’Rencontre avec le peuple’’ à Atar : La montagne a accouché d’une souris

Les rencontres avec le peuple se suivent et se ressemblent. Finalement, la troisième édition de cette rencontre médiatique, qualifiée, par certains détracteurs de la manifestation, de grande mise en scène au cours de laquelle le Président s’offre l’occasion de pérorer, pendant des heures, sur plusieurs sujets de tout ordre, dans une confusion ridicule qui dévalorise totalement la fonction de Président de la république, a eu lieu à Atar. Rien de bien différent, entre la seconde et la troisième éditions, à part une très forte mobilisation populaire des militants de l’UPR, convoyés des quatre coins du pays et une non moins forte activité sécuritaire. Toujours la même manifestation carnavalesque où le folklore, le superficiel et le théâtral ravissent la vedette aux questions de fond auxquelles les Mauritaniens espéraient avoir de véritables réponses. Dès les premières heures de la soirée du 5 août 2012, date anniversaire de l’accession, par la voie des urnes, du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, le stade municipal de Mbarke We Amara était plein. La TVM, qui se chargeait de la retransmission, en direct, de l’événement, a eu, comme toujours, des soucis techniques et les grimaces, singulières, de l’animateur principal de l’émission étaient fort éloquentes. Mais, enfin, à 23h33, voici qu’apparaît le Président, suivi de son épouse. Le maître du Palais gris va devoir répondre à une équipe de journalistes dont un confrère sénégalais.
Véritable confusion
Après les présentations d’usage, le Président prend la parole un peu en retard car il ne semble pas trop maîtriser la gestion de la petite machine où ses collaborateurs lui ont transmis des données et qu’il balance, à tort et à travers, en faisant défiler maladroitement schémas et diagrammes copiés-collés qui ne convaincront personne. « Je suis là grâce à des élections transparentes et claires. 70 %, voire plus, de mon programme ont été réalisés, selon », tenez-vous bien ! « les institutions internationales. Les indicateurs économiques sont au vert : taux de croissance, inflation, PIB ». Des concepts vaguement avancés : réserves de 52 milliards, aucune dette. Les nombreuses réalisations prouvent la bonne gestion des ressources nationales. Quelquefois, le Président semble avoir des difficultés pour lire les grands nombres. 107 milliards d’ouguiyas mobilisés pour la lutte contre la pauvreté, les banques primaires ne perçoivent plus que 2,56 % d’intérêts contre 12 à 14 % avant la Rectification. La convention de pêche signée avec les Européens nous rapportera 113 millions d’euros, le staff des marins sera à 60 % mauritanien. Aujourd’hui, toujours selon le Président, le pays produit plus d’énergie électrique : Nouakchott est passée de 25 mégawatts à 76 mégawatts et Nouadhibou, de 10 mégawatts à 32 mégawatts. Paradoxalement, les délestages sont devenus plus fréquents dans ces deux plus importantes villes du pays. La flambée des prix est mondiale. Elle est due à des facteurs exogènes. Nous importons plus de 40 % de nos besoins en denrées de première nécessité. Une argumentation que le Président Aziz et son peloton de députés avaient refusé d’accepter de l’ancien Président, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, et qui leur servit d’alibi pour le renverser. Le système éducatif a échoué. Inadéquation de la formation avec le marché du travail. Le chômage, en Mauritanie, est, donc, un faux chômage (nouveau concept). Economie et Droit, littérature pas vraiment très utile. Encore de la confusion dans la manipulation des concepts. Les urnes sont la seule voie d’accéder au pouvoir : quelle amnésie ! « La Mauritanie est un pays démocratique. Je suis arrivé au pouvoir de façon démocratique. Chacun sait ce qu’il vaut. Je ne suis pas prêt à leur céder mon fauteuil. Les graffitis ne servent à rien. Je ne suis pas de ces présidents qui donnent des VX ou des sociétés aux chefs de tribu. Les banderoles ne peuvent faire quitter personne. Ceux qui, aujourd’hui, demandent mon départ couraient tous, hier, derrière le pouvoir renversé en 2005. Aux prochaines élections, ils n’auront rien. Les urnes sont la seule voie d’arriver au pouvoir ou, peut-être, il y en a d’autres, mais, là, ils n’ont aucune expérience en la matière. Le dialogue n’a pas été un échec et Messaoud ne peut pas dire qu’il l’a été. Treize textes de loi ont été votés dont la constitution de la CENI et une liste pour les femmes ». Selon le Président, le pays ne connaît aucune répression, toutes les libertés sont garanties, tout ce que l’opposition dit est faux. Ce qui s’est passé, à Maghama, est simple, selon le Président. Pourtant, il y eut bien mort d’homme… Repose en paix, Lamine Mangane.
Mali, passif humanitaire, esclavage, Senoussi
La crise malienne se profilait à l’horizon, puisque le Mali n’avait pas d’armée. La Mauritanie a suffisamment de problèmes pour prétendre régler ceux des autres. Le règlement de la crise au Mali exige un gouvernement fort, unanimement reconnu par toutes les forces vives du pays. La Mauritanie participera aux efforts du continent, pour la reconquête des 65% du territoire malien détenus par les rebelles. La question du passif a été réglée : prière à Kaédi, indemnisations, insertion. Le problème des fonctionnaires radiés est en cours d’étude, au niveau du ministère de la Fonction publique. L’esclavage n’existe pas et n’est esclave que celui qui veut l’être. Le phénomène est criminalisé, seules ses séquelles, pauvreté et ignorance, existent. Senoussi a un problème avec la justice mauritanienne, quand elle en aura fini avec lui, il sera remis à ceux auxquels il sera remis, sur la base de garanties.
TVM, Boïdiel, grimaces
Les journalistes de la TVM chargés d’assurer la couverture de l’émission ont prouvé, sans aucune éloquence, que cette institution n’est capable que d’être un instrument de propagande officielle. Même la TVM de 2000 faisait beaucoup mieux. La TVM 2012 est une honte nationale. Quelques fois, l’animateur faisait des grimaces bizarres devant la caméra et, de l’autre côté, dans l’assistance, Ahmed Ould Bahiye, le ministre d’Etat tirait des sourires moqueurs, quand le Président parlait discourtoisement de l’opposition. Boydiel est intervenu pour rappeler que son parti El Wiam est bien de l’opposition et a établi quelques précisions économiques sur certaines grossières confusions débitées par Mohamed Ould Abdel Aziz. Heureusement que les dégâts se sont juste limités à cela ! Depuis trois semaines, les médias officiels ne parlaient que de cette rencontre avec le peuple. Ils en parleront, encore trois semaines. Et puis, bye bye, jusqu’à la prochaine rencontre avec le peuple, en 2014, à moins que, d’ici là, la COD n’ait dégagé l’artiste.
Sneïba El Kory

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