Yaya Jammeh: le sens d’un exil »

0
162

Yaya Jammeh s’en est donc allé, emportant avec lui ses frasques de dictateur africain et son butin d’une guerre menée contre son peuple 22 ans durant. Dérouté par une défaite qu’il ne pouvait voir venir par les urnes- (et qu’il n’avait pas préparées à parler d’avance en sa faveur) , il a tenté de se maintenir au pouvoir, armé de son courage de félon et sûr de ses alliés de toujours: l’apparent fatalisme des masses et la lâcheté coutumière de l’opinion de ses pairs, accrochés pour la plupart, à la rampe d’une real politik à 2 sous. Deuxième erreur d’un tyran à l’esprit obtus: la non appréhension des changements en profondeur des opinions publiques africaines, désormais travaillées par une « société civile » qui pèse et qui compte et qui met sous surveillance,des leaders politques désormais sommés de rendre compte, même de leur lâcheté.
Ceux qui mettent au compte d’un petit hégémonisme sénégalais, l’activisme guerrier ( nouveau) de la cdeao, n’ont pas compris grand chose à la germination de cette nouvelle réalité historique africaine. La démocratie pluraliste est mûre sur la continent, spécialement dans notre sous region, du fait de changements fondamentaux intervenus dans la structure économique et sociale de la quasi totalité de nos Etats. C’ est un processus qui fut lent et qui est encore douloureux mais absolument irréversible. Les « opinions publiques » sont celles des classes moyennes et moyennes superieures. Elles ont proliferé et sont maîtresses des villes oû vivent désormais la grande majorité des africains. Elles sont jeunes et fougueuses et, contrairement à leurs aînées, se rient des traditions de soumission et de respectabilité déifiante à l’égard des gouvernants, spécialement des despotes. Elles sont éduquées et ne se laissent pas raconter tout et n’importe quoi. Et elles exigent que tout ce qui existe prouve la nécessité et la justification de son existence. Elles veulent le respect, l’égalité, le droit positif et la participation dans la gestion de leur sort. Bref elles veulent la démocratie moderne et l’ordre public rationnel pour rejoindre la cohorte d’un univers de progrés dont elles ont toujours été exclues.
Les dirigeants africains se divisent désormais en 2 grandes catégories: ceux qui ont compris ce nouveau monde qui a déja germé et tentent de le suivre et ceux qui n’y ont pas compris grand chose et s’accrochent à leurs rêves passés. Le rapport des forces s’est inversé en faveur des premiers malgré les errements toujours possibles des uns et des autres, en telle ou telle occasions. C’est celà qu’exprime l’interventionnisme démocratisant de la cdeao.
Quoi que puisse être leur sort individuel, il est certain que la marche de l’histoire a bien pour tous, une même direction d’ensemble: le renforcement de la démocratie pluraliste pour canaliser les aspirations de l’immense majorité des populations, spécialement les jeunes et les femmes. Ou le chaos d’un nouveau moyen-âge africain que symbolisent les quelques Yaya Jammeh sortis tout droit de l’ancien monde qui n’est pas encore mort mais dont la mort clinique est certaine.

Goumo Abdoul LO, 1er vice-président de l’UFP

Laissez une réponse

Please enter your comment!
Please enter your name here