La question des langues mérite des débats sereins et objectifs

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Controverses et polémiques battent leur plein, notamment sur les réseaux sociaux, à propos de l’une des questions les plus dangereuses pour l’unité et l’harmonie du pays: la question linguistique. Celle-ci est la forme d’expression symbolique et effective des rapports de pouvoir ( c’est à dire des rapports avec l’Etat) entre les communautés nationales et est devenue l’un des principaux enjeux de pouvoir au sein des élites du pays. Ce qui frappe de plus en plus c’est la brutalité, la violence des propos tenus pour exprimer les opinions à ce propos et la volonté délibérée, non de trouver des compromis et des solutions acceptables qui privilégient les intérêts communs dans la compréhension mutuelle, mais au contraire d’écraser ou de brider le point de vue de l’autre. Tout cela suinte le sectarisme haineux et le mépris vis à vis de l’autre. Les nationalismes vulgaires les plus bornés sortent et aiguisent les griffes et poussent à creuser mentalement des tranchées et à faire face à « l’autre », prêts à en découdre avec lui. C’est la guerre froide.
Les récentes sorties sur Facebook du Professeur Ely Ould Ely Bakar Sneiba le montrent clairement. Comment peut-on en venir à refuser au nom de l' »arabité » jusques et y compris la traduction de cette langue pour les non locuteurs de autres ethnies? Comment dire, sans état d’âme, que  » tous ceux qui imposent la traduction dans la vie nationale mauritanienne sont en toute logique des partisans de « la théorie de l’exception muritanienne » et propagandistes de la non « exclusivité arabe » de la Mauritanie. ». Comment affirmer tranquillement que  » La Mauritanie est un pays arabe, le Sénégal un pays Wolof et le Mali un pays bambara »? Est-ce dans un Manifeste Olof ou bambara Ultra sectaires qu’il l’ a lu? Est ce que les peuples sénégalais et malien ne cherchent pas précisément à échapper aux velléités de ces courants idéologiques extrêmistes qui cherchent à diviser les coeurs et les esprits par des considérations aussi étroites et absconses?
La place égale des langues des communautés existantes dans l’enseignement et dans l’administration publique et privée est le principal enjeu des revendications nationalistes légitimes. Elle renvoie à la question de l’Etat, son identité unique ou multiple, son ouverture comme « bien commun » ou comme propriété individuelle d’une seule des communautés existantes. Il est frappant de constater que le plurilinguisme est officiel en Mauritanie. C’est la constitution qui reconnaît les 4 langues nationales du pays. Même si seule l’arabe est encore langue officielle. Les courants nationalistes arabes traditionnels (bathisme et nasserisme) ont admis ce plurilinguisme depuis des décennies. Ils ne refusaient même pas le principe de l’officialisation constitutionnelle éventuelle de ces langues. Mais le néo nationalisme arabe en cours se fait plus radical, plus borné, plus sectaire et veut remettre en cause cet acquis démocratique minimal. Peu importe que l’exemple du Wolof au Sénégal ou du bambara au Mali, comme langues « dominantes » découle non d’une volonté politique traduite en droit par l’Etat mais d’un mouvement social spontané qu’impose la réalité de toute langue majoritaire, dans la mesure où ce statut précisément, s’impose de lui même, sans aucune contrainte étatique. Comment peut-on ignorer qu’au Maroc comme en Algérie frères, des réformes constitutionnelles ont élevé ces dernières années, les langues berbères au rang de langues officielles ( et non pas seulement des langues « nationales » comme en Mauritanie actuelle) en même temps que l’arabe classique?
Dans tous les cas, l’unité de la Mauritanie et la coexistence harmonieuse de toutes ses composantes nationales et sociales requièrent plus de retenue dans l’expression, plus de tolérance et de compréhension réciproques et plus de profondeur dans la réflexion sur une question qui compte parmi les plus complexes à résoudre pour tous les États du monde qui sont confrontés à l’édification d’une démocratie pluraliste représentative de tous et porté vers le progrès.

Lo Gourmo

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