel il « règle » ses comptes. On n’aurait pas un président dont les proches, pauvres il y a peu, sont en train de brasser des milliards, alors qu’il prétend faire de la lutte contre la gabegie son principal cheval de bataille. On n’aurait pas un président qui intervient dans le plus petit marché de l’Etat, pour qu’il soit attribué à tel ou tel. On n’aurait pas un président qui parle, pendant plus de trois heures d’horloge, pour ne rien dire. On n’aurait pas un président qui fonde une compagnie aérienne, structurellement déficitaire, pour ses propres voyages qui ont coûté, au contribuable, près d’un milliard d’ouguiyas, en trois ans. On n’aurait pas un président, dépourvu de toute notion d’économie, qui décide de ramer à contre-courant, en fondant, à la pelle, des sociétés publiques, alors que la tendance générale est au désengagement de l’Etat. On n’aurait pas un pays isolé dont les relations avec tous ses voisins sont au plus mal. On n’aurait pas un Etat qui vend tout, même ses pièces d’état-civil.

Arrêtons-nous là ! Avec des si, disent les Français, on mettrait Paris en bouteille. Certes mais il est permis de rêver. Tôt ou tard, nous aurons notre Mohamed Moursi. Ce ne fut pas Sidioca. Ce sera un autre. L’espoir fait vivre.

AOC

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