Bonjour, chers lecteurs du site de l’UFP,
J’ai accordé une interview au journal Nouakchott-Info vendredi 21 septembre 2007. Je remercie les lecteurs qui ont réagi, pour l’attention qu’ils accordent au site de l’UFP et à nos prises de position.
La réaction qui a le plus retenu mon attention est celle de Moussa Batchily BÂ. J’ai dû la lire et relire pour m’assurer que ce n’est pas le porte-parole du gouvernement … J’ai été gêné par le ton, croyant sincèrement, étant donné la familiarité, avoir toujours à faire à un proche et non à un officiel. J’aurai préféré débattre avec lui de manière moins artificielle, de lui à moi, comme par le passé.
Je suis également surpris par la réaction de Cheikh Oumar Tall, membre du CE de l’UFP, qui a participé comme moi à l’atelier de l’UFP sur la question des déportés et y a apporté son concours et n’a jamais raté une occasion pour attirer notre attention sur la nécessité de tenir compte de la situation et des intérêts des négro-africains de Mauritanie. Il aurait été bienveillant de sa part de m’interpeller au préalable, comme il convient aux membres d’un même Comité Exécutif.
Ceci étant, dans la réponse à la dernière question de Nouakchott-Info, j’ai appelé mes compatriotes à être réalistes et à se parler franchement. Nous avons connu une fracture réelle lors des événements de 1989-1991 et sous la dictature de Maawiya, fracture que nous cherchons péniblement à soigner… Lorsque, au lendemain des élections, la question s’est trouvé frontalement posée, l’UFP a organisé un atelier, après avoir demandé à l’ensemble de ses militants, de ses cadres et de ses amis de toutes les communautés mauritaniennes, de s’enquérir de l’état d’esprit des populations, de leurs besoins, de leurs préoccupations et de leurs dispositions. D’une manière générale, il s’est avéré, de l’avis de la grande majorité de nos camarades, de nos amis et de nos proches, que le sentiment de crainte, de manque d’information, voire de franche opposition (pour une minorité), dominait au sein de la communauté arabe. Au niveau de la communauté négro-africaine, un sentiment de soulagement largement dominant, teinté çà et là d’esprit revanchard et de surenchère stérile, prévalait de manière indéniable.
Nous en avons conclu qu’il était impérieux de mener une vaste campagne sur la question du retour des déportés, en prenant le soin d’utiliser l’argument de la conviction et de la persuasion, en ménageant les plus réticents, pour assurer le consensus minimal le plus large.
Moussa Bathily et Cheikh Oumar Tall pourraient avoir raison s’ils nous faisaient la démonstration que ce sont là des précautions inutiles, parce que l’opinion mauritanienne, dans toutes ses composantes est largement gagnée à nos points de vue.
C’est franchement malveillant, de la part de Moussa, de vouloir nous donner la leçon en disant : « L’origine ethnique de la compétence ne doit pas constituer un pré-requis ». C’est bien écrit, et très séduisant. Et pourtant, une part non négligeable d’Arabes Mauritaniens, ne mesurant pas l’ampleur du retour des déportés, influencés pour certains par le nationalisme arabe, nourrissent des craintes. Qu’y a-t-il mieux de tempérer leurs craintes, en choisissant l’un des leurs, en lequel ils se reconnaissent, jouissant de la confiance de l’ensemble des communautés pour ses compétences et sa probité ? Pourquoi chercherions-nous à fuir nos réalités au lieu de les voir en face ? Ce n’est pas à l’UFP qu’on pourra faire de telles leçons et Moussa est bien placé pour le savoir ! Quels partis politiques choisissent leurs responsables sans pré-requis ethniques en Mauritanie ? Nous sommes l’un des rares à le faire et c’est un mérite que nul ne nous conteste. Cela devrait-il nous empêcher d’être réalistes en prenant pleinement en compte le niveau de conscience et d’organisation de la grande masse des citoyens ? La communauté nationale ne gagnerait-elle pas à être à voir une part non négligeable des Arabes Mauritaniens rassurés ?
Les déportés mauritaniens sont, dans leur majorité, des Fulbe. Il vaut mieux, c’est l’évidence, que la personne qui assumera directement la responsabilité des activités concrètes pour le retour leur soit proche culturellement, qu’elle puisse décoder les non-dits, aller au devant des préoccupations en étant pro-actif.
Dans un pays où, lorsqu’il y a des nominations, dans les quartiers des villes, dans les familles, dans les marchés, les négro-africains s’interrogent d’abord de savoir combien des leurs ont été promus, ce n’est pas une précaution de trop.

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