La triste solitude de la cigogne

Après avoir décliné plus de sept " invitations " qui lui avaient été adressées par des députés de l’opposition, Moulaye Ould Moahmed Laghdaf, Premier ministre, inamovible depuis le coup d’Etat de 2008, s’est enfin résolu à déférer à la " convocation " des honorables députés. Entouré de tous ces ministres et de collaborateurs anonymes, aussi dépassés que lui chef de l’équipe gouvernementale n’était pas dans son jour.
Face aux élus de l’opposition qui n’étaient pourtant pas à l’origine de sa présence, le PM a tiqué sur des boutades comme la " portion de la poule " dans Emel 2012. Pus grave, il a fait montre d’une grande désorganisation en ne réussissant pas à aligner des idées cohérentes et convaincantes. Seule la langue de bois, hésitante et incertaine, était l’arme fatale à sa disposition. Il en usera jusqu’à donner la nausée aux plus acquis à sa pièce de théâtre.
Devant les feux croisés de la critique provenant de partout, y compris même de son propre camp, Ould Mohamed Laghdaf finira par concéder d’énormes défaillances et beaucoup d’imperfections ayant compromis l’ensemble du plan. Ainsi, il reconnaîtra, tacitement, que les choses sont loin d’être comme le présentent ses communications hebdomadaires en conseil des ministres et dans les montages des organes publics d’information. Même des députés de la majorité, à l’instar du député d’Aleg, ont relevé la carence du plan, le critiquant sévèrement. On dirait même, qu’au passage, l’élu cachait, à peine, dans sa formulation, tout le dépit qu’il ressentait désormais à l’égard de toutes les mascarades du système qu’il avait été parmi les premiers à soutenir.
Face à l’attaque des " abeilles de l’hémicycle ", le général de Emel 2012 se réfugiera derrière des chiffres confus et incohérents balbutiés avec beaucoup de doute et de prudence teintée de gêne. Visiblement dépassé et demeuré assez loin des réalités que vivent les populations et les cheptels qu’il était censé devoir sauver d’une disette destructrice, Ould Mohamed Laghdaf se contentera de marmonner que ce plan était le plus grandiose initié dans toute l’histoire du pays. C’est trop peu pour remplir l’estomac d’une vache, abreuver un chameau ou vacciner un mouton ! Pour les humains, n’en parlons pas. Les chiffes du Fmi et de la Banque mondiale diront tout et en toute complaisance.
Les chiffres tournent de plus en plus au vert à force que les prix augmentent, les maladies se répandent et la famine s’empare de centaines de milliers de personne à travers le pays. Vive le libéralisme apprivoisé Nous voulons bien aduler le pépin du décevant plan d’espoir du PM, mais les opérations de secours des années 70 étaient, de loin, plus porteuses et plus larges malgré les maigres moyens de l’époque. Mieux, le plan initié par Ould Taya en 2002 était aussi une immense réussite comparé aux misères de cet Emel sans lendemains. A l’époque, les populations ont vécu la terrible période de soudure qu’ils craignaient comme des mois de faste. Le sac du blé se vendait à moins de 3000 UM et les denrées de base étaient réellement subventionnées. Sous Sidioca, le PSI qui avait la même vocation avait, lui aussi, malgré le sabotage politique des frondeurs, permis de mettre en place d’intéressantes opérations qui ont été vite récupérées par les nouveaux maîtres du pouvoir. Ces derniers, au lieu de poursuivre l’opération, vendront du vent et s’empareront du magot, tout en allumant des contre-feux du genre arrestation du PM Ould Waghf et d’autres personnalités. Concocté en catimini et sous la pression d’un peuple affolé par le déficit pluviométrique, Emel 2012 a fini par n’être que la pâle ombre d’une immense supercherie indigne d’un gouvernement qui émet autant de sons sans échos dans le monde réel. En effet, tout semble avoir été mis en place en toute opacité. Malgré les faramineux milliards déclarés, les quantités distribuées restent, de loin, en deçà des attentes des populations. La trilogie maffieuse qui tourne à plein régime dans ce genre " d’aubaines " : administration, intermédiaires (politiques, tribaux et potentats locaux de tout acabit) et commerçants a fait vite de tout noyauter. Alors que des commerçants déguisés en éleveurs vident les stocks la nuit, le petit peuple fait la queue devant les bureaux de l’administration. Parfois pendant deux mois pour finir par avoir un petit bon pour un sac de blé au prix du marché. Cet orphelin sac ne sera livrable qu’après de longs jours de va-et-vient interminable. Les stocks ne sont jamais livrés à temps s’il arrive qu’ils soient alimentés, car les puissants transporteurs privés qui comptent de hauts fonctionnaires de l’Etat parmi eux n’en font qu’à leur tête. Ils sont les maîtres absolus du carnet de route des camions et des convois. Puissants qu’ils sont pour leur proximité avec " là-haut ", personne n’ose leur mettre la pression. En même temps, soucieux d’avoir le beurre, le prix du beurre et d’autres choses encore, ils mettent des bâtons dans les roues des services de transport parallèles envisagés (Génie militaire et Ener entre autres) afin que le rythme des ravitaillements des pauvres éleveurs et paysans ne se fasse pas de sitôt.
Pire, les rares quantités d’aliment de bétail distribuées par les boutiques-témoins de Emel 2012 se sont avérées être fatales pour le bétail. Une importante quantité de ces aliments était soit toxique ou périmée. Des milliers de familles ont ainsi vu leur patrimoine anéanti. Sans possibilité aucune de recours, ils doivent se joindre au peuple que le président prédestine à une pauvreté programmée ! En résume, Ould Mohamed Laghdaf est toujours au point mort sur lequel il avait été engagé au lendemain du coup d’Etat. Circulez éleveurs, dormez paysans, aboyez, députés, il n’y a rien de nouveau dans la chiche manche du pouvoir !

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