Quel bilan de la campagne du référendum putschiste?

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Ces 2 semaines de campagne de « referendum » menée tambour battant par le Président de la République sont entièrement et fidèlement résumées par le show du méga meeting de Nouakchott comme l’entonnent avec fierté les partisans du régime. Jamais le pluralisme démocratique, l’Etat de droit, le respect de la légalité et tutti quanti n’ont subi un sort aussi lamentable que celui auquel ils furent soumis à si grande échelle et avec une telle impudence.
Le recours putschiste à l’art 38 pour amender la constitution devait compenser l’humiliation que les sénateurs avaient infligée au Chef de l’ État. Des lors, la seule obsession du Palais ocre est  » non bis in idem. ». Pas question d’une seconde giffle, qui serait forcément fatale celle là, si elle était administrée directement par le peuple. Tout donc devait être fait pour faire oublier le  » non » sénatorial et même pour se venger d’eux en les humiliant à leur tour tout en assomant L’opposition.
Des milliards d’ouguiyas ont été engloutis à fonds perdus et sans doute recyclés dans d’autres circuits pour cette entreprise revancharde. Rien n’exprime cela mieux que ces centaines de tentes de toutes tailles, formes, couleurs et origines, plantées partout à Nouakchott, y compris dans des lieux improbables comme des hopitaux ( avec de puissants projecteurs et de plus puissants haut-parleurs encore), désespérément vides la plupart du temps ; des affiches monstrueuses de O. Abdel Aziz, par leur taille et leurs naïves et agressives couleurs vives, complétant le tableau depeint par des chansons plaintives à l’honneur du Maître du pays à longueur de journée.; la servilité de toute l’administration publique, locale autant que centrale, ouvertement dédiée à la réalisation du projet de putsch référendaire est fêtée comme hautement patriotique: l’hôpital national « vote Oui », rien que pour rendre encore plus ridicules, les élucubrations de la CENI sur la « neutralité » et l’ égalité de traitement des acteurs politiques. Les banques aussi, à l’image de toutes les entreprises privées proclament, toute honte bue, leur allégeance et hurlent dans d’énormes affiches, leur adhésion au Oui. Jamais dans l’histoire du pays, un chef de l’Etat n’aura été plus explicite dans sa volonté d’humilier et de piétiner les gens, en particulier les agents de la fonction publique, en imposant aux chefs de service, de division, gouverneurs, ministres etc de les traiter et faire traiter comme d’un simple cheptel à amener à l’abattoir électoral, et avant cela, aux sorties préparatoires du Chef. Des pratiques qui avaient quasi totalement disparues du paysage politique sont réhabilitées: récupérer les cartes d’identité des gens pour un usage facilement imaginables. Des pères de familles sont réquisitionnés pour le jour J comme le furent les malheureux fonctionnaires mercenarisés lors du fameux Méga meeting. L’opposition est vilipendée à longueur de journée et le promoteur des amendements iconoclastes porté aux nues par la télévision et la radio d’ État dont les commentateurs sont réduits au rôle de ses esclaves de case. Même à l’époque du parti unique la presse publique n’avait osé tomber aussi bas dans la culture de la haine à l’égard des forces de l’opposition. La grande nouveauté est précisément dans cette volonté de distiller la haine et le mépris à l’égard de l’opposition qui a été la ligne directrice de la campagne. Cela a entraîné une politique délibérée du pouvoir pour expulser cette opposition de l’espace publique. Ce fut le cas dans la presse publique au nom de la doctrine liberticide de la Hapa -avec la manifeste complicité de la CENI- de ne permettre les antennes qu’aux seuls « participants » au referendum putschiste; ce fut le cas aussi pour toutes les autres formes d’expression democratiques: interdictions quasi systématiques des manifestations de l’opposition ( meetings, sit-in et marches ) avec très souvent une répression d’une violence parfois inimaginable, surtout à l’approche de l’échéance fatidique. Le sommet dans la violation des règles de l’Etat de droit fut cependant atteint avec le traitement spécial par le régime, des sénateurs. Voués aux gémonies d’abord pour leur refus du referendum putschiste, ils vont être dans le collimateur lorsqu’ils oseront mettre en oeuvre les ressources de leurs prérogatives de contrôle par interpellation des ministres et aussi par la création de commissions d’enquête, sur la question la plus sensible qui soit pour le régime : sa gestion opaque des deniers publics. Dans leur visée, directement, le Chef de l’Etat lui même et sa parentèle, comme dans n’importe quelle république bananière. La cas du sénateur Ould Gadha et les tentatives de déstabilisation auxquelles il va faire l’objet témoigneront clairement des intentions du pouvoir à leur égard. Non seulement son immunité parlementaire mais aussi sa vie privée seront saccagées afin de ternir l’image même de l’institution à laquelle il appartient et afin de pouvoir enfin justifier cette volonté acharnée de la piétiner avant de lui arracher le coeur et le supprimer en definitive dans la honte. Le Sénat encore en exercice sera donc purement et simplement traitée comme une chambre de soudars et de satrapes que le Chef de l’exécutif ne ratera jamais l’occasion de stigmatiser et vilipender.
Au bout du compte , le résultat général apparaît doublement calamiteux pour le pouvoir et pour le pays.
Pour le pouvoir l’objectif de rendre invisible les positions de L’opposition en imposant sa propre vision à échoué. Le referendum a pu lui permettre de remobiliser ses troupes en déshérence dans la perspective oû il s’achemine vers la fin ultime de son ultime mandat. Mais cette remobilisation est superficielle et est largement contrebalancée par le sentiment de panique que son agitation a suscité au fur et à mesure qu’apparaissait la désaffection de l’opinion pour cette étrange campagne dont ses partisans eux mêmes ne comprennent pas vraiment sa raison d’être et ses enjeux. En tout cas, au bout du compte, plus que jamais, toute tentative de remettre en selle le fameux 3 ème mandat apparaît clairement hors de propos et hors de question dans l’opinion, même dans son propre camp. Malgré l’incroyable déploiement des moyens, l’objectif à foiré. Cela a consacré le recul sans précédent des quelques rares avancées démocratiques et en a encore plus restreint la façade.
L’opposition pour sa part s’est considérablement renforcée avec l’apport de nouvelles forces venues gonfler ses rangs ( création du G8). Au lieu de diviser l’opposition, le referendum l’a unie contrairement aux espérances du régime. De plus, malgré l’énorme disproportion des forces, l’opposition élargie a mené une bataille continue et a pu imprimer sa marque à cette campagne. Tout en restant fidèle à la légalité républicaine, elle a refusé de céder aux caprices du pouvoir et à sa violence, dénoncée aussi bien par l’opinion publique nationale qu’internarionale. La hargne redoublee de M. Ould Abdel Aziz contre l’opposition démocratique n’a pas d’autres explications que ce bilan hasardeux pour lui et, d’ores et déjà de crainte de perdre à l’approche de 2019, de perdre toute initiative effective. Et ce, quels que soient les résultats connus d’avance de ce « referendum »……

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