Un sombre jour pour la garde nationale

jeudi 19 juillet 2012

Le dimanche, 15 juillet sera un jour funeste et assez sombre dans l’histoire de la Garde "nationale". Ses éléments viennent de s’illustrer, en un seul jour, de la manière la plus brutale que l’on puisse imaginer dans une "démocratie". D’abord à Akjoujt, lorsqu’un peloton de ce corps a sévèrement maté, à l’aube, un groupe de travailleurs pacifiques qui exerçaient, tranquillement et avec détermination, leur droit à la grève. Le peloton ne se contentera pas seulement de violer le local où se retrouvaient les travailleurs et de disperser le groupe. Il est passé outre, en versant dans un excès d’abus de violence inouïe qui nous rappelle les terribles années de répression et de braise. Bilan : un mort, six blessés et… beaucoup d’indignation dans les milieux populaires du pays.

Le mort, tué par bastonnade ou par asphyxie suite à l’utilisation disproportionnée de coups de pieds, de matraques et de grenades lacrymogènes (peu importe), sera conduit à ce qui s’appellerait "hôpital" d’Akjoujt, menotté à la main et relié par les chaînes à un autre travailleur parmi les suppliciés de la sanglante "descente" de la garde.

A l’est, à Adel Bagrou, c’est un officier de ce corps, pris en flagrant délit d’adultère, dans le lit conjugal d’un autre homme, qui se fera tabasser. Prenant la fuite après "la bataille du lit" qui ne lui laissa aucune force pour défendre sa position, le brillant adultérin laissera à la disposition de son vainqueur son boubou, son portefeuille et sa carte professionnelle d’officier de la garde dite "nationale".

Vexé, humilié, décidé à boire la honte jusqu’à la lie et comptant toujours sur la complicité de la hiérarchie, la docilité de la justice et la lâcheté du citoyen ordinaire, il ameutera des éléments sous son commandement pour "contre-corriger" son correcteur. Malheur lui en prendra. Car il aggravera son cas (du moins moralement tant est qu’il est sûr de s’en sortir avec des galons d’avancement en plus) par l’aveugle vendetta exercée par ses troupes sur un autre citoyen tabassé presque à mort par les sbires de la milice qui le prenaient comme étant le tabasseur de leur chef.

L’indignation populaire ayant atteint un seuil intolérable sur place, les autorités demandent l’ouverture d’une enquête. La gendarmerie se saisit du dossier et l’affaire éclate au grand jour pour faire la une de certains sites internet.

Ces deux entorses graves à la loi et à la discipline d’un corps jadis sain, mais qui est aujourd’hui de plus en plus gangrené par le laisser-aller, le favoritisme, voire le racisme , n’est pas nouveau dans la terrible série de l’histoire peu glorieuse et sanglante de ce corps.

Qui ne se rappelle pas que, durant les années de braise, certains officiers et éléments de ce corps se sont adonnés à des formes diverses d’exactions, de viols, de pillage et même de meurtres contre des civils innocents tout au long de la Vallée ?

A l’époque, de N’Diago à Ghabou, la garde, corps influencé par des nationalistes chauvins depuis de longue décennies, a été le premier bras séculier du pouvoir de l’époque dans sa folie génocidaire. Et ses actes ignobles, demeurés pourtant impunis, sont malheureusement devenus une culture, une pratique, voire même une vocation. Partout où la Garde fait face aux populations, elle tire des balles et maltraite. On se rappelle du cas du jeune Ould Taleb Navé à Kankossa en 2008. On voit la violence et autres brutalités qu’elle commet chaque soir dans les quartiers El Mina et Sebkha à Nouakchott, elle qui est chargée de la sécurité dans ces secteurs. Des actes et d’autres qui en disent long sur "la culture et la philosophie" de ce corps qui mérite d’être purgé, réformé, redressé et remis à l’ordre afin que ses supérieurs se soumettent à la force de la loi.

L’on ne doit pas se tromper. Justice ne sera pas faite sur ce énième meurtre commis par un militaire (ou un paramilitaire) contre un civil. Des précédents ? Il y en a eu. Et Dieu sait combien !

Une fois encore, tous les subterfuges seront évoqués. On ira même jusqu’à distiller des mensonges et de la propagande pour que l’impunité des crimes commis par des hommes en tenue reste impunie. N’est-ce pas cela la règle ? A cet égard, l’autopsie médicale´effectuée par des médecins peut laisser à douter sur ses conclusions. Les décisions d’un procureur qui se soumet au diktat de sa hiérarchie, même s’il est manifestement illégal et contre la vérité, ne convaincront personne.

Nous avons beau crié pour une justice équitable pour tous, supérieure et applicable à tous, mais le Système demeure le maître de tout. Y compris de disposer de notre vie quand le cœur lui dit !

Amar Ould Béjà

lauthentic.info



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