Le terrorisme journalistique existe…

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Le journal Le Monde n’est pas n’importe quel journal. Connu pour sa froide distance vis-à-vis des faits qui y sont rapportés, il était devenu presque un modèle du genre, en matière d' »objectivité » dans l’analyse et de retenue dans la façon de présenter les choses et les événements. Mais quel contraste avec le spectacle lamentable que nous offrent de plus en plus certains articles qui y sont publiés ! Le scandale Lamine Diack, dans sa nouvelle dimension médiatique, qui vise l’ ancien Président de la Fédération internationale d’Athlétisme, au delà de son caractère sénégalo-sénégalais, nous interpelle à plus d’un titre et rend compte des mutations qui affectent une partie de la presse et touche  » le Monde » de plein fouet.
Avec un aplomb impressionnant, deux journalistes de haute volée de ce journal ont, en effet, purement et simplement MENTI en inventant des déclarations particulièrement graves de M.Diack, accusant l’ancienne opposition aujourd’hui au pouvoir dans ce pays frère, d’avoir bénéficié des largesses des russes pour se voir blanchir par M.Diack, les performances des athlètes russes obtenues par dopage massif. Ces « aveux « il les aurait faits devant un juge français, et pas des moindres, Van Rumbeck en personne. Le tremblement de terre de ces soi-disant révélations (en forme d’aveux montés de toutes pièces par ces journalistes de renom) ébranle la démocratie sénégalaise et écorne personnellement le Président Macky Sall. Ce ne furent pas des « erreurs » mais une opération de pur brigandage qui n’aura été « rectifiée » par les journalistes, qu’après réaction des principales victimes de ce montage monstrueux.
Il y a peu, ce sont deux journalistes non moins réputés qui furent pris la main dans le sac en tentant d’extorquer des fonds, ni plus ni moins, au Roi du Maroc.
En réalité, au delà de la diffamation classique qui accompagne comme son ombre toute volonté de déconsidération délibérée d’autrui, il y a lieu de s’interroger sur un nouveau modèle de journalisme high tech et « post démocratique » consistant à ne considérer comme « efficaces » que les faits scénarisés, reconstruits, d’une réalité augmentée, pour la rendre plus attrayante et donc plus acceptable à l’aune de la surenchère événementielle. Seul le spectaculaire, l’inouï, l’innommable, seraient donc pour ce nouveau journalisme, à la hauteur des attentes passionnées d’un public devenu celui des arènes de gladiateurs, assoiffé de morts, de destructions et autres catastrophes de toutes natures. Voila le monde de Daich, qui scénarise ses décapitations et ses mises â mort inouïes de haine et de violence. Ils le font parce qu’ils savent que ça porte. Et pire, ça séduit une partie d’une opinion de plus en plus large, désormais accro aux dérives de la culture de la réalité augmentée, parce-que scénarisée. Ce néo-terrorisme qui utilise la mort comme un jeu électronique, un jeu vidéo où le réel et le décorum se confondent comme dans les téléréalités, est de même engeance que ce journalisme qui ne sait plus tracer de ligne de partage entre le vrai et le faux, entre l’existant et l’artificiel, entre la vérité et le mensonge.
Aujourd’hui, ce qui est donc en cause, dans l’affirmation de ces pratiques, c est ni plus ni moins que la sûreté de chacun qui qu’il soit et de son droit à être traité en respect de la vérité. C’est la démocratie qui est en cause et l’impératif de distinguer le vrai du faux, le réel du non vrai. C est le sort de chacun qui est en cause dans sa dignité humaine ainsi que l’avenir même de la démocratie par la presse libre et respectueuse de ses valeurs fondamentales.

Gourmo Abdoul Lô

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