L’Ordre des Assassins ou Haschischioun ou Assassiyoun

mardi 26 octobre 2010

"Il faut que votre foi vous rende entre mes mains aussi dociles que le cadavre entre celles du laveur des morts", disait Hassan ibn Sabbâh à ses fidèles. « Frères, lorsque l’heure du triomphe arrivera avec, pour compagne, la bonne fortune dans ce monde comme dans l’autre, alors un seul guerrier à pied pourra frapper de terreur un roi, possèderait-il plus de 100 000 hommes à cheval » Poème ismaélien.

Le terrorisme a fait l’objet de toutes sortes de développements littéraires de la part autant des spécialistes, des Oulémas, que des animateurs des divers médias, leaders politiques et associatifs ou simples amateurs. Aujourd’hui, c’est les exhibitionnistes du pouvoir qui réunissent autour d’eux tout ce monde en des journées de réflexions sur le sujet, en sommes des Etats Généraux sur le Terrorisme (EGT) comme à une certaine époque les EGD Etats Généraux sur la Démocratie. Avec les mêmes visées manipulatrices. Des promesses d’anéantir, avec le soutien des puissances étrangères, dans quelques semaines Aqmi et alliés qui écument la région sahélo-saharienne. Aussi, est-il intéressant de rappeler ici un passage historique spécifique du terrorisme dans la civilisation islamique, l’Ordre des Hascischioun (les usagers du haschich) selon leurs ennemis de l’époque, latinisé en Ordre des Assassins (donnant assassin ou meurtrier). Le fondateur de l’ordre, Al Hasan Sabbah ibn Aly (1034 – 1124), lui se réclamait plutôt des Assassiyoun, ‘’ceux attachés aux fondamentaux de l’Islam’’. Le déroulement du sujet portera sur le contexte historique et géopolitique, l’itinéraire du fondateur, la doctrine et l’action de l’Ordre.

Hassan ben Sabbah, chef spirituel et militaire des « Assassins », aussi nommé JPEG - 6.4 ko le « Vieux de la Montagne » (enluminure figurant dans un manuscrit ancien).

I – Contexte géo-politique :

L’Ordre des Assassins c’est l’histoire de 166 ans de terreur au Moyen Orient au sein des têtes couronnées, des hauts dignitaires religieux surtout sunnites et même des simples mortels susceptibles de servir l’ordre établi.

Le Khalifa abbasside en pleine décomposition suscite toutes sortes d’ambitions : rivalités dynastiques, ambitions régionales et provinciales ou entre sectateurs religieux. Dés le VIIIème siècle le dernier survivant des Omeyyades fonde l’émirat de Cordoue en Espagne, les Idrissides s’érigent en une nouvelle dynastie au Maroc et c’est les Fatimides (909-1171) venus de la Tunisie, Ismaïliens dissidents du sunnisme qui s’emparent de la très stratégique Egypte au Xème. D’ailleurs, même à Bagdad, les Abbassides ne conservent en fait dés 953 que le pouvoir religieux, les Buyides, dynastie persane prenant le pouvoir politique. Mais les conquérants déboulant de l’Asie Centrale, Turcs et Mongol frappent aux portes du Califat en déclin.

Les Turcs Seldjoukides arrivés les premiers dans la zone au IXème siècle, convertis à l’Islam sunnite, mettent fin aux pouvoirs des dynasties autochtones en s’emparant de Bagdad qui perd son statut de Capital au profit d’Ispahan, l’élue des nouveaux maîtres.

En Egypte, le pouvoir Fatimide entre crise suite à la mort de l’Imam Al-Mustansir Billah (1094) dont profite le Vizir pour confisquer le pouvoir au détriment de l’héritier légitime Nizâr, ami de Al Hassan ibn Sabbah.

Les hauts dignitaires Seldjoukides, Perses et Arabes seront désignés par le Vieux de la Montagne, Al Hassan ibn Sabbah comme les cibles principales de son Ordre, les premiers comme envahisseurs et les autres comme des traitres collaborateurs.

Les Fatimides seront la deuxième cible à partir de l’éclatement des Ismaïliens suite au conflit de succession dynastique d’Egypte, conflit dans lequel le Vieux prend partie pour Nizâr fils ainé du défunt Imam Al-Mustansir Billah contre le Vizir Al- Afdal qui usurpe le pouvoir.

Ces cibles subiront les harcèlements de l’Ordre jusqu’à son anéantissement en 1256 par le troupes Mongols de Hulagu qui s’empare et détruit leur principale forteresse Alamut ; anéantissement parachevé en 1272 par les Mamelouks qui les chassent de leurs dernières citadelles en Syrie.

II – Itinéraire de Hassan ibn Sabbah, fondateur de l’Ordre.

Il est né vers 1034 à Qom d’une famille religieuse traditionnelle. Selon un de ses biographes son père, `Alî b. Muhammad b. Ja`far b. al-Husayn b. Muhammad b. al-Sabbâh al-Himyarî, était un érudit de Kufa d’origine yéménite. Quand son fils Hassan était enfant, il lui donna une éducation conventionnelle. Le jeune suivit son père qui déménagea plus tard à Rayy, près de l’actuelle ville de Téhéran. C’était là que Hasan ibn Sabbâh a poursuivi son éducation religieuse tout en parcourant la région et fréquentant divers centres universitaires. C’est dans ces fréquentations qu’il fera deux rencontres décalées mais décisives.

La première rencontre, mi-mythologique, mi-historique, a lieu Nichapour et implique deux autres personnalités de dimensions exceptionnelles : le grand poète mystique persan Oumar Khayyâm (v. 1047-v. 1122) et Abou-Ali-Hassan (vers 1040-1092). Abou Ali Hassan devenu par la suite Grand Vizir de Malik Chah le sultan Seldjoukide sous le titre de Nizam al Mulk, invite ses condisciples et leur accorde des promotions. Khayyâm comme directeur de l’Observatoire de Merv à Ispahan et sur sa demande Hassan ibn Sabbâh est promu directeur des Renseignements et des Prisons. Il garde ainsi une grande liberté de mouvement et rapidement arrive à poster des hommes à lui dans tous les appareils de l’Etat et de l’Administration et à tous les échelons. Devenu puissant, Hassan ibn Sabbâh commence à narguer le Premier ministre et enfin à le défier publiquement. Finalement, c’est le divorce. Echappant à l’ordre de son arrestation, il retourne à Rayy où il reprend ses recherches religieuses.

La deuxième rencontre décisive dans sa vie se fera là, à Rayy. C’est là qu’il est pris en main par l’un des plus grands mystiques et prédicateurs de l’histoire de l’ Islam Abd al-Malik b. Attâsh venu d’Iraq. Abd al-Malick était chiite fatimide. Hassan ibn Sabbâh avait déjà, plus jeune, fréquenté Amira Darrâb, prédicateur ismaélien qui l’avait initié dans les arcanes de la théosophie ismaélienne sans réussir toute fois à le convaincre. Abd al-Malick ben Attâsh non seulement arrivera à le faire adhérer à la doctrine chiite fatimide, mais parachèvera son initiation faisant de lui un Daa’i (celui qui appelle, qui invite à la bonne voie) vers ses 35 ans en 1071. Mieux, il l’envoie en Egypte auprès de l’Imâm Al-Muntansir Billah en 1077. Arrivé en Egypte en 1078, il est encore une fois intégré à une cours royale. Usant de sa grande expérience politique et d’intrigues sous tendue par un vaste savoir religieux, mystique et scientifique ; il conquière rapidement les faveurs royales et ne tarde pas à faire des jaloux puissants. Il comprend, après trois ans, qu’il faut partir en évitant son expérience antérieure de confrontation avec le puissant Vizir Nizam al-Mulk. Au Caire il ne profite pas seulement des largesses matérielles de l’Imâm mais poursuit aussi sa quête permanente du savoir en fréquentant l’Université Dar al-Hikma dont l’enseignement portait, outre l’enseignement islamique fatimide et scientifique, sur les religions et philosophies idéalistes antérieures ou contemporaines de l’Islam (platonisme, textes védiques, judaïques, chrétiens, zoroastriens…).

Ainsi, hyper-doter spirituellement, politiquement et matériellement, pouvant compter sur l’arrière base solide du pouvoir fatimide au Caire, le futur Vieux de la Montagne rentre en Iran déterminé à chasser les Turcs sunnites du pouvoir en Irak et en Iran. Ainsi, selon son programme, la doctrine ismaélienne triompherait de l’Egypte aux confins orientaux de l’Islam. Il arrive dans la région d’Ispahan vers 1081 et débute sa campagne en s’appuyant sur ses anciens réseaux lorsqu’il était Directeur de Renseignements et des Prisons du Grand Vizir Nizam al-Mulk et les nouveaux réseaux de ses amis Nizar, prince d’Egypte et Abd al-Malik b. Attâsh, son maître prédicateur qui l’a converti au chiisme ismaélien. Nécessairement, il relançait ainsi les hostilités avec son ex-ami Nizam al-Mulk qui fit relancer les recherches contre lui, l’obligeant à aller trouver refuge dans les montagnes syriennes, au sud de la mer Caspienne dont il s’empare du principal Château fortifié, Alamut. Et c’est, comme indiqué en introduction, le lancement d’une époque de terreur de 166 ans entretenue par une redoutable machine à tuer dont l’une des premières victimes sera précisément son ex-ami et bienfaiteur Nizam al-Mulk (la deuxième en fait, la première étant un muézin qui s’était porté témoin contre lui)

A suivre A bientôt

Limam CHERIF Nouakchott le 26/10/2010.



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