Nouvelles d’ailleurs : Que Dieu nous pardonne…

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Le Calame – Voici une chronique, la mienne, qui, en temps normal, en temps de paix des cœurs, d’intelligence et de savoir, de justice, n’aurait pas dû être écrite. N’aurait eu aucun motif.

Et j’aurais été heureuse de ne pas avoir à l’écrire car cela aurait signifié que la raison, la tolérance, la connaissance, la justice auraient eu toute la place qui leur revient ; que nous serions dans un pays apaisé, un pays qui se serait souvenu qu’il fut des temps où nous avons été célèbres pour notre Islam humaniste, notre Islam de tolérance, notre Islam qui ne se vivait pas dans une opulence mais dans la dureté d’une vie quotidienne âpre et qui avait fait de notre Foi un modèle que nos oulémas enseignaient partout dans le monde musulman.

Mais voilà… De ces passés, pourtant si proches, nous n’avons rien gardé. De cet Islam ouest Africain, Islam soufi, nous avons tout oublié, devenus aveugles et repliés sur une vision de notre religion si étriquée, si rigide, si idéologisée que nous en sommes arrivés à perdre le sens du Message. Et le sens de Dieu et de ce qu’il nous a transmis dans le Coran.

Au moment où vous lirez ces lignes, Ould Mkhaytir jouera sa vie devant la Cour Suprême.

Quasiment seul et abandonné par tous, dans un pays où la populace a hurlé à la mort, a menacé ceux qui osaient défendre le jeune homme, où une partie des Oulémas a enflammé les mosquées, mis le feu à la rue, interpellé le Président, menacé de mort celles et ceux qui tentaient de garder la raison et de raisonner en termes humains et précis.

Il est seul, défendu par des avocats qui, aujourd’hui, dans notre pays, sont les citoyens les plus courageux. Car en défendant cet homme, ils se sont attirés insultes et menaces. Et quand on connaît le poids et l’influence de certaines franges des oulémas chez nous, on ne peut qu’admirer le courage de ces avocats là. Eux mêmes risquent leur vie. Il suffira, dans notre pays, où tout tourne à l’envers, d’un illuminé chauffé à blanc par des prêcheurs pour que tout dérape.

Les dernières gesticulations contre Mkhaytir viennent d’un regroupement d’Oulémas qui vont tellement loin dans leurs arguties, et en mon nom, que je suis en droit, moi simple citoyenne musulmane, de leur demander s’ils ont jamais lu le Coran ou, s’ils l’ont lu, qu’est ce qu’ils en ont compris….

Je ne suis pas savante. Je suis une simple femme, musulmane, profondément croyante.

Mais je sais une chose : leur Islam ( celui de tous ceux qui réclament le sang, encore le sang, toujours le sang) n’est pas le mien. Et il ne sera jamais le mien.

J’ai relu attentivement le Coran afin de chercher dans le Livre Saint la moindre référence à un quelconque châtiment contre l’apostat. Je n’ai point trouvé de châtiments hormis celui que Dieu se réserve, dans l’au delà. Il n’est nulle part fait mention de la peine de mort à appliquer à celui qui aurait apostasié. Nulle part.

Par contre j’ai retrouvé cette phrase lumineuse : «En religion point de contrainte »… Je ne l’ai pas inventée.

Ma seule référence est le Coran. Seul lui est. Seul lui. Tout le reste n’est qu’interprétation humaine et manipulations graduées selon le temps et l’époque de ceux qui l’interprétèrent.

Comme nous tous, j’ai vécu et été élevée dans un Islam dont chacun prétend être le meilleur dépositaire, ramenant ainsi le Message à une argutie justifiant « je suis le meilleur des musulmans ». On m’a appris à haïr les Chiites. Les Chiites prétendent être les vrais musulmans. Les hanbalites disent autre chose. Les Ismaéliens disent encore autre chose.

Et les Zeydistes encore une autre chose, le soufisme lui même n’a pas échappé aux clivages, se scindant entre Tijaniyya et Qadiriya, onze grains ou douze grains, etc, etc…Il m’a fallu arriver à l’âge de l’adolescence pour me rendre compte que ma religion était profondément divisée, que nous nous haïssions allègrement entre nous. Que nos rapports étaient ceux de la haine et du sang, de la rancune, des interprétations diverses et variées.

Que chacun s’était approprié le Message jusqu’à l’oublier parfois pour ne plus que se complaire dans les hadiths faibles au lieu des Hadiths avérés.

Aujourd’hui j’ai honte. Encore plus honte que d’habitude. J’ai honte quand je vois l’hystérie collective, quand je vois les principes de notre religion être foulés aux pieds, captés par des ignorants, des sectaires, des illuminés arc boutés sur leur extrémisme et qui osent, qui OSENT émettre une fatwa qui dit, je la cite : « Nous, forum des ulémas et des imams pour le soutien au prophète, émettons notre fatwa en rapport à l’apostasie d’insulte à l’envoyé d’Allah paix et salut sur lui, (crime) dont s’est rendu coupable Ould Mkhaitir avec son hérésie, en rappelant que la peine légale dans son cas est la mort sans aucune acceptation de son repentir s’il se repent.

« … Même s’il se repent…( et qui, au passage, en vertueux Gardiens du Temple, ont oublié qu’en 15 siècles d’Islam, seuls 3 hommes furent condamnés et exécutés pour apostasie alors que des exemples d’apostasie ont pullulé, même au temps de notre Prophète, SAWS, et qu’Il n’a fait exécuter personne pour ceci)

Phrase terrible. Terrible.

Notre corpus de loi stipule pourtant que, article 306 du Code Pénal, « Tout musulman, homme ou femme, s’étant rendu coupable publiquement d’apostasie ou d’acte qui lui est assimilable ou a nié un segment de l’Islam unanimement connu, ou a médit envers Allah, ses anges, ses livres et ses messagers doit être invité à se repentir ; s’il ne se repentit pas, il est condamné à mort et ses biens reviennent au trésor des musulmans.

S’il se repentit avant l’application du jugement rendu contre lui, son affaire est transférée à la cour suprême par le parquet. Celle-ci doit s’assurer de la sincérité du repentir. Auquel cas, elle doit décider d’annuler la sanction retenue contre lui et lui restituer ses biens conformément aux articles (de 293 à 306). Dans tous les cas où on annule la peine retenue contre le soupçonné d’apostasie, on peut lui appliquer les sanctions correctionnelles stipulées à l’alinéa un de cet article. »…

Cet article existe bel et bien. Il n’a pas été appliqué, notre Justice préférant surfer sur le populisme de la rue, le populisme des sectaires de tout bord. Notre Justice a préféré la honte à la justice et a laissé Ould Mkhaytir en prison alors qu’il s’était repenti, repentir accepté par le Procureur…

Mais, pour aller encore plus loin dans la honte, notre justice n’a pas reconnu le repentir.

Notre Justice et nos Oulémas se sont donc pris pour Dieu, décidant de ce qu’il y a dans le cœur du jeune condamné.

Non, ils ont été plus loin que cela. Ils ont été plus loin que Dieu. Ce qui est une abomination et, dans ce cas, une apostasie… Ils ont décidé, tous ces bien pensants défenseurs de notre religion, que cell -ci est imparfaite puisque qu’ils ont ajouté au Coran, au Livre Saint, des choses qui n’y étaient pas, à savoir des châtiments pour les apostats….

J’ai honte de cette Mauritanie là, celle qui défait, celle qui se défait, qui se délite, abreuvée par les millions des petrodollars wahhabites et acceptant de se renier.

J’ai honte car nous avons oublié l’Amour que Dieu a pour nous, l’amour que nous lui devons, la tolérance, l’ouverture aux autres, l’acceptation, l’intelligence, l’obligation du Savoir.

J’ai honte car nous prétendons défendre notre Prophète Mohamed ( SAWS), Lui qui fut Lumière, Bonté, Amour. Nous nous prétendons même meilleurs que Lui puisque nous faisons du mal quand Lui pardonnait.

Nous sommes devenus tellement ignorants, nous contentant d’ânonner nos prières sans plus en entendre le sens, que nous en avons oublié la compassion et la bonté. L’altruisme. La morale.

Et le Coran. Et Dieu. Et Mohamed (SAWS).

Alors Mardi il y aura les éternels excités devant la Cour Suprême qui réclameront au nom de Dieu le sang d’Ould Mkhaytir. Ils auront la mine pieuse des Inquisiteurs. Ils jouiront de la vision d’un Mkhaytir mort, exécuté. Ils crieront « Allahou Akbar ».

Et ils auront oublié Dieu.

J’ai honte de nos « droits de l’hommistes » officiels qui ont demandé la tête de Mkhaytir.

J’ai honte de l’image que notre pays véhicule dans le monde : celui d’un pays raciste, corrompu, fortement inégalitaire, extrémiste, intolérant, ignorant,…

On se fait à cette honte là. On se fait à tout. Mais pas au déni humain. Pas aux mensonges, pas à l’ignorance, pas à la bêtise.

Il y a dans ce pays des femmes et des hommes qui sont contre ce qui arrive à Mkhaytir. Mais la peur règne. Seule la peur a pignon sur rue aujourd’hui. Et ils ne diront rien, ne s’indigneront pas publiquement, abandonnant ainsi la place aux fanatiques ignares. A eux, ceux qui s’indignent dans les secrets de leurs salons, de dealer avec leurs consciences… leur silence permet tout. Leur silence a la couleur de la mort…et du reniement du Message.

Nous avons perdu l’humilité et le savoir. Nous nous sommes vendus à l’ignorance et à la vanité. Orgueil, orgueil, orgueil…Que Dieu nous Pardonne.. Que Dieu nous Pardonne….

PS : Lettre à celui qui réclame la mort d’Ould Mkhaytir : A quoi cela sert il de te prosterner 5 fois par jour, d’arborer une figure pieuse, de penser que tu es un homme bon si tu n’entends pas l’Amour dans ton coeur, si tu n’entends pas Dieu dans tout ce qui t’entoure?

A quoi cela sert-il d’avoir la Foi si celle ci s’accommode du sang et de l’invective? A quoi cela sert-il d’aller à la mosquée, d’invoquer Dieu, si tu n’entends pas, si tu ne L’entends pas? A quoi cela sert-il si tu te penses plus grand que Dieu, plus « juste » que notre Prophète Mohamed ( SAWS) en accomplissant et agissant en mal là où Il a fait preuve de tolérance, de compréhension, d’ouverture, de pardon, si tu vas au delà de ce que Dieu a apporté?

A quoi cela sert il de te dire humble si ton humilité ne réside que dans ton arrogance?

A quoi cela sert-il de dire que tu aimes Dieu et ses Prophètes si, à cet Amour, tu donnes une couleur de mort et de sang? Si tu utilises les mosquées comme tribune à tes instincts meurtriers et à ton intolérance, salissant ainsi le lieu où nous ne devrions n’être qu’humanité en prières et non en insultes, en attaques, en lynchages?

A quoi sert-il d’être pieux et soumis à Dieu si tu te permets de rajouter ce qui te plait au Message, trouvant apparemment, selon toi, que le Coran n’est pas complet et ajoutant des peines qui n’y sont pas transcrites?

A quoi cela te sert-il de marmonner des prières dont tu as ôté tout sens, tout Amour, tout l’Amour que Dieu a pour nous, de réciter une suite de mots que tu as vidés de leur sens?

A quoi cela te sert-il, dis-moi, à toi qui as oublié Dieu, tout occupé à te regarder le nombril et à penser ta vérité comme seule et acceptable?

Salut

Mariem Mint DERWICH, Le Calame

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