Atar Show II

Une semaine avant le show tant annoncé du 5 août, toutes les machines du pouvoir se sont ébranlées. Atar, bourgade bruyante de vie et de gentils citoyens, s’est retrouvée au devant de la scène. Les "étrangers" squattent la demeure et se rabattent sur le gîte des généreux, se pavanant dans le luxe insolent des prédateurs de la République. Rivalisant d’ardeur dans la "dévotion" au parti et "l’adoration" du Président, ils inondent la ville de ragots, de rumeurs et de mensonges. Question de porter la "parole" majestueuse des maîtres du moment et brouiller la "piste" de ceux qui abhorrent le régime et le système qu’il incarne.
Pour y arriver, les tribus sont mobilisées. Les notables sont alertés. Les jeunes "sensibilisés". Les fonctionnaires investis de la mission des relais pour le compte du parti. Les militaires et les para-militaires mis en alerte et envoyés au charbon de la collecte des indiscrétions et à assurer la "sécurité" de l’évènement. Le tout sous la bannière du parti. Le seul qui doit être visible dans la lisière du chef. Même le fameux parti aux étoffes s’est éclipsé face à la marre déferlante des touristes politiques venus de Nouakchott et des quatre coins de Mauritanie. Sa seule absence suffit comme preuve que nous sommes en plein dans la tourmente et la crise politique.
Le jour J arriva et le roi avec. Les valets et autres troubadours investissent la scène et noient les journalistes dans un tintamarre indescriptible. Les jeunesses avant-gardistes de l’Azizanie élèvent le ton avant même que son idole ne prenne la parole. Prisonnier de chiffres froids, ce dernier se perd dans ses équations et s’embourbe dans les virgules. L’économie se porte bien et la croissance sera au rendez-vous.
C’est connu, le macro ne fait jamais bouffer le citoyen. Les prix, ce n’est pas nous, ce sont les facteurs "exogènes". Le prix du pétrole et autres causes sont vite mis sur la table pour expier la faute des généraux commerçants qui gèrent l’épicerie nationale. Et pourtant, c’est aussi connu, les prix du pétrole n’ont jamais été si bas depuis presqu’une décennie. Mais, passons !
Subitement, ce sont les démons qui hantent le fauteuil qui se sont réveillés, incarnés dans l’image de jeunes qui crient fort "Aziz dégage ! Tu as ruiné le pays". La fête a failli alors tourner à l’aigre, n’eût été l’intervention musclée du service d’ordre qui n’eut aucune peine à mater et maltraiter les "diables du Rahil" sous les yeux du Président. Une minute après, rouge de colère, ce dernier dira que nous sommes en démocratie et que chacun est libre de dire ce qu’il voulait.
Mieux, il vous défiera, tous, de lui démontrer, par des faits, qu’une seule manifestation a été réprimée en Mauritanie depuis son élection. Oubliez donc les femmes battues et torturées à l’université, les blessés des marches de la jeunesse de l’opposition, de l’IRA, de Touche pas à ma nationalité et j’en passe. Ne parlez surtout pas de Lamine Mangane, ni de Ould Mechdhoufi et encore moins de Ould El Mouâla (le commerçant de la clinique et non le speaker du communiqué du 06 août !!!). Les libertés sont garanties dans ce pays, clamera-t-il.
Le sont-elles vraiment ? Nous dirons que non ! La chape de plomb pèse sur nos têtes quoi qu’ils disent et malgré les petites concessions qu’ils font, de temps en temps, pour ne pas nous étouffer. Les libertés, les droits et l’égalité des citoyens sont un luxe que nous ne méritons pas. Seuls les maîtres du système et ses généraux tenanciers méritent de vivre dignement et décemment. A notre détriment tous !
La crise politique n’existe pas donc. Le chômage n’existe que par la carence des jeunes mal formés. Nos rapports avec le voisinage sont excellents. Al Qaida n’est pas notre ennemi. Nous ne sommes pour rien de ce qui est arrivé au Mali. Que les ennemis du régime acceptent d’aller aux élections, sinon on les exclura du jeu. Pas de dialogue et Messaoud n’en fait qu’à sa tête. " J’y suis et j’y reste ". La Mauritanie n’est pas comme les autres pays. Entendez-bien, pas la Libye, ni le Yémen et encore moins l’Egypte. Vraiment ? Circulez donc, il n’y a rien à voir. C’est à peine que le disque n’est pas rouillé ! La démagogie et l’hypocrisie l’ont emporté sur toutes les autres considérations. Raté donc, cher animateur du show...
Amar Ould Béjà

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