Exclusif: Me Diabira Maroufa, président en exercice du Fndu: « Aziz tente aujourd’hui par le biais de cette mise en scène mal jouée de donner l’impression qu’un dialogue sérieux et inclusif a été organisé »

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Exclusif: Me Diabira Maroufa, président en exercice du Fndu:

Le 18 avril 2015, le FNDU rencontrait le Pouvoir dans l’optique d’un dialogue « sérieux » pour sortir le pays de l’impasse politique. Mais il y eut volte-face du régime en organisant unilatéralement ce qu’il présente comme des rencontres préliminaires à ce dialogue.

Que vous inspire ce revirement d’autant plus qu’on évoque une date butoir-début octobre- issue des recommandations de ces préliminaires pour un nouveau dialogue?

Me Maroufa Diabira : Vous me permettrez d’abord une digression historique qui pourrait expliquer l’état de fait que nous continuons de vivre encore aujourd’hui. Vous le savez l’intrusion de l’armée depuis 1978 dans la gestation de l’Etat embryonnaire a eu pour conséquence, sur le retard de son avènement. Cet Etat de droit que nos aînés ont tenté de mettre en place à l’orée de l’Indépendance s’est totalement effondré. Fondamentalement, l’implication de l’Armée dans l’exercice du pouvoir a ajourné l’ambition de la mise en place et la consolidation d’un Etat de droit auquel nous aspirions tous. Les événements vécus dans le pays en 2007 ont redonné espoir de voir enfin l’Armée revenir à sa vocation constitutionnelle.

C’est-à-dire une Armée Républicaine professionnelle qui va assurer ses missions normales de défense et de protection de la Souveraineté territoriale du pays et de ses citoyens. L’espoir était né avec l’élection d’un président civil donnant ainsi l’image d’une Mauritanie reprenant le chemin de sa démocratisation. Une démocratisation essentielle pour aborder toutes les questions qui ont été légitimement soulevées dans la campagne pour la présidentielle. Il s’agissait bien évidemment des questions d’unité nationale, de notre vivre ensemble, du règlement du passif humanitaire marqué par des actes de caractère génocidaire…Un passé que les Mauritaniens souhaitaient définitivement enterrer pour aller de l’avant et favoriser une meilleure cohésion nationale.

Le discours du président Sidi Ould Cheikh Abdellahi du 29 juin a constitué un événement extrêmement important pour amorcer notre réconciliation et régler définitivement le passif humanitaire que l’Etat n’avait pas à cette date encore assumé pour la simple raison que ceux qui étaient au pouvoir, à l’époque, étaient comptables de ce passif. Mais voilà que brutalement, Sidi Ould Cheikh Abdellahi est renversé, en août 2008, par des militaires qui avaient pensé seulement en faire un prétexte –un faire valoir- pour continuer à gouverner. Mais l’histoire aura prouvé que Sidi Ould Cheikh Abdellahi n’était pas aussi facilement malléable malgré son âge et qu’il était surtout un patriote qui souhaitait marquer la nouvelle Mauritanie de son empreinte. Ceux qui pensaient avoir mis en place un « président marionnette » ont vite déchanté. Ils ont donc du reprendre le Pouvoir par les armes en destituant le premier président démocratiquement élu dans ce pays. La mobilisation de la classe politique, de la société civile, en un mot de toutes les femmes et tous les hommes épris de liberté et de démocratie ont fait front contre ce putsch par leur conviction et leur ambition à bâtir une Mauritanie nouvelle faite d’unité, de fraternité, de respect de soi…

Tous ces mauritaniens se sont trouvés quelque part piégés par la Communauté internationale qui a encouragé un processus de dialogue en dehors du pays (à Dakar). Ce processus a justement abouti à ce qu’on a appelé «L’accord de Dakar ». Celui-ci avait été abordé de bonne foi par les représentants de l’Opposition qui avait fait front contre le putsch mais malheureusement, l’on s’est rendu compte après leur signature que le pouvoir militaire n’avait aucune intention non seulement de les respecter mais plutôt également il a bafoué le gage donné à la Communauté internationale. Vous comprendrez donc aisément les craintes qu’en 2015 l’Opposition développe à l’occasion d’un nouveau processus enclenché par ce même pouvoir. Pourtant, nous restons convaincus que seul le Dialogue reste la seule voie possible pour notre pays de sortir de la crise politique dans un contexte sous-régional des plus dangereux pour son avenir.

Les menaces à la fois des narcotrafiquants, des extrémismes religieux violents sont constantes …C’est vous dire que nous prenons la mesure que fait planer la menace de l’impasse politique sur notre pays dans un environnement sous-régional de plus en plus hostile et qui réclame une cohésion interne, sans faille. Pour prémunir notre pays, il n’y a donc d’autre voie que le Dialogue sérieux et c’est pour cette raison que nous y sommes plus que jamais attachés. Je dois encore rappeler que la Mauritanie est un maillon extrêmement important pour la stabilité de notre sous-région. Dieu nous en préserve, mais si la Mauritanie bascule, le Sénégal ne sera pas épargné, le Mali étant déjà en proie avec l’instabilité verra ses problèmes s’accentuer. C’est pour ces raisons que le FNDU est fondamentalement convaincu qu’il faut aller, malgré l’expérience amère, au dialogue avec le pouvoir en place. Mais un dialogue sérieux qui permette d’exorciser les menaces qui pèsent sur le pays. Mais faudrait-il encore que le pouvoir saisisse cette opportunité pour pallier au pire en mettant au devant les intérêts supérieurs du pays. Mais quand on remonte le temps, il y a eu plusieurs tentatives ponctuelles de dialogue à la demande du pouvoir à la veille de consultations comme pour légitimer des situations de fait et s’affranchir de sa responsabilité en indexant l’opposition de ne vouloir discuter de ses propositions.

Dans la réalité tous les acteurs de l’Opposition ne font pas confiance au pouvoir et doutent, à raison, de la volonté sincère du régime pour instaurer un dialogue sérieux. Vous vous rappelez certainement l’appel lancé en janvier 2015 par le président Aziz depuis Chinguiti à l’origine du processus d’invite au dialogue. Vous vous souvenez certainement aussi de l’avis rendu public par le président de l’Alliance populaire progressiste, Massaoud Ould Boulkheir, en réaction à l’appel lancé par le président Aziz. Dans le même sillage un papier sans entête, une sorte de plateforme avait été remise au Fndu par le des représentants du premier Ministre.

Ce papier qui n’était signé par personne mentionnait juste quelques thèmes autour desquels un dialogue serait possible et sur lesquels on invitait le Fndu en même temps que les autres partis à se prononcer. Nous ne nous sommes pas attardés tout de suite sur la forme et avons senti dans le frémissement politique qui a suivi la volonté de tous à chercher une solution à une impasse politique qui dure depuis 2008. Nous nous y sommes attelés et inscrits dans la voie de recherche de solution à cette crise avec en toile de fonds nos craintes d’une instabilité dangereuse pour l’avenir de notre pays. Le Fndu a donc réagi sans complexe en proposant au pouvoir un certain nombre de mesures. C’était un document consensuel de tous les membres du Fndu, sans aucune voix discordante. Nous y évoquions l’importance de rétablir la confiance entre les protagonistes de la crise en posant les jalons d’un dialogue sérieux qui puisse mener à des actions salvatrices et en donner les contours.

Question : Vous anticipez sur ma seconde question qui est celle de savoir de votre propre perspective quels seraient les contours d’un dialogue que vous jugeriez sérieux et inclusif?

Me Diabira Maroufa : De mon point de vue, un dialogue sérieux et inclusif devrait commencer par identifier les acteurs à la négociation politique et renvoyer des messages clairs d’un respect mutuel. Décliner les contours de ce dialogue, passe nécessairement par la contribution des uns et des autres à l’apaisement d’une situation conflictuelle par des moyens consensuels. Nous avons nous-mêmes posés des préalables pour tester le caractère sérieux de l’initiative du pouvoir que nous avons déjà mis à l’œuvre en d’autres circonstances. Le non respect des engagements qu’il prend nous conforte enseigne à l’Opposition de nous entourer de garanties palpables qu’il ne s’en dérobera pas par la suite. Nous voulions que ce dialogue se fasse dans le cadre d’un instrument que chaque partie respecterait. La demande d’apaisement et de mise en place d’un instrument, un cadre concerté pour rassurer toutes les parties ont malheureusement été rejetés du revers de la main par le régime. Relativement aux contacts pris en avril 2015 auxquels vous faites référence, nous avons répondu point par point et par écrit à l’autre partie. Mais pour dialoguer il faut être deux.

Pourtant ce ne sont pas les exemples qui manquent. Regardez au Sénégal voisin, le même procédé avait été expérimenté et a donné des résultats. Il est donc essentiel pour rassurer tout le monde que cet instrument puisse être mis en place afin qu’à l’issue de discussions politiques souvent marathoniennes ce qui a été décidé par consensus au sein d’une telle structure puisse s’imposer à tous et ne pas être soumis aux aléas des humeurs externes à la négociation. Nous restons donc focalisés sur cette question qui nous parait d’une importance cardinale dans la réussite d’un dialogue. Mais dans les pourparlers préliminaires nous avons constaté malgré notre engagement, notre réaction écrite et notre disponibilité à aller de l’avant dans la résolution de la crise que le pouvoir n’était pas inscrit dans cette logique. Ses représentants n’ont même pas, dans la forme, accepté de nous donner copie écrite de la contreproposition à notre document. Nous avons tiré les conséquences que ce jeu du chat et de la souris auquel nous invitait le pouvoir ne pouvait être que pernicieux.

Cette attitude a ébranlé notre conviction dans le sérieux de recherche d’une sortie de crise dont le pouvoir tente de se parer. Imaginez, le pouvoir était réticent même à signer un quelconque PV procès verbal de réunion. C’était quand même un minimum entre partenaires politiques en discussion sérieuse. Vous imaginez aisément pourquoi le pouvoir s’est refusé à toute réponse écrite interrompant ainsi ce prélude à un dialogue. Après plusieurs mois d’interruption, le pouvoir décide unilatéralement d’organiser les rencontres dites préliminaires à un dialogue et envoie à chaque partis une invitation à la parodie du 7 septembre.

Cette fâcheuse initiative prouve encore si besoin était que le pouvoir continue ses manigances ne prenant ni au sérieux l’institution de l’Opposition, ni la situation critique que traverse le pays. Son agenda est pour nous clair, en cherchant à nous berner d’une initiative qui n’est pas sérieuse, il veut surtout envoyer des messages à l’opinion nationale et internationale pour se dédouaner de la crise politique qui persiste depuis 2008 tout en nous accablant d’être réfractaires au dialogue. Mais finalement le pouvoir se berne lui-même et continue d’enfoncer le clou jusqu’au jour où il lui sera peut être trop tard de saisir l’opportunité d’une ouverture politique. Ce sera alors un stade de non retour pour lui. La mise en scène du 7 septembre est là encore pour rappeler le manque de sérieux du pouvoir à s’attaquer à la résolution de la crise multidimensionnelle, à la fois politique, économique et sociale, que connait le pays. Et ce n’est assurément pas la politique de l’autruche qui l’en sortirait indemne.

Question : En conséquence vous ne vous sentez donc pas concernés par les recommandations des rencontres préliminaires organisées par le pouvoir ?

Me Diabira Maroufa : Cela va de soi. Nous nous rendons compte que l’agenda de Aziz pourrait planer sur ce pseudo-dialogue qui se fait alors que 2019 n’est plus très loin. Nous avons déjà eu d’autres exemples de dialogue la veille des consultations en 2013 et 2014. La couleuvre aujourd’hui est trop grosse pour que nous acceptions de l’avaler. Au fond, à l’époque le souhait le plus ardent du pouvoir était de légitimer des élections par la participation de l’Opposition. De la même manière Aziz tente aujourd’hui par le biais de cette mise en scène mal jouée de donner l’impression qu’un dialogue sérieux et inclusif à été organisé. Mais il ne trompe plus personne. Même dans son camp, cela fait sourire de présenter la mascarade du 7 septembre comme un regroupement de la classe politique dans le pays. Ce dernier mérite mieux que ce type de spectacle que le pouvoir donne à l’opinion nationale mais aussi internationale.

Nous ne nous sentons donc concernés que par un éventuel dialogue qui pose les vrais problèmes de ce pays qui donne espoir à notre jeunesse, à nos femmes, aux forces laborieuses et à nos populations qu’une nouvelle Mauritanie est possible où chacun se reconnaitra en y contribuerait loin de toute surenchère strictement politicienne.

Question : Vous évoquiez tantôt l’Accord de Dakar sous l’égide de la Communauté internationale. Ce qui se passe en Mauritanie intéresse également les partenaires au développement, notamment la troïka européenne mais surtout la France, ancienne puissance colonisatrice. Evoquez-vous la situation intérieure avec son représentant, l’ambassadeur à Nouakchott ? Et quelle lecture faites-vous de la perception qu’il a de la situation du pays ?

Me Diabira Maroufa : Je me félicite tout d’abord des contacts noués par le Fndu avec les divers partenaires de notre pays aussi bien multilatéraux que bilatéraux. A cet effet, le Fndu développe une approche visant à expliquer notre vision et notre stratégie pour résorber résoudre un certain nombre de questions vitales pour notre pays et que nos partenaires se posent non seulement pour notre pays mais également pour toute la sous-région dans laquelle la Mauritanie a un rôle important à jouer. S’agissant de nos contacts avec les autorités françaises en Mauritanie, nous nous félicitons de l’écoute qu’elles développent quant aux préoccupations du Fndu. Des préoccupations qui embrassent la situation dans le pays, son évolution mais aussi son rôle dans la sous-région. L’écoute des représentants de la France mais aussi des Etats-Unis ainsi que celle des autres partenaires de la Mauritanie nous encouragent à aller dans le fonds pour régler définitivement par le dialogue et de manière responsable les questions fondamentales qui se posent à notre pays.

Effectivement nous avons rencontré dans ce cadre des responsables français et l’ambassadeur de France en fait partie. J’ai également été reçu en France au Quai d’Orsay, je ne peux que me féliciter de l’écoute et de l’intérêt dont le Gouvernement français fait preuve pour aider la Mauritanie à l’approfondissement de sa démocratie et au renforcement de son unité. Je voudrais saisir cette opportunité pour remercier les autorités françaises de leur soutien à la Mauritanie.

Question : Pourtant la France semble jeter son dévolu sur le régime en place issu de l’Armée et qui aux yeux des français, peut être, est garant de la stabilité du pays.

Me Diabira Maroufa : Ce que je retiens personnellement de mes entretiens avec les autorités françaises c’est qu’elles sont préoccupées par deux questions à savoir la stabilité du pays qui a une influence sur la stabilité de la sous-région ; leur coopération avec les autorités mauritaniennes s’articule autour de ces deux soucis. La stabilité de la Mauritanie résulte de la capacité de l’élite politique, économique et sociale de pouvoir trouver une cohésion qui fasse que la Mauritanie reste demain forte face aux menaces environnantes. Or, justement elle ne le pourra qu’en renforçant sa cohésion interne par l’absence de clivages restés en suspens. Nous pouvons ne pas être d’accord en politique mais nous avons le devoir d’être tous préoccupés par le renforcement de la cohésion nationale. La véritable bataille qu’il faille mener est celle que notre unité ne soit jamais remise en cause. Malheureusement, la gestion du pays actuelle met en danger à la fois notre unité et notre cohésion.

Question : Vous dîtes que le pouvoir ne vous regarde pas avec beaucoup de sérieux. La Majorité aussi vous regarde comme une plateforme revendicative plutôt qu’une force sur le terrain pour imposer pacifiquement votre vision des choses.

Me Diabira Maroufa : La Majorité a droit à vivre dans son illusion que la réalité dément. Vous le savez autant que moi, le Fndu est un regroupement de 17 partis politiques parmi les plus anciens depuis l’ouverture politique dans ce pays. Il comprend aussi les centrales syndicales et les Ongs les plus représentatives du pays, sans compter les éminentes personnalités indépendantes dont l’aura est connue et respectée par de larges franges de nos populations.

C’est un véritable creuset où se sont fondues toutes les aspirations au changement en Mauritanie et notamment celles de notre jeunesse déboussolée face à l’indifférence et au manque de vision du pouvoir en place. Tous ses segments dont des leaders charismatiques connus aussi bien sur le plan national qu’international ont des capacités de mobilisation qui feraient frémir bien des pôles politiques. Tous ne demandent qu’une chose. La création d’un cadre de saine émulation qui permette loin de l’achat des consciences, de l’instrumentalisation de l’Administration de briguer le suffrage de leurs compatriotes. Si quelqu’un semble bien avoir peur d’une telle normalité, je pense qu’il doit se trouver dans le camp du Pouvoir.

Le Fndu a, par ailleurs, fait la démonstration de ses capacités de mobilisation populaire. Vous vous souvenez comme moi de la marche organisée en juin 2014 qui avait mobilisé plus de 100 milles personnes rien qu’à Nouakchott. Sur ce plan là donc nous n’avons aucun doute sur l’adhésion populaire aux idéaux du Fndu pour l’avènement d’un Etat de droit qui respecte les droits humains, garantisse la diversité culturelle comme richesse, concrétise les aspirations des femmes, des jeunes et des hommes de ce pays à de meilleures conditions de vie et à une répartition juste et équitable des richesses nationales. Ce à quoi nous assistons malheureusement aujourd’hui, par la faute de la gestion du pouvoir, c’est une paupérisation aggravée des couches les plus défavorisées, l’émergence du communautarisme en favorisant le regroupement tribal et ethnique pour des visées politiciennes.

Question : Vous parliez tantôt de la situation économique. Quelle perception en avez-vous d’autant plus que vous accusez très souvent la tête du régime et son entourage de s’enrichir au détriment de la Communauté nationale ?

Me Diabira Maroufa : Je ne suis pas économiste et j’ai du mal à me prononcer sur les tenants et les aboutissants des agrégats économiques. Cependant, il y a une chose qui saute aux yeux c’est la lancinante question d’une gestion économique transparente des ressources du pays. La Mauritanie regorge de potentialités, de richesses gérées de la manière la plus opaque et clanique qui soit. Nous avons aujourd’hui le sentiment que ce que nous possédons n’arrive pas aux mauritaniens. Prenez juste l’aubaine de la baisse des prix du baril de pétrole à l’échelle internationale, tous les pays du monde ont enregistré des diminutions du prix à la pompe exceptée la Mauritanie comme si on évoluait sur une autre sphère. Le consommateur mauritanien continue d’en payer le tribut. Dans le même temps, je me souviens que je me suis rendu une fois à Zouérate, il y a quelques années, et en visitant une école, j’ai constaté que les enfants étaient assis à même le sol alors que dans cette cité, la plus grande société de fer du pays qui exploite les gisements de la région ne contribuait pas à améliorer les infrastructures scolaires de la région, ni la santé des populations qui sont soumises aux dégradations de l’environnement du fait de l’activité minière.

C’est vous dire qu’en dépit des recettes générées par nos ressources qui n’ont aucun impact positif sur la vie des citoyens, la gouvernance économique me parait injuste. Où sont donc partis les biens que nous tirons de l’exploitation de nos richesses ? Nous ne sommes pas pauvres, mais nous sommes certainement mal gouvernés.

Question : Comme vous, la CAP (App, wiam et Sawab) appelle à un report d’un éventuel dialogue pour permettre d’y associer tous les acteurs y compris le Fndu. Cette position de la CAP est-elle aujourd’hui coordonnée avec vous ?

Me Diabira Maroufa : Je suis heureux que nous nous retrouvions sur un certain nombre de points. Et ce n’est pas étonnant parce que ces partis sont aussi dirigés par des patriotes. Leur motivation est sans doute dictée par leur désir de voir la Mauritanie s’engager dans un dialogue sérieux ; un processus qui pourrait amener à aborder des questions existentielles pour sortir le pays de la crise politique. Pour partager cet objectif, nous n’avons même pas besoin de rencontre formelle puisque nous y sommes tous attachés. Il n’y a donc pas eu de rencontre concertée sur ce sujet que la CAP assume en tant qu’acteur majeur de la scène politique dans le pays. Nous ne pouvons que nous féliciter de son attitude. Comme le Fndu, la CAP est obnubilée par la recherche d’un cadre qui permette à tous les acteurs politiques de poser les questions de fonds et d’y trouver des solutions consensuelles. Nous sommes heureux de nous retrouver dans la même logique de la CAP afin que s’instaure un dialogue sérieux qui nous sortirait de cette impasse qui n’a que trop duré. Et je leur donne raison. Nous restons disposés à échanger formellement avec la CAP. Il n’y a aucun obstacle à ce que l’on se rencontre pour échanger sur l’avenir commun de notre Pays.

Question : Apparemment, un dialogue pourrait être initié sans vous début octobre. Même si le président Aziz s’en défend lui-même, certains analystes estiment que l’objectif de déverrouiller la Constitution n’est pas loin pour lui permettre de se représenter une 3ème fois. Si au bout du compte une telle alternative se réalisait, quelle serait votre réaction ?

Me Diabira Maroufa : Comme vous l’avez dit, il me semble qu’il reste au président Aziz tout de même une once de bon sens et une rigueur sur le plan personnelle qui devraient lui éviter de se retrouver dans une situation de parjure. Notre Constitution est faite de telle sorte qu’on ne peut pas la déverrouiller sur le nombre de mandat sans risque de tomber dans le parjure. Toute tentative l’exposera à des questions d’ordre légal, moral et spirituel.

Je reste convaincu que c’est un chemin qui serait dangereux pour lui. Si le Fndu exhorte à un dialogue serein de toute la classe politique ce n’est pas uniquement pour faire barrage à une nouvelle élection de Mohamed, Bilal ou Samba mais c’est que la philosophie intime de notre mouvement est qu’il souhaiterait que le pays puisse connaitre l’alternance pacifique au pouvoir en préservant la stabilité du pays. Mais avec la même conviction et la même hargne que les forces politiques qui se retrouvent aujourd’hui au Fndu ont combattu le putsch de 2008, le Fndu combattra tout amendement de la Constitution devant permettre au président Aziz de se représenter pour un énième mandat, car l’exercice du pouvoir n’est pas un jeu d’individus ou d’intérêts au détriment des institutions. Nous sommes donc prêts à faire le sacrifice du pour le respect de nos des institutions, émanation du Peuple mauritanien, véritable détenteur de toute la légitimité.

Propos recueillis par Jedna DEIDA

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