Violence contre des manifestants : Amnesty épingle la junte.

mardi 28 avril 2009

Amnesty International, célèbre organisation de défense des droits humains sur la planète, dénonce vivement des violences perpétrées par les forces de l’ordre contre les organisateurs de deux manifestations à Nouakchott et invite les autorités mauritaniennes au respect du droit à la liberté d’expression, dans un document rendu publique lundi.

Le début d’un cycle de condamnation qui pousse, en général, les autorités des pays incriminés à se radicaliser en premier temps, puis à commettre davantage de fautes.

Les autorités mauritaniennes, vont-elles éviter de tomber dans ce piège ? Ou vont-elles, comme c’est le cas du Soudan, s’obstiner sur leur voie au risque de se mettre sur le dos la communauté internationale, un machin trop lent à se mettre en ordre de marche mais qui rate rarement sa cible ?

Dans le courant du mois d’avril 2009, Amnesty International relève la répression violente de deux manifestations réunissant les partis politiques et les membres de la société civile, et celle de femmes opposés au putsch. Les organisateurs entendaient protester « de manière pacifique » contre le calendrier électoral imposé par les autorités issues du coup d’état du 6 août 2008 par lequel une junte sous la conduite du général Mohamed Ould Abdel Aziz, a renversé le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

A titre d’illustration, le document de l’ONG internationale mentionne la répression de la manifestation du 19 avril. En fait, un sit-in devant le siège des Nations Unies à Nouakchott, organisé par des femmes pour dénoncer les risques de dérive et le potentiel de chaos induit par le calendrier électoral unilatéral du pouvoir militaire, prévoyant l’organisation d’une élection présidentielle le 6 juin 2009. Parmi les manifestantes, des députés, d’anciennes ministres et des militantes des droits de l’homme.

Des femmes « frappées à coups de pieds, de matraques et de ceinturons » peut-on lire dans le document accusateur d’Amnesty International. Celui-ci rapporte notamment le témoignage de l’une des victimes de la répression, Nebghouha Mint Mohamed Vall, ancienne ministre « j’ai été frappée par les policiers. J’ai perdu mon voile et ma fille, qui a essayé de le récupérer, a elle aussi été battue ». Autre cas d’une dame victime de violence citée dans le rapport, Chicha Mint Denna, fille de Mohamed Ould Denna, président du Parti Travailliste Mauritanien (PTM), une formation de l’opposition « qui a perdu connaissance à cause de coups reçus et a du être hospitalisée ».

Toujours au chapitre de la spirale infernale manifestations- répression, le rapport d’Amnesty International revient sur les violences du jeudi 2 avril dernier en s’appuyant sur le cas de Boubacar Ould Messaoud, président de l’ONG de défense des droits humains SOS Esclaves «  agressé  » par des policiers à l’occasion de la marche du jeudi 2 avril.

Celui-ci déclare « ils m’ont frappé à coups de matraques dans le dos. Ils ont continué à me rouer de coups jusqu’à ce que je perde connaissance. Le médecin qui m’a examiné par la suite a dit que le coup que j’ai reçu à la nuque aurait pu être mortel ». Ce témoignage, qui fait froid au dos, est suivi de l’évocation de cas concernant les députés Mustapha Ould Bedredine et Kebad Ould Cheikh « reconnaissables à leur écharpe, mais frappés par les policiers ».

La grande désillusion.

Au plus fort des années de plomb, la Mauritanie sous le magistère de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, était régulièrement épinglée par les organisations de défense des droits humains. Sans revenir à la perfection, les choses ont connu une nette amélioration dans le cadre d’une transition relativement apaisée du 3 août 2005 au 19 avril 2007. La même embellie s’est poursuivie sous le régime renversé de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Cependant, depuis le coup d’état «  rectificateur  » du 6 août 2008, les relations entre le nouveau pouvoir et les ONG de défense des droits humains ont connu quelques heurts. Une méfiance légèrement corrigée par la première rencontre entre un général Mohamed Ould Abdel Aziz, sur le point « de jeter l’éponge » et les responsables du Forum National des Organisations de Défense des droits Humains (FONADH). Un épisode venu agir comme un élément décrispation.

Cependant, la réaction d’Amnesty International était parfaitement prévisible après les «  incidents  » récurrents du mois d’avril. Il faut probablement s’attendre à des rapports ultérieurs d’autres ONG, sur ces violences dans une ambiance politique intérieure de plus en plus délétère. Cela justement au moment où des manifestations contre des présumés tortionnaires reprennent hors de notre pays (notamment à Paris).

Tous ces développements sont notés après « le règlement » du passif humanitaire des années 1990, dans un cadre qui n’a pas permis de situer les responsabilités pour le devoir de justice, de vérité et de mémoire. C’est dire que les princes qui nous gouvernent doivent encore faire preuve de courage et fournir des efforts pour que notre grosse «  illusion  » sous forme d’aspiration à la démocratique, n’accouche d’une toute petit souris semblable à une nouvelle dictature «  militaire  » régulièrement épinglée par les ONG pour «  violations  » des libertés fondamentales.

Koucheka

Biladi (Mauritanie)



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