Après deux mois d’indigestion : Le Haut conseil d’Etat tente de s’offrir l’Ua comme plat de résistance.

vendredi 3 octobre 2008

Deux mois après les événements du 06 août communément appelés ‘mouvement rectificatif’ par les putschistes, la situation politique mauritanienne reste toujours dans le flou, plongeant les Mauritaniens dans l’expectative. Cette situation est plus que jamais incertaine car personne ne sait de quoi demain sera fait.

Les militaires, ayant pris le pouvoir au lendemain du putsch, avaient affirmé qu’ils voulaient remettre ‘le processus démocratique sur de bons rails’, mais se sont vite heurtés à un ultimatum de la communauté internationale, freinant toutes leurs ardeurs.

S’exposant à des sanctions militaires et civiles, le régime putschiste dirigé par un général Abdel Aziz, obnubilé par la récente attaque terroriste qui s’est soldée par la perte de 11 soldats mauritaniens, est obligé de se plier aux exigences de l’Ua qui demande entres autres, le rétablissement de l’ex-Président déchu dans ses fonctions et dans les plus brefs délais. De quoi refroidir les ardeurs de ceux qui considéraient que l’Ua changerait tôt ou tard sa position.

C’est le 06 octobre 2008, jour de l’expiration de l’ultimatum, que se jouera à Bruxelles, l’avenir politique de la junte militaire. Dans ces négociations avec l’Ua, les putschistes doivent avoir toutes leurs cartes en main, pour ne pas se retrouver au banc des accusés de la communauté internationale.

Ce processus prévu dans le cadre des accords Ue-Acp est enclenché à chaque fois qu’un Etat est supposé avoir pris certaines libertés avec les règles de la démocratie. Et le moins qu’on peut dire est que la Mauritanie se trouve bel et bien dans ce cas de figure. De ces négociations dépendra donc l’attitude de l’Ue, si on sait que celle-ci restera tributaire de la position de l’Ua.

D’où l’erreur d’appréciation de certains partisans de la junte qui estiment, à tort ou à raison, que des sanctions émanant de l’Ua, ‘une organisation confrontée à ses propres problèmes’, n’auraient pas d’impact sur la Mauritanie. Mais ils oublient que toutes les organisations internationales, y compris la Ligue arabe, avaient mandaté l’Ua pour le dossier mauritanien.

Donc, l’Ua peut saisir le conseil de sécurité des Nations Unies pour d’éventuelles sanctions. C’est donc dire que la junte et ses partisans doivent changer de fusil d’épaule et cesser de snober la communauté internationale. La junte doit faire preuve de bonne foi et montrer sa disponibilité à négocier et à entreprendre des gestes d’indulgence.

Actuellement, on ne peut pas dire que la junte est sur cette voie, car 24 heures après l’ultimatum, la police avait conduit manu militari l’ex-Première Dame au Sénat pour une prétendue audition sur sa fondation. Les militaires auraient donc choisi l’escalade puisque pour certains observateurs, cet acte ne serait destiné qu’à accentuer la pression sur Sidi Ould Abdallahi pour l’amener à renoncer à sa fonction, le meilleur moyen de couper l’herbe sous le pied de ceux qui réclament son retour.

Scénario que ne semble pas envisager ce dernier car quelques heures auparavant, un communiqué signé de son porte-parole, paru dans certains sites d’information, mentionne que Sidi Ould Abdallahi restera toujours attaché à la légalité constitutionnelle et qu’il est déterminé à mener à terme son programme dès que la situation politique reviendra à la normale.

Comme on le voit, la guerre des mots se poursuit et pendant ce temps, c’est la morosité à l’intérieur du pays. Cette situation calamiteuse pèse lourdement sur le fonctionnement de l’Administration, car depuis la formation du gouvernement, les Secrétaires généraux et autres Directeurs restent suspendus à la délibération de chaque conseil des ministres, ne sachant pas si les nouvelles autorités les maintiendront à leur poste la semaine suivante.

Comble du paradoxe, l’attitude des militaires en place commence à agacer certains de leurs partisans, tandis que pour les irréductibles, le Hce est resté cohérent dans sa démarche.

Mame Seydou DIOP Correspondant permanent à Nouakchott

Walf Fadjri (Sénégal)



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