Assassins et complices (I)

lundi 11 juin 2012

A coup sûr, le Colonel Ely Ould Mohamed Vall a raté une occasion de se taire. Devait-il autant s’exprimer comme il l’a fait il y a quelques jours, lors d’un entretien qu’il a accordé à une radio privée de la place ? On verra bien. Mais en tout état de cause, l’ancien chef d’Etat pouvait bien ne pas trop parler. Surtout s’il n’avait à dire que ce que les Mauritaniens savaient déjà : sa position sur tout ce qui s’est passé pendant la période de Ould Taya. Interrogé sur cette époque, l’homme est en effet toujours resté le même, tentant, tantôt de justifier et tantôt d’atténuer les horreurs qui se sont produits pendant la période cible !

Le Colonel Ely n’a certainement pas tenu, comme largement répandu, les propos qui lui ont été prêtés. Mais, il n’en demeure pas moins que ce qu’il a dit peut être considéré comme pire que ce qui lui avait été prêté à de basses fins de propagande politicienne venimeuse. Désolé, mon Colonel ! A moins que vous ne reconnaissiez qu’à un certain moment le contrôle de vos troupes vous échappait bien, la police a bel et bien déporté de milliers de Mauritaniens, souvent même plus authentiques qu’eux. Aussi bien de Nouakchott que de Nouadhibou, d’Aleg, de Rosso, de Kaédi et ailleurs, la police était devenue une véritable Gestapo. Elle avait été, aux côtés de la Garde, et dans une moindre mesure la Gendarmerie, le corps le plus cruel dans les exactions commises contre les populations de la Vallée en 1989. Les archives auxquelles vous faites allusion vous compromettront plus qu’elles ne vous absoudront. Les enquêtes auxquelles vous faites allusion ont été menées par des commissaires chauvins et racistes connus de tous. Ces officiers ont tous, sévi contre des gens innocents ; parce que, selon vos informateurs, eux-mêmes nationalistes chauvins en mission pour le compte de groupuscules qui avaient infiltré vos services comme tous les autres appareils de l’Etat. A l’époque, tous les négro-mauritaniens étaient des sénégalais, ou pire, des flamistes.

Dès lors, le chef d’accusation d’appartenance aux fantomatiques structures des Flam était la trouvaille la plus facile pour déporter, spolier, et souvent tuer en toute impunité. Dites-nous, si l’appartenance aux groupuscules nassériste, baathistes, tout autant dangereux pour la cohésion de notre peuple que les Flam, justifiait, à elle seule, la déchéance de la nationalité mauritanienne et la déportation ?

Aussi, depuis quand la police avait-elle compétence de déchoir les gens de leur nationalité sans aucune autre forme de procès ? Que dites-vous à ces centaines de policiers, renvoyés du corps en 1989, pour avoir tout simplement séjourné au Sénégal ou pour avoir pris une épouse sénégalaise, alors que beaucoup de nos concitoyens sont nés au Sénégal ? Pourquoi avoir déporté N’Diawar Kane, entre autres, et tant d’autres cadres noirs sous le prétexte qu’ils étaient nés au Sénégal bien avant l’indépendance alors que certains hauts officiers (dont Gabriel Cymper lui-même) et de cadres supérieurs de souche non negro-africaine, étaient dans le même cas ? N’était-ce pas la police qui enquêtait sur les lieux de naissance, les lieux d’études et les fréquentations sénégalaises de chaque citoyen ?

Par ailleurs, quelles voies de recours avions-nous, à l’époque, donnée à ces pauvres milliers de Mauritaniens arrachés de leurs terres, spoliés et humiliés ? Qu’avons-nous fait pour que leur honneur soit respecté ? Qu’avez-vous fait pour cela, vous en tant que directeur général de la sécurité d’Etat ? Qu’avez-vous fait, lorsque les notabilités de la Vallée ont attiré votre attention sur les graves dépassements que les éléments du corps de la police commettaient, en toute impunité, tout au long de la Vallée, exactions et dépassements qui ont continué bien après les évènements ? N’aviez-pas vous-mêmes, en tant que président transitoire, maintenu la politique de l’approche sécuritaire, mettant la Vallée sous un état d’urgence permanent, l’excluant de facies, de tous les grands projets de développement, politique que le président Ould Abdel Aziz maintient jusqu’à nos jours ?

Et monsieur le président : pendant cette période trouble de notre vie politique et sociale, notre police a été vidée de ses cadres "sénégalais". Combien de cadres noirs aviez-vous recruté pour garantir l’équilibre, vous homme de paix, démocrate et humaniste très attaché à la cohésion entre les composantes de notre peuple ?

Nonobstant tout cela, force est de reconnaître qu’Ely peut ne pas être directement impliqué dans les meurtres en série contre les militaires noirs… Mais, avait-il le droit de savoir que ceci se passait quelque part en Mauritanie et se taire ? Peut-il jurer qu’il ne savait pas que dans les cachots de Jreida, Inal, Azlatt, Foum Gleita, Bir Mogrein, Aleg, Liguatt, à la VIIème Région militaire et au BCS à Nouakchott que des soldats noirs étaient en train de subir une extermination planifiée par le commandement avec la bénédiction des hautes autorités politiques dont il faisait partie ?

De Ely, nous attendions un autre discours, maintenant qu’il veut se positionner comme une alternative à la médiocrité au pouvoir. Nous attendions qu’il assume, courageusement, sa part de responsabilité, explique les véritables circonstances du laisser-aller au sein de la police et des forces de sécurité qui n’en faisaient qu’au gré de leurs croyances idéologiques et selon le degré de la haine qu’ils avaient sur le coeur contre une partie de notre population. Nous attendions de Ely autre chose que des propos insultants ou qui sont susceptibles d’être qualifiés de tels, pour toute la Mauritanie.

Pour les complices, c’est là une autre histoire. On les connaît toutefois. Ce sont ces lâches nègres de service qui broutaient, tous dans la main de ce même Ely, et qui s’agitent aujourd’hui pour le condamner. (Nous nous intéresserons à eux dans la seconde partie de cette ligne de mire)

Amar Ould Béjà

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