L’Ordre des Assassins ou Haschischioun ou Assassiyoun (II) :Doctrine et action

mercredi 17 novembre 2010

"Il faut que votre foi vous rende entre mes mains aussi dociles que le cadavre entre celles du laveur des morts", disait Hassan ibn Sabbâh à ses fidèles (filoumektoub@hotmail.com. Copyright © 1999). « Frères, lorsque l’heure du triomphe arrivera avec, pour compagne, la bonne fortune dans ce monde comme dans l’autre, alors un seul guerrier à pied pourra frapper de terreur un roi, possèderait-il plus de 100 000 hommes à cheval » Poème ismaélien. [orange fonce](Laurent Laniel Une version légèrement modifiée de ce compte-rendu a été publié dans Les Cahiers de la Sécurité Intérieure, n° 56 Compte rendu du livre de Les Assassins. Terrorisme et politique dans l’Islam médiéva lBernard Lewis, Éditions Complexe, Bruxelles, 2001 (1982) ; préface de Maxime Rodinson ; traduction : Annick Pélissier Titre original : The Assassins. A Radical Sect in Islam (Londres, 1967).[/orange fonce]

III –Doctrine et Action de l’Ordre.

Comme indiqué dans la première partie qui avait porté sur le contexte historique et l’itinéraire de son fondateur Hassan ibn Sabbâh, l’Ordre des Assassins c’est plus de 166 ans de terreur en terre d’Islam, depuis l’Afrique du Nord des Fatimides aux confins orientaux de l’Islam des princes turco-mongols, héritiers de l’empire abbasside et des dynasties persanes. Avant de passer à deuxième partie, il n’est peut être pas superflus de rappeler que les cibles principales de l’Ordre sont les Seldjoukides, les Arabes et Perses qui acceptent de collaborer et les Fatimides d’Egypte et de l’Afrique du Nord. Accessoirement certaines hautes personnalités croisées rivales, au sein de la Croisade, de leurs alliés, l’Ordre des Templiers (Ordre de moines militaires, fer de lance des croisades de même type que l’Ordre de Hassane ibn Assabâh sur le plan du mysticisme, de la culture du secret et du type d’organisation). Ceci étant, la deuxième partie comme indiquer dans l’introduction portera sur la doctrine et l’action de l’Ordre.

III - 1 – Doctrine

Jusqu’aux premières années de la deuxième moitié du 20ème siècle, les historiens de l’Ordre rarement ont insisté avec la force qu’il faut sur ce fondement de l’esprit de sacrifice des fidaïs et leur soumission totale au Grand Maître des couteaux. Ils mettent en avant la manipulation des adeptes par essentiellement d’artifices pour obtenir l’adhésion complète des novices :conditionnement par la drogue, séjour dans des jardins paradisiaques, danses avec belles hourrys entièrement disponibles et retour à la morne du quotidien prêts pour une mort, porte d’entrée définitive au paradis éternelle, un moment entrevue par la grâce du Maître (GAILLARDIN « Dictionnaire du XIXe siècle ») Toute fois, ils concèdent qu’avant d’accéder au noviciat, le futur assassin est tenu de grimper certains degrés d’une échelle initiatique dont le sommet n’est accessible qu’à des hommes d’une trempe exceptionnelle. Aujourd’hui peu de chercheurs prêtent foi à ce qui parait plutôt une légende à la Mille et une nuit et désormais les fouilles doctrinales, études théoriques des stratégies et tactiques ont fait ressortir les fondements essentiels qui ont sous-tendu l’action du Vieux de la Montagne et ses disciples.

III - 1 – 1 - Les bases doctrinales.

L’Ordre comme la majorité des courants chiites admet que l’Imam « Ali a été choisit par Allah comme imam et dirigeant légitime du monde, tant musulman que non musulman ; l’existence de l’univers dépend de la présence d’un imam vivant ; tous les imams doivent être des descendants d’Ali ; Ali et ses descendants imams possèdent des qualités surhumaines que les autres musulmans ne reconnaissent que dans les prophètes, telles que l’infaillibilité (isma), des pouvoirs miraculeux, et une connaissance accordée par Allah (ilm) ». Les Imams nizarites souvent poursuivis par leurs persécuteurs sunnites et leurs rivaux des autres tendances chiites sont obligés de se réfugier dans la clandestinité (dawr al-satr), et d’user de la dissimulation de leurs opinions religieuse (taqiyya). Dans cette situation le rapport direct avec la hiérarchie des adeptes est assuré par le Grand prédicateur « Dai absolu » auquel l’Imam al-mastûr (caché) a le pouvoir de lui déléguer les qualités prophétiques à lui dévolus par Allah : isma (infaillibilité) ilm (connaissance inspirée universelle), pouvoirs de provoquer des miracles et de vouer le commun des mortels au salut ou à la damnation éternelle. C’est précisément une telle conjoncture que les conflits de la succession dynastiques fatimides en Egypte offrent à Hassan Assabâh qui, grand intriguant, est comme on l’a vu super-outillé intellectuellement, spirituellement et au plan organisationnelle pour en tirer la meilleure partie contre ses ennemis. C’est ainsi qu’après l’arrestation et le meurtre de son maître et ami, Nizar, légitime successeur son père, l’Imam Muntansir Billah, le Vieux réussit à exfiltrer d’Egypte son fils et héritier al-Hadi qui est obligé à l’ « occultation ». Devenu ‘’dai absolu’’ du Maghreb aux confins extrême-orientaux du Maschreq arabo-persan, il usera dans toute leur rigueur les attributs de l’Imama Nirarite durant les trente cinq ans qu’il aura sous sa tutelle trois Imams occultés (Nizar, Ali ben Nizâr al-Hâdi et al-Muhtadi). A Alamût le moindre écart est puni sévèrement. Cette rigueur n’épargne pas sa famille qui à vu l’exécution de deux de ses fils ; l’un pour alcoolisme, l’autre pour meurtre. Le véritable coupable sera, après aveux, exécuter avec les deux faux témoins.

Les fondements doctrinaux du nizarime et cette rigueur du Vieux suffisent largement pour expliquer la détermination de ses fidèles au sens religieux du terme de investi de la foi et de partisan dévoué.

Pour des perspectives moins radieuses et plus éphémères n’a-t-on pas assisté au sacrifice de millions d’enfants des peuples allemands et japonais il y a seulement une soixantaine ?

Et notre monde post-historique que nous offre-t-il sinon une confrontation d’illuminés à la recherche de biens matériels (Etats et groupes monopolistiques pillards, cliques mafieuses, élites sociales et contingents de pauvres délinquants) dans un univers chaotique où triomphe la violence ?

III - 1 - 2 – Stratégie et tactiques :

Ayant approché de très près la consécration par deux fois avant d’être obligé de reprendre le bâton du prêcheur clandestin sous la pression des puissants lobbies des cours royales, Hassan ibn Sabbâh, pour combattre ses ennemis décide d’adopter une nouvelle stratégie « En termes stratégiques, le terrorisme des Assassins constituait une technique adaptée à la guerre asymétrique, du faible au fort, qu’ils souhaitaient opposer à l’État seldjoukide, car « utilisant une petite force disciplinée et dévouée capable de frapper efficacement un ennemi considérablement supérieur » [brun](Laurent Laniel : Une version légèrement modifiée de ce compte-rendu a été publié dans Les Cahiers de la Sécurité Intérieure, n° 56 Compte rendu du livre de Les Assassins. Terrorisme et politique dans l’Islam médiéval - Bernard Lewis, Éditions Complexe, Bruxelles, 2001 (1982) ; préface de Maxime Rodinson ; traduction : Annick Pélissier Titre original : The Assassins. A Radical Sect in Islam (Londres, 1967 ).[/brun]

Bref, comme le dit le poème cité en chapeau et rapporté par Laurent Laniel il faut qu’un seul guerrier à pied puisse frapper de terreur un roi qui possèderait plus de 100 000 hommes à cheval. Et sur le plan espace la stratégie s’inspirait de celle des corsaires en mer ou des razzias dans le désert « une stratégie de maîtrise de l’espace de type réticulaire, souvent appliquée aux mers et océans, mais aussi aux déserts et autres vastes étendues de terres peu et/ou hostilement peuplées. A l’instar des flibustiers des Caraïbes du XVIIe siècle ou de l’U.S. Navy pendant la Guerre froide, devant l’impossibilité ou l’inutilité perçue de contrôler tout l’espace, on décide d’en sécuriser certains points qui constituent à la fois des relais et des sanctuaires où stocker armes et autres moyens, former les recrues, diffuser la propagande, espionner l’ennemi, planifier puis lancer des raids, et trouver refuge en cas de besoin ».

Au plan tactique il s’agira de mener des actions d’éclat pour frapper au maximum de stupeur l’ennemi et l’écho le plus étendu au sein de l’opinion. Actions généralement individuel consistant toujours à la mise à mort de la cible en la poignardant dans une place publique (mosquée…), le plus souvent au milieu de sa garde. L’usage exclusif du poignard par le fidaïs constitue le nœud de cette tactique parce qu’obligeant la cible à descendre de son piédestal et se livrer à une lutte corps à corps avec le premier citoyen venu. La victoire de ce dernier est une humiliation pour tout le système ennemi. Et l’acceptation, sans tenter de se dérober, de sa mise à mort par l’ « héroïque » fidaïs une fois son objectif atteint constitue le point d’orgue final à la gloire de l’Ordre et de ses martyrs.

III -2 –Organisation et actions :

Hors quelques chefs historiques, d’ailleurs le plus souvent habillés de pseudonymes et visibles que pour un cercle restreint l’Ordre était constitué d’élites religieuses et guerrières solidement structurées et formées aux tâches déterminées par le Chef suprême.

III - 2 -1 – Organisation :

Les nizarites ont bénéficié des anciens réseaux du Vieux lorsqu’il était Directeur de Renseignements et des Prisons du Grand Vizir Nizam al-Mulk et les nouveaux réseaux de ses amis Nizar, prince d’Egypte et Abd al-Malik b. Attâsh, son maître prédicateur qui l’a converti au chiisme ismaélien. Réseaux clandestins fondés sur une hiérarchie initiatique à quatre échelons : a) - Les Daïs, « docteurs », maîtres prédicateurs entourant le « Daï absolu » ou chargés de la mission de prédication ; b) – les Rifaaqh, « compagnons », initiés, cadres affectés à la tête des places fortes et provinces de l’Ordre ; c) les mujib « correspondants » ayant reçu une certaine initiation et présentant un bon potentiel de perfectibilité pédagogique, administrative ou militaire, ils constituent le cycle d’orientation soit vers les deux ordres précédents soit vers l’échelon suivant ; d) – les Fidais, combattants voués aux sacrifices suprême, les ‘’Longs couteaux ‘’ du Sheikh el Jabel qui lui-même apportait un soin particulier à leur sélection « parmi les adeptes qui ont d’immenses réserves de foi, d’habileté et d’endurance, mais peu d’aptitudes à l’enseignement » et leur formation technique « Apprendre à dissimuler son poignard, à le sortir d’un geste furtif, à le planter net dans le cœur de la victime, ou dans son cou s’il est protégé d’une cote de maille, se familiariser avec les pigeons voyageurs, mémoriser les alphabets codés, instruments de communication rapide et discrète avec Alamout ; apprendre parfois un dialecte, un accent régional, savoir s’insérer dans un milieu étranger, hostile, s’y fondre pendant des semaines, des mois, -endormir toutes les méfiances en attendant le moment propice à l’exécution ; savoir suivre la proie comme un chasseur ; étudier avec précision sa démarche, ses vêtements, ses habitudes, ses heures de sortie, parfois, quand il s’agit d’un personnage exceptionnellement bien protégé, trouver le moyen de s’engager auprès de lui, l’approcher, se lier avec certains de ses proches. On raconte que, pour exécuter l’une de leurs victimes, deux Fidaïs durent vivre deux mois dans un couvent chrétien en se faisant passer pour des moines » [orange fonce](filoumektoub@hotmail.com. Copyright © 1999 )[/orange fonce]

III – 2 – 2 – Les actions des Fidayîn :

Fondées sur la base idéologique du sacrifice absolu, servies par une organisation exceptionnelle, les actions des fidayîn sèmeront des deuils durant 166 ans dans les rangs des cibles de leurs Chefs divins. Le combattant jusque dans le sommeil et à l’instant où il lève son poignard pour immoler sa victime a tout le temps à l’esprit ce commandement édicté par le Sheikh d’Alamût : « Il ne suffit pas de tuer nos ennemis, nous ne sommes pas des meurtriers mais des exécuteurs, nous devons agir en public, pour l’exemple. Nous tuons un homme, nous en terrorisons cent mille. Cependant, il ne suffit pas d’exécuter et de terroriser, il faut aussi savoir mourir, car si en tuant nous décourageons nos ennemis d’entreprendre quoi que ce soit contre nous, —en mourant de la façon la plus courageuse, nous forçons l’admiration de la foule. Et de cette foule, des hommes sortiront pour se joindre à nous. Mourir, est plus important que tuer. Nous tuons pour nous défendre, nous mourrons pour convertir ; pour conquérir. Conquérir est un but, se défendre n’est qu’un moyen. Vous n’êtes pas faits pour ce monde, mais pour l’autre » [orange fonce](filoumektoub@hotmail.com. Copyright © 1999).[/orange fonce]

Les pouvoirs en place adopteront en réponse à cette menace la politique de marquage systématique des résidents « En 1121, le vizir Al-Ma‘Mûn, désireux de débarrasser l’Égypte de l’influence de Hasan-i Sabbâh et de ses affidés, fit ainsi procéder à l’enregistrement systématique du « nom de tous les habitants, rue par rue et quartier par quartier » et interdit « à quiconque de déménager sans son autorisation expresse ». Cette surveillance, dont les résultats étaient consignés au sein de registres, portait également sur les « surnom, situation et moyens d’existence [des habitants et sur le nom] de tous les étrangers qui leur rendaient visite [...] de sorte que rien de ce qui concernait les affaires de quiconque » n’échappait au vizir ». [orange fonce](Laurent Laniel : Une version légèrement modifiée de ce compte-rendu a été publié dans Les Cahiers de la Sécurité Intérieure, n° 56 Compte rendu du livre de Les Assassins. Terrorisme et politique dans l’Islam médiéval - Bernard Lewis, Éditions Complexe, Bruxelles, 2001 (1982) ; préface de Maxime Rodinson ; traduction : Annick Pélissier Titre original : The Assassins. A Radical Sect in Islam (Londres, 1967).[/orange fonce] Et même un prêtre allemand, Brocardus, préconisa au roi de France Philippe VI en 1332, soit 200 ans plus tard que Vizir Al « de mobiliser des procédures d’identification pour se prémunir des « maudits Assassins » : « Et je ne sais qu’un seul remède pour la garde et la protection du roi, qu’en toute sa maison [...] on ne reçoive nulle personne dont le pays, le lieu, le lignage, la condition ne sont pleinement et entièrement connus ». [orange fonce](Laurent Laniel...)[/orange fonce]. Notre Général-président et ses thuriféraires emboitent le pas à ces vieux stratèges d’il y a plus de 800 ans en plaquant un maillage serré sur l’ensemble du territoire national et au autour de chaque citoyens ou étrangers résident ou de passage Et en imposant une pensée unique à laquelle les hommes politiques et les animateurs des medias indépendants sont tenus d’adhérer sous peine d’être jetés en pâture aux foules pas éveillées et, sous peu, en prison, à l’exil ou contraints au silence.

Nous reviendront sur ses aspects bientôt incha Allah.

Nouakcott le 12 novembre 2010

Limam CHERIF



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