Boubakar Moussa, 1er vice président de l’Ufp à propos du Gouvernement d’union nationale

Le Calame : A l’UFP, vous avez été les premiers à avancer l’idée d’un gouvernement d’union nationale, en quoi cela consiste-t-il exactement ?
Bâ Boubakar Moussa : Au lendemain du 3 août, nous avons estimé que pour gérer les affaires de ce pays, il faut un gouvernement d’union nationale. Étant donné la fragilité de notre pays, les problèmes de stabilité qui se posent à lui, les questions relatives à l’unité nationale, à la gestion et à la répartition équitable des ressources, la question de l’esclavage, etc., nous estimions alors qu’il fallait associer tous les partis et toutes les personnalités représentatifs. Aujourd’hui, plus que jamais, les résultats de la présidentielle ont montré qu’il y avait un équilibre relatif entre les deux forces en présence. Vouloir, dans ces conditions, gouverner le pays en s’appuyant sur les uns contre les autres serait diviser le pays en deux blocs antagoniques. Étant donné la gravité des enjeux du moment, le salut national commande que tous ceux qui sont représentatifs sur la scène nationale soient associés à la gestion des affaires du pays.
Le Calame : Quelle est la vocation de l’UFP face à la situation ?
Bâ Boubakar Moussa : Notre vocation c’est de contribuer de toutes nos forces à assumer les enjeux majeurs que j’ai cités. N’oubliez pas que nous avons proposé une plateforme que les deux candidats en lice pour le second tour ont acceptée. Ce Gouvernement d’union nationale devrait donc s’entendre sur une plateforme minimale en ayant en vue ces enjeux majeurs et en s’inspirant de la plateforme précitée.
Le Calame : En quoi consiste le travail d’un gouvernement où tout le monde est représenté ? Cela voudra-t-il dire qu’il n’y a aura plus d’opposition ?
Bâ Boubakar Moussa : Vous savez, opposition et majorité d’une part, ou Gouvernement d’union nationale, d’autre part, le choix se fonde sur la spécificité des situations historiques dans lesquelles se trouvent les différents pays. Dans tous les pays connaissant une situation conflictuelle ou menacés de fragilité, la sagesse dicte, généralement, des solutions consensuelles. Pour nous, le Gouvernement d’union nationale est la réponse convenable à la situation historique du moment. Après avoir défini ensemble les règles du jeu démocratique et conçu de commun accord les institutions à mettre en place, dans une seconde phase il sera possible d’organiser une compétition ouverte. La phase qui s’ouvre devra s’employer à définir les règles de la compétition démocratique, concevoir et mettre en place les institutions idoines. Vous savez pour organiser un match de football mettant aux prises deux équipes, il faut s’accorder sur le terrain, le bâtir, s’accorder sur les règles du jeu, définir les règles de l’arbitrage et ensuite seulement commencer le match. Avant d’avoir créé de telles conditions, il n’y a pas de match possible.
Le Calame : Est-ce que vous avez été déjà contactés dans ce cadre ?
Bâ Boubakar Moussa : Franchement, en ce qui nous concerne, nous n’avons ni été contactés, ni pris une quelconque initiative. Nous avons été les moins chanceux, l’éthique dicte que le premier pas soit engagé par ceux qui l’ont emporté. C’est également ce qui est honorable et respectable du point de vue de notre culture et de nos traditions. Bref, pour le moment, ceux qui ont gagné n’ont entrepris aucune démarche en notre direction.
Le Calame : Et qu’a fait l’ancienne coalition à son niveau ?
Bâ Boubakar Moussa : Vous avez bien dit l’ancienne coalition… Eh bien, elle a pris fin ! La CFCD répondait, en effet, à une situation historique déterminée. Elle devait déployer le maximum d’efforts pour que le CMJD respecte ses engagements. Elle y est parvenue et c’est un succès remarquable à son actif. Deuxièmement, la coalition devait s’organiser et se déployer pour remporter la Présidentielle. Nous n’avons pas été chanceux pour atteindre cet objectif. Aujourd’hui, une situation nouvelle s’ouvre. Elle exige une nouvelle plateforme et de nouveaux regroupements. Nous sommes en train de nous concerter entre les parties prenantes principales de cette ancienne coalition pour voir comment élaborer ensemble une plateforme devant guider notre comportement politique pour la période nouvelle qui s’ouvre.
Le Calame : Quel rôle pensez-vous pouvoir jouer dans un tel gouvernement s’il arrive que vous y entrez ?
Bâ Boubakar Moussa : L’UFP a la chance d’être dirigée par l’un des hommes politiques les plus avisés et les plus pertinents de la sous région. Lors de la dernière décennie, à maintes reprises, il a fait la preuve de ses capacités à trouver les compromis dynamiques pour assurer le consensus. Je suis sûr et certains, étant donné les extrêmes qui existent dans le pays, qu’il est l’un des hommes les plus capables et les mieux indiqués pour rechercher et trouver les solutions qui répondent aux enjeux majeurs de ce pays. Sous la direction de Mohamed Ould Maouloud, l’UFP pourrait apporter une contribution digne de respect à la direction de la gestion des affaires du pays.
Le Calame : Que feriez-vous si vous étiez à la place du président élu ?
Bâ Boubakar Moussa : (rires) Si nous étions à sa place, nous aurions pris fermement en main la plateforme que nous lui avions soumise et qu’il avait acceptée, pour la mettre en œuvre en y associant tous les Mauritaniens sans exclusive.
Propos recueillis par Ahmed Ould Cheikh
