Isselmou O Abdel Kader à propos du passif humanitaire : « Vous n’en savez que très peu ».

mercredi 16 décembre 2009

A l’occasion de l’Atelier de Réflexion sur le Retour des Réfugiés organisé par le Forum des Organisations des Droits Humains du 12 au 13 Décembre 2009, l’ancien Ministre, M. Isselmou O Abdel Kader a fait une sortie remarquée sur les exactions commises pendant le règne de l’ancien Président, Maouiya O Sid’Ahmed Taya qu’il a pourtant servi.

L’ancien Ministre Monsieur, Isselmou Abdel Kader, n’y est pas allé de mains mortes avec l’ancien régime de Ould Taya pour dénoncer les affres subies par les Négro- Africains lors des événements tragiques qui ont eu lieu entre 1989 et 1991.

Dans un exposé animé à l’Hôtel Khater sur « Les Perspectives et Enjeux du Retour des Réfugiés Mauritaniens au Sénégal et au Mali », l’ancien gouverneur des Willayas du Brakna, du Gorgol et du Guidimakha a dénoncé sans ménagement les différentes causes qui, selon lui, sont à l’origine des années de braises.

Come-back sur les causes des évènements.

Ces causes se résument selon, lui, en quatre catégories. La première est liée à la conjoncture des années 1980 dira t-il avant de qualifier la seconde cause en ces termes : « les débats de l’élite intellectuelle politique naissante ont squatté les salons de la clandestinité pour discuter des problèmes sensibles par rapport à la cohabitation entre différentes composantes ethniques ayant des références socioculturelles et le manque de liberté, le manque de démocratie, le manque de réflexion dans ces limites restreintes et clandestines ont engendrées des comportements, des manifestations, des réflexes, des idées qu’on peut qualifier d’extrémistes ».

Allant plus loin encore, M. Isselmou O Abdel Kader déclare « la prolifération, le développement de théories autour d’appréhensions élaborées dans l’obscurité d’un cercle fermée a fait qu’il y a eu un développement effervescent de motivation nationalitaire allant du racisme pure à des nuances moins dangereuses. Il y a eu des écoles, des plantes culturelles venimeuses qui ont poussées dans l’ombre et qui ont détruits ce que le pays a développé ».

Caractérisant la troisième cause comme la nature du régime politique de l’époque, M. Isselmou Abdel Kader rajoute : « la troisième cause demeure la nature du régime politique ». « Nous sommes partis d’un régime autocratique à des régimes militaires avec cette nuance que chaque régime qui prend le pouvoir par un putsch se fait épauler par un ou deux des groupes. Et quand on ne peut pas saisir le réel, la réalité de la société plurielle infiniment riche et infiniment diverse, on l’a régit par des lois, des stratégies et des politiques qui ne correspondent à rien du tout.

Et dans notre cas ici, la loi domaniale de 1983 a été la preuve d’une ignorance totale du régime de la nature de la terre » a continué l’ex-Wali. Parlant alors de la dernière cause il déclare : « qu’elle découle de la négligence interne de légitimité, de popularité du régime de l’époque » tout en faisant remarquer qu’à cette époque là les gouvernements étaient aux abois des deux cotés des fleuves. Et c’est la raison pour laquelle ils cherchaient manifestement un regain de popularité en créant un conflit artificiel durant lequel chacun d’eux se présentait comme étant le défenseur des siens.

Révélations fracassantes.

Selon lui, ce sont ces caprices qui ont motivés, qui ont favorisés la survenance des événements de 1989-90-91. Pour remédier aux conséquences nées des ces événements douloureux, l’Administrateur civil à la retraite indique, je cite : « pour y arriver, il faut connaître la plaie. Je vous en dis, vous qui pensez connaître ce qui s’est passé, vous ne connaissez que très peu de ce qui s’est passé ».

Et il martèle : « les plaies sont plus profondes que vous croyez. Il est très facile d’avoir l’ambition de remédier à la conséquence sur le résultat exact de ce qui s’est passé. Il y a eu des communautés déportés, leurs terres ont été distribuées à d’autres communautés soit disant revenues du Sénégal. Il y a eu des communautés Peuhles qui ont été spoliées de leurs troupeaux. Et tout le monde sait la déchéance morale d’un Peul qui a perdu son troupeau ».

Allant plus loin encore, M. Isselmou Abdel Kader témoigne : « il y a eu des fonctionnaires Mauritaniens déportés, des Mauritaniens dont on a enlevé les maisons, voitures. Il y a eu aussi et on ne parle pas, des viols à n’en plus finir. Il y a eu aussi dans la vallée des dizaines et des dizaines d’enfant qui sont nés dans les années 1990-1991 et qui sont issues de ces viols qu’on n’a pas révélé ».

Et l’ex Ministre de s’exclamer « j’étais frappé dans un village du Gorgol où j’ai trouvé une jeune fille extrêmement blanche qui avait les cheveux qui lui arrivaient jusqu’au jarret et qui mangeait du « lathiri » (en Français) couscous avec les autres enfants. Je ne l’ai pas demandé parce que tout de suite, j’ai su qu’elle est issue d’un viol. Mais quand je me suis intéressé à la question, j’ai découvert qu’il y’ avait des dizaines et des dizaines d’enfant issues des mêmes cas, mais on en a pas parlé. »

Ensuite, M Isselmou Abdel Kader fera d’autres révélations poignantes voire plus choquantes concernant les disparitions dans la vallée du fleuve Sénégal. « Il y a eu des pertes de vie humaines » assène t-il avant de s’interroger : « Où ont-ils été enterrés, personne ne sait ! ». Un lourd tribut qui ne peut pas être traité à la hâte a-t-il affirmé.

« Je connais des détails immenses, énormes dans les villages de Wending, Dabbé, Sorimalé, M’Bagne, Bababé, Fondé… en tout cas dans les villages que j’ai administré » a poursuivi l’ancien Ministre de la Santé. Ces disparitions et exécutions dans des conditions inimaginables sur le peuple mauritanien déclare Isselmou doivent être connues et châtiées puis les responsables doivent être punis sinon les erreurs se reproduiront encore.

« Aux Morts de pardonner et non aux vivants ! »

Pour le devoir de pardon, M. Isselmou Abdel Kader déclare « ce n’est pas à nous de pardonner. Aujourd’hui les gens disent qu’il faut pardonner, ce n’est pas à nous de pardonner, c’est aux victimes de pardonner et c’est même aux morts de pardonner. Les gens qui sont morts, c’est eux qui doivent pardonner, ce n’est pas les vivants ».

Comportements nobles et courageux.

Cependant, M. Isselmou Abdel Kader a évoqué le comportement qu’il qualifié d’extrêmement courageux et exemplaire de certains officiers Maures en citant le cas du Colonel, Mohamed Lemine Ould Talib à l’époque Commandant de la 7e région Militaire à Aleg. Il m’a réveillé dit-il un soir à 1h du matin tout en pleurs. « Il m’a dit : M le Wali, j’ai un problème. Mon chef est entrain de me radier du corps parce que je n’ai pas voulu assister à la torture de mes collègues Halpulars . Il y a 13 qui sont morts déjà et je ne veux pas y assister ».

Je lui ai demandé : combien tu touches par mois. Et il m’a répondu, je touche 35 000Um. Je lui dis, je touche à peu prés autant que toi. Mais je te garantis que d’ici ta mort, je te paierai ton salaire si tu me donnes tes gallons. Il me dit d’accord. Il est repartit et il a été aussitôt mis aux arrêts, puis dépravé. C’est grâce à l’intervention d’un notable qui a donné au Commandant de région 10 vaches pour enterrer le dossier qu’il est devenu aujourd’hui chef d’un bureau à l’Etat Major de l’armée nationale. Il y a aussi le cas de l’Adjudant chef Vaché qui a sauvé beaucoup de ses collègues à Nouadhibou et dans des conditions absolument difficiles.

Mais aussi déloyaux…

Se remémorant des exactions, M. Isselmou Abdel Kader fait un autre témoignage « Il y a des militaires qui avaient attaqués le village de Fondé en tuant une petite Haratine. Le lendemain, les militaires ont pris tout le troupeau de Fondé : un cheval et des vaches. Ils ont arrêtés 6 personnes dont un ancien Lieutenant de la Garde Nationale M. Sall Samba Hamath. Le jour suivant, ils ont donné le cheval au chef d’Etat Major Adjoint ensuite, ils ont partagé le butin ».

Par la suite affirme t-il « le Commandant de la Région Militaire a convoqué une réunion de sécurité. On est venu avec les préfets de Boghé et de Bababé selon son droit de décider des traitements du problème des prisonniers de Fondé. Et d’emblée, après nous avoir demandé notre avis, le Commandant de la région militaire a dit : « bon voilà, on va les exécuter ». Je lui ai dit non, mon Colonel, on n’exécute pas comme ça ».

Il a mis sa pipe dans sa tabatière avant de me traiter de Communiste ensuite il est ressorti. Après il est revenu en disant « on met fin à la discussion ». Je dis non, si tu veux tuer ces gens là, fait un procès verbal, chacun de nous va signer librement et prendre une copie. Maintenant si tu veux tuer ces gens tu peux le faire. Nous n’avons pas les pouvoirs de vous en empêcher.

Ensuite, le Commandant de la Compagnie de Gendarmerie, M. Ahmed Ould Youssouf de la Commune de Tekane qui devait être décoré par les ONG des droits de l’homme m’a aidé à envoyer ces gens en pleine nuit à Cheikh Oulb Beid pour les mettre sous mandat de dépôt enfin de les surveiller et c’était tout un plan pour éviter à ces gens innocents, la mort. »

Synthèse de Dialtabé



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