Élections, disent-ils !?

L’actualité de cette première semaine du mois béni du Ramadan est marquée par les "fuites" savamment orchestrées par les pontes du régime au sujet d’une date pour les élections municipales et législatives.
C’est d’abord le ministre de l’intérieur qui ouvre le bal lors d’une réunion avec les responsables administratifs locaux en Assaba. Il demandera à ceux-ci de "sensibiliser les populations sur la nécessité de retirer leurs cartes d’identité afin de participer massivement aux scrutins électoraux envisagés en novembre prochain". C’était suffisant pour dire que la mèche a été bien vendue.
Deux jours plus tard, c’est au Président Aziz, en personne, de faire presque la même chose avec les députés de la majorité, venus partager son casse-croûte ramadanesque. Dans un style rugueux le caractérisant, Aziz dira à ses élus de bien se préparer à l’échéance afin de récolter une écrasante majorité au prochain parlement. Les avis des participants divergent, selon les comptes-rendus distillés par la presse, sur la date qu’aurait avancé le président. D’aucuns parlent de novembre et d’autres disent qu’il a seulement évoqué "les trois ou quatre prochains mois". Faites le calcul et vous risquerez fort d’avoir novembre à vos portes !
En souffrance, le scrutin universel vit un sale temps sous nos cieux depuis 2009, lorsque les militaires ont imposé leur agenda et leur candidat à la Mauritanie. Depuis, les subterfuges le disputent aux manœuvres dilatoires pour étouffer la démocratie. Tout était fait pour tuer le temps et imposer des institutions illégales aux Mauritaniens. D’où l’exacerbation de la crise politique qui paralyse le pays malgré un fonctionnement de façade qui nous renvoie l’impression de vivre dans un pays normal.
L’élection est la meilleure des choses que nous puissions souhaiter pour notre pays et sa démocratie. Mais, ne nous a-t-on pas dit que désormais, tout ce qui était relatif aux dates et modalités d’organisation des élections dépendrait, désormais, d’une CENI qui a vu le jour ? Pourquoi donc ce sont les têtes de l’exécutif qui montent en première ligne pour annoncer une date, fût-elle aléatoire ?
Aussi, qu’est-ce qui presse le pouvoir qui avait fait une simulation de "dialogue" avec certains partis de l’opposition "d’avancer" sans ses partenaires, d’autant que ceux-ci ont été gênés, à plusieurs reprises, par la lenteur et les lourdeurs de ce même exécutif dans l’exécution de ses engagements politiques (résultats du dialogue) ?
Mieux, si le pouvoir respectait tant soit peu ses partenaires dialoguistes, pourquoi n’a-t-il pas pris la peine, au moins, de les aviser de ses intentions avant de faire de pareilles annonces qui en rajoutent au flou et à l’incertain ?
Enfin, une autorité qui peine à organiser l’élection du maire d’une petite commune rurale comme celle d’Aghchorguit, par crainte de voir la Mairie tomber entre les mains de son opposition, pourrait-elle organiser, de manière crédible, des élections municipales et législatives à l’échelle nationale sans coup férir pour tous ?
Si l’on se réfère à la situation actuelle du pays, il est évident que, techniquement, tout est loin de permettre l’organisation d’élections qui ne feraient pas de bruit chez nous. L’état civil qui avait été saboté, déconfit et éparpillé est loin de se remettre en ordre. L’établissement des cartes d’identité d’une petite proportion de la population vient à peine de commencer. Le retrait même de ces cartes est sujet à caution : les populations refusent de payer la dîme de 1000 UM pour un service qui a été toujours gratuit depuis la naissance de la Mauritanie. Elles se demandent même si l’état civil est une affaire commerciale ou administrative ?
Ensuite, le découpage électoral inique consacrant une citoyenneté á double vitesse demeure en vigueur. Des circonscriptions choisissent un député pour plus de 30 mille électeurs alors que d’autres le choisissent avec 7000 électeurs seulement. Le dialogue et ses acteurs ont occulté cette atteinte grave au principe de l’égalité entre citoyens. Pour mieux consacrer cette inégalité, on décida d’augmenter le nombre des députés au lieu de réviser le découpage. Ainsi, une majorité systématique ne reflétant en rien la démographie électorale des différentes zones du pays continuera à dominer illégalement et imposer ses vues sur le reste du pays, à savoir la majorité ignorée et pénalisée.
Par ailleurs, la situation de crise politique que traverse le pays est-elle propice à l’organisation de consultations électorales ? Si le tiers des Mauritaniens est assez mobilisé pour faire tomber le pouvoir par la rue et que l’autre moitié exprime par son silence et sa passivité la désapprobation à l’égard d’un système qui ne fait que dans la magouille et la navigation à vue tout en narguant tout le monde, pouvons-nous réellement prétendre disposer de la sérénité politique et de l’adhésion populaire nécessaire à l’expression de l’esprit électoral ?
Le doute est bien permis, car rien du tout n’est prêt pour une élection qui rassure.
Amar Ould Béjà.

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