Biladi : des articles sur les "premiers effets des sanctions internationales"

L’Edito de Biladi
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Notre pays connaît depuis un certain temps les effets conjugués de la crise financière internationale et la suspension des projets financés par certains bailleurs de fonds du monde. Cette situation commence à peser lourdement sur notre économie. Au niveau du port de Nouakchott, où transite la majorité des importations, les commandes pour les mois de janvier et février ont enregistré une baisse de 20% par rapport à leur niveau des mêmes mois de l’année dernière.
Pourtant, leurs prix ont considérablement baissé, ce qui devrait encourager l’augmentation du volume des importations. Tout comme, la croissance naturelle d’un pays devrait les pousser dans le même sens. Où réside donc le problème ?
Très simplement, il réside dans le ralentissement de l’activité économique et la rareté de la liquidité. Cet état de fait ne semble pas du tout inquiéter nos gouvernants qui, en cinq mois seulement de règne, commencent à célébrer leur bilan et à chanter les perspectives du développement. Cela s’appelle la fuite en avant et ne mène nulle part.
Tous les pays s’inquiètent de cette récession qui frappe le monde, passent leur temps à réfléchir et dépensent leur argent afin de se prémunir des conséquences de cette grave situation.
En Mauritanie, depuis quelques mois, tout le monde est occupé et préoccupé par la crise politique qui secoue le pays. Personne ne parle de cette autre crise économique plus grave et aux conséquences désastreuses. Il est temps tout de même d’en parler. Au moins.
Biladi (Mauritanie)
Menace d’embargo : L’ouguiya renoue avec la dégringolade
Les premiers effets de l’embargo économique vécu par le pays depuis le coup d’état du 6 Août commencent à se faire sentir. Les plus avertis d’entre nous s’y attendaient certes, mais pas probablement avec autant de violence et de rapidité.
On savait que les transferts générés par les projets financés par la Banque Mondiale, l’union Européenne et autres Organismes arabes de développement tel que le FADES, concouraient significativement à améliorer la situation de notre balance de paiement à travers l’apport de devises à la Banque Centrale.
A elle seule, l’intervention de l’union Européenne, actuellement suspendue, se chiffre à près de cinq cent millions d’euros. C’est dire l’énorme manque à gagner pour le pays tout entier.
Les premières douleurs nées de cette situation ont été ressenties la semaine dernière au niveau du marché des devises de la Banque Centrale. Celle ci devait faire face à une demande de vente de devises chiffrée à vingt deux millions de dollars. Demande impérativement exprimée par les différents importateurs de la place.
Au moment même où la BCM ne disposait en tout et pour tout que de trois millions de dollars soit moins de 14% des besoins exprimés par ses clients à travers leurs banques respectives.
Il a fallu alors recourir à une vente aux enchères pour départager les multiples prétendants. Et finalement l’heureux élu a du débourser 295 Ouguiyas par dollar pour s’adjuger la perle rare. Ce niveau d’inflation du dollar par rapport à l’Ouguiya qui rappelle les dernières années de l’ère de Ould Taaya.
Mais surtout un séisme économique d’autant plus dramatique qu’il y a seulement quatre mois la monnaie américaine se négociait péniblement autour de 220UM/$. Mais la suspension de l’aide au développement n’explique pas à elle seule la dégringolade de la monnaie nationale, même si elle y contribue grandement.
La méfiance voire la défiance des Agences des Groupes bancaires étrangers installés récemment dans notre pays dans le sillage de l’activité pétrolière, qui, toutes quasiment, refusent aujourd’hui de vendre leurs devises alors même que cela est leur raison d’être première, est venue elle aussi assombrir le tableau.
“Il y a seulement quelques semaines ces Agences nous harcelaient pour venir faire nos transferts à travers leurs bureaux, nous assurant qu’elles disposent de lignes de crédit illimitées et à moindre coût, aujourd’hui elles se refusent de satisfaire par elles mêmes nos demandes se bornant tout au plus à déposer nos demandes auprès de la Banque Centrale en touchant au passage de substantielles commissions”, raconte amèrement un importateur.
La raison, de ce quasi-désengagement, est la méfiance suscitée par la situation de crise politique dans le pays. Aucun opérateur étranger ne veut s’encombrer de la monnaie d’un pays à l’avenir incertain au risque de se retrouver dans quelques semaines avec ses coffres pleins d’une monnaie de singe ne valant pas un clou.
Moussa Ould Abdou
Biladi

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