Réponse à celui qui se cache derrière le pseudonyme de Abou Lamine/ Par Moussa Fall, Président du MCD

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Moussa Fall – Dans votre rubrique Libre Expression du 28-08-2015 13:12 vous avez publié un texte intitulé « Réponse à Moussa Fall, Président du MCD : notre économie se porte plutôt bien ».

J’ai longuement hésité à réagir à cet écrit mais je me suis décidé finalement à le faire pour deux raisons :

La première de ces raisons est que j’ai identifié avec certitude la personne qui se cache derrière le pseudonyme. Je me garderai de divulguer son nom mais je dirai qu’il s’agit d’un haut responsable de l’Etat qui occupe toujours de hautes fonctions dans l’appareil de l’Etat et dans l’UPR.

La seconde est l’usage, dans le texte, du qualificatif imposteur qui m’est resté au travers de la gorge. Un imposteur est selon le dictionnaire : «Celui qui trompe, qui abuse autrui par des mensonges de fausses promesses dans le but d’en tirer un profit moral matériel ou moral».

De la longue réponse de l’auteur de cette réponse, je n’ai retenu, outre les qualificatifs blessants, que les trois points que je me propose de traiter dans l’ordre suivant : la conjoncture économique sur la période 2010 | 2011 | 2012 | 2013 ; celle de 2014 à aujourd’hui ; et enfin la politique fiscale.

I- La conjoncture économique sur la période 2010 | 2011 | 2012 | 2013. L’auteur de la réponse aligne, pour cette période, des séries statistiques que tout le monde connaît. Nous avons toujours dit que ce fut une « conjoncture économique exceptionnellement favorable ». Mais toutes les conjonctures sont passagères et cycliques. Elles n’obéissent pas, ou très peu, à la volonté politique des gouvernants. Ce qui fait la différence entre ces derniers ce sont justement les politiques qu’ils adoptent pour faire face à telle ou telle conjoncture. Durant donc la période évoquée l’auteur de la réponse affirme que « loin de dilapider les ressources additionnelles engrangées, la Mauritanie les a plutôt orientées vers la réalisation d’importantes infrastructures de base (routes, universités, électrification, hôpitaux…) et la mise en place d’importants programmes sociaux (programme EMEL);

- la réduction du train vie de l’Etat ».



Je n’irai pas dans les détails en décortiquant toutes les mesures et réalisations de cette époque et je ne verserai pas dans le déni en déclarant que tout ce qui a été fait est mauvais. Je trouve, par exemple, que le désenclavement de certaines mougataas et localités de l’intérieur sont des réalisations utiles. Mais, en globalisant le jugement, j’affirme, comme je n’ai cessé de le dire ces dernières années, que nous avons gaspillé l’essentiel de ces ressources en suivant des politiques en déphasage avec les nouvelles normes de bonne gouvernance:

Les choix en matière de politique économique ont consisté :

– A renforcer considérablement l’interventionnisme de l’Etat. L’Etat s’est mis à créer des sociétés dans tous les secteurs allant du transport, à la tuyauterie, à la transformation du lait, à la construction de poteaux électriques, à la plantation de canne à sucre…etc. toutes ces entreprises et entités étatiques sont confrontées, à présent, à de graves difficultés de trésorerie et ne survivent que grâce à des subventions publiques.

– A réduire le champ d’action du secteur privé dont le rôle est essentiel dans le développement des économies aspirant à émerger. N’avait-on pas voulu détruire une classe d’hommes d’affaires pour laisser émerger une nouvelle aux contours pré dessinés. Le climat des affaires n’a pas cessé de se dégrader faisant passer notre pays du 157ème rang en 2008 au 176ème en 2014 dans le classement de Doing Business.

– La politique d’investissement suivie durant cette période était marquée par l’amateurisme et l’improvisation. Le choix des projets répondait plus à l’intuition qu’aux besoins économiques dument établis. Les nécessaires études préalables sont négligées et de grands projets ont été réalisés avec des surcapacités et des rentabilités négatives. L’exécution des travaux ne répondait pas, dans la plupart des cas, aux normes par manque d’un suivi sérieux et par la faible qualification des entreprises de travaux. La Snim par exemple a accusé un grand retard dans la réalisation de son projet d’extension des guelbs avec de très grands préjudices financiers. La qualité des routes récemment construites laisse à désirer et certaines d’entre elles, récemment achevées, sont fissurées. Et on n’a jamais calculé au préalable, les effets de la pression considérable sur les réserves extérieurs, qu’exercent ces investissements faits sur fonds propres de l’Etat. On ne s’est jamais posé la question de savoir comment faire face à l’augmentation en continu des charges induites par les déficits des projets qui ne peuvent pas s’auto entretenir, ni des charges d’entretien en augmentation, en particulier, du réseau routier.

Si on avait géré avec sagesse toutes les ressources obtenues durant les années fastes, on serait aujourd’hui dans de très bonnes dispositions pour résister aux chocs de la période de turbulence que nous traversons et qui vient a peine de commencer. Aujourd’hui nous subissons non seulement les aléas d’une conjoncture défavorable mais aussi les conséquences des politiques suivies durant les années précédentes. Avec des ressources budgétaires en stagnation, ou même en diminution, il faudra compter avec les besoins induits par les demandes –en augmentation- de renflouement du secteur public et l’alourdissement du service de la dette qui est passée de 2,236 Milliards de $ en 2010 à 3,398 en 2014.

A titre d’exemple si la SNIM n’avait pas été impliquée dans des opérations douteuses comme : des prises de participation a fonds perdus, des constructions de routes, d’immeubles et d’ hôtel 5 Etoiles n’ayant aucun rapport avec sa vocation et ses besoins, si elle n’avait pas été incitée a prêter d’importantes sommes à des entreprises privées avec un très grand risque de non remboursement, si la SNIM avait préservé son indépendance dans le respect de ses normes de bonne gestion elle serait aujourd’hui très bien armée pour affronter les défis de la baisse drastique des cours du fer.

II- Sur la période de 2014 à aujourd’hui l’auteur de la réponse affirme de façon péremptoire « il faut noter que notre économie se porte plutôt bien ». Pour ne pas être gratuite, cette affirmation a besoin d’être étayée.

Dans l’interview au Calame, j’ai affirmé exactement le contraire en m’appuyant sur des données économiques chiffrées. Deux possibilités s’offrent à l’auteur de la réponse;

o Contester ces données et je lui facilite la tâche en lui mes sources. Touts les chiffres utilisés se trouvent dans les documents suivants : Le Tableau statistique trimestriel 2015 et le Rapport Annuel 2014 de la BCM, Les lois de finances initiales et rectificatives 2014 et 2015, Les BCI 2014 et 2015.

o Contester l’analyse faite sur la base ces chiffres et donner une interprétation différente aux tendances constatées.

III- Selon l’auteur de la réponse, « Seule la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), impôt neutre pour les entreprises, a connu une augmentation de 2%, la première depuis 20 ans ».

C’est à se demander si l’auteur de la réponse a pris connaissance de la Loi de Finance Rectificative de 2015. La nouvelle fiscalité sur les hydrocarbures qui y a été décidée, rapportera, en s’ajoutant aux recettes logées dans le Compte d’Affectation Spéciale au premier semestre, environ 55 Milliards d’ouguiyas à l’Etat dépassant largement les dividendes habituellement versés par la SNIM. Ce montant est prélevé directement sur les agents économiques dans la mesure où les produits pétroliers s’introduisent à tous les niveaux dans les charges des ménages et des entreprises.

Quant au harcèlement fiscal que subissent les entreprises le plus simple est d’interroger les sociétés de pêches, les assurances, les concessionnaires automobiles, les restaurateurs, les cimentiers et les sociétés étrangères qui ont plie bagage et qui dénoncent à l’extérieur l’arnaque dont elles se disent avoir fait l’objet en Mauritanie.

Moussa Fall, Président du MCD

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