Trois ans après l’élection d’Aziz : Des promesses en veux-tu, en voilà plus !

mercredi 8 août 2012

Si, comme le dit l’adage : « La promesse est une dette », le Président et le gouvernement mauritaniens en ont autant que de cheveux. Et ils ne sont pas chauves, dans l’ensemble…

Normalement, en ce mois d’août 2012, l’hôtel Khayma, au centre de Nouakchott, ne doit plus être le plus haut building de Mauritanie, ni la mosquée saoudienne la plus spacieuse de Nouakchott. A quelque vingt-huit kilomètres au sud de Nouakchott, une zone industrielle offrant deux mille opportunités d’emplois travaille à temps plein, mobilisant plus de deux milliards d’ouguiyas. Le chômage, à l’intérieur du pays, a été considérablement résorbé, l’exode vers les grandes villes, jugulé, grâce à des unités industrielles installées ici et là. L’usine de viande de Néma, celle d’aliments de bétail d’Aleg, la tannerie moderne de Kaédi, entre autres. Pour les populations de Magta Lahjar, les décennies de soif ne sont plus qu’un mauvais souvenir car les adductions d’eau ont atteint la ville. Les usagers du tronçon Kiffa/Tintane n’ont plus à se plaindre, la route s’est finalement bien achevée. Ouais ! Super-Aziz ! Sauf que… sauf que… oui, tout ça a été bel et bien promis, mais… rien n’a été fait. « Réveillons-nous ! Cessons de rêver ! » Ainsi parlait Zarathushtra, selon Nietzsche. Ainsi promettaient le Président mauritanien et ses ministres. Des études, des ressources et des promesses. Rien de plus. Durant les trois ans qui viennent de s’écouler, que de promesses données par des personnalités officielles de très haut rang ! Du Président en passant par le PM, les ministres et les secrétaires généraux !

Le 7 janvier 2011, le Premier ministre, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, déclarait, devant le Parlement, que son gouvernement venait de recevoir 15 millions de dollars (4 264 650 000 UM), pour financer des projets dans le domaine des industries de transformation des produits animaux et de leurs dérivés, dans certaines wilayas du pays. Et de citer : une unité industrielle de production de lait et dérivés, à Néma, pour une capacité de 30 000 l/j dont 25 000 litres de lait ; une boucherie moderne, d’une capacité productive variant de 40 à 50 T/j ; une unité de production d’aliments de bétail, à Aleg, avec une capacité de 15T/h ; une tannerie moderne, à Kaédi, et une unité de fabrication de grillage, à Magta Lahjar, de 40 à 50 m/min. Dix-neuf mois plus tard, rien, rien de tout cela n’a été fait, malgré l’insistance du PM sur l’importance de ces projets.

Au cours du même discours devant le Parlement, d’autres promesses, comme la construction d’une faculté des sciences vétérinaires, à Kiffa, sur financement libyen, pour décongestionner les établissements supérieurs existants et offrir de nouvelles opportunités de formation, sont tout aussi restées sans lendemain. Grande usine de pêche, deux mille opportunités d’emplois ? Le 27 novembre 2011, à l’occasion du cinquantenaire de l’Indépendance, le SG du ministère des Pêches, Sidi Mohamed Ould Sidi, supervise la pose de la première pierre d’une zone industrielle de pêche, à 28 kilomètres au sud de Nouakchott. Ecoutons ce grand responsable de l’important département : « Deux sociétés internationales, travaillant dans le domaine des industries de transformation, permettront, à cette zone, de devenir un pôle de développement des industries de pêche. Un investissement de deux milliards sera mobilisé pour cette zone qui offrira 2000 opportunités d’emplois ». Le grand complexe de l’espoir n’a jamais vu le jour et les chômeurs qui récuraient leurs assiettes attendent, encore, de se faire engager dans une affaire qui n’existe que dans la tête de ses concepteurs.

 Un rêve touristique brisé

Le 24 novembre 2010, le ministre des Affaires économiques et du développement, Sidi Ould Tah, et le directeur de la Banque Islamique de Développement (BID), Ahmed Mahmoud Aly, supervisent la pose de la première pierre – elle en est aussi la dernière – du prochain siège de la BID en Mauritanie. Un édifice de seize étages dont quinze réservés aux sièges de sociétés commerciales et d’affaires. Parti pour être le bâtiment le plus imposant de Nouakchott, sis sur l’avenue feu Moktar Ould Daddah, dont les travaux devaient se terminer en mai 2012 : le site qui devait abriter le bâtiment n’a jamais été revisité. La Mauritanie n’a pas plus fait de commentaire là-dessus que la BID ne s’est enquise du sort de son siège.

 A quand la grande mosquée ?

Le 1er juin 2010, le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Ould Neïni, annonce, à la TVM, au cours de l’émission « Le gouvernement dans la balance », que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz « accorde un grand intérêt » au secteur des mosquées. La preuve, l’Etat envisage de d’ériger, dans un « bref délai », une mosquée, la plus grande du pays, avec une capacité d’accueil de dix mille fidèles. Cette spacieuse mosquée viendra s’ajouter aux 7 724 lieux de cultes officiellement décomptés, dans tout le pays, par le dernier recensement. Six mois plus tard, le 21 novembre 2010, le ministre de l’Habitat, Ismaël Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya, annonce, depuis Nbeïket Lahwach, au fin fond du Hodh Chargui, le lancement « imminent » d’un vaste programme sectoriel d’édification de bâtiments et d’édifices publics pour lesquels les études de faisabilité ont été faites et les ressources mobilisées, les travaux commenceront « dans les prochains mois ». Parmi ces réalisations, le ministre cite la grande mosquée, devenue encore plus spacieuse, car au lieu des 10.000 fidèles annoncés par son collègue des Affaires islamiques, il en annonce, lui, 15.000 ! Dix-huit mois plus tard, malgré les déclarations, publiques, de deux ministres, la fin des études de faisabilité, la mobilisation des ressources, les travaux de la mosquée n’ont même pas commencé. Mieux : des sources très informées rapportent que le ministre des Affaires islamiques aurait reçu de « très hautes instructions » d’effacer la mosquée de son répertoire et de ne plus jamais la citer dans les réalisations du Président.

 Les populations de M’Haoudatt attendent encore

Le 25 novembre 2010, à Zouerate, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz promet, aux populations de M’Haoudatt, leur construire une zone habitable, dotée de tous les services de base nécessaires. Selon lui, un rapport de spécialistes a confirmé l’existence de matières nuisibles à la santé dans la zone. Le Président a aussi promis le renforcement de la capacité de production du réseau d’adduction d’eau de la ville, dans un « bref délai ». Le lancement d’un projet d’assainissement de la ville de Zouérate, le règlement des travailleurs journaliers de la SNIM, tout cela allait, selon le Président, se faire au début de 2011. Les populations de M’Haoudatt, celles de Zouérate et les travailleurs journaliers de la SNIM attendent encore de voir venir le moindre petit quelque chose.

 La route qui n’en finit pas

C’est ainsi que les usagers de la Route de l’Espoir qualifient le tronçon entre Kiffa et Tintane dont les travaux de réhabilitation ont commencé le 26 novembre 2009 et qui devaient, selon les déclarations du Premier ministre, aboutir au bout de trente mois c’est-à-dire en mai dernier. Financée à hauteur de 12 751 681 235 UM, la route de 145 kilomètres n’a été réalisée que sur 30 kilomètres, en plus de 24 kilomètres à l’intérieur de la ville de Tintane.

 Magta Lahjar a toujours soif

La ville souffre de soif depuis plusieurs décennies.

Le 23 novembre 2010, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz supervise, lui-même, la pose de la première pierre du projet de Bouhchiche, qui devrait alimenter la ville en eau potable, et martèle, dans son discours : « L’Etat donne, à ce projet, une grande importance car il bénéficiera aux populations de toute la zone ». Le ministre de l’Hydraulique, Mohamed Lemine Ould Aboye, déclare, quant à lui, que les études de ce projet ont démontré, en 2007, l’existence, qualitative et quantitative, d’eau dans la zone et que l’Etat était capable de financer sa réalisation, pour un peu plus de trois milliards d’ouguiyas. Selon lui, les travaux dureront douze mois et seront exécutés par le Génie militaire, sous la supervision de la Société Nationale des Eaux (SNDE). Pourtant, il y a quelques semaines encore, les populations de Magta Lahjar manifestaient pour le règlement de la question de l’eau. Peut-être les abondantes pluies ont-elles rempli les oueds, les tamourts et autres plaines de la ville et permettront-elles d’étancher la soif des Magta Lahjarois, en attendant que les très haut placées promesses présidentielles et gouvernementales, jusque-là non tenues, puissent, enfin, se réaliser, même avec de si grands retards sur la date imprudemment fanfaronnée ? Ne dit-on pas que mieux vaut tard que jamais ?

Sneïba El Kory

lecalame.info



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