L’offre inattendue

dimanche 6 mai 2012

La polémique née autour de l’incinération des ouvrages du figh malékite par des éléments de l’IRA a profondément bouleversé la situation politique du pays. Elle a redonné au pouvoir l’occasion inespérée de reprendre, sans coup férir, "la main" qu’il avait perdue depuis de longs mois. Elle lui a surtout permis de brouiller et de ralentir l’ardeur des opposants dans leur agitation effrénée pour le renverser.

En effet, des pans jusque-là insoumis du clergé religieux, des notabilités sociales hésitantes et divisées ainsi qu’une bonne partie de la classe conservatrice du pays profond qui doutait du pouvoir ont mordu à l’hameçon de "l’épouvantail de Biram". Subitement offensés et touchés dans ce qu’ils estiment avoir de plus sacré, ils ont décidé de faire bloc derrière le pouvoir et ses symboles. Les voix qui s’élevaient par-ci et par-là pour dénigrer le pouvoir ont, comme par hypnotisation, fait la courbette devant lui pour exiger la mort de "l’apostat". Tous à l’unisson pour imposer l’ordre des conservateurs ! Oubliée toute querelle politique (politicienne) et tout agenda autre que le nouveau sacerdoce du régime : "défendre la religion du peuple et faire respecter la charia par son application dans ce pays qui n’est pas laïc" ! Les excuses tardives et laconiques du bureau exécutif de l’IRA n’y feront rien. La TVM d’El Moudir Ould Bouna a bien rendu au pouvoir un service qu’aucun autre homme politique, national ou étranger n’aurait pu lui rendre en diffusant, en boucle, les images "choquantes" de ce qu’ils appellent désormais, "l’holocauste des livres". Conséquence : Biram se retrouve seul face à son acte. Ses soutiens politiques s’effritent et ses alliés du moment qui passaient pour être son ultime recours parlent, désormais, d’un suicide politique de l’homme. Ses amis de la COD qui se sont empressés de le lâcher, après l’avoir longuement courtisé, tirent sur lui. Ils s’attèlent déjà à redessiner la carte de la Mauritanie, la leur, sans lui. Finies donc les inquiétantes et laborieuses démarches de mettre en place un conseil national transitoire qui devrait gérer l’après-Aziz qu’ils espéraient, tous, assez proche ! Comme nous l’avions dit dans notre chronique du lundi, cette action est une aubaine pour le pouvoir. Et au-delà, pour le système qui se retrouve requinqué et redynamisé par la faute du plus redoutable de ses atypiques ennemis de l’intérieur.

Expert dans l’instrumentalisation des symboles, le Système est en train de déployer tout son pernicieux art fait de montages, de diffusion de rumeurs et d’arrestation secrètes sous nos regards mesquins. Fort des appels de tous les bords pour sanctionner, il ne ratera pas l’occasion cette "la carte blanche" à lui offerte par une opinion montée à bloc pour refaire le ménage et détruire les structures de l’IRA. Parallèlement, il redonnera vie aux lobbies sclérosés de l’islam conservateur de chez nous, infiltré par des idéologues décadis, alliés éternels des pouvoirs pour étouffer toute indignation qui pourrait s’élever contre l’arbitraire qui prendrait de cette affaire un prétexte. Et c’est là que la frustration de tous les opprimés du pays trouve un semblant de justification.

Ainsi, les oulémas qui multiplient aujourd’hui les marches de condamnation et incitent le pouvoir à sévir contre Biram n’ont levé le moindre petit doigt pour dénoncer les appels proférés par un prédicateur saoudien aux peuples du Golfe d’acquérir des esclaves en Mauritanie. Ils n’ont non plus pas commenté les affirmations d’un animateur de TV saoudien devant le Cheikh Deddew, disant qu’un mauritanien avait offert une esclave au rédacteur en chef de sa chaîne. Tout comme ils ont toujours observé un silence de mort face aux différentes dénonciations de cas d’esclavage en Mauritanie. Tout comme ils avaient cautionné, par un silence criminel et coupable, toutes les exactions commises en Mauritanie par les différents régimes politiques contre les populations de la Vallée et des militants des courants et des organisations politiques. Ils ne bougent jamais le petit doigt pour défendre les valeurs de leur religion que quand leurs intérêts directs sont en jeu. Comme cette tonue-truante contestation du fondement interprétatif de l’école malékite en Mauritanie.

L’erreur de Biram doit servir à la Mauritanie d’avoir le courage de se remettre en cause dans plusieurs aspects par rapport à l’ordre social et politique dans le pays.

On ne saurait continuer à apporter des réponses répressives toutes faites aux remises en cause "musclées" et souvent déplacées de nos structures. Il est temps d’analyser les choses en profondeur, sans arrière pensée communautaire, sectaire ou raciale. Il y va du salut de notre pays ; un auteur européen disait "ce qui brûle les livres finira par broyer les hommes" !

Amar Ould Béjà

lauthentic.info



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