Piètre et désastreux !

Le 10 juillet 1978 restera une journée triste dans l’histoire de la Mauritanie. Ce jour-là, notre pays avait franchi son premier pas dans l’incertain lorsqu’un groupe d’officiers s’est emparé du pouvoir. Sans savoir quoi en faire, ni comment le gérer. Et la longue suite dramatique est connue de tous. Ceux qui avaient "déserté" les champs d’honneur en tournant le dos au front, squatter les bureaux climatisés et les villas cocues, ont bradé l’avenir de tout un pays et compromis la construction d’une nation. Au premier jour de leur arrivée, spoliant le pouvoir du peuple de ses dépositaires légitimes, ils avaient promis la démocratie, le développement, la stabilité, la paix et toutes les bonnes choses auxquelles aspirent les hommes.
Très vite, ils prendront goût au luxe (et à la luxure), à l’argent et aux chimères de la puissance éphémère. Leur objectif sera de tout faire pour garder le pouvoir et se maintenir le plus longtemps possible aux "commandes". Leur seul projet de société étant de faire main basse sur le pays pour se "sucrer", en toute impunité, ils entreront vite dans des inextricables et inexplicables conflits d’intérêts. Les purges suivront les putschs et les complots chassaient les conspirations. Aujourd’hui, pugnace est celui qui sera en mesure de nous dire le nombre des coups d’Etat, réels ou imaginaires ratés (et même réussis) dans ce pays !
En errance idéologique permanente, les juntes s’allieront à tous les courants et mouvements politiques qui voulaient en faire un tremplin pour accéder au pouvoir. Mal en a pris tout le monde. Les militaires idéologisés, c’est connu, finissent toujours par devenir des monstres incontrôlables et, surtout, indéboulonnables. Et c’est ce que nous avons récolté de trente trois ans de régimes militaires médiocres et stupides.
A l’apogée de leur pouvoir individuel sanguinaire, les militaires se sont d’abord entretués. Ensuite, ils ont réveillé en nous des grégaires sentiments d’appartenance à des tribus, à des ethnies, à des régions puis à des émirats. La valeur du mauritanien se mesurait d’abord, à leurs yeux, à son origine, à son ascendance, aux dimensions de la tente de ses aïeux et à la couleur de sa peau. Chaque "chef" voulant avoir un clan ou un groupe autour de lui afin de s’imposer face aux autres, a ameuté les siens et embrigadé une horde de tribus lui vouant loyauté et fidélité. Et pour avoir le chemin libre devant ses dévorantes et petites ambitions, il se montre déterminé à casser tout sur son passage. Même marcher sur la dépouille de la Mauritanie était tolérable pourvu que le "roitelet en galons" arrive et s’impose au finish ! Jadis pays en voie de développement avec un peuple qui s’orientait, malgré les aléas et les conditions hostiles, à souder les fondements de son unité, la Mauritanie a tout perdu. Les militaires ont tout foutu en l’air. La Mauritanie est tout simplement devenue un projet d’Etat en voie d’échec. Ne pillant pas seulement l’économie, les militaires ont aussi miné les rapports politiques et sociaux au sein même de la société. D’où le véritable drame de la Mauritanie d’aujourd’hui. Les "identités microscopiques" érigées en fondement, terreau nourricier de la dictature, de la division et des exclusions est le plus cancérigène des cadeaux que nous ont légués les juntes du CMRN et du CMSN. Celles du CMJD et du HCE étaient encore pires, même si une partie du CMJD a honoré la Mauritanie et son armée.
Face au forfait des "rebelles" de 2008, l’on dira même que les premières juntes étaient composées d’enfants de cœur. Au moins, c’étaient des officiers qui avaient été nourris à la sève du patriotisme et de la rigoureuse grandeur éthique et morale des militaires. N’eût été la passion de l’argent, l’amour du pouvoir et la course effrénée pour le gain de certains de leurs membres, ces juntes auraient pu avoir grâce dans les yeux des Mauritaniens.
Par contre, ceux qui suivront, les "rebelles", ont tué en nous le rêve et l’aspiration. Ils ont liquidé l’espoir démocratique et imposé l’un des leurs dans une supercherie jamais égalée dans l’histoire du pays, le plongeant dans une crise qui s’annonce perpétuelle, suicidaire et sans issue.
Si la honte tuait en 33 ans de félonie, nos généraux-caporaux auraient, séance tenante, abdiqués au vu du désastreux bilan de leurs aînés et la piètre performance qu’ils sont en train de dérouler sous nos yeux !
Amar Ould Béjà

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