Le moment de se ressaisir

lundi 4 juin 2012

Le bras de fer que vient d’engager le magistrat Seyid Ould Ghailani contre l’institution de la Présidence de la République suite au décret le limogeant de ses fonctions de président de la Cour suprême tient toute la Mauritanie en haleine. En attente de voir à qui reviendra le dernier mot, les spéculations sont nombreuses. En tout cas, selon nombre d’experts, Monsieur Ould Ghailani est dans son bon droit de refuser le poste d’ambassadeur au Yémen.

Nous le savons tous, les Etats ne sont forts que par le droit. La force employée par un Pouvoir, n’est que l’expression d’une barbarie. Et la barbarie ne sied pas aux Républiques. Surtout si elles se proclament démocratiques. Même dans les Républiques bananières simulant le modernisme pluraliste, la loi est le fondement du fonctionnement de l’Etat. Si les anciens chefs d’Etat mauritaniens s’étaient toujours arrogés, sans contestation, le privilège exclusif de nommer et de dégommer, par un simple trait de plume, les premiers responsables de l’appareil judiciaire, les choses ont changé depuis. En effet, depuis l’Ordonnance 07-12 du 08/02/2007 portant réorganisation judiciaire dans notre pays, le statut du juge est sacré. L’article 15 de cette ordonnance assure au président de la Cour suprême le statut d’un magistrat inamovible durant les 5 ans de son mandat. Et l’article 18 de la même ordonnance lui donne la possibilité d’accepter un "deal" que lui proposerait le chef de l’Etat pour occuper une autre fonction. Il va sans dire que tout accord doit être écrit et matérialisé par une lettre de démission dûment signée. Une simple acceptation verbale, non suivie d’actes confirmant tout accord, équivaut à un refus. Et c’est ce qui semble s’être passé entre Seyid et le président de la République.

Aujourd’hui, le dilemme demeure entier malgré la nomination d’un successeur, sa prestation de serment et son installation de facto. Aux yeux de la loi, donc de jure, Seyid demeure le président légal de la Cour suprême. Son éviction de la sorte et sans consentement, ni résignation de sa part n’est pas légal.

Qu’il soit contre le président de la République ou contre toute autre institution, l’usurpation d’un pouvoir légalement dévolu à autrui par la force est un coup d’Etat. Donc ceci doit susciter désapprobation, indignation et condamnation. Tous ceux qui se sont solidarisés avec le magistrat expriment une position sage et moralement valable. Seulement...

Attendons de voir les limites du courage dont dispose l’homme dans ses tripes. Serait-il disposé à mener un combat au nom de la loi à l’instar du célèbre procureeur pakistanais Chaoudery contre le Général Moucharaf ou acceptera-t-il un pacte tribal ou cédera-t-il à la pression des "amis" ?

Longtemps compagnon de celui qui a fini par le remercier sans autre forme de procès, Seyid Ould Ghailani n’a pas laissé que des amis dans les milieux de la plus haute instance judiciaire dans notre pays. Connu pour sa rectitude et sa correction, il n’en demeure pas moins qu’il a été à maintes reprises, indexé comme " homme à fermer les yeux " quand le pouvoir embastillait ses ennemis en instrumentalisant la justice.

Si ces accusations sont fondées et réelles comme le soutiennent les "suppliciés" des dossiers de la BCM, du fameux blé pourri et le cas Hanefi Ould Dehah, on ne saurait se retenir de dire que le magistrat est en train de vivre une péripétie de cette situation qu’il avait tolérée voire permis de par sa position.

Nonobstant, sa situation de "sacrifié" par la justice, sin cas interpelle tous les Mauritaniens. Non pas pour les beaux yeux de Seyid ou contre la maladresse du président Aziz, mais plutôt pour que force soit à la loi et à la loi seulement.

Amar Ould Béjà.



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