La loupe des nains !

L’UPR a donc décidé de prendre à bras le corps, la préparation de la grande comédie annuelle qu’organise la présidence sur les écrans de la TVM et les antennes de Radio Mauritanie, afin de donner au Président l’occasion de s’exprimer. Pour dire tout et rien au peuple. Un peuple tanné par la misère et qui en a marre du populisme ambiant qui le berne depuis la fameuse histoire de la "distribution de ce qui existe de la justice" ou encore la fameuse boutade infantile "il voulait me dégommer, je l’ai putsché" !
En effet, l’UPR a mis en place une commission chargée de gérer l’évènement en le préparant et, on le suppose, en sélectionnant jusqu’aux "heureux (? ?)" invités qui auront l’infime honneur d’assister, en direct, à la grande kermesse du verbe.
L’on savait l’UPR parti-Etat, mais on n’imaginait pas qu’après le PPM, un autre parti pouvait se substituer à l’Etat et à ses services dans tous les détails de l’action "gouvernementale", y compris même une interview simple devenue.
Les Mauritaniens ont toujours regardé Mohamed Ould Abdel Aziz comme leur président à tous. Et ceci malgré les conditions contestables par lesquelles il est arrivé au pouvoir. Ils ont beau rêvé le voir sortir du carcan des partis comme l’exige son statut, mais le parti ne semble pas pouvoir exister sans cette proximité troublante et handicapante pour notre démocratie avec son géniteur.
L’UPR peut défendre toutes les conneries et "réalisations" du pouvoir, mais doit-il être si puissant jusqu’à faire de l’institution présidentielle et des ministères en charge des dossiers de l’administration comme une succursale de la formation présidentielle ?
Si le Dircab, le collège des conseillers, la horde de ministres, l’administration locale et les zélés organes de presse officielle ne sont pas en mesure d’organiser une simple sortie médiatique du Président et qu’il faille que l’UPR s’en mêle de la sorte, vidant des établissements entiers de leurs cadres, alors dites-vous qu’ il n’ y a rien à attendre ni de l’Etat et encore moins de celui qui a le malheur d’en assumer aujourd’hui la plus haute charge.
D’ailleurs, la démarche de l’UPR est tellement stupide qu’il a oublié que la pêche aux voix est la première quête que cherche le président à travers ses sorties folkloriques à la Sékou Touré ou à l’Enver Hoja (le niveau politique et rhétorique de moins). Par "gourmandise" et sournoiserie, il a même exclu les autres partis de la majorité qui ne tarderont pas à rouspéter et à crier à l’éternelle marginalisation. Si c’est l’image du Président qui intéresse réellement ces bougres de l’UPR, en quoi sont-ils gênés d’impliquer leurs compagnons dans toutes les campagnes d’applaudissements et de youyous en faveur de tous les pouvoirs ? N’ont-ils pas traversé, ensemble, tous les régimes politiques du pays en compagnons, alliés, amis ou ennemis intimes ? Alors, pourquoi avantager un pan du système et priver l’autre moteur de la machine à propagande de ce rendez-vous médiatique ? Pourquoi "recaler" les pingouins de l’idolâtrie politique, experts dans la manipulation, l’intox et le mensonge orienté, organisés dans la majorité, d’autant que les indices de popularité sont très alarmants par les temps qui courent ?
Au demeurant, quoi qu’il en soit et, quoi qu’il fasse, l’UPR ne saura jamais être une formation politique digne de ce nom. Hier prédateurs des deniers publics, usurpateurs de la légitimité, bras séculiers de l’arbitraire et griots infatigables de la félonie et de la trahison, les hommes politiques qui l’animent excellent dans la maladresse.
L’engouement perceptible au sein de l’UPR à l’approche du show médiatique prévu cette année à Atar, donne un unique enseignement : l’opportunisme des hommes politiques. La transformation de la scène politique qui a conduit il y a deux ans à la naissance de l’UPR avec et au profit de, ceux-là qui avaient conduit le pays dans l’abîme qu’on connaît et qui avaient, pour ce faire, miné l’opposition, n’est certainement pas ce qu’attendaient les pauvres populations.
Et il n’y a pas de doute, ce n’est certainement pas ce qu’attendait le président de la République ! Mais, collaborer avec le "diable" peut mener ailleurs.
Les partis politiques, la classe intellectuelle engagée dans la colonne des démocrates et des patriotes sincères ne doivent pas laisser le champ libre aux professionnels de l’opportunisme, candidats éternels au gain facile et à la dilapidation des biens de la collectivité, acteurs principaux dans la perversion générale des mœurs, auteurs incontestés du sabotage de l’autorité de l’Etat et de ses règles de fonctionnement, de revenir au perchoir. Ils ne doivent jamais avoir notre blanc seing pour achever de nous égorger.
A notre peuple, à sa classe politique éclairée, à ses intellectuels engagés, à ses notables soucieux de l’avenir de ce pays de dire non à l’aventure anarchique et suicidaire de ce parti.
Amar Ould Béjà
