Débat houleux à l’Assemblée nationale : Messaoud impose la discipline dans l’’hémicycle

lundi 11 janvier 2010

Les séances plénières de la dernière semaine à l’Assemblée nationale ont été dominées par l’examen de plusieurs projets de loi, sur lesquels la majorité et l’opposition avaient des positions diamétralement opposées.

Le résultat ne pouvait être que des débats houleux qui imposent au président de la cette auguste chambre d’imposer la discipline au sein de l’hémicycle, devenue depuis quelques semaines, un terrain ultra-politisé.

Au cours de ses sessions, Messaoud a vivement réprimandé les députés Sid’Ahmed Ould Sid’Ahmed, Saleh Ould Hanena, Mohamed Ould Bebana et d’autres pour leur acharnement démesuré sur leurs autres collègues, sur leur absentéisme, leur désintérêt des débats ….etc.

Des sujets débattus au cours de ces sessions, il s’agit entre autres de la loi antiterroriste, des grands aspects de la politique générale de l’Etat, particulièrement le redressement des forces armées et la neutralité de la Mauritanie par rapport au dossier épineux du Sahara Occidental.

Mais, ce qui a le plus captivé l’attention des députés, ce sont les airs d’assurance et de confiance en soi, montrés par le président de la Chambre basse. En dépit de ses réserves politiques sur l’actuel régime, M. Messaoud Ould Boulkheir avait toujours refusé de transposer ses états d’âme politiques au sein de l’hémicycle parlementaire.

Devant des débats contradictoires et houleux entre les deux pôles de la gauche et de la droite, Ould Boukheir a cette fois, bien su imposer la discipline. La dernière session de la chambre basse a connu des tirs croisés sans précédent entre les membres du gouvernement et les députés de l’Assemblée nationale, au milieu d’un intérêt populaire croissant à cette effervescence parlementaire, qui a ressuscité de nombreux dossiers, dont certains sont très embarrassants pour les ministres et d’autres indisposant pour les députés.

Messaoud Ould Boulkheir qui avait promis de transposer le combat politique sous l’hémicycle du parlement- après un jeun politique de plusieurs mois, en raison de sa position de refus du coup d’Etat militaire sur le pouvoir en août 2008-, était le plus frondeur, à travers sa présence médiatique expresse dans les réunions du parlement. Ould Boulkheir critiquait des députés, se moquant d’autres, défendant en même temps des sujets auxquels les députés de l’opposition accordent beaucoup d’importance depuis des années.

Messaoud- comme disent certains- n’avait pas besoin d’imposer sa personnalité de président de l’Assemblée nationale, en rappelant constamment les députés à l’ordre. Mais, il envoyait dans les messages des autres des télégrammes fondamentaux pour sa popularité, qui n’arrive plus à le reconnaitre dans les précédentes réunions de l’assemblée nationale.

Cette nouvelle énergie du président a suscité une grande joie parmi des centaines de ses sympathisants, qui le suivent pendant des heures orientant, critiquant et appelant au respect de la loi.

Mais également, en interrompant les interventions des députés à connotation particulière sur les débats du Conseil, qu’il a veillé personnellement à présider, malgré la poursuite des discussions jusqu’à des heures tardives de la nuit, parfois jusqu’aux premières lueurs du matin. Messaoud était toujours là, assis dans son fauteuil pour dire qu’il est encore capable d’honorer sa mission, malgré les rumeurs qui circulent à son propos.

Bien qu’il a commencé la session parlementaire avec une reconnaissance du pouvoir, le langage tenu dans son discours de clôture, était plus réconciliateur avec Ould Abdel Aziz, malgré ses autres déclarations très dures, faites en dehors de la chambre basse.

Même si Messaoud avait essayé d’expliquer cela par les pressions exercées sur sa personne publique par les institutions constitutionnelles (reconnaissant le régime au sein de l’Assemblée nationale et demandant une enquête sur les résultats des élections présidentielles, une fois dehors). Une dualité qui a caractérisé l’attitude de l’homme depuis ces deux derniers mois.

Toujours est-il que dans le cadre des débats houleux au sein de la chambre basse, Ould Boulkheir s’est trouvé récemment en confrontation avec le député de Tawassoul Mohamed Jemil Mansour, quand ce dernier l’avait accusé d’exercer sur lui des pressions et de vouloir le priver de son droit de s’exprimer.

Messaoud s’est également trop opposé au député de Moudjeria Sid’Ahmed Ould Sid’Ahmed, précisément quand ce dernier a demandé d’autoriser les policiers à recourir à la torture de certains détenus. Ce que le président de l’Assemblée nationale a considéré comme une honte pour une institution constitutionnelle responsable des libertés individuelles, comptant en même temps parmi ses députés, des élus qui veulent ériger la torture des prisonniers en système.

Les choses se sont compliquées davantage entre Messaoud et Sid’Ahmed quand le premier a demandé au député, si son rôle se limite uniquement à répliquer aux députés de l’opposition et pourquoi, il ne s’occupe pas des problèmes de sa circonscription électorale, sinon de proposer des idées nouvelles au lieu de persévérer dans la calomnie de ses collègues à travers ses commentaires répétés.

Le député Saleh Ould Hanena n’a pas échappé lui aussi aux ripostes de Messaoud, porteuses de messages politiques quand s’adressant à lui, il dit « tu t’absentes souvent aux réunions du parlement et quand tu viens, tu es très occupé par ton téléphone et la réponse aux appels. Tu dois suivre les débats, sinon retourner là où tu étais pour écouter ton portable ».

Le député Mohamed Ould Bebana a eu lui aussi sa part des critiques de Messaoud, qui a dirigé les débats d’une main de maître, quand, celui-ci a commenté l’intervention du député de l’Ufp Moustapha Ould Bedredine, selon laquelle il estimait facile d’arriver au pouvoir, car « il suffit d’être un officier attaché à la direction du pays et avoir sous ses ordres 10 soldats armés jusqu’aux dents » précise-t-il.

Ould Bebana a qualifié le langage du député Ufp d’incitatif aux coups d’Etat. Ce que Ould Boulkheir a très bien entendu, répondant à Ould Babana : « tais-toi, tais-toi…celui qui soutient les putschs ou incite aux putschs est bien connu ».

Le député Ufp Ould Bedreddine était la star des députés de l’opposition, sans concurrent avec une présence sans faille aux réunions du parlement (ne s’est absenté à aucune session). Il était l’un des députés – comme il le dit lui-même- les plus attachés aux sessions du parlement (n’ayant pas d’autre travail qu’assister à ces réunions ou consulter l’internet).

Ould Bedredine a interrogé plusieurs ministres du gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, à cause de leur mauvais travail – comme il dit-, terminant ses questions orales par le Premier ministre, qui était le dernier à se présenter à la barre du parlement. Ould Bedredine était captivant avec ses critiques distinguées, ses questions courageuses et son langage contestataire qui a brisé toutes les frontières, notamment quand il a parlé de l’armée, des relations étrangères ou du président…

Ould Bedredine s’est trouvé en confrontation avec les ministres des finances, du développement rural, du chef du gouvernement. Même Ould Boulkhéir, n’a pas pu s’épargner la langue acérée de Bedredine, que certains qualifient de démesuré, quand il a dit dans une intervention « l’esclave se trompe sauf sur son maître ». Le président de l’Assemblée nationale lui rétorqua « tu nous indexes d’esclave et nous sommes assis ». Les deux ont crevé de rire avant de dépasser le sujet !!!

Le traitement infligé par Ould Bedredine au ministre de la défense Hamadi Ould Hamadi était très dur, quand il a ridiculisé les chefs d’état-major et les officiers supérieurs. S’adressant à son interlocuteur, Moustapha a dit « nous avons créé l’armée au début des années 70, qui s’est engagée dans le front en 1975, avant de connaitre la défaite devant les sahraouis. Chose très regrettable, car j’étais opposé à la guerre. Nous avons expérimenté l’armée à Tourine. Le résultat était le massacre des soldats, avec des corps aux têtes décapitées. Nous l’avons essayé à El Ghallaouiya , le bilan était identique….etc. ».

Ould Bedredine a poursuivi son attaque sans précédent sur les forces armées, faisant remarquer que celles-ci excellent uniquement dans les coups d’Etat ; proposant la dissolution du corps. Selon lui « le pays peut se contenter d’un seul officier fou du pouvoir, avec 10 soldats bien armés à sa solde ».

Toujours selon lui « le reste du budget initialement accordé à l’armée doit être réorienté vers les secteurs de la santé, de l’éducation… ». Des députés avaient jugé les propos du député Ufp de très humiliants pour les forces armées. Mais, en conclusion Ould Bedredine avait insisté pour dire que tous les mauritaniens aiment leur patrie et sont solidaires de leur armée, mais qu’il y a lieu de préciser, quel type d’armée ils veulent !

Un point de vue, auquel avait participé le député Rfd, Abderrahmane Ould Mini qui a qualifié les déclarations du président de la République sur l’armée nationale d’inacceptables, précisant que « si l’armée est corrompue, c’est Ould Abdel Aziz qui est responsable, étant donné qu’il a dirigé ce corps pendant 5 ans et que c’est là aussi un indicateur sur ce qui attend son mandat élargi à 5 autres années de mauvaise gestion et de corruption ».

Mohamed Ould Mohamed Lemine



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