La terrible solitude de la Mauritanie

Le chef de la diplomatie française, Monsieur Laurent Fabius, effectue, ces jours-ci, une tournée en Afrique de l’ouest. Après avoir visité l’Algérie il y a quelques semaines, il jauge le terrain dans le voisinage du Mali dans les perspectives d’une intervention militaire envisagée dans le septemptrion de ce pays aujourd’hui occupé par des jihadistes. Le Niger, situé à 500 km de la zone supposée d’intervention a eu, naturellement, l’honneur de recevoir, en premier, le responsable de la diplomatie de l’Hexagone. C’est, peut-être, pour encourager ce pays à persévérer dans la ligne claire et engagée qu’il avait adoptée dès le début des évènements. A savoir, tout mettre en œuvre pour que les jihadistes ne disposent d’un territoire à eux aux portes du Niger. Le Président Youssoufou, reçu récemment en grandes pompes à l’Elysée a été visiblement bien entendu par Paris.
Pour le reste, Abidjan, Ouaga, Dakar et N’Djamena ne sont que des étapes de "routine" pour la diplomatie française qui y dispose d’une bonne audience et dont les chefs d’Etat sont presqu’unanimes à épouser les options de Paris sur la question, même si le Sénégal semble avoir fléchi sa position et décidé de ne pas envoyer de troupes à l’ "Azawadistan" pour diverses raisons. Seulement, la caution de ces piliers de la CEDEAO à toute action collective de l’organisation est indispensable et les chefs d’état-major des 15 ont fait le nécessaire. Du moins stratégiquement et militairement. Reste plus que les présidents tiennent un sommet extraordinaire et entérinent avant de renvoyer aux instances internationales de l’UA puis au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Tout ce scénario de guerre en perspective demeure tributaire, dans une grande partie, de l’évolution de la situation à Bamako. Le retour à Koulouba du président transitoire, Monsieur Diacounda Traoré, accélérera les démarches de formation d’un gouvernement d’union nationale inclusif, mais est-ce suffisant ? Probablement pas, car le Mali ne dispose plus d’une armée digne de ce nom. Les clivages et guéguerres entre bérets (verts putschistes et rouges légalistes) qui avaient fait le lit de l’Aqmi et ouvert la voie royale à une avancée fulgurante des rebelles du MNLA pourtant très peu organisés, mal équipés et ne disposant d’aucune assise populaire, demeurent. Et l’effort de restructuration prendra du temps. Crever l’abcès de l’insubordination caractérisée de la junte à Sanogo avant de battre le rappel des troupes prendra du temps. Et c’est ce qu’ont compris les populations du nord qui viennent de créer des milices pour la libération de leur zone, ce qui en rajoute à la confusion et créé de nouvelles donnes plus complexes les unes que les autres.
Ceci pousse à demander si, réellement, des conditions idéales "minimales" pourraient être réunies pour aider à libérer le nord Mali des obscurantistes de l’Aqmi, des bandits de grands chemins et des irrédentistes chauvins du MNLA ?
Dans tout ce remue ménage, une question nous vient forcément à l’esprit : où est la Mauritanie dans tout ça ?
En l’absence d’une déclaration officielle de quelque nature que ce soit sur la position de notre pays, nous sommes légitimement portés à demander des comptes aux responsables nationaux en charge de ce dossier sensible. En effet, nous qui avions abrité les rebelles du MNLA, puis suscité une tentative avortée de rassembler l’ensemble maure malien et avons entamé des "démarches" à l’égard des autres groupes présents au nord Mali, notamment les Songhai, semblons être out de tout ce processus qui nous concerne pourtant en premier lieu pourtant.
Le "zapping" de l’étape de Nouakchott du périple du ministre français des Affaires étrangères en dit, peut-être, beaucoup sur la confusion que nous entretenons sur notre position. Initialement attendu à Nouakchott cette semaine, M. Fabius a choisi de continuer sur N’Djamena avant de rentrer à Paris. La Mauritanie ne fait-elle donc pas partie de la solution au nord Mali ? C’est connu, ceux qui ne font pas partie d’une solution peuvent, facilement, être assimilés au problème. D’autant que dans notre cas, la confusion dans l’alignement l’a disputé au mélange de genres. Et nous en payons aujourd’hui le prix. Probablement, la facture sera salée aussi bien en termes politique qu’humanitaire.
Multipliant les déclarations contradictoires sur la question du nord Mali, jouant alternativement au pyromane, puis au pompier, la Mauritanie risque de se retrouver donc terriblement seule. Les faits sont là qui peuvent conduire à une telle situation : elle n’arrive pas à se coller au puissant voisin algérien, hésite à travailler en symbiose avec l’Afrique noire, ici incarnée par la CEDEAO, ne peut pas fâcher Paris, ni excéder Washington et veut ménager une certaine opinion qui abhorre l’Occident et ses politiques dans le Tiers-monde, surtout s’il s’agit du monde musulman. Elle se perd dans la tourmente de l’indécision. Le dilemme est donc kafkaïen pour une diplomatie qui rame, sans savoir quelle direction devrait-elle prendre. Notre boussole étant bloquée nette, alors, subissons les conséquences des actes que posent les autres, sans nous !
Pourtant, l’enfer s’annonce à la porte du voisin immédiat !
Amar Ould Béjà

Commentaires