Bâ Bocar Moussa : Vice-président de l’Union des Forces du Progrès

Nous ne pouvons parler de 2012 sans revenir un peu en arrière en 2011. La première question qu’on doit se poser dans un pays comme la Mauritanie, compte-tenu de son appartenance à l’air géographique arabo-africain, doit se rapporter à la révolution arabe et ses conséquences prévisibles sur le pays, son ampleur et ses ramifications.
Nous ne sommes pas dispensés des remous qui secouent le monde, car inévitablement la révolution arabe aura des incidences sur la Mauritanie. Nous ne pouvons non plus parler de la Mauritanie et de son espace arabo-africain, sans parler de la situation en Orient et en Extrême-Orient ainsi que des politiques américaines dans cette région et ses répercussions dans le monde.
D’autre part, la Mauritanie est dans le Sahel, cette partie du continent qui connaît une année particulièrement difficile du fait de la sécheresse. Et la Mauritanie est le plus saharien des pays du Sahel. Son élevage et les moyens de subsistance de ses populations rurales sont des éléments majeurs et doivent constituer une source de grande préoccupation.
Sur le plan intérieur, la Mauritanie est confrontée à des crises multiformes, à la fois politiques, économiques et sociales. Dans le domaine politique, nous vivons une crise qui persiste depuis l’Accord de Dakar. On se rappelle que toute la Mauritanie avait fêté le retour de Mohamed Ould Maouloud, le négociateur de l’opposition, car l’Accord qu’il avait signé avec le pouvoir offrait une véritable perspective de paix civile et de stabilité politique pour la Mauritanie.
Toutes les parties s’étaient en effet engagées à en respecter les clauses, sauf que la première surprise, est cette attitude de Mohamed Ould Abdel Aziz qui s’est démarqué de l’Accord en se disant non concerné, alors que même l’encre qui avait servi à rédiger le document ne s’est pas desséchée, remettant en cause toutes les solutions de sortie de crise obtenues.
Nous pensions cependant que tout cela pouvait être rattrapé avec le nouveau dialogue que le pouvoir se disait disposé à engager avec l’opposition. Alors qu’au niveau de la COD (Coordination de l’opposition démocratique), nous déployions de grands efforts pour rattraper l’impasse dans laquelle le pays était plongé par la non exécution de l’Accord de Dakar, Mohamed Ould Abdel Aziz travaillait en sourdine pour diviser l’opposition. Et il y a réussi. Mais est-ce une solution que de diviser l’opposition pour résorber une crise politique d’une telle ampleur ?
Les partenaires internationaux ainsi que certains des collaborateurs les plus proches de Mohamed Ould Abdel Aziz n’ont pas caché leur désapprobation face à ces manœuvres. Ce qui est évident dans tout cela, c’est que nos anciens amis, qui ont accepté de participer au dialogue, n’ont pas respecté l’esprit de concertation qui avait prévalu au sein de la COD.
Cependant que nous étions en train de déployer des efforts pour asseoir le dialogue sur des bases solides, ils ont rompu le consensus et ont décidé de participer au dialogue sans la COD. Quant à soutenir aujourd’hui qu’ils l’ont fait parce qu’ils veulent préserver la paix civile tandis que la COD cherche la guerre civile, tout le monde sait que ce n’est pas vrai.
L’histoire de la Mauritanie nous a jusque-là appris que des crises telles que celle que le pays traverse échappe rarement à trois scénarios : soit l’institution militaire s’imposer comme une solution à travers un coup d’état, soit la situation continue de pourrir ou qu’un mouvement populaire de concertation s’invite dans une forme de revendication révolutionnaire, à l’instar de tous les autres pays. Ce mécontentement de la rue mauritanienne est devenu d’ailleurs aujourd’hui une réalité incontestable.
Le dernier meeting de la COD ainsi que les mouvements de contestation quasi quotidiens en constituent les meilleures illustrations. C’est pourquoi je pense que le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz doit revenir à la raison et engager une véritable ouverture vers l’ensemble du monde politique au lieu de s’entêter à faire pourrir la situation. Il sera tenu dans ce cadre comme principal responsable des dommages qui pourraient nuire à la Mauritanie et aux Mauritaniens.

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