Le cri d’alarme de Nebghouha

Madame Nebghouha Mint Haba, ministre de l’éducation nationale s’est adressée à la collectivité nationale à travers la presse pour faire le diagnostic de notre système éducatif national. Son diagnostic n’a surpris personne. Depuis longtemps, tous les signaux étaient au rouge. La Mauritanie avait cessé, depuis belle lurette, d’être ce terreau du savoir et de l’excellence. La politisation extrême du champ éducatif, rempart présumé contre une acculturation sans fondement, a fait de notre pays une terre de médiocrité intellectuelle et éducative effarante. L’école mauritanienne n’est pas seulement malade de l’incompétence des enseignants, du laisser-aller total à tous les niveaux. Elle souffre aussi d’un manque de vision plus handicapant que tous les autres facteurs réunis. Depuis les années imbéciles des réformes de crapauds, nous ne savons plus que faire. Au lieu de poursuivre la politique éducative choisie, en la réformant à forceps et en améliorant les acquis réels obtenus à partir du milieu des années 60, nous avons été subitement plongés dans un système qui n’a aucun autre pareil dans le monde. L’Etat a décidé de diviser les Mauritaniens par l’école. Il a créé la double citoyenneté dans le pays. Un territoire, deux peuples. Nous les adultes, nous nous connaissons tous, mais nos enfants s’ignorent. Les enfants d’un tel croient que ceux de El Mina sont du Zimbabwé ou du Cachemire. Les enfants du Sixième perçoivent, peut-être, les autres comme des mignons rejetons du Chouf ou de la Bekâa. Et par-dessus de tout, leurs niveaux sont médiocres, car enseignés par de braves, mais « peu motivés » enseignants qui ne savent pas eux-mêmes ce qu’il y a lieu de faire. L’école n’est pas malade. C’est la Mauritanie qui l’est de ses fils, de ses décideurs, et surtout de ses apprentis idéologues.
L’école n’est pas à genoux. Elle est à terre parce que la Mauritanie a longtemps flirté avec des démons et des « Djinns » plus puissants que tous les mauvais esprits de notre hémisphère. Notre pays doit d’abord guérir de ses « démons » sinon elle ne pourra pas se remettre debout. Poursuivant dans le sombre tableau de notre système éducatif, Madame le ministre dira que plus de 4000 enseignants sont dans la nature. Elle ne nous a pas dit que pour la plupart de ces enseignants et professeurs, le salaire a toujours continué à « couler ». Si la plupart de ces enseignants ne sont pas amicalement « détachés », il ne faut pas chercher très loin. Les points de repère des professeurs en Mauritanie sont les établissements privés et « Noughta Sakhina », dans des chancelleries, ou tout simplement, chez en brousse. Il doit y en avoir même qui ont continué à percevoir bien après avoir rendu l’âme. Madame le ministre n’est pas au bout de ses peines. Le bachot 2007 a été, comme d’habitude depuis la mi-80 une catastrophe nationale. Moins de 4 pour cent des trente mille candidats ont mérité le diplôme. Déduisez s’il vous plait la marge raisonnable de la triche, autre cancer de notre système éducatif. Que nos idéologues pédagogiques nous épargnent, encore une fois de la comparaison bête et facile avec les pays voisins. Ailleurs, il y a au moins une vision et de sérieuses tentatives de surmonter la mauvaise pente. Chez nous, c’est des séminaires et la hideuse course aux perdiem. Des ignorants s’y accaparent la parole et se réfugient dès la première critique scientifique derrière le réflexe identitaire qui en fait ne cache que très mal leur incompétence. Rappelez-vous les journées nationales sur l’éducation organisées il y a un peu moins de deux ans. Ce fut le fiasco du fiasco. Madame le ministre voudrait organiser avant la fin de l’année un séminaire qui sera peut-être mieux nanti en émoluments et pourboires qu’elle compte appeler « Etats généraux de l’éducation ». C’est courageux, mais qu’est-ce qui va en ressortir si ce sont toujours les mêmes têtes, les mêmes clans, les mêmes groupuscules sociopolitiques qui ont tout miné depuis qui imposeront la mauvaise vision qui est la leur ou saboteraient toute véritable réforme envisagée ?
Amar Ould Béjà
L’Authentique Quotidien n°516 du vendredi 06 juiilet 2007

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